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Discours civiques de Danton by Georges Jacques Danton

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* * * * *

Je pense comme plusieurs membres, notamment comme Billaud-Varennes,
qu'il faut savoir mettre à profit l'élan sublime de ce peuple qui se
presse autour de nous. Je sais que, quand le peuple présente ses
besoins, qu'il offre de marcher contre ses ennemis, il ne faut prendre
d'autres mesures que celles qu'il présente lui-même, car c'est le
génie national qui les a dictées. Je pense qu'il sera bon que le
comité fasse son rapport, qu'il calcule et qu'il propose les moyens
d'exécution; mais je vois aussi qu'il n'y a aucun inconvénient à
décréter à l'instant même une armée révolutionnaire. Élargissons, s'il
se peut, ces mesures.

Vous venez de proclamer à la face de la France qu'elle est encore en
vraie révolution active; et bien, il faut la consommer, cette
révolution. Ne vous effrayez point des mouvements que pourront tenter
les contre-révolutionnaires de Paris. Sans doute ils voudraient
éteindre le feu de la liberté dans son foyer le plus ardent, mais la
masse immense des vrais patriotes, des sans-culottes, qui cent fois
ont terrassé leurs ennemis, existe encore; elle est prête à
s'ébranler: sachez la diriger, et elle confondra encore et déjouera
toutes les manoeuvres. Ce n'est pas assez d'une armée révolutionnaire,
soyez révolutionnaires vous-mêmes. Songez que les hommes industrieux
qui vivent du prix de leurs sueurs ne peuvent aller dans les sections.
Décrétez donc deux grandes assemblées de sections par semaine, que
l'homme du peuple qui assistera à ces assemblées politiques ait une
juste rétribution pour le temps qu'elles enlèveront à son travail.

Il est bon encore que nous annoncions à tous nos ennemis que nous
voulons être continuellement et complètement en mesure contre eux.
Vous avez décrété 30 millions à la disposition du ministre de la
Guerre pour des fabrications d'armes; décrétez que ces fabrications
extraordinaires ne cesseront que quand la nation aura donné à chaque
citoyen un fusil. Annonçons la ferme résolution d'avoir autant de
fusils et presque autant de canons que de sans-culottes. Que ce soit
la République qui mette le fusil dans la main du citoyen, du vrai
patriote; qu'elle lui dise: "La patrie te confie cette arme pour sa
défense; tu la représenteras tous les mois et quand tu en seras requis
par l'autorité nationale." Qu'un fusil soit la chose la plus sacrée
parmi nous; qu'on perde plutôt la vie que son fusil. Je demande donc
que vous décrétiez au moins cent millions pour faire des armes de
toute nature; car si nous avions eu des armes nous aurions tous
marché. C'est le besoin d'armes qui nous enchaîne. Jamais la patrie en
danger ne manquera de citoyens.

Mais il reste à punir et l'ennemi intérieur que vous tenez, et celui
que vous avez à saisir. Il faut que le tribunal révolutionnaire soit
divisé en un assez grand nombre de sections pour que tous les jours un
aristocrate, un scélérat paie de sa tête ses forfaits.

1° Je demande donc qu'on mette aux voix d'abord la proposition de
Billaud.

2° Qu'on décrète également que les sections de Paris s'assembleront
extraordinairement les dimanches et les jeudis, et que tout citoyen
faisant partie de ces assemblées, qui voudra, attendu ses besoins,
réclamer une indemnité, la recevra, à raison de 40 sols par assemblée.

3° Qu'il soit décrété par la Convention qu'elle met a la disposition
du ministre de la Guerre 100 millions pour des fabrications d'armes,
et notamment pour des fusils; que ces manufactures extraordinaires
reçoivent tous les encouragements et les additions nécessaires, et
qu'elles ne cessent leurs travaux que quand la France aura donné à
chaque citoyen un fusil.

Je demande enfin qu'il soit fait un rapport sur le mode d'augmenter de
plus en plus l'action du tribunal révolutionnaire. Que le peuple voie
tomber ses ennemis, qu'il voie que la Convention s'occupe de ses
besoins. Le peuple est grand, et il vous en donne en cet instant même
une preuve remarquable: c'est que, quoi qu'il ait souffert de la
disette factice machinée pour le mener à la contre-révolution, il a
senti qu'il souffrait pour sa propre cause; et, sous le despotisme, il
aurait exterminé tous les gouvernements.

Tel est le caractère du Français éclairé par quatre années de
révolutions.

Hommage vous soit rendu, peuple sublime! A la grandeur vous joignez la
Persévérance; vous voulez la liberté avec obstination; vous jeûnez
pour la liberté, vous devez l'acquérir. Nous marcherons avec vous, vos
ennemis seront confondus, vous serez libres!




XXXIX

SUR LES SECOURS À ACCORDER AUX PRÊTRES SANS RESSOURCES

(22 novembre 1793)


Dans la séance de la Convention du 22 novembre fut discutée la
question des secours à accorder aux prêtres réfractaires. Danton, avec
une générosité égale à sa tolérance, proposa de secourir même ceux qui
s'étaient montrés rebelles à la loi, et ce en raison même du véritable
esprit révolutionnaire.

* * * * *

Sachez, citoyens, que vos ennemis ont mis à profit pour vous perdre
jusqu'à la philosophie qui vous dirige; ils ont cru qu'en accueillant
les prêtres que la raison porte à abandonner leur état, vous
persécuteriez ceux qui sont aveuglés par le bandeau de l'erreur. Le
peuple est aussi juste qu'éclairé. L'Assemblée ne veut salarier aucun
culte, mais elle exècre la persécution et ne ferme point l'oreille aux
cris de l'humanité. Citoyens, accordez des secours à tous les prêtres;
mais que ceux qui sont encore dans l'âge de prendre un état ne
puissent prétendre aux secours de la nation après s'être procuré les
moyens de subsister. Si Pitt a pensé que l'abolition du fanatisme
serait un obstacle à votre rentrée en Belgique par la persécution que
vous ferez éprouver aux prêtres, qu'il soit détrompé, et qu'il
apprenne à respecter une nation généreuse qu'il n'a cessé de
calomnier. Citoyens, il faut concilier la politique avec la saine
raison: apprenez que si vous ôtez aux prêtres les moyens de subsister,
vous les réduisez à l'alternative, ou de mourir de faim, ou de se
réunir avec les rebelles de la Vendée. Soyez persuadés que tout
prêtre, observant le cours de la raison, se hâtera d'alléger le
fardeau de la République en devenant utile à lui-même, et que ceux qui
voudront encore secouer les torches de la discorde seront arrêtés par
le peuple qui écrase tous ses ennemis sous le char de la Révolution.
Je demande l'économie du sang des hommes; je demande que la Convention
soit juste envers ceux qui ne sont pas signalés comme les ennemis du
peuple. Citoyens, n'y eût-il qu'un seul prêtre qui, privé de son état,
se trouve sans ressources, vous lui devez de quoi vivre; soyez justes,
politiques, grands comme le peuple: au milieu de sa fureur vengeresse,
il ne s'écarte jamais de la justice; il la veut. Proclamez-la en son
nom, et vous recevrez ses applaudissements.




XL

CONTRE LES MASCARADES ANTIRELIGIEUSES ET SUR LA CONSPIRATION DE
L'ÉTRANGER

(26 novembre 1793)


Plusieurs des séances de la Convention avaient vu défiler à la barre
des députations venant offrir les dépouilles des églises, et des
ecclésiastiques venant déposer leurs lettres de prêtrise. Danton
s'éleva avec force contre ces _mascarades antireligieuses_, et,
rappelant les différents besoins et désirs du peuple, demanda plus
d'activité dans les mesures révolutionnaires et la lecture du rapport
sur la conspiration de l'étranger ourdie par le baron Jean de Batz.

* * * * *

Il y a un décret qui porte que les prêtres qui abdiqueront iront
porter leur renonciation au comité. Je demande l'exécution de ce
décret, car je ne doute pas qu'ils ne viennent successivement abjurer
l'imposture. Il ne faut pas tant s'extasier sur la démarche d'hommes
qui ne font que suivre le torrent. Nous ne voulons nous engouer pour
personne. Si nous n'avons pas honoré le prêtre de l'erreur et du
fanatisme, nous ne voulons pas non plus honorer le prêtre de
l'incrédulité: nous voulons servir le peuple. Je demande qu'il n'y ait
plus de mascarades antireligieuses dans le sein de la Convention. Que
les individus qui voudront déposer sur l'autel de la patrie les
dépouilles de l'Église ne s'en fassent plus un jeu ni un trophée.
Notre mission n'est pas de recevoir sans cesse des députations qui
répètent toujours les mêmes mots. Il est un terme à tout, même aux
félicitations. Je demande qu'on pose la barrière.

Il faut que les comités préparent un rapport sur ce qu'on appelle une
conspiration de l'étranger. Il faut nous préparer à donner du ton et
de l'énergie au gouvernement. Le peuple veut, et il a raison, que la
terreur soit à l'ordre du jour. Mais il veut que la terreur soit
reportée à son vrai but, c'est-à-dire contre les aristocrates, contre
les égoïstes, contre les conspirateurs, contre les traîtres amis de
l'étranger. Le peuple ne veut pas que celui qui n'a pas reçu de la
nature une grande force d'énergie, mais qui sert la patrie de tous ses
moyens, quelque faibles qu'ils soient, non, le peuple ne veut pas
qu'il tremble.

Un tyran, après avoir terrassé la Ligue, disait à un des chefs qu'il
avait vaincus, en le faisant suer [Note: Et non "tuer" comme Vermorel,
p. 230, l'imprime.]: "Je ne veux pas d'autre vengeance de vous." Le
temps n'est pas venu où le peuple pourra se montrer clément. Le temps
de l'inflexibilité et des vengeances nationales n'est point passé; il
faut un nerf puissant, un nerf terrible au peuple. Ce nerf est le sien
propre, puisque, d'un souffle, il peut créer et détruire ses
magistrats, ses représentants. Nous ne sommes, sous le rapport
politique, qu'une commission nationale que le peuple encourage par ses
applaudissements.

Le peuple veut, après avoir fondé la République, que nous essayions
tous les moyens qui pourront donner plus de force et d'action au
gouvernement républicain.

Que chacun de vous médite donc tous les jours ces grands objets. Il
faut que le Comité de salut public se dégage de beaucoup de détails,
pour se livrer tout entier à ces importantes méditations. Donnons
enfin des résultats au peuple. Depuis longtemps c'est le peuple qui
fait toutes les grandes choses. Certes, il est beau que ses
représentants s'humilient devant sa puissance souveraine. Mais il
serait plus beau qu'ils s'associassent à sa gloire, qu'ils prévinssent
et dirigeassent ses mouvements immortels. Je demande que le Comité de
salut public, réuni à celui de sûreté générale, fasse un prompt
rapport sur la conspiration dénoncée, et sur les moyens de donner une
action grande et forte au gouvernement provisoire.

* * * * *

Fayau étant intervenu pour observer que, Danton ayant parlé de
clémence, le moment était peut-être mal choisi pour montrer de
l'indulgence envers les ennemis de la patrie, Danton répondit:

* * * * *

Je demande à relever un fait. Il est faux que j'aie dit qu'il fallait
que le peuple se portât à l'indulgence; j'ai dit au contraire que le
temps de l'inflexibilité et des vengeances nationales n'était point
passé. Je veux que la terreur soit à l'ordre du jour; je veux des
peines plus fortes, des châtiments plus effrayants contre les ennemis
de la liberté, mais je veux qu'ils ne portent que sur eux seuls.

* * * * *

Une nouvelle observation de Fayau reprocha à Danton d'avoir parlé du
gouvernement républicain comme d'un essai. Danton conclut:

* * * * *

Je ne conçois pas qu'on puisse ainsi dénaturer mes idées. Il est
encore faux que j'aie parlé d'un essai de gouvernement républicain. Et
moi aussi, je suis républicain, républicain impérissable. La
Constitution est décrétée et acceptée. Je n'ai parlé que du
gouvernement provisoire; j'ai voulu tourner l'attention de mes
collègues vers les lois de détail nécessaires pour parvenir à
l'exécution de cette Constitution républicaine.




XLI

SUR L'INSTRUCTION PUBLIQUE

(26 novembre 1793)


À plusieurs reprises Danton revint sur la question de l'instruction
publique. Dans cette même séance de la Convention il demanda
l'institution de fêtes publiques et nationales, notamment à l'Être
suprême, idée que Robespierre devait faire sienne quelques mois plus
tard.

* * * * *

Dans ce moment où la superstition succombe pour faire place à la
raison, vous devez donner une centralité à l'instruction publique,
comme vous en avez donné une au gouvernement. Sans doute vous
disséminerez dans les départements des maisons où la jeunesse sera
instruite dans les grands principes de la raison et de la liberté;
mais le peuple entier doit célébrer les grandes actions qui auront
honoré notre révolution. Il faut qu'il se réunisse dans un vaste
temple, et je demande que les artistes les plus distingués concourent
pour l'élévation de cet édifice, où, à un jour indiqué, seront
célébrés des jeux nationaux. Si la Grèce eut ses jeux olympiques, la
France solennisera aussi ses jours sans-culottides. Le peuple aura des
fêtes dans lesquelles il offrira l'encens à l'Être suprême, au maître
de la nature; car nous n'avons pas voulu anéantir le règne de la
superstition, pour établir le règne de l'athéisme.

Citoyens, que le berceau de la liberté soit encore le centre des fêtes
nationales. Je demande que la Convention consacre le Champ-de-Mars aux
jeux nationaux, qu'elle ordonne d'y élever un temple où les Français
puissent se réunir en grand nombre. Cette réunion alimentera l'amour
sacré de la liberté, et augmentera les ressorts de l'énergie
nationale; c'est par de tels établissements que nous vaincrons
l'univers. Des enfants vous demandent d'organiser l'instruction
publique; c'est le pain de la raison, vous le leur devez; c'est la
raison, ce sont les lumières qui font la guerre aux vices. Notre
révolution est fondée sur la justice, elle doit être consolidée par
les lumières. Donnons des armes à ceux qui peuvent les porter, de
l'instruction à la jeunesse, et des fêtes nationales au peuple.




XLII

SUR LES ARRÊTÉS DES REPRÉSENTANTS EN MISSION EN MATIÈRE FINANCIÈRE

(1er décembre 1793)


Dans la séance du 1er décembre, la Convention décréta sur certains
arrêtés rigoureux pris en matière financière, soit sur l'or, soit sur
les assignats, par des représentants en mission. Danton s'éleva contre
l'arbitraire possible de pareilles manoeuvres.

* * * * *

Cambon nous a fait une déclaration solennelle et qu'il faut répéter;
c'est que nous avons au trésor public de l'or, de quoi acquérir du
pain et des armes, autant que le commerce neutre pourra nous en
fournir. D'après cela, nous ne devons rien faire précipitamment en
matière de finances. C'est toujours avec circonspection que nous
devons toucher à ce qui a sauvé la République. Quelque intérêt
qu'eussent tous nos ennemis à faire tomber l'assignat, il est resté,
parce que sa valeur a pour base le sol entier de la République. Nous
pourrons examiner à loisir, et méditer mûrement la théorie du comité.
J'en ai raisonné avec Cambon. Je lui ai développé des inconvénients
graves dont il est convenu avec moi. N'oublions jamais qu'en pareille
matière des résultats faux compromettraient la liberté.

Cambon nous a apporté des faits. Des représentants du peuple ont rendu
des lois de mort pour l'argent. Nous ne saurions nous montrer assez
sévères sur de pareilles mesures, et surtout à l'égard de nos
collègues. Maintenant que le fédéralisme est brisé, les mesures
révolutionnaires doivent être une conséquence nécessaire de nos lois
positives. La Convention a senti l'utilité d'un supplément de mesures
révolutionnaires; elle l'a décrété: dès ce moment, tout homme qui se
fait ultra-révolutionnaire donnera des résultats aussi dangereux que
pourrait le faire le contre-révolutionnaire décidé. Je dis donc que
nous devons manifester la plus vive indignation pour tout ce qui
excédera les bornes que je viens d'établir.

Déclarons que nul n'aura le droit de faire arbitrairement la loi à un
citoyen; défendons contre toute atteinte ce principe: que la loi
n'émane que de la Convention, qui seule a reçu du peuple la faculté
législative; rappelons ceux de nos commissaires qui, avec de bonnes
intentions sans doute, ont pris les mesures qu'on nous a rapportées,
et que nul représentant du peuple ne prenne désormais d'arrêté qu'en
concordance avec nos décrets révolutionnaires, avec les principes de
la liberté, et d'après les instructions qui lui seront transmises par
le Comité de salut public. Rappelons-nous que si c'est avec la pique
que l'on renverse, c'est avec le compas de la raison et du génie qu'on
peut élever et consolider l'édifice de la société. Le peuple nous
félicite chaque jour sur nos travaux; il nous a signifié de rester à
notre poste: c'est parce que nous avons fait notre devoir.
Rendons-nous de plus en plus dignes de la confiance dont il s'empresse
de nous investir; faisons seuls la loi et que nul ne nous la donne.
J'insiste sur le rappel et l'improbation des commissaires qui ont pris
l'arrêté qui vous a été dénoncé.

Enfin je demande que le Comité de salut public soit chargé de notifier
à tous les représentants du peuple qui sont en commission, qu'ils ne
pourront prendre aucune mesure qu'en conséquence de vos lois
révolutionnaires et des instructions qui leur seront données.

* * * * *

Fayau, ayant parlé en faveur des mesures révolutionnaires extrêmes
nécessitées dans certains départements, fit observer que le Comité de
salut public en pouvait juger, puisque les représentants en mission
lui communiquaient leurs arrêtés dans les vingt-quatre heures. Danton
répondit, et, quoique admettant les motifs de Fayau, il en contesta
l'urgence tout en demandant une application rigoureuse des mesures
révolutionnaires:

* * * * *

Je suis d'accord sur l'action prolongée et nécessaire du mouvement et
de la force révolutionnaires. Le Comité de salut public examinera
celles qui seront nécessaires et utiles; et s'il est utile d'ordonner
la remise de l'or et de l'argent, sous peine de mort, nous le
ratifierons, et le peuple le ratifiera avec nous; mais le principe que
j'ai posé n'en est pas moins constant: c'est au Comité de salut public
à diriger les mesures révolutionnaires sans les resserrer; ainsi tout
commissaire peut arrêter les individus, les imposer même, telle est
mon intention. Non seulement je ne demande point le ralentissement des
mesures révolutionnaires, mais je me propose d'en présenter qui
frapperont et plus fort et plus juste; car, dans la République, il y a
un tas d'intrigants et de conspirateurs véritables qui ont échappé au
bras national, qui en a atteint de moins coupables qu'eux. Oui, nous
voulons marcher révolutionnairement, dût le sol de la République
s'anéantir; mais, après avoir donné tout à la vigueur, donnons
beaucoup à la sagesse; c'est de la constitution de ces deux éléments
que nous recueillerons les moyens de sauver la patrie.

* * * * *

Dans cette même séance, un citoyen venu à la barre commença la lecture
d'une apologie rimée de Jean-Paul Marat, que Danton interrompit avec
véhémence:

* * * * *

Et moi aussi j'ai défendu Marat contre ses ennemis, et moi aussi j'ai
apprécié les vertus de ce républicain; mais, après avoir fait son
apothéose patriotique, il est inutile d'entendre tous les jours son
éloge funèbre et des discours ampoulés sur le même sujet; il vous faut
des travaux et non pas des discours. Je demande que le pétitionnaire
dise clairement et sans emphase l'objet de sa pétition.




XLIII

DÉFENSE AUX JACOBINS

(3 décembre 1793)


A la séance des Jacobins du 3 décembre, un membre ayant demandé que la
Convention fût invitée à fournir des locaux aux sociétés populaires
n'en possédant point encore fut combattu par Danton. Coupé (de l'Oise)
accusa Danton de modérantisme et lui fit le reproche de vouloir
paralyser la Révolution. L'accusé improvisa aussitôt sa défense:

* * * * *

Coupé a voulu empoisonner mon opinion. Certes, jamais je n'ai prétendu
proposer de rompre le nerf révolutionnaire, puisque j'ai dit que la
Constitution devait dormir pendant que le peuple était occupé à
frapper ses ennemis. Les principes que j'ai énoncés portent sur
l'indépendance des sociétés populaires de toute espèce d'autorité.
C'est d'après ce motif que j'ai soutenu que les sociétés populaires ne
devaient avoir recours à personne pour solliciter des localités
(_sic_). J'ai entendu des rumeurs. Déjà des dénonciations graves ont
été dirigées contre moi; je demande enfin à me justifier aux yeux du
peuple, auquel il ne sera pas difficile de faire reconnaître mon
innocence et mon amour pour la liberté. Je somme tous ceux, qui ont pu
concevoir contre moi des motifs de défiance, de préciser leurs
accusations, car je veux y répondre en public. J'ai éprouvé une forte
défaveur en paraissant à la tribune. Ai-je donc perdu ces traits qui
caractérisent la figure d'un homme libre? Ne suis-je plus ce même
homme qui s'est trouvé à vos côtés dans les moments de crise? Ne
suis-je pas celui que vous avez souvent embrassé comme votre ami, et
qui doit mourir avec vous? Ne suis-je pas l'homme qui à été accablé de
persécution? J'ai été un des plus intrépides défenseurs de Marat.
J'évoquerai l'ombre de l'Ami du peuple pour ma justification. Vous
serez étonné, quand je vous ferai connaître ma conduite privée, de
voir que la fortune colossale que mes ennemis et les vôtres m'ont
prêtée se réduit à la petite portion de biens que j'ai toujours eue.
Je défie les malveillants de fournir contre moi la preuve d'aucun
crime. Tous leurs efforts ne pourront m'ébranler. Je veux rester
debout avec le peuple. Vous me jugerez en sa présence. Je ne
déchirerai pas plus la page de mon histoire que vous ne déchirerez la
vôtre, qui doivent immortaliser les fastes de la liberté.

* * * * *

Le _Moniteur_ ne donne pas la suite du discours de Danton, et la
résume en ces mots: "L'orateur, après plusieurs morceaux violents
prononcés avec une abondance qui n'a pas permis d'en recueillir tous
les traits, termine par demander qu'il soit nommé une commission de
douze membres chargés d'examiner les accusations dirigées contre lui,
afin qu'il puisse y répondre en présence du peuple. Robespierre monta
ensuite à la tribune pour justifier Danton qui, à la fin de la séance,
reçut l'accolade fraternelle, au milieu des applaudissements les plus
flatteurs".




XLIV

SUR LES MESURES A PRENDRE CONTRE LES SUSPECTS

(7 décembre 1793)


Sur la proposition de Couthon, la Convention décréta, le 7 décembre,
que les comités révolutionnaires prenant des mesures de sûreté contre
les suspects non compris dans la loi du 17 septembre 1793 motiveraient
ces mesures sur un registre particulier. Danton y ajouta une
proposition qui fut adoptée.

* * * * *

Il faut nous convaincre d'une vérité politique, c'est que, parmi les
personnes arrêtées, il en est de trois classes, les unes qui méritent
la mort, un grand nombre dont la République doit s'assurer, et
quelques-unes sans doute qu'on peut relaxer sans danger pour elle.
Mais il vaudrait mieux, au lieu d'affaiblir le ressort révolutionnaire,
lui donner plus de nerf et de vigueur. Avant que nous en venions à des
mesures combinées, je demande un décret révolutionnaire que je crois
instant. J'ai eu, pendant ma convalescence, la preuve que des
aristocrates, des nobles extrêmement riches, qui ont leurs fils chez
l'étranger, se trouvent seulement arrêtés comme suspects, et jouissent
d'une fortune qu'il est juste de faire servir à la défense de la
liberté qu'ils ont compromise. Je demande que vous décrétiez que tout
individu qui a des fils émigrés, et qui ne prouvera pas qu'il a été
ardent patriote, et qu'il a fait tout au monde pour empêcher leur
émigration, ne soit plus que pensionnaire de l'État, et que tous ses
biens soient acquis à la République.




XLV

SUR L'INSTRUCTION PUBLIQUE

(12 décembre 1793)


Ces observations de Danton, dans la séance du 12 décembre, complètent
les précédents discours sur l'instruction publique.

* * * * *

Il est temps de rétablir ce grand principe qu'on semble méconnaître:
que les enfants appartiennent à la République avant d'appartenir à
leurs parents. Personne plus que moi ne respecte la nature. Mais
l'intérêt social exige que là seulement doivent se réunir les
affections. Qui me répondra que les enfants, travaillés par l'égoïsme
des pères, ne deviennent dangereux pour la République? Nous avons
assez fait pour les affections, nous devons dire aux parents: nous ne
vous arrachons pas vos enfants; mais vous ne pouvez les soustraire à
l'influence nationale.

Et que doit donc nous importer la raison d'un individu devant la
raison Nationale? Qui de nous ignore les dangers que peut produire cet
isolement Perpétuel? C'est dans les écoles nationales que l'enfant
doit sucer le lait républicain. La République est une et indivisible.
L'instruction publique doit aussi se rapporter à ce centre d'unité. A
qui d'ailleurs accorderions-nous cette faculté de s'isoler? C'est au
riche seul. Et que dira le pauvre, contre lequel peut-être on élèvera
des serpents? J'appuie donc l'amendement proposé.





ANNÉE 1794




XLVI

SUR L'ÉGALITÉ DES CITOYENS DEVANT LES MESURES RÉVOLUTIONNAIRES

(23 janvier 1794)


Les commissaires de la section Mucius Scævola avaient fait une
perquisition chez M. Duplessis, beau-père de Camille Desmoulins. Ils
étaient partis en emportant une partie de sa bibliothèque. Camille
vint réclamer à la Convention contre cet acte d'arbitraire. Danton,
malgré son amitié, s'éleva contre lui au nom de l'égalité de tous les
citoyens, membres de la Convention ou non, devant les mesures de salut
public.

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Scottish book of the year goes to Kieron Smith, Boy by James Kelman

The barrister Constance Briscoe has won the libel case brought against her by her mother, Carmen Briscoe-Mitchell, over her bestselling misery memoir Ugly, in which she accused Briscoe-Mitchell of childhood cruelty and neglect.

Briscoe-Mitchell claimed the allegations were "a piece of fiction", and sued Briscoe and her publishers Hodder & Stoughton for libel.

A 10-day hearing at the high court in London concluded earlier today with a unanimous verdict from the jury after more than a day's deliberation. Speaking outside the court, Briscoe, a part-time judge, said she was "very happy" with the verdict.

"It is sad that my mother still feels the need to pursue me. Now I just want to get on with my career," she said. "I can quite understand why my family went into collective denial, but whilst child abuse may be committed behind closed doors, it should never be swept under the carpet."

The hearing saw Briscoe tell Mr Justice Tugendhat and a jury how her mother beat her with a stick for wetting the bed, called her a "dirty little whore" and drove her to attempt suicide by drinking bleach.

Briscoe's account of her upbringing was published in 2006 and has sold more than 400,000 copies in the UK.

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Would you have your ashes scattered in Jane Austen's garden?
American film producer to publish version of the Bible in which God says it is better to be gay than straight

The royal family doesn't need a poet

The power of Jane Austen never ceases to amaze: the myriad film and TV adaptations, the biopics, the spin-off self-help books, the novels about Austen book clubs and Austen obsessives and even, next spring, the publication of a book about "how Jane Austen conquered the world" (Jane's Fame, by Clare Harman). And now comes the just-too-weird story that deceased fans of Jane Austen have been banned from having their ashes scattered in her garden. In a letter to the Jane Austen Society, Louise West, the collections manager of Jane Austen's House Museum, wrote: "While we understand many admirers of Jane Austen would love to have ashes laid here, it is something we do not allow. It is distressing for visitors to see mounds of human ash, particularly so for our gardener. Also, it is of no benefit to the garden!" (Or is it? Surely a small quantity of fresh ashes judiciously placed beneath a hydrangea bush is just the ticket?)

Anyway, leaving aside the Gardeners' Question Time minutiae, what on earth is going on here? I like an Austen novel as much as the next person – I probably reread my way through the complete works every couple of years – but I am baffled as to why one would want to be laid to rest among the flowerbeds of Chawton. The only explanation is the currently unstoppable power of the Austen cult, fuelled by Colin Firth in a wet blouse, by Andrew Davies's adaptations, and by Hollywood. I'm all for enjoying books, but the cult of Austen has reached ridiculous proportions. In a post-feminist world that should know better, she seems to be adored as the comforting provider of romantic, happy-endings nonsense instead of the sharp and acerbic social satirist she deserves to be seen as.

(Does anyone actually believe her, by the way, when she foretells a happy marriage for Darcey and Elizabeth? I fear a woman as interesting as Elizabeth would be sorely disappointed with this standard-issue British Repressed Public-school Man - hopeless emotionally, and probably hopeless in bed.)

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