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Ainsi Parlait Zarathoustra by Frederic Nietzsche.

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Eh bien! soyons de nouveau bons et de bonne humeur! Et quoique
Zarathoustra ait le regard sombre - regardez-le donc! il m'en veut - :
- avant que la nuit soit venue il apprendra de nouveau a m'aimer et a
me louer, il ne peut pas vivre longtemps sans faire de pareilles folies.

_Celui-la_ - aime ses ennemis: c'est lui qui connait le mieux cet art,
parmi tous ceux que j'ai rencontres. Mais il s'en venge - sur ses
amis!"

Ainsi parlait le vieil enchanteur, et les hommes superieurs
l'acclamerent: en sorte que Zarathoustra se mit a circuler dans sa
caverne, secouant les mains de ses amis avec mechancete et amour, -
comme quelqu'un qui a quelque chose a excuser et a reparer aupres de
chacun. Mais lorsqu'il arriva a la porte de sa caverne, voici, il eut
de nouveau envie du bon air qui regnait dehors et de ses animaux, - et
il voulut se glisser dehors.





PARMI LES FILLES DU DESERT


1.


"Ne t'en vas pas! dit alors le voyageur qui s'appelait l'ombre de
Zarathoustra, reste aupres de nous, - autrement la vieille et lourde
affliction pourrait de nouveau s'emparer de nous.

Deja le vieil enchanteur nous a prodigue ce qu'il avait de plus
mauvais, et, regarde donc, le vieux pape qui est si pieux a des larmes
dans les yeux, et deja il s'est de nouveau embarque sur la mer de la
melancolie.

Il me semble pourtant que ces rois font bonne figure devant nous; car,
parmi nous tous, ce sont eux qui ont le mieux appris a faire bonne mine
aujourd'hui. S'ils n'avaient pas de temoins, je parie que le mauvais
jeu recommencerait, chez eux aussi - le mauvais jeu des nuages qui
passent, de l'humide melancolie, du ciel voile, des vents d'automne qui
hurlent: - le mauvais jeu de nos hurlements et de nos cris de detresse:
reste aupres de nous, o Zarathoustra! Il y a ici beaucoup de misere
cachee qui voudrait parler, beaucoup de soir, beaucoup de nuages,
beaucoup d'air epais!

Tu nous as nourris de fortes nourritures humaines et de maximes
fortifiantes: ne permets pas que, pour le dessert, les esprits de
mollesse, les esprits effemines nous surprennent de nouveau!

Toi seul, tu sais rendre autour de toi l'air fort et pur! Ai-je jamais
trouve sur la terre un air aussi pur, que chez toi dans ta caverne?

J'ai pourtant vu bien des pays, mon nez a appris a examiner et a
evaluer des airs multiples: mais c'est aupres de toi que mes narines
eprouvent leur plus grande joie!

Si ce n'est, - si ce n'est - o pardonne-moi un vieux souvenir!
Pardonne-moi un vieux chant d'apres diner que j'ai jadis compose parmi
les filles du desert.

Car, aupres d'elles, il y avait aussi de bon air clair d'Orient; c'est
la-bas que j'ai ete le plus loin de la vieille Europe, nuageuse, humide
et melancolique!

Alors j'aimais ces filles d'Orient et d'autres royaumes des cieux
azures, sur qui ne planaient ni nuages ni pensees.

Vous ne vous doutez pas combien elles etaient charmantes, lorsqu'elles
ne dansaient pas, assises avec des arts profonds, mais sans pensees,
comme de petits secrets, comme des enigmes enrubannees, comme des noix
d'apres diner - diaprees et etranges, en verite! mais sans nuages:
telles des enigmes qui se laissent deviner: c'est en l'honneur des ces
petites filles qu'alors j'ai invente mon psaume d'apres diner."

Ainsi parlait le voyageur qui s'appelait l'ombre de Zarathoustra; et,
avant que quelqu'un ait eu le temps de repondre, il avait deja saisi la
harpe du vieil enchanteur, et il regardait autour de lui, calme et
sage, en croisant les jambes: - mais de ses narines il absorbait l'air,
lentement et comme pour interroger, comme quelqu'un qui, dans les pays
nouveaux, goute de l'air nouveau. Puis il commenca a chanter avec une
sorte de hurlement:


2.


_Le desert grandit: malheur a celui qui recele des deserts!_

- Ah!
Solennel!
Un digne commencement!
D'une solennite africaine!
Digne d'un lion,
ou bien d'un hurleur moral...
- mais ce n'est rien pour vous,
mes delicieuses amies,
aux pieds de qui
il est donne de s'asseoir, sous des palmiers
a un Europeen. Selah.

Singulier, en verite!
Me voila assis,
tout pres du desert et pourtant
si loin deja du desert,
et nullement ravage encore:
devore
par la plus petite des oasis
- car justement elle ouvrait en baillant
sa petite bouche charmante,
la plus parfumee de toutes les petites bouches:
et j'y suis tombe,
au fond, en passant au travers - parmi vous,
vous mes delicieuses amies! Selah.

Gloire, gloire, a cette baleine,
si elle veilla ainsi au bien-etre
de son hote! - vous comprenez
mon allusion savante?...
Gloire a son ventre,
s'il fut de la sorte
un charmant ventre d'oasis,
tel celui-ci: mais je le mets en doute,
car je viens de l'Europe
qui est plus incredule que toutes les epouses.
Que Dieu l'ameliore!
Amen!

Me voila donc assis,
dans cette plus petite de toutes les oasis,
semblable a une datte,
brun, edulcore, dore,
ardent d'une bouche ronde de jeune fille,
plus encore de dents canines,
de dents feminines,
froides, blanches comme neige, tranchantes
car c'est apres elle que languit
le coeur de toutes les chaudes dattes. Selah.

Semblable a ces fruits du midi,
trop semblable,
je suis couche la,
entoure de petits insectes ailes
qui jouent autour de moi,
et aussi d'idees et de desirs
plus petits encore,
plus fous et plus mechants,
cerne par vous,
petites chattes, jeunes filles,
muettes et pleines d'apprehensions,
Doudou et Souleika
- _ensphinxe_, si je mets dans _un_ mot nouveau
beaucoup de sentiments
(que Dieu me pardonne
cette faute de langage!)
- je suis assis la, respirant le meilleur air,
de l'air de paradis, en verite,
de l'air clair, leger et raye d'or,
aussi bon qu'il en est jamais
tombe de la lune -
etait-ce par hasard,
ou bien par presomption,
que cela est arrive?
comme content les vieux poetes.
Mais moi, le douteur, j'en doute,
c'est que je viens
de l'Europe
qui est plus incredule que toutes les epouses.
Que Dieu l'ameliore!
Amen!

Buvant l'air le plus beau,
les narines gonflees comme des gobelets,
sans avenir, sans souvenir,
ainsi je suis assis la,
mes delicieuses amies,
et je regarde la palme
qui, comme une danseuse,
se courbe, se plie et se balance sur les hanches,
- on l'imite quand on la regarde longtemps!...
comme une danseuse qui, il me semble,
s'est tenue trop longtemps, dangereusement longtemps,
toujours et toujours sur _une_ jambe?
- elle en oublia, comme il me semble,
_l'autre_ jambe!
Car c'est en vain que j'ai cherche
le tresor jumeau
- c'est-a-dire l'autre jambe -
dans le saint voisinage
de leurs charmantes et mignonnes
jupes de chiffons, jupes flottantes en eventail.
Oui, si vous voulez me croire tout a fait,
mes belles amies:
je vous dirai qu'elle l'a _perdue_!...
Hou! Hou! Hou! Hou! Hou!...
Elle s'est allee
pour toujours
l'autre jambe!
O quel dommage pour l'autre jambe si gracieuse
Ou - peut-elle s'arreter, abandonnee, en deuil?
Cette jambe solitaire?
Craignant peut-etre
un monstre mechant, un lion jaune
et boucle d'or? Ou bien deja
ronge, grignote - helas! helas!
miserablement grignote! Selah.

O ne pleure pas,
coeurs tendres,
ne pleurez pas,
coeurs de dattes, seins de lait,
coeurs de reglisse!
Sois un homme, Souleika! Courage! courage!
ne pleure plus,
pale Doudou!
- Ou bien faudrait-il
peut-etre ici
quelque chose de fortifiant, fortifiant le coeur?
Une maxime embaumee?
une maxime solennelle...

Ah! monte, dignite!
Souffle, souffle de nouveau
Soufflet de la vertu!
Ah!
Hurler encore une fois,
hurler moralement!
en lion moral, hurler devant les filles du desert!
- Car les hurlements de la vertu,
delicieuse jeunes filles,
sont plus que toute chose
les ardeurs de l'Europeen, les fringales de l'Europeen!

Et me voic deja,
moi l'Europeen,
je ne puis faire autrement, que Dieu m'aide!
Amen.


_Le desert grandit: malheur a celui qui recele le desert!_





LE REVEIL


1.


Apres le chant du voyageur et de l'ombre, la caverne s'emplit tout a
coup de rires et de bruits; et comme tous les hotes reunis parlaient en
meme temps et que l'ane lui aussi, apres un pareil encouragement, ne
pouvait plus se tenir tranquille, Zarathoustra fut pris d'une petite
aversion et d'un peu de raillerie contre ses visiteurs: bien qu'il se
rejouit de leur joie. Car celle lui semblait un signe de guerison. Il
se glissa donc dehors, en plein air, et il parla a ses animaux.

"Ou s'en est maintenant allee leur detresse? dit-il, et deja il se
remettait lui-meme de son petit ennui - il me semble qu'ils ont
desappris chez moi leurs cris de detresse!

- quoiqu'ils n'aient malheureusement pas encore desappris de crier."
Et Zarathoustra se boucha les oreilles, car a ce moment les I-A de
l'ane se melaient singulierement au bruit des jubilations de ces hommes
superieurs.

"Ils sont joyeux, se remit-il a dire, et, qui sait, peut-etre aux
depens de leur hote; et s'ils ont appris a rire de moi, ce n'est
cependant pas _mon_ rire qu'ils ont appris.

Mais qu'importe! Ce sont de vieilles gens: ils guerissent a leur
maniere, ils rient a leur maniere; mes oreilles ont supporte de pires
choses sans en devenir moroses.

Cette journee est une victoire: il recule deja, il fuit _l'esprit de la
lourdeur_, mon vieil ennemi mortel! Comme elle va bien finir cette
journee qui a si mal et si malignement commence!

Et elle _veut_ finir. Deja vient le soir: il passe a cheval sur la
mer, le bon cavalier! Comme il se balance, le bienheureux, qui revient
sur sa selle de pourpre!

Le ciel regarde avec serenite, le monde s'etend dans sa profondeur, o
vous tous, hommes singuliers qui etes venus aupres de moi, il vaut la
peine de vivre aupres de moi!"

Ainsi parlait Zarathoustra. Et alors des cris et des rires des hommes
superieurs resonnerent de nouveau de la caverne: or, Zarathoustra,
commenca derechef:

"Ils mordent, mon amorce fait de l'effet, chez eux aussi l'ennemi fuit:
l'esprit de la lourdeur. Deja ils apprennent a rire d'eux-memes:
est-ce que j'entends bien?

Ma nourriture d'homme fait de l'effet, mes maximes savoureuses et
rigoureuses: et, en verite, je ne les ai pas nourris avec des legumes
qui gonflent. Mais avec une nourriture de guerriers, une nourriture de
conquerants: j'ai eveille de nouveaux desirs.

Il y a de nouveaux espoirs dans leurs bras et dans leurs jambes, leur
coeur s'etire. Ils trouvent des mots nouveaux, bientot leur esprit
respirera la petulance.

Je comprends que cette nourriture ne soit pas pour les enfants, ni pour
les petites femmes langoureuses, jeunes et vieilles. Il faut d'autres
moyens pour convaincre leurs intestins; je ne suis pas leur medecin et
leur maitre.

Le _degout_ quitte ces hommes superieurs: eh bien! cela est ma
victoire. Dans mon royaume, ils se sentent en securite, toute honte
bete s'enfuit, ils s'epanchent.

Ils epanchent leurs coeurs, des heures bonnes leur reviennent, ils
choment et ruminent de nouveau, - ils deviennent _reconnaissants_.

C'est ce que je considere comme le meilleur signe, ils deviennent
reconnaissants. A peine un court espace de temps se sera-t-il ecoule
qu'ils inventeront des fetes et eleveront des monuments commemoratifs a
leurs joies anciennes.

Ce sont des _convalescents_!" Ainsi parlait Zarathoustra, joyeux dans
son coeur et regardant au dehors; ses animaux cependant se pressaient
contre lui et faisaient honneur a son bonheur et a son silence.


2.


Mais soudain l'oreille de Zarathoustra s'effraya, car la caverne, qui
avait ete jusqu'a present pleine de bruit et de rire, devint soudain
d'un silence de mort; le nez de Zarathoustra cependant sentit une odeur
agreable de fumee et d'encens, comme si l'on brulait des pommes de pin.

"Qu'arrive-t-il? Que font-ils?" se demanda Zarathoustra, en
s'approchant de l'entree pour regarder ses convives sans etre vu.
Mais, merveille des merveilles! que vit-il alors de ses propres yeux!


"Ils sont tous redevenus _pieux_, ils _prient_, ils sont fous!" -
dit-il en s'etonnant au dela de toute mesure. Et, en verite, tous ces
hommes superieurs, les deux rois, le pape hors de service, le sinistre
enchanteur, le mendiant volontaire, le voyageur et l'ombre, le vieux
devin, le consciencieux de l'esprit et le plus laid des hommes: ils
etaient tous prosternes sur leurs genoux, comme les enfants et les
vieilles femmes fideles, ils etaient prosternes en adorant l'ane. Et
deja le plus laid des hommes commencait a gargouiller et a souffler,
comme si quelque chose d'inexprimable voulait sortir de lui; cependant
lorsqu'il finit enfin par parler reellement, voici, ce qu'il
psalmodiait etait une singuliere litanie pieuse, en l'honneur de l'ane
adore et encense. Et voici quelle fut cette litanie:

Amen! Honneur et gloire et sagesse et reconnaissance et louanges et
forces soient a notre Dieu, d'eternite en eternite!

- Et l'ane de braire I-A.

Il porte nos fardeaux, il s'est fait serviteur, il est patient de coeur
et ne dit jamais non; et celui qui aime son Dieu le chatie bien.

- Et l'ane de braire I-A.

Il ne parle pas, si ce n'est pour dire toujours _oui_ au monde qu'il a
cree; ainsi il chante la louange de son monde. C'est sa ruse qui le
pousse a ne point parler: ainsi il a rarement tort.

- Et l'ane de braire I-A.

Insignifiant il passe dans le monde. La couleur de son corps, dont il
enveloppe sa vertu, est grise. S'il a de l'esprit, il le cache; mais
chacun croit a ses longues oreilles.

- Et l'ane de braire I-A.

Quelle sagesse cachee est cela qu'il ait de longues oreilles et qu'il
dise toujours oui, et jamais non! N'a-t-il pas cree le monde a son
image, c'est-a-dire aussi bete que possible?

- Et l'ane de braire I-A.

Tu suis des chemins droits et des chemins detournes; ce que les hommes
appellent droit ou detourne t'importe peu. Ton royaume est par dela le
bien et le mal. C'est ton innocence de ne point savoir ce que c'est
que l'innocence.

- Et l'ane de braire I-A.

Vois donc comme tu ne repousses personne loin de toi, ni les mendiants,
ni les rois. Tu laisses venir a toi les petits enfants et si les
pecheurs veulent te seduire tu leur dis simplement I-A.

- Et l'ane de braire: I-A.

Tu aimes les anesses et les figues fraiches, tu n'es point difficile
pour ta nourriture. Un chardon te chatouille le coeur lorsque tu as
faim. C'est la qu'est ta sagesse de Dieu.

- Et l'ane de braire I-A.





LA FETE DE L'ANE


1.


En cet endroit de la litanie cependant, Zarathoustra ne put se
maitriser davantage. Il cria lui-aussi: I-A a plus haute voix encore
que l'ane et sauta au milieu de ses hotes devenus fous. "Mais que
faites-vous donc la - enfants des hommes? S'ecria-t-il en soulevant de
terre ceux qui priaient. Malheur a vous, si quelqu'un d'autre que
Zarathoustra vous regardait:

Chacun jugerait que vous etes devenus, avec votre foi nouvelle, les
pires des blasphemateurs, ou les plus insensees de toutes les vieilles
femmes!

Et toi-meme, vieux pape, comment es-tu d'accord avec toi-meme en
adorant ainsi un ane comme s'il etait Dieu?"

"O Zarathoustra, repondit le pape, pardonne-moi, mais dans les choses
de Dieu je suis encore plus eclaire que toi. Et cela est juste ainsi.

Plutot adorer Dieu sous cette forme que de ne point l'adorer du tout!
Reflechis a cette parole, mon eminent ami: tu devineras vite que cette
parole renferme de la sagesse.

Celui qui a dit: "Dieu est esprit" - a fait jusqu'a present sur la
terre le plus grand pas et le plus grand bond vers l'incredulite: ce ne
sont pas la des paroles faciles a reparer sur la terre!

Mon vieux coeur saute et bondit de ce qu'il y ait encore quelque chose
a adorer sur la terre. Pardonne, o Zarathoustra, a un vieux coeur de
pape pieux!" -

- "Et toi, dit Zarathoustra au voyageur et a l'ombre, tu t'appelles
esprit libre, tu te figures etre un esprit libre? Et tu te livres ici
a de pareilles idolatries et a de pareilles momeries?

En verite, tu fais ici de pires choses que tu n'en faisais aupres des
jeunes filles brunes et malignes, toi le croyant nouveau et malin!"

"C'est triste, en effet, repondit le voyageur et l'ombre, tu as raison:
mais qu'y puis-je! Le Dieu ancien revit, o Zarathoustra, tu diras ce
que voudras.

C'est le plus laid des hommes qui est cause de tout: c'est lui qui l'a
ressuscite. Et s'il dit qu'il l'a tue jadis: chez les Dieux la _mort_
n'est toujours qu'un prejuge."

"Et toi, reprit Zarathoustra, vieil enchanteur malin, qu'as-tu fait?
Qui donc croira encore en toi, en ces temps de liberte, si tu crois a
de pareilles aneries divines?"

Tu as fait une betise; comment pouvais-tu, toi qui es ruse, faire une
pareille betise!"

"O Zarathoustra, repondit l'enchanteur ruse, tu as raison, c'etait une
betise, - il m'en a coute assez cher."

"Et toi aussi, dit Zarathoustra au consciencieux de l'esprit, reflechis
donc et mets ton doigt a ton nez! En cela rien ne gene-t-il donc ta
conscience? Ton esprit n'est-il pas trop propre pour de pareilles
adorations et l'encens de pareils bigots?

"Il y a quelque chose dans ce spectacle, repondit le consciencieux, et
il mit le doigt a son nez, il y a quelque chose dans ce spectacle qui
fait meme du bien a ma conscience.

Peut-etre n'ai-je pas le droit de croire en Dieu: mais il est certain
que c'est sous cette forme que Dieu me semble le plus digne de foi.

Dieu doit etre eternel, selon le temoignage des plus pieux: qui a du
temps de reste s'accorde du bon temps. Aussi lentement et aussi
betement que possible: _avec cela_ il peut vraiment aller loin.

Et celui qui a trop d'esprit aimerait a s'enticher meme de la betise et
de la folie. Reflechis sur toi-meme, o Zarathoustra!

Toi-meme - en verite! tu pourrais bien, par exces de sagesse, devenir
un ane.

Un sage parfait n'aime-t-il pas suivre les chemins les plus tortueux?
L'apparence le prouve, o Zarathoustra , - _ton_ apparence!"

- " Et toi-meme enfin, dit Zarathoustra en s'adressant au plus laid des
hommes qui etait encore couche par terre, les bras tendus vers l'ane
(car il lui donnait du vin a boire). Parle, inexprimable, qu'as-tu
fait la!

Tu me sembles transforme, ton oeil est ardent, le manteau du sublime se
drape autour de ta laideur: qu'as-tu fait?

Est-ce donc vrai, ce que disent ceux-la, que tu l'as ressuscite? Et
pourquoi? N'etait-il donc pas avec raison tue et perime?

C'est toi-meme qui me sembles reveille: qu'as-tu fait? Qu'as-_tu_
interverti? Pourquoi t'es-_tu_ converti? Parle, inexprimable!"

"O Zarathoustra, repondit le plus laid des hommes, tu es un coquin!

Si _celui-la_ vit encore, ou bien s'il vit de nouveau, ou bien s'il est
completement mort, - qui de nous deux sait cela le mieux? C'est ce que
je te demande.

Mais il y a une chose que je sais, - c'est de toi-meme que je l'ai
apprise jadis, o Zarathoustra: celui qui veut tuer le plus completement
se met a _rire_.

"Ce n'est pas par la colere, c'est par le rire que l'on tue" - ainsi
parlais-tu jadis. O Zarathoustra, toi qui restes cache, destructeur
sans colere, saint dangereux, - tu es un coquin!"


2.


Mais alors il arriva que Zarathoustra, etonne de pareilles reponses de
coquins, s'elanca de nouveau a la porte de sa caverne et, s'adressant a
tous ses convives, se mit a crier d'une voix forte:

"O vous tous, fols espiegles, pantins! pourquoi dissimuler et vous
cacher devant moi!

Le coeur de chacun de vous tressaillait pourtant de joie et de
mechancete, parce que vous etes enfin redevenus comme de petits
enfants, c'est-a-dire pieux, - parce que vous avez enfin agi de nouveau
comme font les petits enfants, parce que vous avez prie, joint les
mains et dit "cher bon Dieu"!

Mais maintenant quittez _cette_ chambre d'enfants, ma propre caverne,
ou aujourd'hui tous les enfantillages ont droit de cite. Rafraichissez
dehors votre chaude impetuosite d'enfants et le battement de votre
coeur!

Il est vrai, que si vous ne redevenez pas comme de petits enfants, vous
ne pourrez pas entrer dans _ce_ royaume des cieux. (Et Zarathoustra
montra le ciel du doigt.)

Mais nous ne voulons pas du tout entrer dans le royaume des cieux: nous
sommes devenus des hommes, - _c'est pourquoi nous voulons le royaume de
la terre_."


3.


Et de nouveau Zarathoustra commenca a parler. "O mes nouveaux amis,
dit-il, - hommes singuliers, vous qui etes les hommes superieurs, comme
vous me plaisez bien maintenant, - depuis que vous etes redevenus
joyeux. Vous etes en verite tous epanouis: il me semble que pour des
fleurs comme vous il faut des _fetes nouvelles_, - une brave petite
folie, un culte ou une fete de l'ane, un vieux fou, un joyeux
Zarathoustra, un tourbillon qui, par son souffle, vous eclaire l'ame.

N'oubliez pas cette nuit et cette fete de l'ane, o hommes superieurs.
C'est -la_ ce que vous avez invente chez moi et c'est pour moi un bon
signe, - il n'y a que les convalescents pour inventer de pareilles
choses!

Et si vous fetez de nouveau cette fete de l'ane, faites-le par amour
pour vous, faites-le aussi par amour pour moi! Et faites cela en
memoire _de moi_."


Ainsi parlait Zarathoustra.





LE CHANT D'IVRESSE


1.


Mais pendant qu'il parlait, ils etaient tous sortis l'un apres l'autre,
en plein air et dans la nuit fraiche et pensive; et Zarathoustra
lui-meme conduisait le plus laid des hommes par la main, pour lui
montrer son monde nocturne, la grande lune ronde et les cascades
argentees aupres de sa caverne. Enfin ils s'arreterent la les uns pres
des autres, tous ces hommes vieux, mais le coeur console et vaillant,
s'etonnant dans leur for interieur de se sentir si bien sur la terre;
la quietude de la nuit, cependant, s'approchait de plus en plus de
leurs coeurs. Et de nouveau Zarathoustra pensait a part lui: "O comme
ils me plaisent bien maintenant, ces hommes superieurs!" - mais il ne
le dit pas, car il respectait leur bonheur et leur silence. -

Mais alors il arriva ce qui pendant ce jour stupefiant et long fut le
plus stupefiant: le plus laid des hommes commenca derechef, et une
derniere fois, a gargouiller et a souffler et, lorsqu'il eut fini par
trouver ses mots, voici une question sortit de sa bouche, une question
precise et nette, une question bonne, profonde et claire qui remua le
coeur de tous ceux qui l'entendaient.

"Mes amis, vous tous qui etes reunis ici, dit le plus laid des hommes,
que vous en semble? A cause de cette journee - c'est la premiere fois
de ma vie que _je_ suis content, que j'ai vecu la vie tout entiere.

Et il me suffit pas d'avoir temoigne cela. Il vaut la peine de vivre
sur la terre: _Un_ jour, _une_ fete en compagnie de Zarathoustra a
suffi pour m'apprendre a aimer la terre.

"Est-ce la - la vie!" dirai-je a la mort. "Eh bien! Encore une fois!"

Mes amis, que vous en semble? Ne voulez-vous pas, comme moi, dire a la
mort: "Est-ce la la vie, eh bien, pour l'amour de Zarathoustra, encore
une fois!" -

Ainsi parlait le plus laid des hommes; mais il n'etait pas loin de
minuit. Et que pensez-vous qui se passa alors? Des que les hommes
superieurs entendirent sa question, ils eurent soudain conscience de
leur transformation et de leur guerison, et ils comprirent quel etait
celui qui la leur avait procuree: alors ils s'elancerent vers
Zarathoustra, pleins de reconnaissance, de respect et d'amour, en luis
baisant la main, selon la particularite de chacun: de sort que
quelques-uns riaient et que d'autres pleuraient. Le vieil enchanteur
cependant dansait de plaisir; et si, comme le croient certains
conteurs, il etait alors ivre de vin doux, il etait certainement plus
ivre encore de la vie douce, et il avait abdique toute lassitude. Il y
en a meme quelques-uns qui racontent qu'alors l'ane se mit a danser:
car ce n'est pas en vain que le plus laid des hommes lui avait donne du
vin a boire. Que cela se soit passe, ainsi ou autrement, peu importe;
si l'ane n'a pas vraiment danse ce soir-la, il se passa pourtant alors
des choses plus grandes et plus etranges que ne le serait la danse d'un
ane. En un mot, comme dit le proverbe de Zarathoustra: "Qu'importe!"


2.


Lorsque ceci se passa avec le plus laid des hommes, Zarathoustra etait
comme un homme ivre: son regard s'eteignait, sa langue balbutiait, ses
pieds chancelaient. Et qui saurait deviner quelles etaient les pensees
qui agitaient alors l'ame de Zarathoustra? Mais on voyait que son
esprit reculait en arriere et qu'il volait en avant, qu'il etait dans
le plus grand lointain, en quelque sorte "sur une haute crete, comme il
est ecrit, entre deux mers, - qui chemine entre le passe et l'avenir,
comme un lourd nuage". Peu a peu, cependant, tandis que les hommes
superieurs le tenaient dans leurs bras, il revenait un peu a lui-meme,
se defendant du geste de la foule de ceux qui voulaient l'honorer et
qui etaient preoccupes a cause de lui; mais il ne parlait pas. Tout a
coup, pourtant, il tourna la tete, car il semblait entendre quelque
chose: alors il mit son doigt sur la bouche et dit: "_Venez_!"

Et aussitot il se fit un silence et une quietude autour de lui; mais de
la profondeur on entendait monter lentement le son d'une cloche.
Zarathoustra pretait l'oreille, ainsi que les hommes superieurs; puis
il mit une seconde fois son doigt sur la bouche et il dit de nouveau:
"_Venez! Venez! il est pres de minuit!_" - et sa voix s'etait
transformee. Mais il ne bougeait toujours pas de place: alors il y eut
un silence encore plus grand et une plus grande quietude, et tout le
monde ecoutait, meme l'ane et les animaux d'honneur de Zarathoustra,
l'aigle et le serpent, et aussi la caverne de Zarathoustra et la grande
lune froide et la nuit elle-meme. Zarathoustra, cependant, mit une
troisieme fois sa main sur la bouche et dit:

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Poster poems: Water, water everywhere

What is the funniest book in the English language? It's not a very original question and I ask this cold winter weekend only because I heard a couple of shortlisted candidates being promoted at a memorial service the other day.

Few people beyond his very large and eclectic circle of friends may have heard of David Chipp. Even his profession lent itself to anonymity. He was a news agency journalist who survived stepping on Chairman Mao's foot (young Chipp was the first western correspondent in Beijing after the 1949 revolution) to become editor-in-chief of both Reuters and the domestic wire service, the Press Association.

And much loved he was too. I have never seen St Bride's, Wren's lovely 1672 church behind Fleet Street (the seventh on that site in 1,000 years) so full, not just of hacks (some rather grand ones), but lawyers, fellow Henley rowing buffs, opera enthusiasts and many others. Chipp had an infectious smile and believed that champagne was a non-alcoholic drink. Even Mao forgave him. Chipp died suddenly in his sleep in September, aged 81.

Anyway during the course of the service, Jonathan Grun, the current editor of the PA (which reported the event in five crisp lines), read an extract from AG MacDonell's England, Their England (1933), explaining before doing so that Chippy thought it the second funniest book in the language.

I don't know the novelist or the book, but it won the James Tait prize in 1934 and Goebbels later found time to denounce it as "frivolous and cynical", so it must be OK.

And the funniest book? According to Grun, Chipp thought it was George and Weedon Grossmith's The Diary of a Nobody (1888/9). That's surely enough to get your juices going. I preferred Jerome K Jerome's Three Men in a Boat, published more or less simultaneously.

That one used to make me laugh out loud, as The Diary never quite did. But that's a risk one always takes rereading an old favourite. I loved Eating People is Wrong, by Malcolm Bradbury; funnier than Amis Snr's Lucky Jim. At least, I did until I re-read them both.

Hitchhiker's Guide to the Galaxy, Slaughterhouse Five, 1066 and All That. Catch 22 (that stands up pretty well), A Confederacy of Dunces. Anything by Terry Pratchett, say some. Anything by PG Wodehouse, say others, though they all have their favourites. Quite a lot by Evelyn Waugh, says me, though I think it is still Decline and Fall that makes me laugh most.

Any thoughts before the blizzards cut off communications?

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