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Les Caves du Vatican by Andre Gide

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Les caves du Vatican
Sotie

André Gide.





LES CAVES DU VATICAN



LIVRE PREMIER

Anthime Armand-Dubois

_Pour ma part, mon choix est fait. J'ai opté pour l'athéisme social.
Cet athéisme, je l'ai exprimé depuis une quinzaine d'années, dans une
série d'ouvrages..._

Georges Palante.

Chronique philosophique du _Mercure de France_ (Déc. 1912)


I.


L'an 1890, sous le pontificat de Léon XIII, la renommée du docteur X,
spécialiste pour maladies d'origine rhumatismale, appela à Rome Anthime
Armand-Dubois, franc-maçon.

-- Eh quoi? s'écriait Julius de Baraglioul, son beau-frère, c'est votre
corps que vous vous en allez soignez à Rome! Puissiez-vous reconnaître
là-bas combien votre âme est plus malade encore!

A quoi répondait Armand-Dubois sur un ton de commisération renchérie:

-- Mon pauvre ami, regardez donc mes épaules.

Le débonnaire Baraglioul levait les yeux malgré lui vers les épaules de
son beau-frère; elles se trémoussaient, comme soulevées par un rire
profond, irrépressible; et c'était certes grand-pitié que de voir ce
vaste corps à demi perclus occuper à cette parodie le reliquat de ses
disponibilités musculaires. Allons! décidément leurs positions étaient
prises, l'éloquence de Baraglioul n'y pourrait rien changer. Le temps
peut-être? le secret conseil des saints lieux... D'un air immensément
découragé, Julius disait seulement:

-- Anthime, vous me faites beaucoup de peine (les épaules aussitôt
s'arrêtaient de danser, car Anthime aimait son beau-frère). Puissé-je,
dans trois ans, à l'époque du jubilé, lorsque je viendrai vous
rejoindre, puissé-je vous trouver amendé!

Du moins Véronique accompagnait-elle son époux dans des dispositions
d'esprit bien différentes: pieuse autant que sa soeur Marguerite et que
Julius, ce long séjour à Rome répondait à l'un des chers entre ses
voeux; elle meublait de menues pratiques pieuses sa monotone vie déçue,
et, bréhaigne, donnait à l'idéal les soins que ne réclamait d'elle aucun
enfant. Hélas! elle ne gardait pas grand espoir de ramener à Dieu son
Anthime. Elle savait depuis longtemps de quel entêtement était capable
ce large front barré de quel déni. L'abbé Flons l'avait avertie:

-- Les plus inébranlables résolutions, lui disait-il, madame, ce sont
les pires. N'espérez plus que d'un miracle.

Même, elle avait cessé de s'attrister. Dès les premiers jours de leur
installation à Rome, chacun des deux époux, de son côté, avait réglé son
existence retirée: Véronique dans les occupations du ménage et dans les
dévotions, Anthime dans ses recherches scientifiques. Ils vivaient ainsi
l'un près de l'autre, se supportant en se tournant le dos. Grâce à quoi
régnait entre eux une manière de concorde, planait sur eux une sorte de
demi-félicité, chacun d'eux trouvant dans le support de l'autre l'emploi
discret de sa vertu.


L'appartement qu'ils avaient loué par l'entremise d'une agence
présentait, comme la plupart des logements italiens, joints à d'imprévus
avantages, de remarquables inconvénients. Occupant tout le premier étage
du palais Forgetti, via in Lucina, il jouissait d'une assez belle
terrasse, où tout aussitôt Véronique s'était mis en tête de cultiver des
aspidistras, qui réussissent si mal dans les appartements de Paris;
mais, pour se rendre sur la terrasse, force était de traverser
l'orangerie dont Anthime avait fait aussitôt son laboratoire, et dont il
avait été convenu qu'il livrerait passage de telle heure à telle heure
du jour.

Sans bruit, Véronique poussait la porte, puis glissait furtivement, les
yeux au sol, comme passe un convers devant les _graffiti_ obscènes; car
elle dédaignait de voir, tout au fond de la pièce, débordant du fauteuil
où s'accotait une béquille, l'énorme dos d'Anthime se voûter au-dessus
d'on ne sait quelle maligne opération. Anthime, de son côté, affectait
de ne la point entendre. Mais, sitôt qu'elle avait repassé, il se
soulevait de son siège, se traînait vers la porte et, plein de hargne,
les lèvres serrées, d'un coup d'index autoritaire, vlan! poussait le
loquet.

C'était l'heure bientôt où, par l'autre porte, Beppo le procureur
entrait prendre les commissions.


Galopin de douze ans ou treize, en haillons, sans parents, sans gîte,
Anthime l'avait remarqué peu de jours après son arrivée à Rome. Devant
l'hôtel où le couple était d'abord descendu via di Bocca di Leone, Beppo
sollicitait l'attention du passant ay moyen d'un criquet blotti sous une
pincée d'herbe dans une petite nasse de jonc. Anthime avait donné dix
sous pour l'insecte, puis, avec le peu d'italien qu'il savait, tant bien
que mal avait fait entendre à l'enfant que, dans l'appartement où il
devait emménager le lendemain, via in Lucina, il aurait bientôt besoin
de quelques rats. Tout ce qui rampait, nageait, trottait ou volait
servait à le documenter. Il travaillait sur la chair vive.

Beppo, procureur-né, aurait fourni l'aigle ou la louve du Capitole. Ce
métier lui plaisait qui flattait son goût de maraude. On lui donnait dix
sous par jour; il aidait, d'autre part, au ménage. Véronique d'abord le
regardait d'un mauvais oeil; mais du moment qu'elle le vit se signer en
passant devant la Madone à l'angle nord de la maison, elle lui pardonna
ses guenilles et lui permit de porter jusqu'à la cuisine l'eau, le
charbon, le bois, les sarments; il portait même le panier quand il
accompagnait Véronique au marché -- le mardi et le vendredi, jours où
Caroline, la bonne qu'ils avaient amenée de Paris, était trop occupée
par le ménage.

Beppo n'aimait pas Véronique; mais il s'était épris du savant, qui
bientôt, au lieu de descendre péniblement dans la cour prendre livraison
des victimes, permit à l'enfant de monter au laboratoire. On y accédait
directement par la terrasse, qu'un escalier dérobé reliait à la cour.
Dans sa revêche solitude, le coeur d'Anthime battait un peu lorsque
approchait le faible claquement des petits pieds nus sur les dalles. Il
n'en laissait rien voir: rien le dérangeait de son travail.

L'enfant ne frappait pas à la porte vitrée: il grattait; et, comme
Anthime restait courbé devant sa table sans répondre, il avançait de
quatre pas et jetait de sa voix fraîche un "permesso?" qui remplissait
d'azur la pièce. A la voix on eût dit un ange: c'était un aide-bourreau.
Dans le sac qu'il posait sur la table à supplice, quelle nouvelle
victime apportait-il? Souvent, trop absorbé, Anthime n'ouvrait pas le
sac aussitôt; il y jetait un rapide coup d'oeil; du moment que la toile
tremblait, c'était bien: rat, souris, passereau, grenouille, tout était
bon pour ce Moloch. Parfois Beppo n'apportait rien; il entrait tout de
même: il savait qu'Armand-Dubois l'attendait, fût-ce les mains vides;
et, tandis que l'enfant silencieux aux côtés du savant se penchait vers
quelque abominable expérience, je voudrais pouvoir assurer que le savant
ne goûtait pas un vaniteux plaisir de faux dieux à sentir le regard
étonné du petit se poser, tour à tour, plein d'épouvante, sur l'animal,
plein d'admiration sur lui-même.

En attendant de s'attaquer à l'homme, Anthime Armand-Dubois prétendait
simplement réduire en "tropismes" toute l'activité des animaux qu'il
observait. Tropismes! Le mot n'était plus tôt inventé que déjà l'on ne
comprenait plus rien d'autre; toute une catégorie de psychologues ne
consentit plus qu'aux _tropismes_. Tropismes! Quelle lumière soudaine
émanait de ces syllabes! Évidemment l'organisme cédait aux mêmes
incitations que l'héliotrope lorsque la plante involontaire tourne sa
face au soleil (ce qui est aisément réductible à quelques simples lois
de physique et de thermo-chimie). Le cosmos enfin se douait d'une
bénigté rassurante. Dans les plus surprenants mouvements de l'être on
pouvait uniment reconnaître une parfaite obéissance à l'agent.

Pour servir à ses fins, pour obtenir de l'animal maté l'aveu de sa
simplicité, Anthime Armand-Dubois venait d'inventer un compliqué système
de boîtes à couloirs, à trappes, à labyrinthes, à compartiments
contenant les uns la nourriture, les autres rien, ou quelque poudre
sternutatoire, à portes de couleurs ou de formes différentes:
instruments diaboliques qui tôt après firent fureur en Allemagne et qui,
sous le nom de _Vexierkasten_, servirent à la nouvelle école
psycho-physiologique à faire un pas de plus dans l'incrédulité. Et pour
agir distinctement sur l'un ou l'autre sens de l'animal, sur l'une ou
l'autre partie du cerveau, il aveuglait ceux-ci, assourdissait ceux-là,
les châtrait, les décortiquait, les écervelait, les dépouillait de tel
ou tel organe que vous eussiez juré indispensable, dont l'animal, pour
l'instruction d'Anthime, se passait.

Son _Communiqué sur les "réflexes conditionnels"_ venait de
révolutionner l'Université d'Upsal; d'âpres discussions s'étaient
élevées, auxquelles avait pris part l'élite des savants étrangers. Dans
l'esprit d'Anthime, cependant, s'ameutaient les questions nouvelles;
laissant donc ergoter ses collègues, il poussait ses investigations dans
d'autres voies, prétendant forcer Dieu dans de plus secrets
retranchements.

Que toute activité entraînait une usure, il ne lui suffisait pas de
l'admettre _grosso modo_, ni que l'animal, par le seul exercice de ses
muscles ou de ses sens, dépensât. Après chaque dépense, il demandait:
combien? Et le patient exténué cherchait-il à récupérer, Anthime, au
lieu de le nourrir, le pesait. L'apport de nouveaux éléments eût
compliqué par trop l'expérience que voici: six rats jeûnants et ligotés
entraient quotidiennement en balance; deux aveugles, deux borgnes, deux
y voyant; de ces derniers un petit moulin mécanique fatiguait sans cesse
la vue. Après cinq jours de jeûne, dans quels rapports étaient les
pertes respectives? Sur de petits tableaux _ad hoc_, Armand-Dubois,
chaque jour, à midi, ajoutait de nouveaux chiffres triomphaux.





II.


Le jubilé était tout proche. Les Armand-Dubois attendaient les
Baraglioul d'un jour à l'autre. Le matin que parvint la dépêche
annonçant leur arrivée pour le soir, Anthime sortit pour s'acheter une
cravate.

Anthime sortait peu; le moins souvent possible, se remuant malaisément;
Véronique faisait volontiers pour lui ses emplettes; on amenait à lui
les fournisseurs, qui prenaient commande d'après modèle. Anthime ne se
souciait plus des modes; mais, pour simple qu'il désirât sa cravate
(modeste noeud de surah noir), encore la voulait-il choisir. Le plastron
en satin carmélite, qu'il avait acheté pour le voyage et mis durant son
séjour à l'hôtel, s'échappait constamment du gilet, qu'il avait
accoutumé de porter très ouvert; Marguerite de Baraglioul trouverait
certainement trop négligé le foulard crème qui l'avait remplacé, et que
maintenait, monté sur épingle, un vieux gros camée sans valeur; il avait
eu bien tort de quitter les petits noeuds noirs tout faits qu'il portait
à Paris communément, et surtout de n'en pas garder un pour modèle.
Quelles formes allait-on lui proposer? Il ne se déciderait pas avant
d'avoir visité plusieurs chemisiers du Corso et de la via dei Condotti.
Les coques, pour un homme de cinquante ans, étaient trop libres;
décidément c'était un noeud tout droit, d'un noir bien mat, qui
convenait...

Le déjeuner n'était que pour une heure. Anthime rentra vers midi avec
l'emplette, à temps pour peser ses animaux.

Ce n'était pas qu'il fût coquet, mais Anthime éprouva le besoin
d'essayer sa cravate avant de se mettre au travail. Un débris de miroir
gisait là, qui lui servait naguère à provoquer des tropismes; il le posa
de champ contre une cage et se pencha vers son propre reflet.

Anthime portait en brosse des cheveux encore épais, jadis roux,
aujourd'hui de cet inconstant jaune grisâtre que prennent les vieux
objets d'argent doré; ses sourcils avançaient en broussailles au-dessus
d'un regard plus gris, plus froid qu'un ciel d'hiver; ses favoris,
arrêtés haut et coupés court, avaient conservé le ton fauve de sa
moustache bourrue. Il passa le revers de la main sur ses joues plates,
sous son large menton carré:

-- Oui, oui, marmonna-t-il, je me raserai tantôt.

Il sortit de l'enveloppe la cravate, la posa devant lui; enleva
l'épingle-camée, puis le foulard. Sa nuque était puissante,
qu'encerclait un col demi-haut, échancré par-devant et dont il rabattait
les pointes. Ici, malgré tout mon désir de ne relater que l'essentiel,
je ne puis passer sous silence la loupe d'Anthime Armand-Dubois. Car,
tant que je n'aurai pas plus sûrement appris à démêler l'accidentel du
nécessaire, qu'exigerais-je de ma plume sinon exactitude et rigueur? Qui
pourrait affirmer en effet que cette loupe n'avait joué aucun rôle,
qu'elle n'avait pesé d'aucun poids dans les décisions de ce qu'Anthime
appelait sa _libre_ pensée? Plus volontiers il passait outre sa
sciatique; mais cette mesquinerie, il ne la pardonnait pas au bon Dieu.

Ça lui était venu il ne savait comment, peu de temps après son mariage;
et d'abord il n'y avait eu, au sud-est de son oreille gauche, où le cuir
devient chevelu, qu'un cicer sans autre importance; longtemps, sous
l'abondant cheveu qu'il ramenait en boucle par-dessus, il put dissimuler
l'excroissance; Véronique, elle-même, ne l'avait pas encore remarquée,
lorsque, dans une caresse nocturne, sa main soudain la rencontrant:

-- Tiens! qu'est-ce que tu as là? s'était-elle écriée.

Et comme si, démasquée, la grosseur n'avait plus à garder de retenue,
elle prit en peu de mois les dimensions d'un oeuf de perdrix, puis de
pintade, puis de poule et s'en tint là, tandis que le cheveu plus rare
se partageait à l'entour d'elle et l'exposait. A quarante-six ans,
Anthime Armand-Dubois n'avait plus à songer à plaire; il coupa ras ses
cheveux et adopta cette forme de faux cols demi-hauts dans lesquels une
sorte d'alvéole réservée cachait la loupe, et la révélait à la fois.
Suffit pour la loupe d'Anthime.

Il passa la cravate autour de son cou. Au centre de la cravate, à
travers un petit couloir de métal, devait glisser le ruban d'attache,
que s'apprêtait à coincer un bec en levier. Ingénieux appareil, mais qui
n'attendait que la visite du ruban pour abandonner la cravate; celle-ci
retomba sur la table d'opération. Force était de recourir à Véronique;
elle accourut à l'appel.

-- Tiens, recouds-moi ça, dit Anthime.

-- Travail à la machine: ça ne vaut rien, murmura-t-elle.

-- Il est de fait que ça ne tient pas.

Véronique portait toujours, piquées à son caraco d'intérieur, sous le
sein gauche, deux aiguilles tout enfilées, l'une de blanc, l'autre de
noir. Près de la porte-fenêtre, sans même s'asseoir, elle commença la
réparation. Anthime cependant la regardait. C'était une assez forte
femme, aux traits marqués; entêtée comme lui, mais accorte après tout,
et la plupart du temps souriante, au point qu'un peu de moustache ne
durcissait pas trop son visage.

-- Elle a du bon, pensait Anthime en la voyant tirer l'aiguille.
J'aurais pu épouser une coquette qui m'eût trompé une volage qui m'eût
planté là, une bavarde qui m'eût rompu la tête, une bécasse qui m'eût
fait sortir de mes gonds, une grinchue comme ma belle-soeur...

Et sur un ton moins rogue que de coutume:

-- Merci, dit-il, comme Véronique, son travail achevé, repartait.


La cravate neuve à son cou, Anthime à présent est tout à ses pensées.
Plus aucune voix ne s'élève, ni au-dehors, ni dans son coeur. Il a déjà
pesé les rats aveugles. Qu'est-ce à dire? Les rats borgnes sont
stationnaires. Il va peser le couple intact. Tout à coup un sursaut si
brusque que la béquille roule à terre. Stupeur! les rats intacts... il
les repèse à neuf; mais non, il faut bien s'en convaincre: les rats
intacts, depuis hier, _ont augmenté!_ Une lueur traverse son cerveau:

-- Véronique!

Avec un grand effort, ayant ramassé sa béquille, il se rue vers la
porte:

-- Véronique!

Elle accourt de nouveau, obligeante. Alors lui, sur le pas de la porte,
solennellement:

-- Qui est-ce qui a touché à mes rats?

Pas de réponse. Il reprend lentement, détachant chaque mot, comme si
Véronique avait cessé de comprendre facilement le français:

-- Pendant que j'étais sorti, quelqu'un leur a donné à manger. Est-ce
vous?

Alors elle, qui retrouve un peu de courage, se retourne vers lui presque
agressive:

-- Tu les laissais mourir de faim, ces pauvres bêtes. Je n'ai pas
dérangé ton expérience; simplement je leur ai...

Mais il l'a saisie par la manche et, clopinant, la mène jusqu'à la table
où, désignant les tableaux d'observations:

-- Vous voyez bien ces feuilles -- où depuis quinze jours je consigne
mes remarques sur ces bêtes: ce sont celles mêmes qu'attend mon collègue
Potier pour en donner lecture à l'Académie des Sciences en sa séance du
17 mai prochain. Ce quinze avril, jour où nous sommes, à la suite de ces
colonnes de chiffres, que puis-je écrire? que dois-je écrire?...

Et comme elle ne souffle mot, du bout carré de son index, comme avec un
stylet, grattant l'espace blanc du papier:

-- Ce jour là, reprend-il, madame Armand-Dubois épouse de l'observateur,
n'écoutant que son tendre coeur, commit la ... qu'est-ce que vous voulez
que je mette? la maladresse? l'imprudence? la sottise?...

-- Ecrivez plutôt: eut pitié de ces pauvres bêtes, victimes d'une
curiosité saugrenue.

Il se redresse, très digne:

-- Si c'est ainsi que vous le prenez, vous comprendrez, madame, que
désormais je doive vous prier de passer par l'escalier de la cour pour
aller soigner vos plantations.

-- Croyez-vous que j'entre jamais dans votre galetas pour mon plaisir?

-- Epargnez-vous la peine d'y entrer à l'avenir.

Puis, joignant à ces mots l'éloquence du geste, il saisit les feuilles
d'observations et les déchire en petits morceaux.

"Depuis quinze jours", a-t-il dit: en vérité ses rats ne jeûnent que
depuis quatre. Et son irritation sans doute s'est exténuée dans cette
exagération du grief, car à table il peut montrer un front serein; même,
il pousse la philosophie jusqu'à tendre à sa moitié une dextre
conciliatrice. Car, moins encore que Véronique, il ne se soucie de
donner à ce ménage si bien pensant des Baraglioul le spectacle de
dissensions dont ceux-ci ne manqueraient pas de faire les opinions
d'Anthime responsables.

Vers cinq heures Véronique change son caraco d'intérieur contre une
jaquette de drap noir et part à la rencontre de Julius et de Marguerite,
qui doivent entrer en gare de Rome à six heures. Anthime va se raser; il
a bien voulu remplacer son foulard par un noeud droit: voici qui doit
suffire; il répugne à la cérémonie et prétend ne pas désavouer devant sa
belle-soeur une veste d'alpaga, un gilet blanc chiné de bleu, un
pantalon de coutil et de confortables pantoufles de cuir noir sans
talons, qu'il garde même pour sortir, et qu'excuse sa claudication.

Il ramasse les feuilles déchirées, remet bout à bout les fragments, et
recopie soigneusement tous les chiffres, en attendant les Baraglioul.





III.


La famille de Baraglioul (le _gl_ se prononce en _l_ mouillé, à
l'italienne comme dans _Broglie_ (duc de) et dans _miglionnaire_) est
originaire de Parme. C'est un Baraglioli (Alessandro) qu'épousait en
secondes noces Filippa Visconti, en 1514, peu de moi après l'annexion du
duché aux États de l'Église. Un autre Baraglioli (Alessandro également)
se distingua à la bataille de Lépante et mourut assassiné en 1580, dans
des circonstances qui demeurent mystérieuses. Il serait aisé, mais sans
grand intérêt, de suivre les destinées de la famille jusqu'en 1807,
époque où Parme fut réuni à la France, et où Robert de Baraglioul,
grand-père de Julius, vint s'installer à Pau. En 1828, il reçut de
Charles X la couronne de comte -- couronne que devait porter si
noblement un peu plus tard Juste-Agénor, son troisième fils (les deux
premiers moururent en bas âge), dans les ambassades où brillait son
intelligence subtile et triomphait sa diplomatie.

Le deuxième enfant de Juste-Agénor de Baraglioul, Julius, qui depuis son
mariage vivait complètement rangé, avait eu quelques passions dans sa
jeunesse. Mais, du moins, pouvait-il se rendre cette justice que son
coeur n'avait jamais dérogé. La distinction foncière de sa nature et
cette sorte d'élégance morale qui respirait dans ses moindres écrits
avaient toujours empêchés ses désirs sur la pente où sa curiosité de
romancier leur eût sans doute lâché bride. Son sang coulait sans
turbulence, mais non pas sans chaleur, ainsi qu'en eussent pu témoigner
plusieurs aristocratiques beautés... Et je n'en parlerais pas ici, si
ses premiers romans ne l'avaient clairement laissé entendre; à quoi ils
durent en partie le grand succès mondain qu'ils remportèrent. La haute
qualité du public susceptible de les admirer leur permit de paraître:
l'un dans le _Correspondant_, deux autres dans la _Revue des Deux
Mondes_. C'est ainsi que, comme malgré lui; encore jeune, il se trouva
tout porté vers l'Académie: déjà semblaient l'y destiner sa belle
allure, la grave onction de son regard et la pâleur pensive de son
front.

Anthime professait grand mépris pour les avantages du rang, de la
fortune et de l'aspect, ce qui ne laissait pas de mortifier Julius; mais
il appréciait chez Julius certain bon naturel, et une grande maladresse
dans la discussion, qui souvent laissait à la libre pensée l'avantage.


A six heures, Anthime entend stopper devant la porte la voiture de ses
hôtes. Il sort à leur rencontre sur le palier. Julius monte le premier.
Avec son chapeau cronstadt, son pardessus droit à revers de soie, on le
dirait en tenue de visite, non de voyage, n'était le châle écossais
qu'il porte sur l'avant-bras; la longueur du trajet ne l'a nullement
éprouvé.

Marguerite de Baraglioul suit, au bras de sa soeur; elle, très défaite
au contraire, capote et chignon de travers, trébuchant aux marches, un
quartier de visage caché par son mouchoir qu'elle tient en compresse...
Comme elle approche d'Anthime.

-- Marguerite a un charbon dans l'oeil, glisse Véronique.

Julie, leur fille, gracieuse enfant de neuf ans, et la bonne, qui
ferment la marche, gardent un silence consterné.

Avec le caractère de Marguerite, il ne s'agit pas de prendre la chose en
riant: Anthime propose d'envoyer quérir un oculiste; mais Marguerite
connait de réputation les médicastres italiens, et ne veut "pour rien au
monde" en entendre parler; elle souffle d'une voix mourante:

-- De l'eau fraîche. Un peu d'eau fraîche, simplement. Ah!

-- Ma chère soeur, effectivement, reprend Anthime, l'eau fraîche pourra
vous soulager un instant en décongestionnant votre oeil; mais elle
n'enlèvera pas le mal.

Puis, se tournant vers Julius:

-- Avez-vous pu voir ce que c'était?

-- Pas très bien. Dès que le train s'arrêtait et que je me proposais
d'examiner, Marguerite commençait de s'énerver...

-- Mais ne dis donc pas cela, Julius! Tu as été horriblement maladroit.
Pour me soulever la paupière, tu as commencé par me retourner tous les
cils...

-- Voulez-vous que j'essaie à mon tour, dit Anthime: je serai peut-être
plus habile?

Une facchino montait les malles. Caroline alluma une lampe à
réflecteur.

-- Voyons, mon ami, tu ne vas pas faire cette opération dans le passage,
dit Véronique, et elle mène les Baraglioul à leur chambre.

L'appartement des Armand-Dubois se développait autour de la cour
intérieure où prenaient jour les fenêtres d'un couloir qui, partant du
vestibule, rejoignait l'orangerie. Sur ce couloir ouvraient les portes
de la salle à manger d'abord, puis du salon (énorme pièce d'angle, mal
meublée, dont ne se servaient pas les Anthime), de deux chambres d'amis
préparées, la première pour le couple Baraglioul, la seconde plus petite
pour Julie, auprès de la dernière chambre, celle du couple
Armand-Dubois. Toutes ces pièces, d'autre part, communiquaient entre
elles intérieurement. La cuisine et deux chambres de bonnes donnaient
sur l'autre côté du palier...

-- Je vous en prie, ne soyez pas tous autour de moi, gémit Marguerite;
Julius, occupe-toi donc des bagages.

Véronique a fait asseoir sa soeur dans un fauteuil et tient la lampe,
tandis qu'Anthime s'attentionne:

-- Le fait est qu'il est enflammé. Si vous retiriez votre chapeau.

Mais Marguerite, craignant peut-être que sa coiffure en désordre ne
laisse paraître ses éléments d'emprunt, déclare qu'elle ne le retirera
que plus tard; un chapeau cabriolet à brides ne l'empêchera pas
d'appuyer sa nuque au dossier.

-- Alors vous m'invitez à sortir la paille de votre oeil avant d'ôter la
solive qui est dans le mien, dit Anthime avec une sorte de ricanement.
Voilà qui me paraît bien contraire aux préceptes évangéliques!

-- Ah! je vous en prie, ne me faites pas trop chèrement payer vos soins.

-- Je ne dis plus rien... Avec le soin d'un mouchoir propre... je vois
ce que c'est... n'ayez pas peur, cré-nom! regardez au ciel!... la voici.

Et Anthime enlève à la pointe du mouchoir une escarbille imperceptible.

-- Merci! merci. Laissez-moi, maintenant; j'ai une affreuse migraine.


Tandis que Marguerite repose, que Julius déballe avec la bonne et que
Véronique surveille les préparatifs du repas, Anthime s'occupe de Julie
qu'il a emmenée dans sa chambre. Il avait quitté sa nièce toute petite
et reconnaît mal cette grande fillette au sourire déjà gravement ingénu.
Au bout d'un peu de temps, comme il la tient près de lui, causant des
menues puérilités qu'il espérait pouvoir lui plaire, son regard
s'accroche à une mince chaînette d'argent que l'enfant porte au cou et à
laquelle il flaire que doivent être suspendues des médailles. D'un
glissement indiscret de son gros index il ramène celles-ci sur le devant
du corsage et, cachant sa maladive répugnance sous un masque
d'étonnement:

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Elliott Kastner obituary

John Makinson says that if people want to read using new technology, that's what publishers must give them

Penguin this week celebrates its 75th year and is marking the anniversary by repackaging a series of seminal books from the 1960s to the 1980s. Although the company might afford itself a brief look backwards, it feels as though there is little room for nostalgia in book publishing now, as the industry turns its face firmly – and apprehensively – to the future.

Amazon last week announced sales of ebooks on its US site had outnumbered hardbacks for the first time, stunning casual observers, even if it had not been entirely unexpected in the trade.

The launch of the iPad has added a sense of urgency. Where music went first, books are set to follow, although Penguin and other publishers would hope without the same devastating effects. Amazon this week launched a cheaper, more lightweight version of its Kindle ebook reader and a digital store on its UK site, while others, including Google, are muscling in. Digital book sales are still less than 1% of Penguin, but the direction of the market is clear. In the US, digital books already account for 6% of consumer sales.

Penguin chief executive John Makinson says he is a convert. The day after we meet he is on his way to India, as part of David Cameron's delegation, and had loaded titles on to his iPad, including a manuscript by John le Carré and some Portuguese classics (in English) ahead of Penguin launching a range in Brazil. He is also reading Lord Mandelson's diary. It simply makes sense, he says, instead of carting an armful of books in your carry-on luggage.

Innovation

"It does redefine what we do as publishers and I feel, compared with most of my counterparts, more optimistic about what this means for us," he says. "Of course there are issues around copyright protection and there are worries around pricing and around piracy, royalty rates and so on, but there is also this huge opportunity to do more as publishers."

Publishing, he says, must embrace innovation: "I am keen on the idea that every book that we put on to an iPad has an author interview, a video interview, at the beginning. I have no idea whether this is a good idea or not. There has to be a culture of experimentation, which doesn't come naturally to book publishers. We publish a lot of historians, for example. They love the idea of using documentary footage to illustrate whatever it is they're writing about."

The very definition of a book is up for grabs he says, although the company has just published a version of Ken Follett's The Pillars of the Earth for the iPad in the US that might provide clues – and horrify traditionalists. It includes scenes from a TV adaptation embedded in the text, as well as extras including the show's music soundtrack and Follett's video diary during the making of the series.

For now, Makinson says, digital books are expanding the market; hardback sales in the US are up this year, despite the march of ebooks. Piracy is not yet a significant issue and lessons have been learned from the music business.

"You have to give the consumer what the consumer wants – you can't tell the consumer to go away. So we didn't participate in this experiment where a number of publishers deferred publication of the ebook until a certain number of months after the hardcover publication. I thought that was a very bad idea. If the consumer wants to buy a book in an electronic format now, you should let the consumer have it."

He has added confidence, because with tablets such as the iPad, consumers are used to paying a subscription to the wireless operator and for "apps", creating a more benign environment than the wild west of the PC, where users are used to getting everything for free.

Penguin's profits more than doubled to £44m in the first half of the year. The company gained market share, but one reason for the dramatic improvement was the outsourcing of some design and production to India last year; the company now has around 100 designers in Delhi making books for Dorling Kindersley, belying the idea that Britain can at least live off its creative industries. Makinson defends the decision and says DK is now back in profit, which means it can reinvest in Britain: "We can't pretend we can do everything here. In order to be internationally competitive, some work needs to be done in other places."

About 8% of the publisher's sales are from its classics, including Jane Austen and Charles Dickens, and revenues are still growing, despite much of the copyright being in the public domain. It is launching the range in Mandarin, Korean and Portuguese. But it is not all highbrow. What would Penguin's founder, Sir Allen Lane, whose aim was to publish quality paperbacks for the masses, have made of Penguin putting out books "by" Peter Andre or Ant & Dec?

"Allen Lane's view was that we should publish good writing of all kinds for all audiences at affordable prices," Makinson says. "I'm not saying he would necessarily have approved every single publishing decision we take, but would he have approved of Penguin being a very democratic publishing company, publishing for lots of different tastes? I think he would definitely have approved."

Makinson has long been mentioned as a successor to Dame Marjorie Scardino, who runs Pearson, Penguin's parent company. Her departure has been a perennial question, though she has defied the investment community's chattering classes by staying in her post for well over a decade. She has also confounded expectations by keeping Penguin and the Financial Times in a group dominated by educational publishing. Makinson says it now makes more sense than ever for Penguin to remain part of the group, as the digital era draws each division closer.

He says there will still be the need for publishers in the digital world: "I used to have this discussion with [Hitchhiker's Guide to the Galaxy author] Douglas Adams. He created this thing called the digital village, an online publishing platform. Douglas's argument was, 'all of my friends will come along and publish on digital village and you the publishers will be disintermediated, you will be irrelevant'. Well, it hasn't happened. I am not aware of any successful direct to consumer publishing model that exists.

"The reason it doesn't work is that the publishers do actually perform quite a useful service: they edit the book, then they publicise it." In the physical world, they make sure it is stocked in bookshops, he adds.

Clubbable

Makinson, 55, perhaps feels more adaptable than some of his counterparts because he arrived at Penguin as an outsider. A clubbable character, he has taken an unusual career path, from a journalist on the Financial Times, to working for the Saatchis, setting up his own investment consultancy, running the Financial Times and then becoming Pearson finance director, despite having no training as an accountant.

But his passion for books is evident. Five years ago, he and his brother bought a bookshop in the small Norfolk town of Holt. For an out-of-the-way independent, the Holt Bookshop attracts a starry line-up of authors for events, including Stephen Fry, due to talk about his new autobiography, which, perhaps not surprisingly, is published by Penguin.

"We are all terribly sentimental about books," Makinson insists. "It is terribly important to me that we sell lots of wonderful books in my little independent in Norfolk, and when I talk about digital I do sometimes worry that it looks as though I am neglecting all this," he points to the books on the shelves behind him, "which I am not."

CV

Born: 1954, Derby.

Education: Graduated from Cambridge with honours in English and History.

Career: 1976-1979, journalist, Reuters; 1979-1986, journalist, Financial Times; 1986-1989, vice-chairman, Saatchi & Saatchi; 1989-1994, co-founder of capital markets advisory firm Makinson Cowell; 1994-1996, managing director, Financial Times; 1996-2002, finance director, Pearson; 2002-present, chairman and chief executive Penguin Books.

Other interests: chairman of the Institute for Public Policy Research, a director of the National Theatre and of the International Rescue Committee, a humanitarian organisation.

Family: Married with two daughters.


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The nostalgia narrative now aches to a different tune | John Freeman

Late-flowering writer of biographies and children's books

Verily Anderson, who has died aged 95, published more than 30 books – memoirs, biographies, children's stories and work ranging from personal reminiscences to Shakespeare scholarship and 10 Brownie books. She was a late starter: her breakthrough as a writer came in 1956, at the age of 41, when she published Spam Tomorrow, a deft and frequently uproarious account of her wartime experiences on the home front. Critics hailed it as a new kind of memoir, one of the first to explore the lives of women in wartime.

Before the success of Spam Tomorrow, she led a life that was colourful but frequently impecunious. Born in Edgbaston, Birmingham, the fourth of five children of the Rev Rosslyn Bruce and his wife Rachel (nee Gurney), Verily was always certain that she wanted to be a writer. As children, she and her brothers edited and wrote a nursery magazine which they called the News of the World. Verily's haphazard schooling ranged from a few years at Edgbaston high school for girls to being taught at home by her mother, to a brief and unsuccessful stint at the Royal College of Music in London. She said she worked at "100 different jobs" (including writing advertising copy, illustrating sweet papers and working as a chauffeur) before the outbreak of the second world war, when she enlisted with the First Aid Nursing Yeomanry, on the grounds that if there were going to be a war, it would be "less frightening to be in the middle of things".

During the war she met Donald Anderson, a writer who specialised in military history. They married in 1940 and had five children. With his encouragement, she made a precarious living as a freelance writer, while papering her lavatory walls with rejection slips received from publishers for her book projects. Her persistence was at last rewarded with the success of Spam Tomorrow – and a further half-decade on the bestseller lists. These years included a film adaptation of her 1958 memoir, Beware of Children, called No Kidding and starring Leslie Phillips and Geraldine McEwan (1960).

Donald died in 1956, and by the mid-60s Verily was again struggling financially. She was rescued by the actor Joyce Grenfell. They had struck up a friendship when Verily interviewed Grenfell for the BBC. Grenfell was so shocked at the conditions she found Verily living in that she bought her a home in Northrepps, a village in Norfolk, where she stayed for the rest of her life, writing dozens more books (including the critically acclaimed The Northrepps Grandchildren in 1968) and glorying in the role of matriarch to an ever-expanding family of children, grandchildren and great-grandchildren. When Verily married Paul Paget, architect and surveyor to the fabric of St Paul's Cathedral, in 1971, Grenfell was matron of honour.

In 2008 I conducted what turned out to be Verily's last interview. Letting myself in after some fruitless bell-ringing, I followed the sounds of a piano to her study door. "Oh my dear," she said, looking up at my knock. "There you are. Now – shall we have a gin, before we start?"

I had already heard all about Verily through her daughter, my friend the writer Janie Hampton, and so had a good idea what to expect. Janie's main piece of advice on hearing that we were going to meet was: "Whatever you do, don't let her pick you up from the station – she's half-blind." She also said: "Don't eat any of the cake she offers. She's always got some, and it's always about five weeks old."

Verily did have cake and it was past its best – but Verily definitely was not. She regaled me with anecdotes. I came away with the image of a woman with a twinkle in her eye, who after eight decades of writing was still full of energy and enthusing about her latest project. This – a memoir of the time she spent at Herstmonceux Castle, Sussex, in the 1930s and 40s – was completed the day before she died.

Verily is survived by her children, Marian, Rachel, Eddie, Janie and Alexandra, 16 grandchildren, 14 great-grandchildren – and Alfie, her beloved RNIB guide-dog.

• Verily Anderson, writer, born 12 January 1915, died 16 July 2010


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Tom Stoppard returns to BBC with Ford Madox Ford adaptation

The American literary genre of you can't go home again – that fertile ground farmed by Faulkner, Twain and Kerouac – has in the last half-century found a new voice abroad

At six foot, six inches tall, Thomas Wolfe had trouble entering most rooms. But he also had a problem with going back through them, especially if they led to the past. He had told too many truths – and too many lies – about where he came from in North Carolina.

In his posthumous 1940 novel, You Can't Go Home Again, he gave Americans a literary catchphrase for the pain so many of us who wind up far from where we grew up feel acutely.

After all, in the case of many Americans, if you leave the provinces only to return home, you are marked as a failure. At the very least, you run the risk of finding that flight has spoiled any fond memories you managed to smuggle out.

Think of the successful ad-man hero of John Updike's The Farm, who returns to his family's crumbling Pennsylvania farm for an emotionally fraught visit, or Quentin Compson of William Faulkner's Absalom, Absalom, shivering in his dorm room at Harvard, who begins his defence of the American south with the ringing endorsement, "I don't hate it ... I don't hate it."

This thread of conflicted nostalgia is strongest in America's most autobiographical novelists, especially the ones who had to leave to write but continuously dial back the past in their work: writers such as Jack Kerouac, who frantically travelled America, but wrote most of his later books about Lowell, while living with his mother in Queens and Florida.

Then there's Mark Twain, whose autobiography appears in the new issue of Granta, who rose out of Missouri and saw the world, but settled in Hartford, Connecticut in a white mansion that everyone around him could see looked exactly like a river steamboat.

But like so many things America feels it has invented, from democracy to baseball, the you-can-never-go-home again narrative is hardly unique to it. In fact, in the last half-century (and especially in the last 20 years, as diaspora writers from the Dominican Republic to Nigeria to India and Pakistan have emerged as some of our most vigorous storytellers), nostalgia – which is a combination of "returning home" and "ache" – has taken on a different texture.

In Granta's new issue, there's a story by the Sudanese writer Leila Aboulela, about a young man who has come to London from Khartoum to study mathematics. His mother, who worries he will never return, arranges for him to marry a devout Muslim wife – a move which backfires when she comes to London and reminds him of everything he left behind. Chimamanda Adichie, meanwhile, has a story about a Nigerian "big man" whose life is turned upside down when his ex-girlfriend announces she has come back to Lagos. As he speculates about the reasons for her return, Adichie's hero worries whether he has sacrificed something essential in his rise to the top.

In stories like these, not to mention the novels of Monica Ali or Kiran Desai or Uzma Aslam Khan, the export duty to elsewhere is high. The past isn't just the past – it's another country. And for reasons political and personal, there is no going back.


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