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Histoire de la Revolution Francaise, Vol. II by Adolphe Thiers

A >> Adolphe Thiers >> Histoire de la Revolution Francaise, Vol. II

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Le coeur ulcere du roi etait moins capable que jamais d'ecouter leurs
sages avis. Thierry lui presenta la lettre, mais il la repoussa
durement, et fit ses deux reponses accoutumees, que ce n'etait pas
lui, mais le ministere patriote, qui avait provoque la guerre; et que,
quant a la constitution, il l'observait fidelement, tandis que les
autres mettaient tous leurs soins a la detruire[12]. Ces raisons
n'etaient pas tres-justes; car, bien qu'il n'eut pas provoque la
guerre, ce n'en etait pas moins un devoir pour lui de la bien
soutenir; et, quant a sa fidelite scrupuleuse a la lettre de la loi,
c'etait peu que l'observation du texte; il fallait encore ne pas
compromettre la chose meme en appelant l'etranger.

Il faut sans doute attribuer a l'esperance qu'avaient les Girondins
de voir leurs avis ecoutes, les menagemens qu'ils garderent lorsqu'on
voulut soulever dans l'assemblee la question de la decheance tous les
jours agitee dans les clubs, dans les groupes et les petitions. Chaque
fois qu'ils venaient, au nom de la commission des douze, parler du
danger de la patrie et des moyens d'y remedier: _Remontez a la cause_
du danger, leur disait-on; _a la cause_, repetaient les tribunes.
Vergniaud, Brissot et les Girondins repondaient que la commission
avait les yeux sur la cause, et que lorsqu'il en serait temps on la
devoilerait; mais que pour le moment il fallait ne pas jeter encore un
nouveau levain de discorde.

Mais il etait decide que tous les moyens et les projets de transaction
echoueraient; et la catastrophe, prevue et redoutee, arriva bientot,
comme nous le verrons ci-apres.

Notes:

[1] Voyez madame Campan, tome II, page 324, une lettre de M. de Lally
au roi de Prusse, et tous les historiens.
[2] Voyez madame Campan, tome II, page 230.
[3] Decret du 2 juillet.
[4] C'est une justice que rendait a Vergniaud le _Journal de Paris_,
alors si connu par son opposition a la majorite de l'assemblee, et
par les grands talens qui presidaient a sa redaction, notamment le
malheureux et immortel Andre Chenier. (_Voyez la feuille du 4
juillet 1792_.)
[5] Il n'est pas necessaire d'avertir que j'analyse ici, et que je ne
donne pas textuellement le discours de Vergniaud.
[6] Voyez la note 17 a la fin du volume.
[7] Voyez la note 18 a la fin du volume.
[8] Voyez la note 19 a la fin du volume.
[9] Voyez la note 20 a la fin du volume.
[10] Voyez Bertrand de Molleville, tomes VIII et IX.
[11] Voyez Bertrand de Molleville.
[12] Voyez la note a la fin du volume.




CHAPITRE V.

ARRIVEE DES MARSEILLAIS A PARIS; DINER ET SCENES SANGLANTES AUX
CHAMPS-ELYSEES.--MANIFESTE DU DUC DE BRUNSWICK.--LES SECTIONS DE PARIS
DEMANDENT LA DECHEANCE DU ROI.--LE ROI REFUSE DE FUIR.--L'ASSEMBLEE
REJETTE LA PROPOSITION D'ACCUSER LAFAYETTE.--PREPARATIFS DE
L'INSURRECTION; MOYENS DE DEFENSE DU CHATEAU.--INSURRECTION DU 10
AOUT; LES FAUBOURGS S'EMPARENT DES TUILERIES APRES UN COMBAT SANGLANT;
LE ROI SE RETIRE A L'ASSEMBLEE; SUSPENSION DU POUVOIR ROYAL;
CONVOCATION D'UNE CONVENTION NATIONALE.


A la suite d'une fete donnee aux federes, le comite insurrectionnel
decida qu'on partirait le matin, 26 juillet, sur trois colonnes, pour
se rendre au chateau, et qu'on marcherait avec le drapeau rouge, et
avec cette inscription: _Ceux qui tireront sur les colonnes du peuple
seront mis a mort sur-le-champ_. Le resultat devait etre de constituer
le roi prisonnier, et de l'enfermer a Vincennes. On avait engage la
garde nationale de Versailles a seconder ce mouvement; mais on l'avait
avertie si tard, et on etait si peu d'accord avec elle, que ses
officiers vinrent a la mairie de Paris, le matin meme, pour savoir ce
qu'il fallait faire. Le secret d'ailleurs fut si mal garde, que la
cour etait deja avertie, toute la famille royale debout, et le chateau
plein de monde. Petion, voyant que les mesures avaient ete mal prises,
craignant quelque trahison, et considerant surtout que les Marseillais
n'etaient point encore arrives, se rendit en toute hate au faubourg,
pour arreter un mouvement qui devait perdre le parti populaire, s'il
ne reussissait pas.

Le tumulte etait affreux dans les faubourgs; on y avait sonne le
tocsin toute la nuit. Pour exciter le peuple, on avait repandu le
bruit qu'il existait au chateau un amas d'armes qu'il fallait aller
chercher. Petion parvint avec beaucoup de peine a ramener l'ordre; le
garde-des-sceaux Champion de Cice, qui s'y etait rendu de son cote, y
recut des coups de sabre; enfin le peuple consentit a se retirer, et
l'insurrection fut ajournee.

Les querelles, les contestations de detail par lesquelles on prelude
d'ordinaire a une rupture definitive, continuerent sans interruption.
Le roi avait fait fermer le jardin des Tuileries depuis le 20 juin.
La terrasse des Feuillans, aboutissant a l'assemblee, etait seule
ouverte, et des sentinelles avaient la consigne de ne laisser passer
personne de cette terrasse dans le jardin. Despremenil y fut rencontre
s'entretenant vivement avec un depute. Il fut hue, poursuivi dans
le jardin, et porte jusqu'au Palais-Royal, ou il recut plusieurs
blessures. Les consignes qui empechaient de penetrer dans le jardin
ayant ete violees, il fut question d'y suppleer par un decret.
Cependant le decret ne fut pas rendu; on proposa seulement d'y mettre
un ecriteau portant ces mots: _Defense depasser sur le territoire
etranger_. L'ecriteau fut place, il suffit pour empecher le peuple d'y
mettre les pieds, quoique le roi eut fait lever les consignes. Ainsi
les procedes n'etaient deja plus menages. Une lettre de Nancy, par
exemple, annoncait plusieurs traits civiques qui avaient eu lieu dans
cette ville; sur-le-champ l'assemblee en envoya copie au roi.

Enfin, le 30, les Marseillais arriverent. Ils etaient cinq cents, et
comptaient dans leurs rangs tout ce que le Midi renfermait de plus
exalte, et tout ce que le commerce amenait de plus turbulent dans le
port de Marseille. Barbaroux se rendit au-devant d'eux a Charenton.
A cette occasion, un nouveau projet fut concerte avec Santerre. Sous
pretexte d'aller au-devant des Marseillais, on voulait reunir les
faubourgs, se rendre ensuite en bon ordre au Carrousel, et y camper
sans tumulte, jusqu'a ce que l'assemblee eut suspendu le roi, ou qu'il
eut volontairement abdique. Ce projet plaisait aux philanthropes du
parti, qui auraient voulu terminer cette revolution sans effusion de
sang. Cependant il manqua, parce que Santerre ne reussit pas a reunir
le faubourg, et ne put amener qu'un petit nombre d'hommes au-devant
des Marseillais. Santerre leur offrit tout de suite un repas qui fut
servi aux Champs-Elysees. Le meme jour, et au meme moment, une reunion
de gardes nationaux du bataillon des Filles-Saint-Thomas, et d'autres
individus, ecrivains ou militaires, tous devoues a la cour, faisaient
un repas aupres du lieu ou etaient fetes les Marseillais. Certainement
ce repas n'avait pu etre prepare a dessein pour troubler celui des
Marseillais, puisque l'offre faite a ces derniers avait ete inopinee,
car au lieu d'un festin on avait medite une insurrection. Cependant
il etait impossible que des voisins si opposes d'opinion achevassent
paisiblement leur repas. La populace insulta les royalistes, qui
voulurent se defendre; les patriotes, appeles au secours de la
populace, accoururent avec ardeur, et le combat s'engagea. Il ne fut
pas long; les Marseillais, fondant sur leurs adversaires, les mirent
en fuite, en tuerent un et en blesserent plusieurs. Dans un moment, le
trouble se repandit dans Paris. Les federes parcouraient les rues, et
arrachaient les cocardes de ruban, pretendant qu'il les fallait en
laine.

Quelques-uns des fugitifs arriverent tout sanglans aux Tuileries, ou
ils furent accueillis avec empressement, et traites avec des soins
bien naturels, puisqu'on voyait en eux des amis victimes de leur
devouement. Les gardes nationaux qui etaient de service au chateau
rapporterent ces details, y ajouterent peut-etre, et ce fut l'occasion
de nouveaux bruits, de nouvelles haines contre la famille royale
et les dames de la cour, qui avaient, disait-on, essuye avec leurs
mouchoirs la sueur et le sang des blesses. On en conclut meme que la
scene avait ete preparee, et ce fut le motif d'une nouvelle accusation
contre les Tuileries.

La garde nationale de Paris demanda aussitot l'eloignement des
Marseillais; mais elle fut huee par les tribunes, et sa petition
n'obtint aucun succes.

C'est au milieu de ces circonstances que fut repandu un ecrit attribue
au prince de Brunswick, et bientot reconnu authentique. Nous avons
deja parle de la mission de Mallet-du-Pan. Il avait donne au nom du
roi l'idee et le modele d'un manifeste; mais cette idee fut bientot
denaturee. Un autre manifeste, inspire par les passions de Coblentz,
et revetu du nom de Brunswick, fut publie au-devant de l'armee
prussienne. Cette piece etait concue en ces termes:

"Leurs majestes l'empereur et le roi de Prusse m'ayant confie le
commandement des armees combinees qu'ils ont fait rassembler sur les
frontieres de France, j'ai voulu annoncer aux habitans de ce royaume
les motifs qui ont determine les mesures des deux souverains, et les
intentions qui les guident.

"Apres avoir supprime arbitrairement les droits et possessions des
princes allemands en Alsace et en Lorraine, trouble et renverse, dans
l'interieur, le bon ordre et le gouvernement legitime; exerce contre
la personne sacree du roi et contre son auguste famille des attentats
et des violences qui sont encore perpetues et renouveles de jour en
jour, ceux qui ont usurpe les renes de l'administration ont enfin
comble la mesure en faisant declarer une guerre injuste a sa majeste
l'empereur, et en attaquant ses provinces situees en Pays-Bas;
quelques-unes des possessions de l'empire germanique ont ete
enveloppees dans cette oppression, et plusieurs autres n'ont echappe
au meme danger qu'en cedant aux menaces imperieuses du parti dominant
et de ses emissaires.

"Sa majeste le roi de Prusse, uni avec sa majeste imperiale par les
liens d'une alliance etroite et defensive, et membre preponderant
lui-meme du corps germanique, n'a donc pu se dispenser de marcher
au secours de son allie et de ses co-etats; et c'est sous ce double
rapport qu'il prend la defense de ce monarque et de l'Allemagne.

"A ces grands interets se joint encore un but egalement important,
et qui tient a coeur aux deux souverains, c'est de faire cesser
l'anarchie dans l'interieur de la France, d'arreter les attaques
portees au trone et a l'autel, de retablir le pouvoir legal, de rendre
au roi la surete et la liberte dont il est prive, et de le mettre en
etat d'exercer l'autorite legitime qui lui est due.

"Convaincus que la partie saine de la nation francaise abhorre les
exces d'une faction qui la subjugue, et que le plus grand nombre des
habitans attend avec impatience le moment du secours pour se declarer
ouvertement contre les entreprises odieuses de leurs oppresseurs, sa
majeste l'empereur et sa majeste le roi de Prusse les appellent et
les invitent a retourner sans delai aux voies de la raison et de
la justice, de l'ordre et de la paix. C'est dans ces vues que moi,
soussigne, general commandant en chef les deux armees, declare:

"1. Qu'entrainees dans la guerre presente par des circonstances
irresistibles, les deux cours alliees ne se proposent d'autre but que
le bonheur de la France sans pretendre s'enrichir par des conquetes;

"2. Qu'elles n'entendent point s'immiscer dans le gouvernement
interieur de la France, mais qu'elles veulent uniquement delivrer le
roi, la reine et la famille royale de leur captivite, et procurer a sa
majeste tres-chretienne la surete necessaire pour qu'elle puisse faire
sans danger, sans obstacle, les convocations qu'elle jugera a propos,
et travailler a assurer le bonheur de ses sujets, suivant ses
promesses et autant qu'il dependra d'elle;

"3. Que les armees combinees protegeront les villes, bourgs et
villages, et les personnes et les biens de tous ceux qui se
soumettront au roi, et qu'elles concourront au retablissement
instantane de l'ordre et de la police dans toute la France;

"4. Que les gardes nationales sont sommees de veiller provisoirement a
la tranquillite des villes et des campagnes, a la surete des personnes
et des biens de tous les Francais jusqu'a l'arrivee des troupes de
leurs majestes imperiale et royale, ou jusqu'a ce qu'il en soit
autrement ordonne, sous peine d'en etre personnellement responsables;
qu'au contraire, ceux des gardes nationaux qui auront combattu contre
les troupes des deux cours alliees, et qui seront pris les armes a la
main, seront traites en ennemis, et punis comme rebelles a leur roi et
comme perturbateurs du repos public.

"5. Que les generaux, officiers, bas-officiers et soldats des troupes
de ligne francaises sont egalement sommes de revenir a leur ancienne
fidelite, et de se soumettre sur-le-champ au roi, leur legitime
souverain;

"6. Que les membres des departemens, des districts et des
municipalites, seront egalement responsables, sur leurs tetes et sur
leurs biens, de tous les delits, incendies, assassinats, pillages et
voies de fait qu'ils laisseront commettre ou qu'ils ne se seront pas
notoirement efforces d'empecher dans leur territoire; qu'ils seront
egalement tenus de continuer provisoirement leurs fonctions jusqu'a ce
que sa majeste tres-chretienne, remise en pleine liberte, y ait pourvu
ulterieurement, ou qu'il en ait ete autrement ordonne en son nom dans
l'intervalle;

"7. Que les habitans des villes, bourgs et villages, qui oseraient se
defendre contre les troupes de leurs majestes imperiale et royale, et
tirer sur elles, soit en rase campagne, soit par les fenetres, portes
et ouvertures de leurs maisons, seront punis sur-le-champ suivant la
rigueur du droit de la guerre, et leurs maisons demolies ou brulees.
Tous les habitans, au contraire, desdites villes, bourgs et villages,
qui s'empresseront de se soumettre a leur roi, en ouvrant leurs portes
aux troupes de leurs majestes, seront a l'instant sous leur sauvegarde
immediate; leurs personnes, leurs biens, leurs effets, seront sous la
protection des lois; et il sera pourvu a la surete generale de tous et
de chacun d'eux;

"8. La ville de Paris et tous ses habitans, sans distinction, seront
tenus de se soumettre sur-le-champ et sans delai au roi, de mettre ce
prince en pleine et entiere liberte, et de lui assurer, ainsi qu'a
toutes les personnes royales, l'inviolabilite et le respect auxquels
le droit de la nature et des gens oblige les sujets envers les
souverains, leurs majestes imperiale et royale rendant personnellement
responsables de tous les evenemens, sur leur tete, pour etre juges
militairement, sans espoir de pardon, tous les membres de l'assemblee
nationale, du departement, du district, de la municipalite et de la
garde nationale de Paris, les juges de paix et tous autres qu'il
appartiendra; declarant en outre, leurs dites majestes, sur leur foi
et parole d'empereur et roi, que si le chateau des Tuileries est force
ou insulte, que s'il est fait la moindre violence, le moindre outrage
a leurs majestes le roi, la reine et la famille royale, s'il n'est
pas pourvu immediatement a leur surete, a leur conservation et a
leur liberte, elles en tireront une vengeance exemplaire et a jamais
memorable, en livrant la ville de Paris a une execution militaire et
a une subversion totale, et les revoltes coupables d'attentats, aux
supplices qu'ils auront merites. Leurs majestes imperiale et royale
promettent, au contraire, aux habitans de la ville de Paris d'employer
leurs bons offices aupres de sa majeste tres-chretienne pour obtenir
le pardon de leurs torts et de leurs erreurs, et de prendre les
mesures les plus vigoureuses pour assurer leurs personnes et leurs
biens, s'ils obeissent promptement et exactement a l'injonction
ci-dessus.

"Enfin leurs majestes, ne pouvant reconnaitre pour lois en France
que celles qui emaneront du roi jouissant d'une liberte parfaite,
protestent d'avance contre l'authenticite de toutes les declarations
qui pourraient etre faites au nom de sa majeste tres-chretienne, tant
que sa personne sacree, celle de la reine et de toute la famille
royale ne seront pas reellement en surete: a l'effet de quoi leurs
majestes imperiale et royale invitent et sollicitent sa majeste
tres-chretienne de designer la ville de son royaume la plus voisine de
ses frontieres dans laquelle elle jugera a propos de se retirer avec
la reine et sa famille, sous une bonne et sure escorte qui lui sera
envoyee pour cet effet, afin que sa majeste tres-chretienne puisse en
toute surete appeler aupres d'elle les ministres et les conseillers
qu'il lui plaira de designer, faire telles convocations qui lui
paraitront convenables, pourvoir au retablissement du bon ordre, et
regler l'administration de son royaume.

"Enfin je declare et m'engage encore, en mon propre et prive nom, et
en ma qualite susdite, de faire observer partout aux troupes confiees
a mon commandement une bonne et exacte discipline, promettant de
traiter avec douceur et moderation les sujets bien intentionnes qui se
montreront paisibles et soumis, et de n'employer la force qu'envers
ceux qui se rendront coupables ou de resistance ou de mauvaise
volonte.

"C'est par ces raisons que je requiers et exhorte tous les habitans du
royaume, de la maniere la plus forte et la plus instante, de ne pas
s'opposer a la marche et aux operations des troupes que je commande,
mais de leur accorder plutot partout une libre entree et toute bonne
volonte, aide et assistance que les circonstances pourront exiger.

"Donne au quartier-general de Coblentz, le 25 juillet 1792.

"_Signe_ CHARLES-GUILLAUME-FERDINAND, _duc de Brunswick-Lunebourg_."

Ce qui parut surtout etonnant dans cette declaration, c'est que, datee
du 25 de Coblentz, elle se trouva le 28 a Paris, et fut imprimee dans
tous les journaux royalistes. Elle produisit un effet extraordinaire.
Cet effet fut celui des passions sur les passions. On se promit de
toutes parts de resister a un ennemi dont le langage etait si hautain
et les menaces si terribles. Dans l'etat des esprits, il etait naturel
que le roi et la cour fussent accuses de cette nouvelle faute. Louis
XVI s'empressa de desavouer le manifeste par un message, et il le
pouvait sans doute de tres-bonne foi, puisque cette piece etait si
differente du modele qu'il avait propose; mais il devait deja voir par
cet exemple combien sa volonte serait outre-passee par son parti, si
ce parti etait jamais vainqueur. Ni son desaveu, ni les expressions
dont il l'accompagna, ne purent ramener l'assemblee. En parlant de ce
peuple dont le bonheur lui avait toujours ete cher, il ajoutait: "Que
de chagrins pourraient etre effaces par la plus legere marque de son
retour!"

Ces paroles touchantes n'exciterent plus l'enthousiasme qu'elles
avaient le don de produire autrefois; on n'y vit qu'une perfidie de
langage, et beaucoup de deputes appuyerent l'impression pour rendre
public, dirent-ils, le contraste qui existait entre les paroles et la
conduite du roi. Des ce moment, l'agitation ne cessa pas de croitre,
et les circonstances de s'aggraver. On eut connaissance d'un arrete
par lequel le departement des Bouches-du-Rhone retenait les impots
pour payer les troupes qu'il avait envoyees contre les Savoisiens, et
accusait d'insuffisance les mesures prises par l'assemblee. C'etait
un acte du aux inspirations de Barbaroux. L'arrete fut casse par
l'assemblee, sans que l'execution en put etre empechee. On repandit
en meme temps que les Sardes, qui s'avancaient, etaient au nombre de
cinquante mille. Il fallut que le ministre des relations exterieures
vint assurer lui-meme a l'assemblee que les rassemblemens n'etaient
tout au plus que de onze a douze mille hommes. A ce bruit en succeda
un autre: on pretendit que le petit nombre des federes actuellement
rendus a Soissons, avaient ete empoisonnes avec du verre mele dans
leur pain. On assurait meme qu'il y avait deja cent soixante morts et
huit cents malades. On alla aux informations, et on apprit que les
farines se trouvant dans une eglise, des vitres avaient ete cassees,
et que quelques morceaux de verre s'etaient trouves dans le pain. Il
n'y avait cependant ni morts, ni malades.

Le 25 juillet, un decret avait rendu toutes les sections de Paris
permanentes. Elles s'etaient reunies, et avaient charge Petion de
proposer en leur nom la decheance de Louis XVI. Le 3 aout au matin, le
maire de Paris, enhardi par ce voeu, se presenta a l'assemblee pour
faire une petition au nom des quarante-huit sections de Paris. Il
exposa la conduite de Louis XVI depuis l'ouverture de la revolution;
il retraca, dans le langage du temps, les bienfaits de la nation
envers le roi, et l'ingratitude du monarque. Il depeignit les
dangers dont toutes les imaginations etaient frappees, l'arrivee de
l'etranger, la nullite des moyens de defense, la revolte d'un general
contre l'assemblee, l'opposition d'une foule de directoires de
departement, et les menaces terribles et absurdes faites au nom de
Brunswick; en consequence il conclut a la decheance du roi, et demanda
a l'assemblee de mettre cette importante question a l'ordre du jour.

Cette grande proposition, qui n'avait encore ete faite que par des
clubs, des federes, des communes, venait d'acquerir un autre caractere
en etant presentee au nom de Paris et par son maire. Elle fut
accueillie plutot avec etonnement qu'avec faveur dans la seance du
matin. Mais le soir la discussion s'ouvrit, et l'ardeur d'une partie
de l'assemblee se deploya sans retenue. Les uns voulaient qu'on
discutat la question sur-le-champ, les autres qu'on l'ajournat. On
finit par la remettre au jeudi 9 aout, et on continua a recevoir et a
lire des petitions exprimant, avec plus d'energie encore que celle du
maire, le meme voeu et les memes sentimens.

La section de Mauconseil, allant plus loin que les autres, ne se borna
pas a demander la decheance, mais la prononca de sa pleine autorite.
Elle declara qu'elle ne reconnaissait plus Louis XVI pour roi des
Francais, et qu'elle irait bientot demander au corps legislatif s'il
voulait enfin sauver la France; de plus, elle invita toutes les
sections de l'empire (qu'elle n'appelait deja plus le royaume) a
imiter son exemple.

Comme on l'a deja vu, l'assemblee ne suivait pas le mouvement
insurrectionnel aussi vite que les autorites inferieures, parce que,
chargee de veiller sur les lois, elle etait obligee de les respecter
davantage. Elle se trouvait ainsi frequemment devancee par les corps
populaires, et voyait le pouvoir s'echapper de ses mains. Elle cassa
donc l'arrete de la section de Mauconseil; Vergniaud et Cambon
employerent les expressions les plus severes contre cet acte, qu'ils
appelerent une usurpation de la souverainete du peuple. Il parait
cependant que, dans cet acte, ils condamnaient moins la violation
des principes que la precipitation des petitionnaires, et surtout
l'inconvenance de leur langage a l'egard de l'assemblee nationale.

Le terme de toutes les incertitudes approchait; le meme jour on se
reunissait en meme temps dans le comite insurrectionnel des federes,
et chez les amis du roi, qui preparaient sa fuite. Le comite remit
l'insurrection au jour ou l'on discuterait la decheance, c'est-a-dire
au 9 aout au soir, pour le 10 au matin. De leur cote, les amis du roi
deliberaient sur sa fuite, dans le jardin de M. de Montmorin. MM. de
Liancourt et de Lafayette y renouvelaient leurs offres. Tout etait
dispose pour le depart. Cependant on manquait d'argent; Bertrand de
Molleville avait inutilement epuise la liste civile pour payer des
clubs royalistes, des orateurs de tribunes, des orateurs de groupes,
de pretendus seducteurs qui ne seduisaient personne, et gardaient pour
eux les fonds de la cour. On supplea au defaut d'argent par des prets
que des sujets genereux s'empresserent de faire au roi. Les offres
de M. de Liancourt ont deja ete rapportees; il donna tout l'or qu'il
avait pu se procurer. D'autres personnes fournirent celui qu'elles
possedaient. Des amis devoues se preparerent a suivre la voiture qui
transporterait la famille royale, et, s'il le fallait, a perir a ses
cotes. Tout etant dispose, les conseillers reunis chez Montmorin
resolurent le depart, apres un conciliabule qui dura toute une soiree.
Le roi, qui le vit immediatement apres, donna son consentement a cette
resolution, et ordonna qu'on s'entendit avec MM. de Montciel et
de Sainte-Croix. Quelles que fussent les opinions des hommes qui
s'etaient reunis pour cette entreprise, c'etait une grande joie pour
eux de croire un moment a la prochaine delivrance du monarque[1].

Mais le lendemain tout etait change; le roi fit repondre qu'il ne
partirait point, parce qu'il ne voulait pas commencer la guerre
civile. Tous ceux qui, avec des sentimens tres-differens,
s'interessaient egalement a lui, furent consternes. Ils apprirent que
le motif reel n'etait pas celui qu'avait donne le roi. Le veritable
etait d'abord l'arrivee de Brunswick, annoncee comme tres-prochaine;
ensuite l'ajournement de l'insurrection, et surtout le refus de la
reine de se confier aux constitutionnels" Elle avait energiquement
exprime sa repugnance, en disant qu'il valait mieux perir que de se
mettre dans les mains de gens qui leur avaient fait tant de mal[2].

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Perfumes: the Guide – a portal to a whole new art

Michelle Magorian scooped the 2008 Costa Children's Book Award with Just Henry, a huge 700-page book that made me cry. Not many authors can do that but Magorian handles dangerously emotional stuff and pulls it off without slipping into mawkish sentimentality. Hence tears.

The same quality marked out Goodnight Mister Tom, her first novel, which won the 1980 Guardian children's book prize and has been read by every child in year 6 and many others both younger and older – rightly so – ever since. Goodnight Mister Tom is avowedly weepy. Only the hardest heart could remain unmoved. I once met a child who'd sticky-taped three pages together because they made her cry too much – I'm sure everyone who's read the book will know which three.

In Goodnight Mister Tom, Magorian had the external drama of the second world war as an emotional backdrop: put simply, there was a lot to weep over. In Just Henry, however, the setting is 1949 and there should be – and is – a feeling of optimism and hope. It is a period that's rarely used in fiction but Just Henry reveals it to be one that's worth exploring. The effect of the war is still being felt in the social changes it brought about. Life didn't just "slip back": few families were lucky enough to remain unaffected. Fathers were lost or altered; mothers found themselves raising families alone, or having to return abruptly to a subordinate role; children were forced to make adjustments either way.

In her big, bold novel, knitted together with more mysteries and coincidences than are credible, Magorian wonderfully captures that uncertainty and shows children's ability to move forward and embrace change far faster than their parents or grandparents. Lest this realism and the solving of the mysteries is too mundane, Michelle adds an extra layer of emotion by weaving in the stories of film stars from the movies of the day. For once, the current fashion of long, long, long books is justified. Just Henry is a wallowing great read. Just don't forget your hanky.

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Charlotte Higgins: The Diary's favourite holiday-season pastime was smelling perfumes

Leona Lewis will soon join the ranks of Winston Churchill, Helen Keller and Gandhi by writing an autobiography. The chart-topping singer has signed a contract with publishers Hodder & Stoughton, with the aim to release the book in October.

Since winning the 2006 season of The X Factor, Lewis has broken sales records, serenaded Mandela and performed at the Beijing Olympics with Jimmy Page. The book will include over 100 new photographs, suggesting that pictures – and not meticulous prose - will be the means by which Lewis tells her tale.

"The last two years have been an unbelievable experience for me," she said in a statement. "So to have it documented in pictures and to be able to tell people in my own words how it feels means a lot to me." Dean Freeman, who worked on David Beckham's autobiography, has been hired to take new photographs of the 23-year-old – of Lewis hunched over a typewriter perhaps, or thumbing through the Oxford English Dictionary.

"This will be the first time Leona tells her story of how the X Factor launched her from waitressing in Pizza Hut in Hackney to stardom on both sides of the Atlantic," raved Fenella Bates, Lewis's editor at Hodder & Stoughton. "It is a real-life fairytale and every girl's dream."

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Charlotte Higgins: Bennett, Burnham and the Booker

The Diary's favourite holiday-season pastime was smelling perfumes, inspired by its favourite holiday-season book: the virtuosic Perfumes: the Guide, by Luca Turin and Tania Sanchez, which offers a critical analysis of 1,500 fragrances. Do not scoff: this is a branch of aesthetics as worthy as any other, and Turin and Sanchez's prose is a delight, with scents related to the orchestration of Ravel or to Bruckner symphonies.

In its haunting of London's perfumery halls, the Diary ran across novelist Philip Hensher, buying Margaret Thatcher's favourite scent Mitsouko, and Sandy Nairne, director of the National Portrait Gallery, who wears Creed's Bois du Portugal. Mitsouko is Turin's favourite perfume. However, he is scathing of Bois du Portugal: "Close in intent but not in richness or quality to de Nicolaï's divine New York, which is at once cheaper and vastly better."

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