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Les Quarante Cinq, v3 by Alexandre Dumas

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LES QUARANTE-CINQ
TROISIEME PARTIE

PAR
ALEXANDRE DUMAS




XLIV

PREPARATIFS DE BATAILLE


Le camp du nouveau duc de Brabant etait assis sur les deux rives de
l'Escaut: l'armee, bien disciplinee, etait cependant agitee d'un esprit
d'agitation facile a comprendre.

[Illustration: Tu es un traitre, et en traitre tu mourras. -- PAGE 19.]

En effet, beaucoup de calvinistes assistaient le duc d'Anjou, non point
par sympathie pour le susdit duc, mais pour etre aussi desagreables que
possible a l'Espagne, et aux catholiques de France et d'Angleterre; ils se
battaient donc plutot par amour-propre que par conviction ou par
devoument, et l'on sentait bien que la campagne une fois finie, ils
abandonneraient le chef ou lui imposeraient des conditions.

D'ailleurs ces conditions, le duc d'Anjou laissait toujours croire qu'a
l'heure venue, il irait au devant d'elles. Son mot favori etait: " Henri
de Navarre s'est bien fait catholique, pourquoi Francois de France ne se
ferait-il pas huguenot? "

De l'autre cote, au contraire, c'est-a-dire chez l'ennemi, existaient, en
opposition avec ces dissidences morales et politiques, des principes
distincts, une cause parfaitement arretee, le tout parfaitement pur
d'ambition ou de colere.

Anvers avait d'abord eu l'intention de se donner, mais a ses conditions et
a son heure; elle ne refusait pas precisement Francois, mais elle se
reservait d'attendre, forte par son assiette, par le courage et
l'experience belliqueuse de ses habitants; elle savait d'ailleurs qu'en
etendant le bras, outre le duc de Guise en observation dans la Lorraine,
elle trouvait Alexandre Farnese dans le Luxembourg. Pourquoi, en cas
d'urgence, n'accepterait-elle pas les secours de l'Espagne contre Anjou,
comme elle avait accepte le secours d'Anjou contre l'Espagne?

Quitte, apres cela, a repousser l'Espagne apres que l'Espagne l'aurait
aidee a repousser Anjou.

Ces republicains monotones avaient pour eux la force d'airain du bon sens.

Tout a coup ils virent apparaitre une flotte a l'embouchure de l'Escaut,
et ils apprirent que cette flotte arrivait avec le grand amiral de France,
et que ce grand amiral de France amenait un secours a leur ennemi.

Depuis qu'il etait venu mettre le siege devant Anvers, le duc d'Anjou
etait devenu naturellement l'ennemi des Anversois.

En apercevant cette flotte, et en apprenant l'arrivee de Joyeuse, les
calvinistes du duc d'Anjou firent une grimace presque egale a celle que
faisaient les Flamands. Les calvinistes etaient fort braves, mais en meme
temps fort jaloux; ils passaient facilement sur les questions d'argent,
mais n'aimaient point qu'on vint rogner leurs lauriers, surtout avec des
epees qui avaient servi a saigner tant de huguenots au jour de la Saint-
Barthelemy.

De la, force querelles qui commencerent le soir meme de l'arrivee de
Joyeuse, et se continuerent triomphalement le lendemain et le
surlendemain.

Du haut de leurs remparts, les Anversois avaient chaque jour le spectacle
de dix ou douze duels entre catholiques et huguenots. Les polders
servaient de champ clos, et l'on jetait dans le fleuve beaucoup plus de
morts qu'une affaire en rase campagne n'en eut coute aux Francais. Si le
siege d'Anvers, comme celui de Troie, eut dure neuf ans, les assieges
n'eussent eu besoin de rien faire autre chose que de regarder faire les
assiegeants; ceux-ci se fussent certainement detruits eux-memes.

Francois faisait, dans toutes ces querelles, l'office de mediateur, mais
non sans d'enormes difficultes; il y avait des engagements pris avec les
huguenots francais: blesser ceux-ci, c'etait se retirer l'appui moral des
huguenots flamands, qui pouvaient l'aider dans Anvers.

D'un autre cote, brusquer les catholiques envoyes par le roi pour se faire
tuer a son service, etait pour le duc d'Anjou chose non-seulement
impolitique, mais encore compromettante.

L'arrivee de ce renfort, sur lequel le duc d'Anjou lui-meme ne comptait
pas, avait bouleverse les Espagnols, et de leur cote les Lorrains en
crevaient de fureur.

C'etait bien quelque chose pour le duc d'Anjou que de jouir a la fois de
cette double satisfaction.

Mais le duc ne menageait point ainsi tous les partis sans que la
discipline de son armee en souffrit fort.

Joyeuse, a qui la mission n'avait jamais souri, on se le rappelle, se
trouvait mal a l'aise au milieu de cette reunion d'hommes si divers de
sentiments; il sentait instinctivement que le temps des succes etait
passe. Quelque chose comme le pressentiment d'un grand echec courait dans
l'air, et, dans sa paresse de courtisan comme dans son amour-propre de
capitaine, il deplorait d'etre venu de si loin pour partager une defaite.

Aussi trouvait-il en conscience et disait-il tout haut que le duc d'Anjou
avait eu grand tort de mettre le siege devant Anvers. Le prince d'Orange,
qui lui avait donne ce traitre conseil, avait disparu depuis que le
conseil avait ete suivi, et l'on ne savait pas ce qu'il etait devenu. Son
armee etait en garnison dans cette ville, et il avait promis au duc
d'Anjou l'appui de cette armee; cependant on n'entendait point dire le
moins du monde qu'il y eut division entre les soldats de Guillaume et les
Anversois, et la nouvelle d'un seul duel entre les assieges n'etait pas
venue rejouir les assiegeants depuis qu'ils avaient assis leur camp devant
la place.

Ce que Joyeuse faisait surtout valoir dans son opposition au siege, c'est
que cette ville importante d'Anvers etait presque une capitale: or,
posseder une grande ville par le consentement de cette grande ville, c'est
un avantage reel; mais prendre d'assaut la deuxieme capitale de ses futurs
Etats, c'etait s'exposer a la desaffection des Flamands, et Joyeuse
connaissait trop bien les Flamands pour esperer, en supposant que le duc
d'Anjou prit Anvers, qu'ils ne se vengeraient pas tot ou tard de cette
prise, et avec usure.

Cette opinion, Joyeuse l'exposait tout haut dans la tente du duc, cette
nuit meme ou nous avons introduit nos lecteurs dans le camp francais.

Pendant que le conseil se tenait entre ses capitaines, le duc etait assis
ou plutot couche sur un long fauteuil qui pouvait au besoin servir de lit
de repos, et il ecoutait, non point les avis du grand amiral de France,
mais les chuchotements de son joueur de luth Aurilly.

Aurilly, par ses laches complaisances, par ses basses flatteries et par
ses continuelles assiduites, avait enchaine la faveur du prince; jamais il
ne l'avait servi comme avaient fait ses autres amis, en desservant, soit
le roi, soit de puissants personnages, de sorte qu'il avait evite l'ecueil
ou la Mole, Coconnas, Bussy et tant d'autres s'etaient brises.

Avec son luth, avec ses messages d'amour, avec ses renseignements exacts
sur tous les personnages et les intrigues de la cour, avec ses manoeuvres
habiles pour jeter dans les filets du duc la proie qu'il convoitait,
quelle que fut cette proie, Aurilly avait fait, sous main, une grande
fortune, adroitement disposee en cas de revers; de sorte qu'il paraissait
toujours etre le pauvre musicien Aurilly, courant apres un ecu, et
chantant comme les cigales lorsqu'il avait faim.

L'influence de cet homme etait immense parce qu'elle etait secrete.

Joyeuse, en le voyant couper ainsi dans ses developpements de strategie et
detourner l'attention du duc, Joyeuse se retira en arriere, interrompant
tout net le fil de son discours.

Francois avait l'air de ne pas ecouter, mais il ecoutait reellement; aussi
cette impatience de Joyeuse ne lui echappa-t-elle point, et, sur-le-champ:

-- Monsieur l'amiral, dit-il, qu'avez-vous?

-- Rien, monseigneur; j'attends seulement que Votre Altesse ait le loisir
de m'ecouter.

-- Mais j'ecoute, monsieur de Joyeuse, j'ecoute, repondit allegrement le
duc. Ah! vous autres Parisiens, vous me croyez donc bien epaissi par la
guerre de Flandre, que vous pensez que je ne puis ecouter deux personnes
parlant ensemble, quand Cesar dictait sept lettres a la fois!

-- Monseigneur, repondit Joyeuse en lancant au pauvre musicien un coup
d'oeil sous lequel celui-ci plia avec son humilite ordinaire, je ne suis
pas un chanteur pour avoir besoin que l'on m'accompagne quand je parle.

-- Bon, bon, duc; taisez-vous, Aurilly.

Aurilly s'inclina.

-- Donc, continua Francois, vous n'approuvez pas mon coup de main sur
Anvers, monsieur de Joyeuse?

-- Non, monseigneur.

-- J'ai adopte ce plan en conseil, cependant.

-- Aussi, monseigneur, n'est-ce qu'avec une grande reserve que je prends
la parole, apres tant d'experimentes capitaines.

Et Joyeuse, en homme de cour, salua autour de lui.

Plusieurs voix s'eleverent pour affirmer au grand amiral que son avis
etait le leur.

D'autres, sans parler, firent des signes d'assentiment.

-- Comte de Saint-Aignan, dit le prince a l'un de ses plus braves
colonels, vous n'etes pas de l'avis de M. de Joyeuse, vous?

-- Si fait, monseigneur, repondit M. de Saint-Aignan.

-- Ah! c'est que, comme vous faisiez la grimace....

Chacun se mit a rire. Joyeuse palit, le comte rougit.

-- Si M. le comte de Saint-Aignan, dit Joyeuse, a l'habitude de donner son
avis de cette facon, c'est un conseiller peu poli, voila tout.

-- Monsieur de Joyeuse, repartit vivement Saint-Aignan, Son Altesse a eu
tort de me reprocher une infirmite contractee a son service; j'ai, a la
prise de Cateau-Cambresis, recu un coup de pique dans la tete, et, depuis
ce temps j'ai des contractions nerveuses, ce qui occasionne les grimaces
dont se plaint Son Altesse.... Ce n'est pas, toutefois, une excuse que je
vous donne, monsieur de Joyeuse, c'est une explication, dit fierement le
comte en se retournant.

-- Non, monsieur, dit Joyeuse en lui tendant la main, c'est un reproche
que vous faites, et vous avez raison.

Le sang monta au visage du duc Francois.

-- Et a qui ce reproche? dit-il.

-- Mais, a moi, probablement, monseigneur.

-- Pourquoi Saint-Aignan vous ferait-il un reproche, monsieur de Joyeuse,
a vous qu'il ne connait pas?

-- Parce que j'ai pu croire un instant que M. de Saint-Aignan aimait assez
peu Votre Altesse pour lui donner le conseil de prendre Anvers.

-- Mais enfin, s'ecria le prince, il faut que ma position se dessine dans
le pays. Je suis duc de Brabant et comte de Flandre de nom. Il faut que je
le sois aussi de fait. Ce Taciturne, qui se cache je ne sais ou, m'a parle
d'une royaute. Ou est-elle, cette royaute? dans Anvers. Ou est-il, lui!
dans Anvers aussi, probablement. Eh bien! il faut prendre Anvers, et,
Anvers pris, nous saurons a quoi nous en tenir.

-- Eh! monseigneur, vous le savez deja, sur mon ame, ou vous seriez en
verite moins bon politique qu'on ne le dit. Qui vous a donne le conseil de
prendre Anvers? M. le prince d'Orange, qui a disparu au moment de se
mettre en campagne; M. le prince d'Orange, qui, tout en faisant Votre
Altesse duc de Brabant, s'est reserve la lieutenance generale du duche; le
prince d'Orange, qui a interet a ruiner les Espagnols par vous et vous par
les Espagnols; M. le prince d'Orange, qui vous remplacera, qui vous
succedera, s'il ne vous remplace et ne vous succede deja; le prince
d'Orange... Eh! monseigneur, jusqu'a present en suivant les conseils du
prince d'Orange, vous n'avez fait qu'indisposer les Flamands. Vienne un
revers, et tous ceux qui n'osent vous regarder en face courront apres vous
comme ces chiens timides qui ne courent qu'apres les fuyards.

-- Quoi! vous supposez que je puisse etre battu par des marchands de
laine, par des buveurs de biere?

-- Ces marchands de laine, ces buveurs de biere ont donne fort a faire au
roi Philippe de Valois, a l'empereur Charles V, et au roi Philippe II, qui
etaient trois princes d'assez bonne maison, monseigneur, pour que la
comparaison ne puisse pas vous etre trop desagreable.

-- Ainsi, vous craignez un echec?

-- Oui, monseigneur, je le crains.

-- Vous ne serez donc pas la, monsieur de Joyeuse?

-- Pourquoi donc n'y serais-je point?

-- Parce que je m'etonne que vous doutiez a ce point de votre propre
bravoure, que vous vous voyiez deja en fuite devant les Flamands: en tout
cas, rassurez-vous: ces prudents commercants ont l'habitude, quand ils
marchent au combat, de s'affubler de trop lourdes armures pour qu'ils
aient la chance de vous atteindre, courussent-ils apres vous.

-- Monseigneur, je ne doute pas de mon courage; monseigneur, je serai au
premier rang, mais je serai battu au premier rang, tandis que d'autres le
seront au dernier, voila tout.

-- Mais enfin votre raisonnement n'est pas logique, monsieur de Joyeuse:
vous approuvez que j'aie pris les petites places.

-- J'approuve que vous preniez ce qui ne se defend point.

-- Eh bien! apres avoir pris les petites places qui ne se defendaient pas,
comme vous dites, je ne reculerai point devant la grande parce qu'elle se
defend, ou plutot parce qu'elle menace de se defendre.

-- Et Votre Altesse a tort: mieux vaut reculer sur un terrain sur que de
trebucher dans un fosse en continuant de marcher en avant.

-- Soit, je trebucherai, mais je ne reculerai pas.

-- Votre Altesse fera ici comme elle voudra, dit Joyeuse en s'inclinant,
et nous, de notre cote, nous ferons comme voudra Votre Altesse; nous
sommes ici pour lui obeir.

-- Ce n'est pas repondre, duc.

-- C'est cependant la seule reponse que je puisse faire a Votre Altesse.

-- Voyons, prouvez-moi que j'ai tort; je ne demande pas mieux que de me
rendre a votre avis.

[Illustration: Derriere une borne gigantesque il attendit. -- PAGE 24.]

-- Monseigneur, voyez l'armee du prince d'Orange, elle etait votre, n'est-
ce pas? Eh bien! au lieu de camper avec vous devant Anvers, elle est dans
Anvers, ce qui est bien different; voyez le Taciturne, comme vous
l'appelez vous-meme: il etait votre ami et votre conseiller; non-seulement
vous ne savez pas ce qu'est devenu le conseiller, mais encore vous croyez
etre sur que l'ami s'est change en ennemi; voyez les Flamands: lorsque
vous etiez en Flandre, ils pavoisaient leurs barques et leurs murailles en
vous voyant arriver; maintenant ils ferment leurs portes a votre vue et
braquent leurs canons a votre approche, ni plus ni moins que si vous etiez
le duc d'Albe. Eh bien! je vous le dis: Flamands et Hollandais, Anvers et
Orange n'attendent qu'une occasion de s'unir contre vous, et ce moment
sera celui ou vous crierez feu a votre maitre d'artillerie.

-- Eh bien! repondit le duc d'Anjou, on battra du meme coup Anvers et
Orange, Flamands et Hollandais.

-- Non, monseigneur, parce que nous avons juste assez de monde pour donner
l'assaut a Anvers, en supposant que nous n'ayons affaire qu'aux Anversois,
et que tandis que nous donnerons l'assaut, le Taciturne tombera sur nous
sans rien dire, avec ces eternels huit ou dix mille hommes, toujours
detruits et toujours renaissants, a l'aide desquels depuis dix ou douze
ans il tient en echec le duc d'Albe, don Juan Requesens et le duc de
Parme.

-- Ainsi, vous persistez dans votre opinion?

-- Dans laquelle?

-- Que nous serons battus.

-- Immanquablement.

-- Eh bien! c'est facile a eviter, pour votre part, du moins, monsieur de
Joyeuse, continua aigrement le prince; mon frere vous a envoye vers moi
pour me soutenir; votre responsabilite est a couvert, si je vous donne
conge en vous disant que je ne crois pas avoir besoin d'etre soutenu.

-- Votre Altesse peut me donner conge, dit Joyeuse; mais, a la veille
d'une bataille, ce serait une honte pour moi que l'accepter.

Un long murmure d'approbation accueillit les paroles de Joyeuse; le prince
comprit qu'il avait ete trop loin.

-- Mon cher amiral, dit-il en se levant et en embrassant le jeune homme,
vous ne voulez pas m'entendre. Il me semble pourtant que j'ai raison, ou
plutot que, dans la position ou je suis, je ne puis avouer tout haut que
j'ai eu tort; vous me reprochez mes fautes, je les connais: j'ai ete trop
jaloux de l'honneur de mon nom; j'ai trop voulu prouver la superiorite des
armes francaises, donc j'ai tort. Mais le mal est fait; en voulez-vous
commettre un pire? Nous voici devant des gens armes, c'est-a-dire devant
des hommes qui nous disputent ce qu'ils m'ont offert. Voulez-vous que je
leur cede? Demain alors, ils reprendront piece a piece ce que j'ai
conquis; non, l'epee est tiree, frappons, ou sinon nous serons frappes;
voila mon sentiment.

-- Du moment ou Votre Altesse parle ainsi, dit Joyeuse, je me garderai
d'ajouter un mot; je suis ici pour vous obeir, monseigneur, et d'aussi
grand coeur, croyez-le bien, si vous me conduisez a la mort, que si vous
me menez a la victoire; cependant... mais non, monseigneur.

-- Quoi?

-- Non, je veux et dois me taire.

-- Non, par Dieu! dites, amiral; dites, je le veux.

-- Alors en particulier, monseigneur.

-- En particulier?

-- Oui, s'il plait a Votre Altesse.

Tous se leverent et reculerent jusqu'aux extremites de la spacieuse tente
de Francois.

-- Parlez, dit celui-ci.

-- Monseigneur peut prendre indifferemment un revers que lui infligerait
l'Espagne, un echec qui rendrait triomphants ces buveurs de biere
flamands, ou ce prince d'Orange a double face; mais s'accommoderait-il
aussi volontiers de faire rire a ses depens M. le duc de Guise?

Francois fronca le sourcil.

-- M. de Guise? dit-il; eh! qu'a-t-il a faire dans tout ceci?

-- M. de Guise, continua Joyeuse, a tente, dit-on, de faire assassiner
monseigneur; si Salcede ne l'a pas avoue sur l'echafaud, il l'a avoue a la
gene. Or, c'est une grande joie a offrir au Lorrain, qui joue un grand
role dans tout ceci, ou je m'y trompe fort, que de nous faire battre sous
Anvers, et de lui procurer, qui sait? sans bourse delier, cette mort d'un
fils de France, qu'il avait promis de payer si cher a Salcede. Lisez
l'histoire de Flandre, monseigneur, et vous y verrez que les Flamands ont
pour habitude d'engraisser leurs terres avec le sang des princes les plus
illustres et des meilleurs chevaliers francais.

Le duc secoua la tete.

-- Eh bien! soit, Joyeuse, dit-il, je donnerai, s'il le faut, au Lorrain
maudit la joie de me voir mort, mais je ne lui donnerai pas celle de me
voir fuyant. J'ai soif de gloire, Joyeuse; car, seul de mon nom, j'ai
encore des batailles a gagner.

-- Et Cateau-Cambresis que vous oubliez, monseigneur; il est vrai que vous
etes le seul.

-- Comparez donc cette escarmouche a Jarnac et a Moncontour, Joyeuse, et
faites le compte de ce que je redois a mon bien-aime frere Henri. Non,
non, ajouta-t-il, je ne suis pas un roitelet de Navarre; je suis un prince
francais, moi.

Puis se retournant vers les seigneurs, qui, aux paroles de Joyeuse,
s'etaient eloignes:

-- Messieurs, ajouta-t-il, l'assaut tient toujours; la pluie a cesse, les
terrains sont bons, nous attaquerons cette nuit.

Joyeuse s'inclina.

-- Monseigneur voudra bien detailler ses ordres, dit-il, nous les
attendons.

-- Vous avez huit vaisseaux, sans compter la galere amirale, n'est-ce pas,
monsieur de Joyeuse?

-- Oui, monseigneur.

-- Vous forcerez la ligne, et ce sera chose facile, les Anversois n'ayant
dans le port que des vaisseaux marchands; alors vous viendrez vous
embosser en face du quai. La, si le quai est defendu, vous foudroierez la
ville en tentant un debarquement avec vos quinze cents hommes.

Du reste de l'armee je ferai deux colonnes, l'une commandee par M. le
comte de Saint-Aignan, l'autre commandee par moi-meme. Toutes deux
tenteront l'escalade par surprise au moment ou les premiers coups de canon
partiront.

La cavalerie demeurera en reserve, en cas d'echec, pour proteger la
retraite de la colonne repoussee.

De ces trois attaques, l'une reussira certainement. Le premier corps,
etabli sur le rempart, tirera une fusee pour rallier a lui les autres
corps.

-- Mais il faut tout prevoir, monseigneur, dit Joyeuse. Supposons ce que
vous ne croyez pas supposable, c'est-a-dire que les trois colonnes
d'attaque soient repoussees toutes trois.

-- Alors nous gagnons les vaisseaux sous la protection du feu de nos
batteries, et nous nous repandons dans les polders, ou les Anversois ne se
hasarderont point a nous venir chercher.

On s'inclina en signe d'adhesion.

-- Maintenant, messieurs, dit le duc, du silence.

Qu'on eveille les troupes endormies, qu'on embarque avec ordre; que pas un
feu, pas un coup de mousquet ne revelent notre dessein. Vous serez dans le
port, amiral, avant que les Anversois se doutent de votre depart. Nous,
qui allons le traverser et suivre la rive gauche, nous arriverons en meme
temps que vous.

Allez, messieurs, et bon courage. Le bonheur qui nous a suivis jusqu'ici
ne craindra point de traverser l'Escaut avec nous.

Les capitaines quitterent la tente du prince, et donnerent leurs ordres
avec les precautions indiquees.

Bientot, toute cette fourmiliere humaine fit entendre son murmure confus:
mais on pouvait croire que c'etait celui du vent, se jouant dans les
gigantesques roseaux et parmi les herbages touffus des polders.

L'amiral s'etait rendu a son bord.




LXV

MONSEIGNEUR


Cependant les Anversois ne voyaient pas tranquillement les apprets,
hostiles de M. le duc d'Anjou, et Joyeuse ne se trompait pas en leur
attribuant toute la mauvaise volonte possible.

Anvers etait comme une ruche quand vient le soir, calme et deserte a
l'exterieur, au dedans pleine de murmure et de mouvement.

Les Flamands en armes faisaient des patrouilles dans les rues,
barricadaient leurs maisons, doublaient les chaines et fraternisaient avec
les bataillons du prince d'Orange, dont une partie deja etait en garnison
a Anvers, et dont l'autre partie rentrait par fractions, qui, aussitot
rentrees, s'egrenaient dans la ville.

[Illustration: La servante jeta de la paille aux chevaux. -- PAGE 24.]

Lorsque tout fut pret pour une vigoureuse defense, le prince d'Orange, par
un soir sombre et sans lune, entra a son tour dans la ville sans
manifestation aucune, mais avec le calme et la fermete qui presidaient a
l'accomplissement de toutes ses resolutions, lorsque ces resolutions
etaient une fois prises.

Il descendit a l'hotel-de-ville, ou ses affides avaient tout prepare pour
son installation.

La il recut tous les quarteniers et centeniers de la bourgeoisie, passa en
revue les officiers des troupes soldees, puis enfin recut les principaux
officiers qu'il mit au courant de ses projets.

Parmi ses projets, le plus arrete etait de profiter de la manifestation du
duc d'Anjou contre la ville pour rompre avec lui. Le duc d'Anjou en
arrivait ou le Taciturne avait voulu l'amener, et celui-la voyait avec
joie ce nouveau competiteur a la souveraine puissance se perdre comme les
autres.

Le soir meme ou le duc d'Anjou s'appretait a attaquer, comme nous l'avons
vu, le prince d'Orange, qui etait depuis deux jours dans la ville, tenait
conseil avec le commandant de la place pour les bourgeois.

A chaque objection faite par le gouverneur au plan offensif du prince
d'Orange, si cette objection pouvait amener du retard dans les plans, le
prince d'Orange secouait la tete comme un homme surpris de cette
incertitude.

Mais, a chaque hochement de tete, le commandant de la place repondait:

-- Prince, vous savez que c'est chose convenue, que monseigneur doit
venir: attendons donc monseigneur.

Ce mot magique faisait froncer le sourcil au Taciturne; mais tout en
froncant le sourcil et en rongeant ses ongles d'impatience, il attendait.

Alors chacun attachait ses yeux sur une large horloge aux lourds
battements, et semblait demander au balancier d'accelerer la venue du
personnage attendu si impatiemment.

Neuf heures du soir sonnerent: l'incertitude etait devenue une anxiete
reelle; quelques vedettes pretendaient avoir apercu du mouvement dans le
camp francais.

Une petite barque plate comme le bassin d'une balance avait ete expediee
sur l'Escaut; les Anversois, moins inquiets encore de ce qui se passait du
cote de la terre que de ce qui se passait du cote de la mer, avaient
desire avoir des nouvelles precises de la flotte francaise: la petite
barque n'etait point revenue.

Le prince d'Orange se leva, et, mordant de colere ses gants de buffle, il
dit aux Anversois:

-- Monseigneur nous fera tant attendre, messieurs, qu'Anvers sera prise et
brulee quand il arrivera: la ville, alors, pourra juger de la difference
qui existe sous ce rapport entre les Francais et les Espagnols.

Ces paroles n'etaient point faites pour rassurer messieurs les officiers
civils, aussi se regarderent-ils avec beaucoup d'emotion.

En ce moment, un espion qu'on avait envoye sur la route de Malines, et qui
avait pousse son cheval jusqu'a Saint-Nicolas, revint en annoncant qu'il
n'avait rien vu ni entendu qui annoncat le moins du monde la venue de la
personne que l'on attendait.

-- Messieurs, s'ecria le Taciturne a cette nouvelle, vous le voyez, nous
attendrions inutilement; faisons nous-memes nos affaires; le temps nous
presse et les campagnes ne sont garanties en rien. Il est bon d'avoir
confiance en des talents superieurs; mais vous voyez qu'avant tout, c'est
sur soi-meme qu'il faut se reposer.

Deliberons donc, messieurs.

Il n'avait point acheve, que la portiere de la salle se souleva et qu'un
valet de la ville apparut et prononca ce seul mot qui, dans un pareil
moment, paraissait en valoir mille autres:

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Extract: The Whales by Evie Wyld

Christos Tsiolkas and David Mitchell, both much-tipped when they appeared on the award longlist, have been overlooked in the six finalists

It headed the most controversial Man Booker prize longlist in years, but Christos Tsiolkas's The Slap has failed to make the final cut for the literary award, as has David Mitchell's much-tipped fifth novel, The Thousand Autumns of Jacob de Zoet.

Judges overlooked Australian novelist Tsiolkas's tale of the consequences when a child is slapped at a suburban barbecue – which is either "unbelievably misogynistic" or "riveting from beginning to end", depending on who's asked – and Mitchell, twice shortlisted for the prize in the past, to select a shortlist which ranges from two-time former winner Peter Carey's Parrot and Olivier in America to Emma Donoghue. The Irish writer has also stirred up debate with her Josel Fritzl-inspired Room, the story of a boy and his mother imprisoned in a tiny room for years.

Orange prize winner Andrea Levy's The Long Song, about the last years of slavery in Jamaica; Howard Jacobson's The Finkler Question, a cerebral comedy about grief and Anglo-Jewishness; experimental novelist Tom McCarthy's C, which tells the story of Serge Carrefax, a first world war radio operator who escapes from a German prison camp; and South African writer Damon Galgut's tale of a young man travelling through Greece, India and Africa, In a Strange Room, complete the six-strong shortlist for the £50,000 prize, announced this morning.

"It's been a great privilege and an exciting challenge for us to reduce our longlist of 13 to this shortlist of six outstandingly good novels," said chair of judges Andrew Motion, the former poet laureate. "In doing so, we feel sure we've chosen books which demonstrate a rich variety of styles and themes – while in every case providing deep individual pleasures."

The panel of judges had previously read 138 books to select the 13 titles for their longlist, with Martin Amis's new novel The Pregnant Widow and Ian McEwan's venture into comic fiction Solar both overlooked and Carey the only previous Booker winner on the longlist.

His inclusion on the shortlist today for Parrot and Olivier in America, a reimagining of Democracy in America author Alexis de Tocqueville's visit to the New World, gives him the chance of becoming the first ever writer to win the Booker three times, having previously taken it in 1988 for Oscar and Lucinda and 2001 for True History of the Kelly Gang.

"The omission of both David Mitchell and Christos Tsiolkas from the shortlist is a real shock. While both writers might rightly feel aggrieved at being overlooked, I imagine it took some wrangling amongst the judges to reduce one of the best longlists in years to six," said Jonathan Ruppin at independent book chain Foyles, who, while praising all six books for their "lightness of touch which means the reader doesn't get bogged down in something worthy or dull", predicted that Room was the most likely title to go on to win the award.

Waterstone's tipped C to take the prize, with fiction buying manager Simon Burke calling it "a challenging yet dazzling novel". "The news that David Mitchell has not made the shortlist will cause great wailing and gnashing of teeth across the bookworld, but perhaps is a useful reminder of the independence and unpredictability of the Booker," he said. "But this is still a hugely varied and exciting list, worthy of the Booker brand. Carey and Levy have to be strong contenders, but our money is on Tom McCarthy. The more people that read [C] the better."

The bookies agreed, with William Hill immediately installing McCarthy as 2/1 favourite to win the prize. "There has been a considerable media buzz around all of the books on the shortlist, and literary punters have staked more money in total on Tom McCarthy to win than any of the other authors, so he is a worthy favourite," said spokesman Graham Sharpe. Donoghue and Galgut came in second at the bookmaker, both at 3/1, with one customer so sure that In A Strange Room would win that they placed £400 on Galgut at 7/1, the largest single bet on the prize "for a few years", said Sharpe.

Carey came in fourth, at 5/1, with Levy at 7/1 and Jacobson the 8/1 outside to take the prize.

The opinion-splitting novels picked for this year's longlist have helped make it the most popular since 2001, with Tsiolkas's novel selling the most copies, followed by Donoghue's. The winner, who will join a roster of former winners including Margaret Atwood, Roddy Doyle and JM Coetzee, will be announced on 12 October. Last year's winner Wolf Hall by Hilary Mantel is the fastest-selling Booker winner ever, with sales of around half-a-million copies to date.

The Man Booker shortlist in full:

Peter Carey's Parrot and Olivier in America

Emma Donoghue's Room

Damon Galgut's In a Strange Room

Howard Jacobson's The Finkler Question

Andrea Levy's The Long Song

Tom McCarthy's C


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The books that send me back to school

For Ralph Miliband governments could never tame capitalism. New Labour thought otherwise – and then came the financial crisis. But what will David or Ed do if they gain the leadership? By John Gray

Viewed from one angle Ralph Miliband was a theorist of revolution who failed to notice the radical transformations going on around him. A lifelong Marxist, he never doubted that the future would be shaped by the struggle against capitalism. In fact it was capitalism that proved to be the revolutionary force in the late 20th century, consigning socialism to the memory hole. By the time Miliband died in May 1994, the Soviet system had been replaced by a type of resource-based authoritarian capitalism, while China's Communist party was overseeing the development of an unbridled market of a kind that Milton Friedman could only dream about.

In Britain in the 1980s Miliband managed to convince himself that Labour, which he had always bitterly attacked, might, under the influence of Tony Benn, turn into a genuinely socialist party. In fact Labour split, which more than any other single factor enabled the continuing dominance of Thatcher. Probably only the battles fought by Neil Kinnock prevented Labour disintegrating altogether. When John Smith became leader, the party began the "prawn cocktail offensive", a rapprochement with the financial sector pursued through private lunches with leading City figures, which formed the prelude to New Labour. Only weeks after Smith died (in the same month as Miliband) the party would start burying any trace of its socialist past.

When he gave the Bennite wing his intellectual support, Miliband was colluding in the politics of make-believe. Yet in one vital respect this intractably oppositional Jewish refugee from nazism had a firmer grip on reality than the social democrats who eventually prevailed in Labour's internecine conflicts, and when he ridiculed Anthony Crosland's vision of a domesticated and pacified capitalism, he left the party with a dilemma it has not been able to resolve. Like Marx, Miliband understood that states and governments are never autonomous actors; their options are shaped, and often foreclosed, by the distribution of power and resources. This was the central theme of Miliband's The State in Capitalist Society (1969), a penetrating assault on social-democratic thinking in which he developed and extended the argument against revisionism of his earlier Parliamentary Socialism: A Study of the Politics of Labour (1961).

In The Future of Socialism (1956), Crosland had argued that Labour must distinguish between means and ends (a theme pursued later by Blair). Capitalism had changed fundamentally, and rather than opposing it Labour should use the market to advance socialist values. Properly managed to ensure steady economic growth, free markets could be used to promote an egalitarian society in which everyone could live the good life. Against this rosy vision, Miliband urged – rightly, I've always thought – that the world had not changed as much as Crosland and his fellow-revisionists imagined. Capitalism remained an unruly beast, and the idea that governments had learnt how to tame it was just an illusion.

The oil shocks of the 70s were an early warning of the fragility of the postwar order. The shocks were not fatal, and capitalism survived the crisis (as it will survive the present crisis, in one form or another). But it was already becoming apparent that while governments could withstand upheavals in the global economy, the state was not the directing agency social democrats imagined it to be. As Miliband saw it, the state was a servant of these forces rather than their potential master. Of course he exaggerated. The interests of capitalists are often at odds, and in any case politics is driven by far more than class conflict. Even so, Miliband's view that the state is constrained, reactive and hemmed in by market forces has become increasingly plausible with the passage of time. But if this is so, what role can there be for a party that aims to make capitalism a force for the collective good? Can a future Labour government succeed where past governments have failed and harness capitalism to a vision of social improvement? Or should Labour accept that it is capitalism itself that must be changed?

These are precisely the questions that face Miliband's sons as they contend for the Labour leadership. The clash between the two has an undeniable drama, and it is not just a matter of sibling rivalry. It occurs at a time when the world economy is in a crisis the founders of New Labour believed to be impossible. Lacking the Marxian insight that capitalism is inherently volatile and constantly mutating, they never doubted that the deregulated finance-capitalism that developed in the US towards the end of the past century would last. The left had to overcome its suspicion of the free market, and accept that only by exploiting its productivity could government improve society: social democracy and neo-liberal economics were actually complementary.

Just like Crosland, though without his Keynesian grasp of the dangers of recurring boom and bust, New Labour believed capitalism had been tamed. But as Ralph Miliband suspected and events have confirmed, the anarchic energy of the free market is not so easily controlled. The fall of communism was celebrated as a triumph of capitalism, which now became practically world-wide; but the effect was to make capitalism more unstable, as disturbances in one part of the system were rapidly transmitted to all the rest. The fragmented world of the cold war was more resilient to shocks, and also more hospitable to social democracy, than the world that ensued. Governments found that few of the levers they used to control the economy worked as they had before. New Labour did not want to control the market. A feature of the understanding it reached with the City was that financial markets would continue to be deregulated. In part this was accepted as the price for power, but it also reflected New Labour's Fukuyama-like faith that market capitalism was the final stage of economic development; the future lay with the self-regulating market.

As could be foreseen, things turned out rather differently. With regulatory controls relaxed or scrapped the financial institutions whose support Labour had wooed became predatory, raking in vast profits from strategies whose risks they did not understand. Inevitably this hubris led to their downfall, and the financial system imploded. The market millennium lasted hardly more than a decade, leaving a legacy of unsustainable debt.

The happy conjunction of neo-liberal economics with social democracy on which New Labour was founded is now history. This is the truth evaded in Tony Blair's autohagiography. If New Labour is obsolete it is not because of the personal defects of Gordon Brown, Blair's delusional moral certainty and incessant war-mongering or even the dysfunctional relationship between the two leaders. It is because American finance-capitalism, the model for virtually everything that New Labour ever did, has blown itself up.

The problem with the debate between the Milibands is not that it risks turning into a public family feud. It is that neither of the two contenders has come to terms with the bankruptcy of the New Labour project in which each of them was involved. Neither has acknowledged, or perhaps fully understood, the implications of the financial crisis for a future Labour government. It can only mean an erosion of the very foundations of Britain's social democratic inheritance. Yet in different ways, each of the Miliband brothers still sees government as capable of controlling market forces – the illusion their father presciently exposed.

In his Keir Hardie lecture in July, David Miliband spoke eloquently of moving away from state paternalism and reviving Labour traditions of mutualism. The state can no longer be the centre of knowledge and initiative – its function is rather that of empowering society. Top-down Fabian control must be replaced by open democratic relationships. No doubt these are desirable goals, if very much in the spirit of the prevailing conventional wisdom and perhaps not so different from Cameron's fluffy "big society". The larger difficulty is that Miliband is harking back to Crosland (whom he recently cited as his political hero) at a time when Crosland's thinking is no longer applicable.

Crosland's vision was based above all on economic growth – steady, continuing and robust. Following Keynes, he believed that wise economic management could create a society of abundance. But the effect of the financial crisis has been to curtail growth, at least in developed economies. Even if the economy recovers, governments will not have the largesse he assumed would be available. Bailing out the banks has passed the burden of debt on to the state, and no British government can expect to avoid large-scale cut-backs in borrowing and spending. Instead of the market generating wealth that could be used by governments for collective purposes, the resources of government have been pre-empted for the repayment of debts incurred by the market's excesses. Against this background, the post-paternalist state is likely to mean higher unemployment and cash-starved public services.

Unlike his brother, Ed Miliband has chosen to define his candidacy explicitly in terms of New Labour's failings and argues forcefully for the need to remodel capitalism. "Britain's big question of the next decade," he has written, "is whether we head towards an increasingly US-style capitalism – more unequal, more brutish, more unjust – or whether we can build a different model, a capitalism that works for people and not the other way around". Once again these are noble aspirations but far removed from reality. Globalisation is an idea that has been greatly over-hyped, yet governments' freedom of action has without question been reduced as capital has become more mobile. Even the US may soon find it difficult to fund its ballooning federal debt. But if American capitalism is entering a crisis zone, Britain will not have the luxury of forging a new economic model; it will have trouble just staying afloat. Ralph Miliband's pessimistic assessment of the future of social democracy could well be vindicated.

If one of the Miliband brothers wins the Labour leadership and becomes prime minister he will confront in an acute form the constraints on the power of the state his father astutely identified. Rather than controlling or reshaping capitalism, a Miliband government would find itself struggling to preserve Britain's social democratic inheritance in the face of capitalism's renewed disorder. Ralph Miliband seems never to have lost the Marxist faith that history would eventually open the way to a truly socialist society. He would surely have appreciated the curious dialectic through which it has fallen to his sons to defend the social democracy he so fiercely attacked.


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Booktrust teenage prize shortlist spans time, space and genre

It's the start of another school year and I'm dreaming of new pencil cases, satchels and the books I read in class. But what are the books you remember from your own school days?

Fourteen years after I finished school, there's still something about September which feels like the start of the year, and I'm nostalgic this morning for new pencils and felt tips, satchels and packed lunches. As the hope of the nation barrels back into classrooms, I'm also thinking back to the books I read in school.

I was away last weekend and talking about how we all read William Golding's Lord of the Flies (and no, the weekend wasn't that bad, it's just that one of my friends is currently making her way through his complete works, to settle a bet). I was 14, and I think there couldn't have been a more perfect book to pick for kids of that age – if you're not going to be hooked by Ralph and Piggy and Simon and Jack, and "kill the pig, cut his throat, spill his blood", then you're not going to be hooked by anything. This was the edition we had – just looking at it casts me back to yellow highlighters and doodling and the horrors of reading aloud.

Anyway, the shocking gloriousness of Lord of the Flies made me hungry for more Golding. Our school library was pretty small, but it did, impressively, have a copy of Pincher Martin. I am quite sure I failed to get any allegorical, existential meaning from the book, but it successfully terrified me, burning an image of Martin clinging to his lonely rock into my brain. In typically disorganised fashion, I promptly lost the book for about a month and was subsequently banned from the school library for giving it back so late – obviously as a sop to all those Golding fans clamouring for more of his work.

Golding and my thieving tendencies aside, Jane Eyre bored me, King Lear enthralled me, and I described Romeo and Juliet in my mock GSCE as a novel – so something clearly went wrong there (thankfully I'd got the right end of the stick by the time the real thing came around). But the other book which really stands out in my memory from schooldays is Wuthering Heights. I was on to A-levels by then, but for some reason we were still going through the purgatory of reading (droning) aloud in class – possibly one of the best ways to make a group of teenagers lose interest in a novel. I was lazy, more interested in messing around than working, but I was so caught up in the melodramas of Cathy and Heathcliff ("Do not leave me in this abyss where I cannot find you! Oh God! It is unutterable! I cannot live without my life! I cannot live without my soul!") that I'd be pages ahead when it came to my turn to read and would get in trouble for not concentrating. And I distinctly remember spending a break time racing to the end.

The rest of it, though, the years of English classes and essays, revising and exams, has largely faded into oblivion, which is rather worrying. But how about you? Indulge my nostalgia and tell me what you remember of your own literary school days.


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