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Histoire de la Revolution Francaise, Vol. II by Adolphe Thiers

A >> Adolphe Thiers >> Histoire de la Revolution Francaise, Vol. II

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"Le roi retabli dans tout son pouvoir legal;

"Une large et necessaire extension de ses prerogatives sacrees;

"Une veritable monarchie, un veritable monarque, une veritable
liberte;

"Une veritable representation nationale, dont le roi sera chef et
partie integrante;

"Un veritable pouvoir executif;

"Une veritable representation nationale, choisie parmi les
proprietaires;

"La constitution revisee, abolie en partie, en partie amelioree et
retablie sur une meilleure base;

"Le nouveau corps legislatif tenant ses seances seulement trois mois
par an;

"L'ancienne noblesse retablie dans ses anciens privileges, non pas
politiques, mais civils, dependans de l'opinion, comme titres, armes,
livrees, etc.

"Je remplis ma commission sans oser me permettre ni un conseil, ni une
reflexion. J'ai l'imagination trop frappee de la rage qui va s'emparer
de toutes ces tetes perdues a la premiere ville qui va nous etre
prise, pour ne pas me recuser moi-meme; j'en suis au point que cette
scene de samedi, qui parait tranquilliser beaucoup de gens, a double
mon inquietude. Tous ces baisers m'ont rappele celui de Judas.

"Je demande seulement a etre un des quatre-vingts ou cent cavaliers
qui escorteront S. M., si elle agree le projet; et je me flatte que je
n'ai pas besoin de l'assurer qu'on n'arriverait pas a elle, ni a aucun
membre de sa royale famille, qu'apres avoir passe sur mon cadavre.

"J'ajouterai un mot: j'ai ete l'ami de M. de Lafayette avant la
revolution. J'avais rompu tout commerce avec lui depuis le 22 mars de
la seconde annee: a cette epoque, je voulais qu'il fut ce qu'il est
aujourd'hui; je lui ecrivis que son devoir, son honneur, son interet,
tout lui prescrivait cette conduite; je lui tracais longuement le plan
tel que ma conscience me le suggerait. Il me promit; je ne vis point
d'effet a sa promesse. Je n'examinerai pas si c'etait impuissance
ou mauvaise volonte; je lui devins etranger; je le lui declarai, et
personne ne lui avait encore fait entendre des verites plus severes
que moi et mes amis, qui etaient aussi les siens. Aujourd'hui ces
memes amis ont rouvert ma correspondance avec lui. S. M. sait quel a
ete le but et le genre de cette correspondance. J'ai vu ses lettres,
j'ai eu deux heures de conference avec lui dans la nuit du jour ou il
est parti. Il reconnait ses erreurs; il est pret a se devouer pour la
liberte, mais en meme temps pour la monarchie; il s'immolera, s'il le
faut, pour son pays et son roi, qu'il ne separe plus; il est enfin
dans les principes que j'ai exposes dans cette note; il y est tout
entier, avec candeur, conviction, sensibilite, fidelite au roi,
abandon de lui-meme: j'en reponds sur ma probite.

"J'oubliais de dire qu'il demande qu'on ne traite rien de ceci avec
ceux des officiers qui peuvent etre dans la capitale en ce moment.
Tous peuvent soupconner qu'il y a quelques projets; mais aucun n'est
instruit de celui qu'il y a. Il suffira qu'ils le sachent le matin
pour agir; il craint l'indiscretion si on leur en parlait d'avance, et
aucun d'eux n'est excepte de cette observation."

"P.S. Oserais-je dire que cette note me parait devoir etre meditee par
celui-la seul qui, dans une journee a jamais memorable, a vaincu par
son courage heroique une armee entiere d'assassins; par celui-la
qui, le lendemain de ce triomphe sans exemple, a dicte lui-meme une
proclamation aussi sublime que ses actions l'avaient ete la veille,
et non par les conseils qui ont minute la lettre ecrite en son nom au
corps legislatif, pour annoncer qu'il se trouverait a la ceremonie du
14; non par les conseils qui ont fait sanctionner le decret des droits
feodaux, decret equivalant a un vol fait dans la poche et sur les
grands chemins.

"M. de Lafayette n'admet pas l'idee que le roi, une fois sorti de la
capitale, ait d'autre direction a suivre que celle de sa conscience
et de sa libre volonte. Il croit que la premiere operation de S. M.
devait etre de se creer une garde; il croit aussi que son projet peut
se modifier de vingt differentes manieres; il prefere la retraite dans
le Nord a celle du Midi, comme etant plus a la portee de secourir de
ce cote, et redoutant la faction meridionale. En un mot, _la liberte
du roi et la destruction des factieux_, voila son but dans toute la
sincerite de son coeur. Ce qui doit suivre suivra."


_Copie d'une lettre de M. de Lafayette_.

Le 8 juillet 1790.

"J'avais dispose mon armee de maniere que les meilleurs escadrons de
grenadiers, l'artillerie a cheval, etaient sous les ordres de M----,
a la quatrieme division, et si ma proposition eut ete acceptee,
j'emmenais en deux jours a Compiegne quinze escadrons et huit pieces
de canon, le reste de l'armee etant place en echelons a une marche
d'intervalle; et tel regiment qui n'eut pas fait le premier passerait
venu a mon secours, si mes camarades et moi avions ete engages.

"J'avais conquis Lukner au point de lui faire promettre de marcher sur
la capitale avec moi, si la surete du roi l'exigeait, et pourvu qu'il
en donnat l'ordre; et j'ai cinq escadrons de cette armee, dont je
dispose absolument, Languedoc et ----; le commandant de l'artillerie
a cheval est aussi exclusivement a moi. Je comptais que ceux-la
marcheraient aussi a Compiegne.

"Le roi a pris l'engagement de se rendre a la fete federale. Je
regrette que mon plan n'ait pas ete adopte; mais il faut tirer parti
de celui qu'on a prefere.

"Les demarches que j'ai faites, l'adhesion de beaucoup de departemens
et de communes, celle de M. Lukner, mon credit sur mon armee et meme
sur les autres troupes, ma popularite dans le royaume, qui est plutot
augmentee que diminuee, quoique fort restreinte dans la capitale,
toutes ces circonstances, jointes a plusieurs autres, ont donne a
penser aux factieux, en donnant l'eveil aux honnetes gens; et j'espere
que les dangers physiques du 14 juillet sont fort diminues. Je pense
meme qu'ils sont nuls, si le roi est accompagne de Lukner et de moi,
et entoure des bataillons choisis que je lui fais preparer.

"Mais si le roi et sa famille restent dans la capitale, ne sont-ils
pas toujours dans les mains des factieux? Nous perdrons la premiere
bataille; il est impossible d'en douter. Le contre-coup s'en fera
ressentir dans la capitale. Je dis plus, il suffira d'une supposition
de correspondance entre la reine et les ennemis pour occasionner les
plus grands exces. Du moins voudra-t-on emmener le roi dans le midi,
et cette idee, qui revolte, aujourd'hui, paraitra simple lorsque les
rois ligues approcheront. Je vois donc, immediatement apres le 14,
commencer une suite de dangers.

"Je le repete encore, il faut que le roi sorte de Paris. Je sais que,
s'il n'etait pas de bonne foi, il y aurait des inconveniens; mais
quand il s'agit de se confier au roi, qui est un honnete homme,
peut-on balancer un instant? Je suis presse de voir le roi a
Compiegne.

"Voici donc les deux objets sur lesquels porte mon projet actuel: 1.
Si le roi n'a pas encore mande Lukner et moi, il faut qu'il le fasse
sur-le-champ. _Nous avons Lukner_! Il faut l'engager de plus en plus.
Il dira que nous sommes ensemble; je dirai le reste. Lukner peut
venir me prendre, de maniere que nous soyons le 12 au soir dans la
capitale. Le 13 et le 14 peuvent fournir des chances offensives; du
moins la defensive sera assuree par votre presence; et qui sait ce que
peut faire la mienne sur la garde nationale?

"Nous accompagnerons le roi a l'autel de la patrie. Les deux generaux,
representant deux armees qu'on sait leur etre tres attachees,
empecheront les atteintes qu'on voudrait porter a la dignite du
roi. Quant a moi, je puis retrouver l'habitude que les uns ont eue
long-temps, d'obeir a ma voix; la terreur que j'ai toujours inspiree
aux, autres des qu'ils sont devenus factieux, et peut-etre quelques
moyens personnels de tirer parti d'une crise, peuvent me rendre utile,
du moins pour eloigner les dangers. Ma demande est, d'autant plus
desinteressee que ma situation sera desagreable par comparaison avec
la grande federation; mais je regarde comme un devoir sacre d'etre
aupres du roi dans cette circonstance, et ma tete est tellement montee
a cet egard, que _j'exige absolument_ du ministere de la guerre qu'il
me mande, et que cette premiere partie de ma proposition soit adoptee,
et je vous prie de le faire savoir par des amis communs au roi, a sa
famille et a son conseil.

"2. Quant a ma seconde proposition, je la crois egalement
indispensable, et voici comme je l'entends: le serment du roi, le
notre, auront tranquillise les gens qui ne sont que faibles, et par
consequent les coquins seront pendant quelques jours prives de cet
appui. Je voudrais que le roi ecrivit sous le secret, a M. Lukner et a
moi, une lettre commune a nous deux, et qui nous trouverait en route
dans la soiree du 11 ou dans la journee du 12. Le roi y dira:
"Qu'apres avoir prete notre serment, il fallait s'occuper de prouver
aux etrangers sa sincerite; que le meilleur moyen serait qu'il passat
quelques jours a Compiegne; qu'il nous charge d'y faire trouver
quelques escadrons pour joindre a la garde nationale du lieu, et a
un detachement de la capitale; que nous l'accompagnerons jusqu'a
Compiegne, d'ou nous rejoindrons chacun notre armee; qu'il desire que
nous prenions des escadrons dont les chefs soient connus par leur
attachement a la constitution, et un officier-general qui ne puisse
laisser aucun doute a cet egard."

"D'apres cette lettre, Lukner et moi chargerons M---- de cette
expedition; il prendra avec lui quatre pieces d'artillerie; a cheval;
huit, si l'on veut; mais il ne faut pas que le roi en parle, parce que
l'odieux du canon doit tomber sur nous.--Le 15, a dix heures du matin,
le roi irait a l'assemblee, accompagne de Lukner et de moi; et, soit
que nous eussions un bataillon, soit que nous eussions cinquante
hommes a cheval de gens devoues au roi, ou de mes amis, nous verrions
si le roi, la famille royale, Lukner et moi, serions arretes.

"Je suppose que nous le fussions, Lukner et moi rentrerions a
l'assemblee pour nous plaindre et la menacer de nos armees. Lorsque le
roi serait rentre, sa position ne serait pas plus mauvaise, car il ne
serait pas sorti de la constitution; il n'aurait contre lui que les
ennemis de la constitution, et Lukner et moi amenerions facilement des
detachemens de Compiegne. Remarquez que ceci ne compromet pas
autant le roi qu'il le sera necessairement par les evenemens qui se
preparent.

"On a tellement gaspille, dans des niaiseries aristocratiques,
les fonds dont le roi peut disposer, qu'il doit lui rester peu de
disponible. Il n'y a pas de doute qu'il ne faille emprunter, s'il est
necessaire, pour s'emparer des trois jours de la federation.

"Il y a encore une chose a prevoir, celle ou l'assemblee decreterait
que les generaux ne doivent pas venir dans la capitale. Il suffit que
le roi y refuse immediatement sa sanction.

"Si, par une fatalite inconcevable, le roi avait deja donne sa
sanction, qu'il nous donne rendez-vous a Compiegne, dut-il etre
arrete en partant. Nous lui ouvrirons les moyens d'y venir _libre et
triomphant_. Il est inutile d'observer que dans tous les cas, arrive a
Compiegne, il y etablira sa garde personnelle, telle que la lui donne
la constitution.

"En verite, quand je me vois entoure d'habitans de la campagne qui,
viennent de dix lieues et plus pour me voir et pour me jurer qu'ils
n'ont confiance qu'en moi, que mes amis et mes ennemis sont les leurs;
quand je me vois cheri de mon armee, sur laquelle les efforts des
jacobins n'ont aucune influence; quand je vois de toutes les parties
du royaume arriver des temoignages d'adhesion a mes opinions, je ne
puis croire que tout est perdu, et que je n'ai aucun moyen d'etre
utile."




NOTE 19.


La reponse suivante est extraite du meme recueil de pieces, cite dans
la note precedente.

_Reponse de la main du roi_.

"Il faut lui repondre que je suis infiniment sensible a l'attachement
pour moi qui le porterait a se mettre aussi en avant, mais que la
maniere me parait impraticable. Ce n'est pas par crainte personnelle,
mais tout serait mis enjeu a la fois, et, quoi qu'il en dise, ce
projet manque ferait retomber tout pire que jamais, et de plus
en plus, sous la ferule des factieux. Fontainebleau n'est qu'un
cul-de-sac, ce serait une mauvaise retraite, et du cote du Midi: du
cote du Nord, cela aurait l'air d'aller au-devant des Autrichiens. On
lui repond sur son mande, ainsi je n'ai rien a dire ici. La presence
des generaux a la federation pourrait etre utile; elle pourrait
d'ailleurs avoir pour motif de voir le nouveau ministre, et de
convenir avec lui des besoins de l'armee. Le meilleur conseil a donner
a M. de Lafayette est de servir toujours d'epouvantail aux factieux,
en remplissant bien son metier de general. Par la, il s'assurera de
plus en plus la confiance de son armee, et pourra s'en servir comme il
voudra au besoin."




NOTE 20.


_Details des evenemens du 10 aout_.

(Ils sont tires d'un ecrit signe _Carra_, et intitule: _Precis
historique et tres exact sur l'origine et les veritables auteurs de la
celebre insurrection du 10 aout, qui a sauve la republique. L'auteur
assure que le maire n'eut pas la moindre part au succes, mais qu'il
s'est trouve en place, dans cette occasion, comme une veritable
providence pour les patriotes_. Ce morceau est tire des _Annales
politiques_ du 30 novembre dernier.)

"Les hommes, dit Jerome Petion, dans son excellent discours sur
l'accusation intentee contre Maximilien Robespierre, qui se sont
attribue la gloire de cette journee, sont les hommes a qui elle
appartient le moins. Elle est due a ceux qui l'ont preparee; elle
est due a la nature imperieuse des choses; elle est due aux braves
federes, et _a leur directoire secret qui concertait depuis long-temps
le plan de l'insurrection;_ elle est due enfin au genie tutelaire
qui preside constamment aux destins de la France, depuis la premiere
assemblee de ses representans."

"C'est de ce directoire secret, dont parle Jerome Petion, que je vais
parler a mon tour, et comme membre de ce directoire, et comme acteur
dans toutes ses operations. Ce directoire secret fut forme par le
comite central des federes etabli dans la salle de correspondance
aux Jacobins Saint-Honore. Ce fut des quarante-trois membres qui
s'assemblaient journellement depuis le commencement de juillet dans
cette salle, qu'on en tira cinq pour le directoire d'insurrection. Ces
cinq membres etaient Vaugeois, grand-vicaire de l'eveque de Blois;
Debesse, du departement de la Drome; Guillaume, professeur a Caen;
Simon, journaliste de Strasbourg; et Galissot, de Langres. Je fus
adjoint a ces cinq membres, a l'instant meme de la formation du
directoire, et quelques jours apres on y invita Fournier l'Americain;
Westermann; Kienlin, de Strasbourg; Santerre; Alexandre, commandant
du faubourg Saint-Marceau; Lazouski, capitaine des canonniers de
Saint-Marceau; Antoine, de Metz, l'ex-constituant; Lagrey; et Carin,
electeur de 1789.

"La premiere seance de ce directoire se tint dans un petit cabaret,
au Soleil d'Or, rue Saint-Antoine, pres la Bastille, dans la nuit du
jeudi au vendredi 26 juillet, apres la fete civique donnee aux federes
sur l'emplacement de la Bastille. Le patriote Gorsas parut dans le
cabaret d'ou nous sortimes a deux heures du matin, pour nous porter
pres de la colonne de la liberte, sur l'emplacement de la Bastille,
et y mourir s'il fallait pour la patrie. Ce fut dans ce cabaret du
Soleil-d'Or que Fournier l'Americain nous apporta le drapeau rouge,
dont j'avais propose l'invention, et sur lequel j'avais fait ecrire
ces mots: _Loi martiale du peuple souverain contre la rebellion du
pouvoir executif_. Ce fut aussi dans ce meme cabaret que j'apportai
cinq cents exemplaires d'une affiche ou etaient ces mots: _Ceux qui
tireront sur les colonnes du peuple seront mis a mort sur-le-champ_.
Cette affiche, imprimee chez le libraire Buisson, avait ete apportee
chez Santerre, ou j'allai la chercher a minuit. Notre projet manqua
cette fois par la prudence du maire, qui sentit vraisemblablement que
nous n'etions pas assez en mesure dans ce moment; et la seconde seance
active du directoire fut renvoyee au 4 aout suivant.

"Les memes personnes a peu pres se trouverent dans cette seance, et
en outre Camille Desmoulins: elle se tint au Cadran-Bleu, sur le
boulevart; et sur les huit heures du soir, elle se transporta dans
la chambre d'Antoine, l'ex-constituant, rue Saint-Honore, vis-a-vis
l'Assomption, juste dans la maison ou demeure Robespierre. L'hotesse
de Robespierre fut tellement effrayee de ce conciliabule, qu'elle
vint, sur les onze heures du soir, demander a Antoine s'il voulait
faire egorger Robespierre: _Si quelqu'un doit etre egorge_, dit
Antoine, _ce sera nous sans doute; il ne s'agit pas de Robespierre, il
n'a qu'a se cacher_.

"Ce fut dans cette seconde seance active que j'ecrivis de ma main tout
le plan de l'insurrection, la marche des colonnes et l'attaque du
chateau. Simon fit une copie de ce plan, et nous l'envoyames a
Santerre et a Alexandre, vers minuit; mais une seconde fois notre
projet manqua, parce qu'Alexandre et Santerre n'etaient pas encore
assez en mesure, et plusieurs voulaient attendre la discussion
renvoyee au 10 aout, sur la suspension du roi.

"Enfin la troisieme seance active de ce directoire se tint dans la
nuit du 9 au 10 aout dernier au moment ou le tocsin sonna, et dans
trois endroits differents en meme temps; savoir: Fournier l'Americain
avec quelques autres au faubourg Saint-Marceau; Westermann, Santerre
et deux autres, au faubourg Saint-Antoine; Carin, journaliste de
Strasbourg, et moi, dans la caserne des Marseillais, et dans la
chambre meme du commandant, ou nous avons ete vus par tout le
bataillon...

"Dans ce precis, qui est de la plus exacte verite, et que je defie qui
que ce soit de revoquer en doute dans ses moindres details, on voit
qu'il ne s'agit ni de Marat, ni de Robespierre, ni de tant d'autres
qui veulent passer pour acteurs dans cette affaire; et que ceux-la qui
peuvent s'attribuer directement la gloire de la fameuse journee du 10
aout, sont ceux que je viens de nommer, et qui ont forme le directoire
secret des federes."




NOTE 21.


_Copie de la lettre ecrite au citoyen Boze, par Guadet, Vergniaud et
Gensonne_.

"Vous nous demandez, monsieur, quelle est notre opinion sur la
situation actuelle de la France, et le choix des mesures qui
pourraient garantir la chose publique des dangers pressans dont elle
est menacee; c'est la le sujet des inquietudes des bons citoyens, et
l'objet de leurs plus profondes meditations.

"Lorsque vous nous interrogez sur d'aussi grands interets, nous ne
balancerons pas a nous expliquer avec franchise.

"On ne doit pas le dissimuler, la conduite du pouvoir executif est
la cause immediate de tous les maux qui affligent la France et des
dangers qui environnent le trone. On trompe le roi, si on cherche a
lui persuader que des opinions exagerees, l'effervescente des clubs,
les manoeuvres de quelques agitateurs; et des factions puissantes ont
fait naitre et entretiennent ces mouvemens desordonnes dont chaque
jour peut accroitre la violence, et dont peut-etre on ne pourra plus
calculer les suites; c'est placer la cause du mal dans ses symptomes.

"Si le peuple etait tranquille sur le succes d'une revolution si
cherement achetee, si la liberte publique n'etait plus en danger, si
la conduite du roi n'excitait aucune mefiance, le niveau des opinions
s'etablirait de lui-meme; la grande masse des citoyens ne songerait
qu'a jouir des bienfaits que la constitution lui assure; et si, dans
cet etat de choses, il existait encore des factions, elles cesseraient
d'etre dangereuses, elles n'auraient plus ni pretexte ni objet.

"Mais tout autant que la liberte publique sera en peril, tout autant
que les alarmes des citoyens seront entretenues par la conduite
du pouvoir executif, et que les conspirations qui se trament dans
l'interieur et a l'exterieur du royaume paraitront plus ou moins
ouvertement favorisees par le roi, cet etat de choses appelle
necessairement les troubles, le desordre et les factions. Dans les
etats les mieux constitues, et constitues depuis des siecles, les
revolutions n'ont pas d'autre principe, et l'effet en doit etre pour
nous d'autant plus prompt, qu'il n'y a point eu d'intervalle entre
les mouvemens qui ont entraine la premiere et ceux qui semblent
aujourd'hui nous annoncer une seconde revolution.

"Il n'est donc que trop evident que l'etat actuel des choses doit
amener une crise dont presque toutes les chances seront contre la
royaute. En effet on separe les interets du roi de ceux de la nation;
on fait du premier fonctionnaire public d'une nation libre un chef de
parti, et, par cette affreuse politique, on fait rejaillir sur lui
l'odieux de tous les maux dont la France est affligee.

"Eh! quel peut etre le succes des puissances etrangeres, quand bien
meme on parviendrait, par leur intervention, a augmenter l'autorite
du roi et a donner au gouvernement une forme nouvelle? N'est-il pas
evident que les hommes qui ont eu l'idee de ce congres ont sacrifie a
leurs prejuges, a leur interet personnel, l'interet meme du monarque;
que le succes de ces manoeuvres donnerait un caractere d'usurpation a
des pouvoirs que la nation seule delegue, et que sa seule confiance
peut soutenir? Comment n'a-t-on pas vu que la force qui entrainerait
ce changement serait long-temps necessaire a la conservation, et qu'on
semerait par la dans le sein du royaume un germe de division et de
discordes que le laps de plusieurs siecles aurait peine a etouffer?

"Aussi sincerement qu'invariablement attaches aux interets de la
nation, dont nous ne separerons jamais ceux du roi qu'autant qu'il les
separera lui-meme, nous pensons que le seul moyen de prevenir les maux
dont l'empire est menace, et de retablir le calme, serait que le roi,
par sa conduite, fit cesser tous les sujets de mefiance, se prononcat
par le fait de la maniere la plus franche et la moins equivoque, et
s'entourat enfin de la confiance du peuple, qui seule fait sa force et
peut faire son bonheur.

"Ce n'est pas aujourd'hui par des protestations nouvelles qu'il peut
y parvenir; elles seraient derisoires, et, dans les circonstances
actuelles, elles prendraient un caractere d'ironie qui, bien loin de
dissiper les alarmes, ne ferait qu'en accroitre le danger.

"Il n'en est qu'une dont on put attendre, quelque effet; ce serait la
declaration la plus solennelle qu'en aucun cas le roi n'accepterait
une augmentation de pouvoir qui ne lui fut volontairement accordee par
les Francais, sans le concours et l'intervention d'aucune puissance
etrangere, et librement deliberee dans les formes constitutionnelles.

"On observe meme a cet egard que plusieurs membres de l'assemblee
nationale savent que cette declaration a ete proposee au roi,
lorsqu'il fit la proposition de la guerre au roi de Hongrie, et qu'il
ne jugea pas a propos de la faire.

"Mais ce qui suffirait peut-etre pour retablir la confiance, ce serait
que le roi parvint a faire reconnaitre aux puissances coalisees
l'independance de la nation francaise, a faire cesser toutes
hostilites, et rentrer les cordons de troupes qui menacent nos
frontieres.

"Il est impossible qu'une tres grande partie de la nation ne soit
convaincue que le roi ne soit le maitre de faire cesser cette
coalition; et tant qu'elle mettra la liberte publique en peril, on ne
doit pas se flatter que la confiance renaisse.

"Si les efforts du roi pour cet objet etaient impuissans, au moins
devrait-il aider la nation, par tous les moyens qui sont en son
pouvoir, a repousser l'attaque exterieure, et ne rien negliger pour
eloigner de lui le soupcon de la favoriser.

"Dans cette supposition, il est aise de concevoir que les soupcons
et la confiance tiennent a des circonstances malheureuses qu'il est
impossible de changer.

"En faire un crime lorsque le danger est reel et ne peut etre meconnu,
c'est le plus sur moyen d'augmenter les soupcons; se plaindre de
l'exageration, attaquer les clubs, supposer des agitateurs lorsque
l'effervescence et l'agitation sont l'effet naturel des circonstances,
c'est leur donner une force nouvelle, c'est accroitre le mouvement du
peuple par les moyens memes qu'on emploie pour les calmer.

"Tant qu'il y aura contre la liberte une action subsistante et connue,
la reaction est inevitable, et le developpement de l'une et de l'autre
aura les memes progres.

"Dans une situation aussi penible, le calme ne peut se retablir que
par l'absence de tous les dangers; et jusqu'a ce que cette heureuse
epoque soit arrivee, ce qui importe le plus a la nation et au roi,
c'est que ces circonstances malheureuses ne soient pas continuellement
envenimees par une conduite, au moins equivoque, de la part des agents
du pouvoir.

"1. Pourquoi le roi ne choisit-il pas ses ministres parmi les hommes
les plus prononces pour la revolution? Pourquoi, dans les momens les
plus critiques, n'est-il entoure que d'hommes inconnus ou suspects?
S'il pouvait etre utile au roi d'augmenter la mefiance et d'exciter le
peuple a des mouvemens, s'y prendrait-on autrement pour les fomenter?

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Perfumes: the Guide – a portal to a whole new art

Michelle Magorian scooped the 2008 Costa Children's Book Award with Just Henry, a huge 700-page book that made me cry. Not many authors can do that but Magorian handles dangerously emotional stuff and pulls it off without slipping into mawkish sentimentality. Hence tears.

The same quality marked out Goodnight Mister Tom, her first novel, which won the 1980 Guardian children's book prize and has been read by every child in year 6 and many others both younger and older – rightly so – ever since. Goodnight Mister Tom is avowedly weepy. Only the hardest heart could remain unmoved. I once met a child who'd sticky-taped three pages together because they made her cry too much – I'm sure everyone who's read the book will know which three.

In Goodnight Mister Tom, Magorian had the external drama of the second world war as an emotional backdrop: put simply, there was a lot to weep over. In Just Henry, however, the setting is 1949 and there should be – and is – a feeling of optimism and hope. It is a period that's rarely used in fiction but Just Henry reveals it to be one that's worth exploring. The effect of the war is still being felt in the social changes it brought about. Life didn't just "slip back": few families were lucky enough to remain unaffected. Fathers were lost or altered; mothers found themselves raising families alone, or having to return abruptly to a subordinate role; children were forced to make adjustments either way.

In her big, bold novel, knitted together with more mysteries and coincidences than are credible, Magorian wonderfully captures that uncertainty and shows children's ability to move forward and embrace change far faster than their parents or grandparents. Lest this realism and the solving of the mysteries is too mundane, Michelle adds an extra layer of emotion by weaving in the stories of film stars from the movies of the day. For once, the current fashion of long, long, long books is justified. Just Henry is a wallowing great read. Just don't forget your hanky.

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Charlotte Higgins: The Diary's favourite holiday-season pastime was smelling perfumes

Leona Lewis will soon join the ranks of Winston Churchill, Helen Keller and Gandhi by writing an autobiography. The chart-topping singer has signed a contract with publishers Hodder & Stoughton, with the aim to release the book in October.

Since winning the 2006 season of The X Factor, Lewis has broken sales records, serenaded Mandela and performed at the Beijing Olympics with Jimmy Page. The book will include over 100 new photographs, suggesting that pictures – and not meticulous prose - will be the means by which Lewis tells her tale.

"The last two years have been an unbelievable experience for me," she said in a statement. "So to have it documented in pictures and to be able to tell people in my own words how it feels means a lot to me." Dean Freeman, who worked on David Beckham's autobiography, has been hired to take new photographs of the 23-year-old – of Lewis hunched over a typewriter perhaps, or thumbing through the Oxford English Dictionary.

"This will be the first time Leona tells her story of how the X Factor launched her from waitressing in Pizza Hut in Hackney to stardom on both sides of the Atlantic," raved Fenella Bates, Lewis's editor at Hodder & Stoughton. "It is a real-life fairytale and every girl's dream."

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Charlotte Higgins: Bennett, Burnham and the Booker

The Diary's favourite holiday-season pastime was smelling perfumes, inspired by its favourite holiday-season book: the virtuosic Perfumes: the Guide, by Luca Turin and Tania Sanchez, which offers a critical analysis of 1,500 fragrances. Do not scoff: this is a branch of aesthetics as worthy as any other, and Turin and Sanchez's prose is a delight, with scents related to the orchestration of Ravel or to Bruckner symphonies.

In its haunting of London's perfumery halls, the Diary ran across novelist Philip Hensher, buying Margaret Thatcher's favourite scent Mitsouko, and Sandy Nairne, director of the National Portrait Gallery, who wears Creed's Bois du Portugal. Mitsouko is Turin's favourite perfume. However, he is scathing of Bois du Portugal: "Close in intent but not in richness or quality to de Nicolaï's divine New York, which is at once cheaper and vastly better."

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