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Memoires secrets de Fournier l\'Americain by Claude Fournier

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SOCIETE DE L'HISTOIRE DE LA REVOLUTION FRANCAISE

* * * * *

MEMOIRES SECRETS DE Fournier l'Americain


PUBLIES POUR LA PREMIERE FOIS D'APRES LE MANUSCRIT DES ARCHIVES

NATIONALES


AVEC INTRODUCTION ET NOTES PAR F.-A. AULARD


[Illustration]


PARIS, AU SIEGE DE LA SOCIETE

4, RUE DE FURSTENBERG, 4

1890




INTRODUCTION


I

Claude Fournier l'Heritier, dit l'_Americain_ a cause de son long sejour
a Saint-Domingue, naquit a Auzon (Haute-Loire), le 21 decembre 1745[1].
Il etait fils d'un tisserand. Vers l'age de quinze ans[2], il alla
chercher fortune aux colonies et passa vingt et une annees a
Saint-Domingue. Il dit y avoir servi pendant seize ans dans les dragons
des milices bourgeoises. Il y fonda une guildiverie, ou fabrique de
tafia, qui, dit-il, prospera; mais, elle fut detruite par un incendie
que Fournier attribua a la malveillance de ses voisins. Ruine, il revint
en France pour demander justice et harcela les ministres de ses placets.
En 1785, il obtint du ministre de la marine une pension de 500 livres
par mois, mais elle ne lui fut jamais payee.

[Note 1: Voici son acte de naissance: "Claude Fournier, fils a autre
Claude, cadissier de cette ville, et a Jeanne Lheritier, ses pere et
mere, maries, ne hier, et a ete baptise par moi, cure, soussigne, le 22
decembre 1745. Parrain: Claude Fournier, horloger; sa marraine:
Elisabeth Pruneyres, de cette ville. Ont ete presents: Joseph Fournier
et Antoine de Mathieu, boulanger, oncles. Ils ont signe a la minute, a
l'exception de la marraine qui a declare ne savoir signer. MARTINON,
cure chanoine."--Nous devons communication de cet extrait du registre de
la paroisse de Saint-Laurent d'Auzon a l'obligeance d'un erudit habitant
de Brioude, M. Paul Le Blanc.]

[Note 2: D'apres un de ses biographes, M.H. Doniol, il aurait ete, avant
son depart, domestique chez un officier de marine a Auzon, puis chez un
officier de cavalerie a Clermont. (_L'Art et l'Archeologie en province_,
t. IX, p. 72.)]

Quand la Revolution eclata, il y joua un role actif auquel il avoue
avoir ete determine autant par mecontentement que par conviction.

Il fut certainement un des premiers qui, a la veille de la prise de la
Bastille, organiserent une force armee revolutionnaire. On le vit parmi
les acteurs les plus energiques des journees des 5 et 6 octobre 1789, du
17 juillet 1791, du 20 juin et du 10 aout 1792. Il commanda la troupe de
Marseillais et de gardes nationaux parisiens qui servit d'escorte aux
prisonniers detenus a Orleans et les mena a Versailles, ou ils furent
massacres le 8 septembre 1792.

Cette partie de la vie de Fournier (juillet 1789 a septembre 1792) fait
l'objet de ses memoires: nous n'avons donc pas a la raconter.

La conduite tenue par Fournier dans l'affaire des prisonniers d'Orleans
lui attira les accusations les plus graves. On l'accusa a la fois
d'assassinat et de vol.

Il semble pourtant qu'il fut etranger aux massacres dont ces prisonniers
furent victimes a Versailles. Ceux-ci avaient ete separes de leur
escorte par la foule, et Fournier n'etait pas a leurs cotes quand ils
perirent. D'autre part, les eloges publics et ecrits que Roland donna a
Fournier semblent le disculper a tous les points de vue. En effet, le 6
octobre 1792, Roland ecrivait a la Convention pour lui signaler la
conduite _edifiante_ de Fournier et demander "un dedommagement pour ce
citoyen, qui a montre beaucoup de zele et de patriotisme[3]"; et, le 14,
il adressait au meme personnage une lettre de felicitations[4].

[Note 3: Mortimer-Ternaux, _Histoire de la Terreur_, III, 594.]

[Note 4: Papiers de Fournier, aux Archives nationales, F7 6504.]

Il est fort possible que Fournier ait traite durement les prisonniers
confies a sa garde, mais la _septembrisade_ de Versailles ne doit pas
lui etre imputee.

Fournier eut plus de mal a se disculper de l'accusation d'improbite. Il
passait pour avoir dilapide l'argent qui lui avait ete confie par la
Commune en vue de son expedition et pour avoir soustrait a son profit
une partie des effets des prisonniers. Il fut meme arrete quelques jours
apres son retour d'Orleans; mais la Commune ordonna sa mise en liberte,
par arrete du 20 septembre 1792[5].

[Note 5: Mortimer-Ternaux, III, 588.--Cet auteur a consulte les
registres de la Commune de Paris, aujourd'hui detruits.]

Il est certain qu'une partie des effets des prisonniers disparut. Mais
Fournier affirma que cette disparition avait eu lieu depuis qu'il
n'etait plus responsable de ce depot. Voici d'ailleurs le compte qu'il
rendit au ministre de l'interieur:

1 deg. Il a pris a Etampes, en allant a Orleans, deux pieces de canon avec
leurs affuts et trois caissons d'artillerie, le tout bien conditionne,
et les a remis a l'Hotel de Ville, dont le general Santerre doit en
rendre compte.

2 deg. A Orleans, il a fait remettre toutes les malles appartenant aux
prisonniers d'Etat, ainsi que plusieurs autres effets, tant argenterie
qu'autres objets, trouves dans les prisons. Le tout a ete renferme dans
chaque chambre des prisonniers dont il a lui-meme ferme les portes et
remis les clefs au geolier, en presence de MM. Garran de Coulon et
Bourdon [de] la Crosniere, commissaire du pouvoir executif, pour le tout
etre remis a qui de droit.

3 deg. Arrive a Versailles, jour du massacre des prisonniers, tous leurs
effets et bagages ont ete remis entre les mains de la Commune de
Versailles[6]. Ces memes effets m'ont ete remis pour etre deposes entre
les mains du ministre de la justice, ce que j'ai fait en arrivant a
Paris. M. Danton m'a observe qu'il fallait deposer le tout a l'Hotel de
Ville; et j'ai rempli cette mission et ai fait faire un inventaire du
tout, ainsi que d'une cassette qui m'avait ete confiee, de meme qu'un
paquet que M. Delessart m'avait remis en secret, contenant plusieurs
lettres de change et d'autres papiers importants, dont je me suis cru
oblige de faire le depot plutot que de le remettre a l'adresse qu'il
m'avait indique.

[Note 6: Le proces-verbal qui fut dresse a cette occasion (10 septembre
1792) se trouve dans les papiers de Fournier.]

4 deg. Il a ete remis, par les volontaires du detachement, de l'or monnaye
et autre argent, ainsi que des billets nationaux, montres et autres
effets a la Commune de Versailles en depot pour en rendre compte.

Je certifie le tout sincere et veritable.

A Paris, le 5 octobre, l'an 1er de la Republique francaise.

Signe: FOURNIER[7]

[Note 7: Fournier se fit delivrer, le 30 brumaire an V, aux Archives,
une copie certifiee de cette lettre. Cette copie fait actuellement
partie de la collection d'autographes de M. Etienne Charavay, qui a bien
voulu nous la communiquer.--Ces comptes de Fournier ont d'ailleurs ete
deja publies par Mortimer-Ternaux, III, 590.]

En meme temps, il remit a Roland un etat detaille de ses depenses.

Roland se declara satisfait, approuva hautement Fournier par ses lettres
a la Convention des 5 et 6 octobre 1792 et, comme Fournier reclamait une
indemnite pour frais extraordinaires et que toutes les depenses de
l'expedition n'avaient pas ete reglees, la Convention, par decret du 9
decembre suivant, vota les credits necessaires. Le general de
l'expedition d'Orleans se trouva ainsi couvert par l'approbation directe
de Roland et par l'approbation indirecte de la Convention.

Malheureusement pour lui, il arriva que le proces-verbal du depot qu'il
avait effectue a la Commune de Paris fut egare. Il ne put obtenir qu'une
attestation du secretaire greffier Coulombeau qu'il avait rendu ses
comptes[8], mais non un etat detaille. Or, lui-meme nous apprend que les
plus precieux objets avaient disparu dans l'intervalle. De la les
soupcons, vraisemblablement injustes, dont il fut poursuivi toute sa
vie.

[Note 8: Cette attestation, en date du 12 aout 1793, se trouve aux
Archives, dans les papiers de Fournier.]

Denonce et surveille, il fut l'objet, en mars 1793, d'un rapport de
police ou il est traite de chevalier d'industrie associe a une coquine,
la femme Marthe Fonvielle, dite Pujol, sa maitresse, et a une pretendue
marquise de Saint-Giran (Voir ses papiers, aux Archives).

Marat ne pouvait lui pardonner d'avoir ete protege par Roland. Dans la
seance du 12 mars 1793, il le signala comme etant un des instigateurs de
l'insurrection avortee du 10 mars. Fournier fut decrete d'arrestation.
Voici le compte rendu officiel de l'interrogatoire qu'il subit le
lendemain 13 mars, a la barre de la Convention:

Le citoyen Fournier, qui avait ete mis en etat d'arrestation, est
introduit a la barre. Il demande qu'il lui soit fait part du chef
d'accusation articule contre lui, afin qu'il puisse repondre sur chaque
article.

Le citoyen Bourdon (de l'Oise), depute, depose sur le bureau une
denonciation signee, concue en ces termes: "J'ai entendu Fournier faire
des reproches a deux ou trois inconnus de ne l'avoir pas appuye; que,
sans cela, il aurait brule la cervelle a Petion.--_Signe_: BOURDON."

Fournier, interroge, repond que ce fait est faux, que le citoyen Petion
a passe pres de lui dans le jardin qui avoisine la salle, qu'il a
entendu qu'on le huait, mais qu'il n'a tenu la-dessus aucun propos.

Interroge sur la connaissance qu'il a des evenements du 9 au 10 [mars
1793], il repond qu'il etait aux Jacobins lorsqu'on y fit la motion de
se transporter en foule aux Cordeliers; qu'il s'y rendit de suite pour
faire part de l'arrivee des motionnaires; que ceux-ci demandaient qu'on
se saisit de tous les ennemis de la patrie, qu'on fermat les barrieres,
etc.; que, sur ces entrefaites, il fut question de deputer vers la
Commune; qu'il avait vu alors un homme inconnu qui voulait se nantir des
pouvoirs de la deputation, mais qu'il s'en etait empare lui-meme pour
eviter qu'ils ne tombassent en mauvaises mains; qu'il avait parle au
procureur de la Commune et au maire: que ce dernier l'avait engage a
employer les moyens qu'il croirait les plus efficaces pour tout
pacifier; qu'il etait retourne aux Cordeliers pour calmer les esprits;
que, de la, il s'etait porte a sa section, qu'il avait trouvee fermee,
et qi'il etait rentre chez lui.

Interroge pour savoir s'il a connaissance d'un Comite d'insurrection, a
dit ne rien savoir sur cet objet[9].

[Note 9: Cependant Garat, dans son rapport du 19 mars 1793, signala
Fournier, Varlet et Champion parmi les Cordeliers qui tenterent
d'organiser ce comite d'insurrection. (_Moniteur_, XV, 750.)]

Interpelle, d'apres la demande du citoyen Lidon, depute, de declarer
s'il n'a rien a dire qui soit relatif a des effets qui lui ont ete remis
par les prisonniers detenus a Orleans, il a repondu que beaucoup de
papiers, d'assignats et d'effets precieux lui avaient ete remis par
Delessart et autres prisonniers, qu'il avait fait inventorier le tout
par la municipalite de Versailles et en avait retire proces-verbal;
qu'arrive a Paris apres le massacre qui fut fait des prisonniers, il
voulait consigner le depot entre les mains du citoyen Roland, ministre
de l'interieur, mais que le citoyen Danton, ministre de la justice, lui
dit de le porter a la Commune; qu'il declara au Conseil de la Commune
qu'il ne remettrait rien sans un recu; qu'on lui en fit un des caisses;
que, le lendemain, l'inventaire de verification fut fait en presence de
temoins; qu'il en demanda une double expedition; qu'on le renvoya au
lendemain, et ensuite de jour en jour; qu'ayant ete quelque temps apres
en campagne, on decerna un mandat d'arret contre lui, sous pretexte
qu'il avait retenu 36,000 livres. Il assure que cette arrestation
n'avait eu d'autre but que de lui enlever les papiers qui etaient
relatifs au depot; que l'on avait cru que, par ce moyen, cette affaire
resterait la, mais que le Conseil de la Commune s'occupait de
l'apurement de ce compte et des verifications necessaires.

Un membre du Comite de surveillance dit que l'on n'a rien trouve dans
les papiers de Fournier qui puisse motiver une plus longue arrestation.

Sur la proposition d'un autre membre, l'Assemblee decrete que le citoyen
Fournier sera mis en liberte, sauf a etre entendu comme temoin par le
Tribunal extraordinaire[10].

[Note 10: _Proces-verbal de la Convention_, VII, 300-302.]

Mais Marat s'acharna apres Fournier. Dans le _Publiciste de la
Republique francaise_ du 9 mai 1793, il l'accusa d'etre un ambitieux, un
espion, un parasite. Fournier repondit par un factum apologetique[11] ou
il y a des renseignements sur sa situation de fortune. Apres avoir
rappele qu'il est venu en France au sujet de la propriete dont il a ete
depouille a Saint-Domingue: "Un premier jugement par defaut, dit-il,
vient de m'accorder un provisoire de 400,000 livres. Je toucherai cette
somme dans peu, si le jugement est confirme contradictoirement.
Jusque-la, je suis en effet miserable. Mes ressources sont uniquement
fondees sur la confiance officieuse de mes amis. Je leur dois 78,000
livres, en 22 articles, dont j'ai toutes pretes les preuves." Marat
demandait a Fournier de quel argent il avait paye une maison de campagne
recemment achetee par lui. Il reconnut avoir achete, depuis plus de deux
ans, un jardin a sept lieues de Paris, a Verneuil (Seine-et-Oise): mais
il ne l'a pas paye. "S'assurer de ce fait chez le vendeur, Pasquier,
marchand de vin, rue de Thionville, a cote du club de Cordeliers."

[Note 11: _A Marat, journaliste_. Paris, 14 mai an II, in-4 de 7 pages.]

On le voit: les explications de Fournier ne sont pas tout a fait a son
honneur.

Cependant, Marat etant mort, la Commune de Paris lui donna une mission
de confiance: elle le chargea, le 26 juillet 1793, d'aller acheter des
grains dans les departements du Puy-de-Dome, de la Haute-Loire et autres
circonvoisins. Nous ne savons comment il s'acquitta de cette mission, ni
meme s'il la remplit reellement.

Fournier fut un de ceux qui, en aout 1793, denoncerent la comedie de
_Pamela_ comme etant une apologie seditieuse de la noblesse[12].

[Note 12: _Pamela ou la vertu recompensee_, comedie en cinq actes et en
vers, par Francois de Neufchateau, fut representee pour la premiere fois
au Theatre de la Nation, le 1er aout 1793. On trouvera dans l'_Histoire
du Theatre-Francais_, par Etienne et Martainville (tome III, pages 99 a
105), l'histoire des incidents qui troublerent les representations de
cette piece et amenerent l'arrestation de l'auteur et des comediens.
Voir aussi E. Bire, _Paris pendant la Terreur_, p. 287.]

A la meme epoque, il petitionnait a la Convention pour reclamer la
formation d'une armee revolutionnaire: il se voyait deja general de
cette armee.

En octobre suivant, il fut un instant emprisonne a Versailles a cause
d'un duel[13].

[Note 13: Seance du club des Jacobins du 15 octobre 1793:

"_Blanchet_: Fournier, qui denonca, il y a quelque temps, l'incivisme du
Theatre-Francais relativement a _Pamela_, qui a donne depuis la
Revolution des preuves reiterees de patriotisme, est actuellement en
prison a Versailles. Il a ete arrete sous le pretexte d'un duel. La
Societe doit son appui a cet officier, connu par son civisme.

"Un membre du Comite de correspondance rend compte des demarches qu'il a
faites a ce sujet; il annonce que Fournier va etre mis en liberte."]

Depuis sa querelle avec Marat, Fournier avait ete elimine du club des
Cordeliers, comme un faux frere, un renegat. Denonce par Vincent, il fut
arrete dans le club meme, au moment ou il essayait d'y rentrer de force
(22 frimaire an II--12 decembre 1793), comme il ressort du curieux
document inedit qu'on va lire:

CLUB DES CORDELIERS

_Seance du duodi 22 frimaire, l'an second de la Republique francaise une
et indivisible._

_Presidence de_ MOMORO.

On faisait lecture de la correspondance lorsqu'un membre fait la
proposition de laisser introduire Dunouy l'aine et Fournier, dit
l'Americain, dans la Societe.

A ces noms, la Societe a reconnu d'abord dans Dunouy l'aine un de ses
membres qui l'avait abandonnee et ne paraissait plus dans son sein
depuis la scission que des scelerats ont tentee en cherchant a detruire
le club des Cordeliers et n'a pas vu sans etonnement le retour de cet
homme dans son sein, a l'instant ou il venait d'etre eloigne du sein de
la Commune, comme ayant apostrophe et parle avec dedain et mepris du
peuple[14].

[Note 14: Dunouy avait en effet ete exclu de la Commune, le 12 frimaire
an II, comme "exagere". (_Moniteur_, XVIII, 580.)]

Elle a egalement vu dans Fournier un individu expulse de son sein comme
protecteur de la faction liberticide des rolandistes et des girondistes,
un des plus cruels ennemis de Marat, un de ses denonciateurs perfides.
Apres discussion, l'Assemblee a passe a l'ordre du jour sur la
proposition d'introduction dans son sein des nommes Dunouy et Fournier.

Les individus qui avaient deja mis un pied dans la salle voulurent
reclamer, mais le president fut charge de maintenir l'execution de
l'arrete et les censeurs inviterent Dunouy et Fournier a se retirer. Ils
semblaient etre hors de la salle, les travaux de l'Assemblee reprenaient
leur cours et la porte battante les tenait separes du local des seances,
lorsque l'on renouvelle la proposition de laisser introduire Fournier,
dit l'Americain, qui, disait-on, voulait etre entendu.

A l'instant, la Societe manifeste [son] animadversion par un mouvement
spontane de justice (_sic_) et d'indignation de se voir interrompue dans
ses travaux par des hommes auxquels elle etait fondee de refuser
l'entree de ses seances.

On apercevait Fournier au travers de la porte faire des signes de
menace.

Un orateur etant monte a la tribune pour y developper, avec l'energie
dont doit etre anime tout Cordelier, les justes motifs du refus de la
Societe de laisser introduire dans son sein Fournier, et la Societe
ayant maintenu son premier arrete, a l'instant la porte a ete foncee
avec violence, Fournier s'est introduit dans la salle et, montrant au
doigt l'orateur, il lui a dit d'un ton furieux et menacant, et le bras
leve, qu'il saurait bien le faire traduire au Tribunal revolutionnaire;
cette menace a occasionne une nouvelle scene et un second mouvement
d'indignation.

Considerant que ce citoyen a apporte du trouble dans sa seance,
considerant qu'il a porte atteinte aux droits de la liberte, qui lui
sont garantis par les lois, considerant que cette violence, dans un
moment ou elle avait convoque les membres extraordinairement pour
s'occuper d'un des plus grands interets de la Republique, presentait
quelque chose de suspect, a arrete que ledit Fournier serait envoye au
Comite revolutionnaire de la section de l'Unite, qui serait invite a
suivre suivant la rigueur des lois, que le detail de tous les faits
serait insere au proces-verbal, qu'expedition d'icelui sera envoyee aux
Comites revolutionnaires et au Comite de surete generale, invite tous
les citoyens qui auront de justes denonciations a faire contre ledit
Fournier a se presenter devant les autorites constituees et nomme, pour
porter lesdits proces-verbaux et suivre la dite affaire, les citoyens
Rault, Auge, Brochet, Fenau, Cahier, officier gendarme.

_Signe au registre:_

MOMORO, president,

et GUILLAUMIN jeune, secretaire.

_Delivre conforme au registre par moi, secretaire soussigne:_

GUILLAUMIN jeune, secretaire.

Fournier fut enferme a l'Abbaye. Le 12 germinal an II (1er avril 1794),
il y fut interroge par la Commission administrative de la police de
Paris au sujet d'une sorte de manifeste royaliste qu'on avait trouve
dans ses papiers. Le 11 fructidor suivant (28 aout 1794), le Comite
revolutionnaire de la section du Contrat-Social demanda sa mise en
liberte, en disant qu'il etait faux qu'il eut calomnie Marat. Un arrete
du Comite de surete generale en date du 1er vendemiaire an III (22
septembre 1794) lui ouvrit les portes de sa prison: il y etait reste un
peu plus de neuf mois.

Ses tribulations etaient loin d'etre finies. Il fut arrete de nouveau le
19 ventose an III (9 mars 1795) et conduit a la Force, d'ou il ecrivit
au Comite de surete generale la lettre suivante:

Claude Fournier, cultivateur, aux representants du peuple membres du
Comite de la surete generale de la Convention.

_De la maison d'arret de la Force, le 26 messidor, l'an III de la
Republique une et indivisible._

Citoyens representants.

J'ai ete arrete par votre ordre le 19 pluviose (_sic_) dernier et mis en
detention a la maison de la Force, ou je suis encore.

J'ignore quels sont les motifs de ma detention. Je n'ai pas encore ete
interroge. Cette nouvelle captivite est la suite d'une premiere qui a
dure quatorze mois. J'ose assurer, affirmer meme, que ni l'une ni
l'autre n'ont ete meritees. Cependant ma fortune, deja alteree par les
malheurs que j'ai eprouves sous le despotisme royal, se reduit presque a
rien maintenant, tant par les sacrifices que j'ai faits pour ma patrie
pendant la Revolution, dont je suis un des premiers apotres, que par les
persecutions que j'eprouve depuis pres de deux ans.

Une circonstance particuliere vient encore ajouter a mes peines. Je
tiens a loyer un appartement situe rue du Doyenne, section des
Tuileries. Le bail vient d'expirer le 1er juillet (_vieux style_). Le
principal locataire vient de me faire faire une sommation de vider les
lieux de mes meubles, et ce dans le jour, sinon il me menace de les
faire jeter sur le carreau.

Il m'est impossible, citoyens representants, de satisfaire a cette
sommation, puisque je suis prive de ma liberte. Une autre raison m'en
empeche encore: ce sont les scelles apposes par votre ordre chez moi. La
perplexite dans laquelle je me trouve est telle que, si celui qui me
poursuit n'est point arrete dans sa course judiciaire, mes meubles et
effets vont etre exposes au pillage et mes papiers perdus.

Je pense, citoyens representants, que vous exposer ma situation c'est
vous en indiquer le remede. Il est tout entier et uniquement dans votre
justice. Je la reclame, elle m'est due, et vous ne me la refuserez pas.

Si j'avais ete a meme de connaitre les faits que l'on m'impute, je me
serais empresse de les detruire. Mais telle est la conduite tyrannique
de mes ennemis envers moi: ils frappent tous leurs coups dans les
tenebres, bien convaincus qu'ils sont que, s'ils paraissaient au grand
jour, ils ne tarderaient pas a etre couverts de confusion.

Quoi qu'il en soit, citoyens representants, et quoi qu'il m'en ait deja
coute, je supporte mes malheurs avec la fermete republicaine qui m'est
propre. Mon silence meme est peut-etre plus accablant pour ceux qui me
persecutent qu'une defense publique, quelque eclatante qu'elle puisse
etre.

Je demande, citoyens representants, que provisoirement vous fassiez
suspendre les poursuites que le citoyen Chatelain ou quoi que ce soit
(_sic_) le citoyen Bligny, son homme d'affaires, demeurant rue
Neuve-Egalite, n deg. 297, section de Bonne-Nouvelle, dirigent contre moi,
jusqu'a ce que vous ayez statue sur ma detention.

Je vous demande egalement, au nom de la justice, que vous vous fassiez
rendre compte des motifs de mon arrestation, que vous ordonniez qu'ils
me seront communiques afin que j'y puisse repondre et vous mettre a meme
de me rendre ma liberte, dont je suis prive depuis si longtemps et avec
tant d'injustice.

FOURNIER[15].

[Note 15: _Collection de M. Etienne Charavay._]

Dans un interrogatoire que Fournier subit quatre jours plus tard devant
le Comite de surete generale, il declara encore ignorer les motifs de
son arrestation et on ne les lui donna pas tout d'abord. En realite, il
etait implique dans la procedure commencee par le tribunal criminel de
Seine-et-Oise contre les auteurs des massacres commis a Versailles le 8
septembre 1792[16]. Il beneficia de l'amnistie du 4 brumaire an IV, les
poursuites contre lui furent abandonnees et on le rendit a la liberte.

[Note 16: M. Mortimer-Ternaux (III, 601-607) a publie cinq depositions
de temoins faites contre Fournier a cette occasion.]

Il se retira alors dans sa maison de campagne de Verneuil. Mais les
attaques des feuilles thermidoriennes l'y poursuivirent, comme le prouve
la lettre suivante, qu'il ecrivit en l'an V au redacteur du _Journal des
hommes libres_[17]:

[Note 17: Le _Journal des hommes libres_, continuation du _Republicain_
(par Charles Duval et autres), commenca a paraitre sous ce titre a
partir du 29 juin 1793.]


Je vous prie, citoyen, d'inserer dans votre feuille la note ci-jointe.
Vous obligerez un concitoyen qui desire dans tous les temps vous en
temoigner sa reconnaissance.

"Quelle a ete ma surprise de voir dans la feuille intitulee _le
Miroir_[18] la note suivante:

[Note 18: Le _Miroir_, redige par le royaliste Beaulieu, commenca a
paraitre le 11 floreal an IV.]

"Il n'est personne dans la Revolution qui n'ait entendu parler d'un
nomme Fournier l'Americain, fameux par cent expeditions revolutionnaires
et notamment celle envers les prisonniers d'Orleans. Un jeune homme de
Lyon, nomme Maupetit, age de vingt-huit ans, a consenti a se battre en
duel avant-hier au bois de Boulogne avec cet individu, et a recu une
blessure mortelle."

"Je dois repondre aux calomnies des journaux chouans, qui veulent me
qualifier d'assassin, par les tournures qu'ils veulent donner dans leurs
sales feuilles malheureusement publiques. Je suis fort tranquille chez
moi, depuis ma sortie des prisons, il y a environ un an, detenu par la
tyrannie du Comite de surete generale pour cause non expliquee; plus,
avoir reste encore quinze mois sous la tyrannie du Comite de salut
public et de surete generale, reputee _tyrannie de Robespierre_, et ce
pour cause encore non expliquee.

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Film review: Choke

Mark Crick performs 'Hanging Wallpaper with Ernest Hemmingway' and 'Boarding an Attic with Edgar Allan Poe'

History's missing pages: Iranian academic sliced out sections of priceless collection

These are high times for Gordon Brown. He has been praised for saving the global financial system, and received a welcome respite from his electoral troubles at the Glenrothes byelection.

But not everything is rosy for the prime minister. His latest book, Wartime Courage: Stories of Extraordinary Courage by Ordinary People in World War Two, has sold just 193 copies in the fortnight it has been on sale.

In the same two weeks, Jordan - Pushed to the Limit, the latest instalment of the glamour model's autobiography, sold 4,446 copies, despite having been on sale for 10 months. Wartime Courage currently ranks at 10,646 in the Amazon UK sales chart.

To rub salt into his wounds, the reviews have been rotten. The Independent bemoaned Brown's "robotic neutrality", "engine-drone monotone" and "mealy-mouthed avoidance of 'controversial' issues". Writing in the Spectator, the author James Delingpole went further, describing Wartime Courage as a "leaden, clunken-fisted cuttings job". Brown has an "automaton-like inability either to empathise with his subject ... or to work out which details needed emphasising and which could be safely excluded".

Brown's subjects - which include the Chariots of Fire legend Eric Liddell and Violette Szabo, who worked undercover for the Special Operations Executive during the second world war - were intrinsically thrilling, said Delingpole. Which "makes it all the less excusable that Brown has made them seem so dull".

And that's not all. "His opening and closing essays are waffly, trite and, in so far as they attempt to make political capital from the achievements of people who have nothing whatsoever to do with him or his grisly ideology, offensive," complained Delingpole, who admitted that as a "starving author" he resented "the allocation by the publishing industry of time, money, space and attention to people who can barely write and anyway have well remunerated day jobs".

Not everyone hated it, however. The Jewish Chronicle's reviewer was a lone fan, saying all of the stories in the book were "well told" and made "compelling reading". "Finding time to write this book does the prime minister credit."

The book was due to be published in April, but did not hit the shops until November. A spokeswoman for Bloomsbury, the prime minister's publisher, denied it had been held back because of his low popularity ratings in the spring.

"The reason it was delayed was because he hadn't finished writing it - he didn't have a ghostwriter," said Bloomsbury's publicity director, Katie Bond.

Neill Denny, editor-in-chief of the publishing trade magazine the Bookseller, said that while he was surprised Brown's book had sold so badly, it was not the most tempting proposition.

Denny said: "It would be different if he had written his memoirs. That could be political dynamite. We've had half the story of the Blair years, but Brown's point of view could be fascinating."

But he added: "It is not disastrously bad. Hardback books do not sell in huge quantities any more. When the Booker longlist came out last year, of the 13 books, half had sold less than 1,000 copies."

Gordon Brown's first book on the subject of bravery, Courage: Eight Stories, which was published by Bloomsbury last year, has sold 4,469 copies in the UK, according to Nielsen BookScan.

The Conservatives may be falling back in the polls, but they are easily winning the book war: William Hague's biography of William Pitt the Younger has sold more than 78,000 copies since 2004.

PM's weighty tome

Tirpitz and Godfrey Place

On 11 September six X-craft set out for the thousand-mile journey. Each midget submarine had two crews: one for the passage out - on which they were towed by six larger submarines - and one operational crew to carry out the final attack. Two of the midget submarines broke adrift, one being eventually recovered, the other sinking with all hands. On 19 September the four remaining vessels approached the target area, still under tow. Towing problems delayed HM Submarine Stubborn and her charge X-7 when a floating mine - part of the outer defences of Altafjord - became caught on the tow-line and was then impaled on the bows of the midget submarine. [Godfrey] Place, the commander of X-7, went out on its forward casing and cleared the mine away with his foot.

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Why shouldn't Sarah Palin get a book deal?

To the untrained eye the damage is barely visible. Yet within the handbound pages of books charting how Europeans travelled to Mesopotamia, Persia and the Mogul empire from the 16th century onwards, the damage caused by one Iranian academic to a priceless British Library collection is irreversible.

Leading scholars at the library are at a loss to explain why Farhad Hakimzadeh, a Harvard-educated businessman, publisher and intellectual, took a scalpel to the leaves of 150 books that have been in the nation's collection for centuries. The monetary damage he caused over seven years is in the region of £400,000 but Dr Kristian Jensen, head of the British and early printed collections at the library, said no price could be placed upon the books and maps that he had defaced and stolen.

"These are historic objects which have been damaged forever," said Jensen. "You cannot undo what he has done and it has compromised a piece of historical evidence which charts the early engagement of Europeans with what we now know as the Middle East and China.

"It makes me extremely angry. This is someone who is extremely rich who has damaged and destroyed something that belongs to everybody."

Hakimzadeh, 60, faces a jail sentence today when he appears at Wood Green magistrates court in London. The Iranian-born academic fled his country after the fall of the Shah and holds a US passport. He has pleaded guilty to 14 specimen charges of stealing maps, pages and illustrations from 10 books at the British Library and four from the Bodleian Library in Oxford dating back to 1998.

When police searched his home in Knightsbridge, west London, last July they discovered some of the missing maps, pages and pictures inserted into less valuable editions of the same books he owned.

Academics at the library were forced to turn detective in June 2006 after a reader who had taken out a copy of Sir Thomas Herbert's book A Relation of Some Yeares Travaille, Begunne Anno 1626 suggested some of its pages had been removed.

Careful examination by experts at the library proved him to be correct and the staff mounted a delicate operation to find out who had been damaging the book and whether other items had suffered the same fate.

Using electronic records, they found all the British Library members who had taken out the book and then examined other works these people had had contact with. They discovered that other works detailing the same periods in history and covering European engagement to the area from modern-day Syria to Bangladesh were also damaged.

Pages had been sliced away close to the spine of the books and maps, one of them worth £32,000, had been removed from chapters, leaving barely noticeable indentations in the paper marking where they had been.

"It was only the books taken out by Hakimzadeh which showed a consistent pattern of damage," said Jensen.

They discovered that Hakimzadeh had taken out 842 books and of these at least 150 had been mutilated. Some of the stolen pages were discovered but many have been lost forever.

The library wrote to Hakimzadeh, who at the time was chief executive of the Iran Heritage Foundation, a charity he formed in 1995 to promote and perserve the history, languages and culture of Iran. He replied saying he had no idea that there was any damage to the books. It was at this point that the library went to the police with the details of the investigation.

Forensic scientists analysed the damaged books and police officers called at Hakimzadeh's Knightsbridge home, where he lived with his wife.

"Some pages were found loose and others had been inserted into books in his own collection," said Jensen, who acccompanied the officers. "Hakimzadeh is eminently characteristic of our traditional groups of readers: he has a profound knowledge of the field. From my point of view, that makes it worse because he actually knew the importance of what he was damaging. What he did was use the cover of serious scholarly purpose to steal historic pieces and abuse our trust."

The library has launched a civil action to sue Hakimzadeh for full compensation.

Defaced books

The rare books that were defaced by Hakimzadeh include:

Historia de la China From the writings of Father Matteo Ricci, an Italian Jesuit who travelled to China in 1582 and became the first western traveller to settle there. First published in Latin in 1615. This copy was printed in Spain in 1621. Ricci learned to speak and write Chinese and his work was the first important and reliable European description of the country.

Novus Orbis An anthology of works by Simon Grynaeus, professor of Greek at Basle. Hakimzadeh removed an engraving of a world map drawn by Hans Holbein the Younger, court painter to Henry VIII.

Mithridates By the English dramatist Nathaniel Lee. Published in 1693.

Ost-indian-und Persianische Reisen By Johann Gottlieb Worm, the German philosopher who accompanied an envoy of the Dutch East India Company sent to the Safavid court in Persia in 1717. He travelled to Isfahan from India via Bandar. Published in 1745.

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