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Discours civiques de Danton by Georges Jacques Danton

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Il faut bien le dire: pour faire tomber Danton, il ne fallut que
Danton lui-même, et, si cette mort fut le crime de Maximilien, elle
fut aussi son devoir.

La Gironde abattue, Danton se trouva en présence de deux partis réunis
cependant par les mêmes intérêts: les Hébertistes à la Commune, les
Montagnards à la Convention. Entre eux point de place pour les
modérés, ce modéré fût-il Danton. Il revenait, lui, de sa ferme
d'Arcis-sur-Aube, de cette maison paysanne dont le calme et le repos
demeuraient son seul regret dans la terrible lutte. Il estimait avoir
fait son devoir jusqu'au bout, il estimait peut-être aussi que la
Révolution était au terme de son évolution, qu'elle était désormais
établie sur des bases indestructibles. On sait quelles illusions
c'étaient là en 1794. Pourtant Danton y crut, il y crut pour l'amour
du repos, par lassitude.

Il s'arrêta alors qu'il eût fallu continuer la rude marche, il
s'arrêta alors que la Patrie demandait un dernier effort. Son
influence était puissante encore; vers cette grande tête ravagée et
illuminée se tournaient un grand nombre de regards sur les bancs de la
Montagne. De cette bouche éloquente, pleine d'éclats éteints, de
foudres muettes, pouvait venir le mot d'ordre fatal. La lassitude de
Danton pouvait être prise par les Dantonistes comme une réprobation;
un mot de fatigue pouvait être interprété comme un ordre de recul.
Reculer, c'était condamner la Terreur, la paralyser au moment de son
dernier effort. Et c'est ici que le devoir de Maximilien s'imposa: il
lui fallut choisir de la Révolution ou de Danton. Il choisit. C'est ce
devoir qu'on lui impute comme un crime.

Et pourtant! pourtant, oui, c'était un crime, cet austère, atroce et
formidable Devoir! L'homme qu'il fallait frapper au nom du progrès
révolutionnaire parce qu'il devenait un danger, cet homme avait
réveillé l'énergie guerrière de la France, cet homme avait, pour
appeler à la défense du sol, trouvé des mots qui avaient emporté et
déchiré le coeur du peuple, il avait été son incarnation, son écho, sa
bouche d'airain. Cet homme avait proposé tout ce qui avait sauvé la
Patrie et c'était au nom de ces mêmes mesures qu'il importait de le
frapper. Et il fut frappé.

Robespierre ne se résigna point à l'atroce tâche avec la joie sauvage,
la cruauté froide et la facilité dont on charge sa mémoire. Un de ceux
qui se décidèrent à abattre Danton sans discuter, Vadier, ce même
Vadier qui disait: "Nous allons vider ce Turbot farci!", Vadier
reconnut plus tard qu'il lui avait, au contraire, fallu vaincre
l'opposition de Robespierre, le retard que l'Incorruptible apportait à
se décider pour l'arrestation de son ancien ami. Non point qu'il n'en
avait pas compris la nécessité, nous venons de montrer que pour
l'inflexibilité de Robespierre la chose était un devoir, mais parce
qu'il lui répugnait d'arracher de son coeur le souvenir de l'amour que
Danton avait porté à la patrie. Cet aveu de Vadier fut consigné par
Taschereau-Fargues, dans une brochure devenue rare, où, rapportant les
détails de l'arrestation, il ajoute: "Pourquoi ne dirai-je point que
cela fut un assassinat médité, préparé de longue main, lorsque deux
jours après cette séance où présidait le crime, le représentant
Vadier, me racontant toutes les circonstances de cet événement, finit
par me dire: que Saint-Just, par son entêtement, avait failli
occasionner la chute des membres des deux comités, car il voulait,
ajouta-t-il, que les accusés fussent présents lorsqu'il aurait lu le
rapport à la Convention nationale; et telle était son opiniâtreté que,
voyant notre opposition formelle, il jeta de rage son chapeau dans le
feu, et nous planta là. Robespierre était aussi de son avis; il
craignait qu'en faisant arrêter préalablement ces députés, celle
démarche ne fût tôt ou tard répréhensible; mais, comme la peur était
un argument irrésistible auprès de lui, je me servis de cette arme
pour le combattre: Tu peux courir la chance d'être guillotiné, si tel
est ton plaisir; pour moi, je veux éviter ce danger, en les faisant
arrêter sur-le-champ, car il ne faut point se faire illusion sur le
parti que nous devons prendre; tout se réduit à ces mots: Si nous ne
les faisons point guillotiner, nous le serons nous-mêmes." [Note:
P.-A. Taschereau.--Fargues à Maximilien Robespierre aux Enfers; Paris,
an III, p. 16.--Cité dans les Annales révolutionnaires, n° 1,
janvier-mars 1908, p. 101.]

L'hésitation de Robespierre vaincue, Danton était perdu.

L'accusation contre Danton compléta le crime. C'était le compléter,
l'aggraver, en effet, que d'élever contre lui le reproche de la
vénalité. De source girondine, le grief fut repris par les
Montagnards; et il a fallu attendre près d'un siècle pour en laver la
mémoire outragée et blasphémée de Danton. Mais le premier pas fait,
les autres ne coûtèrent guère et on sait jusqu'où Saint-Just alla. Ici
point d'excuse. Cette haute et pure figure se voile tout à coup,
s'efface et il ne demeure qu'un faussaire odieux, celui qui donnera,
dans le dos de Danton, le coup de couteau dont il ne se relèvera pas.
Fouquier-Tinville, dans son dernier mémoire justificatif, a éclairé
les dessous de cette terrible machination, il a dit d'où était venu le
coup, on a reconnu la main... Hélas! la main qui, à Strasbourg et sur
le Rhin, signa les plus brillantes et les plus enflammées des
proclamations jacobines!

Au 9 thermidor, quand, immobile, muet, déchu, Saint-Just se tient
debout devant la tribune où Robespierre lance son dernier appel à la
raison française, dans le tumulte hurlant de la Convention déchaînée,
peut-être, devinant l'expiation, Saint-Just se remémora-t-il les
suprêmes paroles de Danton au Tribunal révolutionnaire: "Et toi,
Saint-Just, tu répondras à la postérité de la diffamation lancée
contre le meilleur ami du peuple, contre son plus ardent défenseur!"
[Note: Bulletin du Tribunal révolutionnaire, 4e partie, n° 21.]

Et c'est ce qui fait cette jeune et noble gloire un peu moins grande
et un peu moins pure.




IV


L'improvisation, si elle nuisit à la pureté littéraire des discours de
Danton, eut encore d'autres désavantages pour lui. Elle nous les
laissa incomplets, souvent dénaturés et altérés. Rares sont ceux-là
qui nous sont parvenus dans leur ensemble. Alors que des orateurs
comme Vergniaud et Robespierre prenaient soin d'écrire leurs discours
et d'en corriger les épreuves au Moniteur, Danton dédaignait de s'en
préoccuper. Il ne demandait point pour ses paroles la consécration de
l'avenir, et il avait à leur égard la manière de mépris et de dédain
dont il usait envers ses accusateurs. C'est pourquoi beaucoup de ces
discours sont à jamais perdus. Ceux qui demeurent nous sont arrivés
par les versions du Moniteur et du Lorgotachygraphe. Elles offrent
entre elles des variantes que M. Aulard avait déjà signalées. Entre
les deux nous avions à choisir. C'est à celle du Moniteur que nous
nous sommes arrêté. Outre son caractère officiel,--dénaturé, nous le
savons bien, mais officiel quand même,--elle offre au lecteur,
désireux de restituer le discours donné à son ensemble, la facilité de
se retrouver plus aisément.

Tel discours publié ici, nous ne le dissimulons pas, prend un
caractère singulièrement plus significatif lu dans le compte rendu
d'une séance. Mais cette qualité devenait un défaut pour quelques
autres qu'elle privait de leur cohésion, de l'enchaînement logique des
périodes. C'est pourquoi nous nous sommes décidé à supprimer, à moins
d'une nécessité impérieuse, tout ce qui pouvait en contrarier la
lecture, telles les interruptions sans importance, tels les
applaudissements, ce qui, enfin, n'avait en aucune manière modifié la
suite du discours.

Nous avons, au contraire, scrupuleusement respecté tout ce qui avait
décidé l'orateur à répondre sur-le-champ aux observations présentées.
C'est le cas où nous nous sommes trouvé pour la séance où Danton
s'expliqua sur ses relations avec Dumouriez, et quelques autres
encore. Un choix, d'autre part, s'imposait parmi tous les discours du
conventionnel. Ce n'est pas à l'ensemble de son oeuvre oratoire que
nous avons prétendu ici, et d'ailleurs, il serait à coup sûr
impossible de le reconstituer rigoureusement.

Ce choix, la matière même des discours nous le facilita
singulièrement. Tous les sujets de quelque importance furent discutés
et traités par Danton avec assez d'abondance. L'obligation de
reproduire les discours où il exposa ses vues politiques, le plus
complètement et le plus longuement, s'imposait donc. Ce fut d'ailleurs
la méthode dont se servit, en 1886, A. Vermorel, pour réunir quelques
discours du conventionnel sous le titre: Oeuvres de Danton, comme il
avait recueilli celles de Saint-Just, de Robespierre, de Mirabeau et
de Desmoulins. Ce fut la seule tentative faite pour réunir les
discours du ministre du 10 août; mais, outre les erreurs de dates
assez sérieuses, Vermorel n'avait pris aucun soin de résumer ou de
donner la brève physionomie des séances où les discours publiés furent
prononcés. Nous avons essayé de combler cette lacune, d'éclairer ainsi
certains passages qui pouvaient sembler obscurs. Enfin, nous avons cru
utile de joindre à ce volume le mémoire justificatif rédigé par les
fils Danton contre les accusations de vénalité portées contre leur
père. Cette pièce curieuse publiée par le Dr. Robinet dans son mémoire
sur la vie privée du conventionnel méritait d'être reproduite, tant à
cause de la haute mémoire qu'elle défend, qu'à cause de la
personnalité de ses signataires. C'est une réponse précise, modérée et
de noble ton, qui a le mérite de prouver, par des pièces écrites, et
authentiques, la probité de celui qui mourut, suivant le mot de M.
Aulard, pur de sang, pur d'argent.

Restitués ainsi dans leur ensemble, ces discours de Danton
apparaîtront comme de belles leçons de civisme et de pur patriotisme.
Jamais amour pour la terre natale ne brûla d'un feu plus égal, plus
haut; jamais patriotisme ne s'affirma avec plus de persévérance et
plus de foi en le pays; jamais homme ne légua à l'histoire une plus
vaste espérance dans les glorieuses destinées de la Révolution.





ANNÉE 1792




I

SUR LES DEVOIRS DE L'HOMME PUBLIC

(Novembre 1791)


Nommé administrateur du département de Paris le 31 janvier 1791,
Danton occupa cette fonction pendant presque toute cette année. Il ne
s'en démit qu'à la fin de novembre pour prendre le poste de substitut
du procureur de la Commune, auquel le Dix Août devait l'arracher pour
le faire ministre. La vigueur déployée par lui dans ce poste prépara
les voies de la grande journée fatale à la Monarchie, et le discours
qu'il prononça, lors de son installation, le fit aisément prévoir.
C'est le programme des devoirs de l'homme public qu'il y expose dans
cette harangue mûrement réfléchie et qui, si elle n'a pas toute la
flamme de ses éclatantes improvisations de 93, se fait cependant
remarquer par une audace de pensée assez rare, au début du grand
conflit national, dans les rangs des magistrats du peuple. Vermorel,
qui la publia d'après le texte donné par Fréron dans "L'Orateur du
Peuple", lui donne la date de novembre 1792 (p. 109). C'est en
novembre 1791 qu'il convient de la rétablir.

* * * * *

Monsieur le Maire et Messieurs,

Dans une circonstance qui ne fut pas un des moments de sa gloire, un
homme dont le nom doit être à jamais célèbre dans l'histoire de la
Révolution disait: qu'il savait bien qu'il n'y avait pas loin du
Capitole à la roche Tarpéienne; et moi, vers la même époque à peu
près, lorsqu'une sorte de plébiscite m'écarta de l'enceinte de cette
assemblée où m'appelait une section de la capitale, je répondais à
ceux qui attribuaient à l'affaiblissement de l'énergie des citoyens ce
qui n'était que l'effet d'une erreur éphémère, qu'il n'y avait pas
loin, pour un homme pur, de l'ostracisme suggéré aux premières
fonctions de la chose publique. L'événement justifie aujourd'hui ma
pensée; l'opinion, non ce vain bruit qu'une faction de quelques mois
ne fait régner qu'autant qu'elle-même, l'opinion indestructible, celle
qui se fonde sur des faits qu'on ne peut longtemps obscurcir, cette
opinion qui n'accorde point d'amnistie aux traîtres, et dont le
tribunal suprême, casse les jugements des sots et les décrets des
juges vendus à la tyrannie, cette opinion me rappelle du fond de ma
retraite, où j'allais cultiver cette métairie qui, quoique obscure et
acquise avec le remboursement notoire d'une charge qui n'existe plus,
n'en a pas moins été érigée par mes détracteurs en domaines immenses,
payés par je ne sais quels agents de l'Angleterre et de la Prusse.

Je dois prendre place au milieu de vous, messieurs, puisque tel est le
voeu des amis de la liberté et de la constitution; je le
dois--d'autant plus que ce n'est pas dans le moment où la patrie est
menacée de toutes parts qu'il est permis de refuser un poste qui peut
avoir ses dangers comme celui d'une sentinelle avancée. Je serais
entré silencieusement ici dans la carrière qui m'est ouverte, après
avoir dédaigné pendant tout le cours de la Révolution de repousser
aucune des calomnies sans nombre dont j'ai été assiégé, je ne me
permettrais pas de parler un seul instant de moi, j'attendrais ma
juste réputation de mes actions et du temps, si les fonctions
déléguées auxquelles je vais me livrer ne changeaient pas entièrement
ma position. Comme individu, je méprise les traits qu'on me lance, ils
ne me paraissent qu'un vain sifflement; devenu homme du peuple, je
dois, sinon répondre à tout, parce qu'il est des choses dont il serait
absurde de s'occuper, mais au moins lutter corps à corps avec
quiconque semblera m'attaquer avec une sorte de bonne foi. Paris,
ainsi que la France entière, se compose de trois classes; l'une
ennemie de toute liberté, de toute égalité, de toute constitution, et
digne de tous les maux dont elle a accablé, dont elle voudrait encore
accabler la nation; celle-là je ne veux point lui parler, je ne veux
que la combattre à outrance jusqu'à la mort; la seconde est l'élite
des amis ardents, des coopérateurs, des plus fermes soutiens de notre
Révolution, c'est elle qui a constamment voulu que je sois ici; je ne
dois non plus rien dire, elle m'a jugé, je ne la tromperai jamais dans
son attente: la troisième, aussi nombreuse que bien intentionnée, veut
également la liberté, mais elle en craint les orages; elle ne hait pas
ses défenseurs qu'elle secondera toujours dans les moments de périls,
mais elle condamne souvent leur énergie, qu'elle croit habituellement
ou déplacée ou dangereuse; c'est à cette classe de citoyens que je
respecte, lors même qu'elle prête une oreille trop facile aux
insinuations perfides de ceux qui cachent sous le masque de la
modération l'atrocité de leurs desseins; c'est, dis-je, à ces citoyens
que je dois, comme magistrat du peuple, me faire bien connaître par
une profession de foi solennelle de mes principes politiques.

La nature m'a donné en partage les formes athlétiques et la
physionomie âpre de la liberté. Exempt du malheur d'être né d'une de
ces races privilégiées suivant nos vieilles institutions, et par cela
même presque toujours abâtardies, j'ai conservé, en créant seul mon
existence civile, toute ma vigueur native, sans cependant cesser un
seul instant, soit dans ma vie privée, soit dans la profession que
j'avais embrassée, de prouver que je savais allier le sang-froid de la
raison à la chaleur de l'âme et à la fermeté du caractère. Si, dès les
premiers jours de notre régénération, j'ai éprouvé tous les
bouillonnements du patriotisme, si j'ai consenti à paraître exagéré
pour n'être jamais faible, si je me suis attiré une première
proscription pour avoir dit hautement ce qu'étaient ces hommes qui
voulaient faire le procès à la Révolution, pour avoir défendu ceux
qu'on appelait les énergumènes de la liberté, c'est que je vis ce
qu'on devait attendre des traîtres qui protégeaient ouvertement les
serpents de l'aristocratie.

Si j'ai été toujours irrévocablement attaché à la cause du peuple, si
je n'ai pas partagé l'opinion d'une foule de citoyens, bien
intentionnés sans doute, sur des hommes dent la vie politique me
semblait d'une versatilité bien dangereuse, si j'ai interpellé face à
face, et aussi publiquement que loyalement, quelques-uns de ces hommes
qui se croyaient les pivots de notre Révolution; si j'ai voulu qu'ils
s'expliquassent sur ce que mes relations avec eux m'avait fait
découvrir de fallacieux dans leurs projets, c'est que j'ai toujours
été convaincu qu'il importait au peuple de lui faire connaître ce
qu'il devait craindre de personnages assez habiles pour se tenir
perpétuellement en situation de passer, suivant le cours des
événements, dans le parti qui offrirait à leur ambition les plus
hautes destinées; c'est que j'ai cru encore qu'il était digne de moi
de m'expliquer en présence de ces mêmes hommes, de leur dire ma pensée
tout entière, lors même que je prévoyais bien qu'ils se
dédommageraient de leur silence en me faisant peindre par leurs
créatures avec les plus noires couleurs, et en me préparant de
nouvelles persécutions.

Si, fort de ma cause, qui était celle de la nation, j'ai préféré les
dangers d'une seconde proscription judiciaire, fondée non pas même sur
ma participation chimérique a une pétition trop tragiquement célèbre,
mais sur je ne sais quel conte misérable de pistolets emportés en ma
présence, de la chambre d'un militaire, dans une journée à jamais
mémorable, c'est que j'agis constamment d'après les lois éternelles de
la justice, c'est que je suis incapable de conserver des relations qui
deviennent impures, et d'associer mon nom à ceux qui ne craignent pas
d'apostasier la religion du peuple qu'ils avaient d'abord défendu.

Voilà quelle fut ma vie.

Voici, messieurs, ce qu'elle sera désormais.

J'ai été nommé pour concourir au maintien de la Constitution, pour
faire exécuter les lois jurées par la nation; eh bien, je tiendrai mes
serments, je remplirai mes devoirs, je maintiendrai de tout mon
pouvoir la Constitution, rien que la Constitution, puisque ce sera
défendre tout à la fois l'égalité, la liberté et le peuple. Celui qui
m'a précédé dans les fonctions que je vais remplir a dit qu'en
l'appelant au ministère le roi donnait une nouvelle preuve de son
attachement à la Constitution; le peuple, en me choisissant, veut
aussi fortement, au moins, la Constitution; il a donc bien secondé les
intentions du roi? Puissions-nous avoir dit, mon prédécesseur et moi,
deux éternelles vérités! Les archives du monde attestent que jamais
peuple lié à ses propres lois, à une royauté constitutionnelle, n'a
rompu le premier ses serments; les nations ne changent ou ne modifient
jamais leurs gouvernements que quand l'excès de l'oppression les y
contraint; la royauté constitutionnelle peut durer plus de siècles en
France que n'en a duré la royauté despotique.

Ce ne sont pas les philosophes, eux qui ne font que des systèmes, qui
ébranlent les empires; les vils flatteurs des rois, ceux qui
tyrannisent en leurs noms le peuple, et qui l'affament, travaillent
plus sûrement à faire désirer un autre gouvernement que tous les
philanthropes qui publient leurs idées sur la liberté absolue. La
nation française est devenue plus fière sans cesser d'être plus
généreuse. Après avoir brisé ses fers, elle a conservé la royauté sans
la craindre, et l'a épurée sans la haïr. Que la royauté respecte un
peuple dans lequel de longues oppressions n'ont point détruit le
penchant à être confiant, et souvent trop confiant; qu'elle livre
elle-même à la vengeance des lois tous les conspirateurs sans
exception et tous ces valets de conspiration qui se font donner par
les rois des acomptes sur des contre-révolutions chimériques,
auxquelles ils veulent ensuite recruter, si je puis parler ainsi, des
partisans à crédit. Que la royauté se montre sincèrement enfin l'amie
de la liberté, _sa souveraine_, alors elle s'assurera une durée
pareille à celle de la nation elle-même, alors on verra que les
citoyens qui ne sont accusés d'être au _delà de la Constitution_ que
par ceux mêmes qui sont évidemment en deçà, que ces citoyens, quelle
que soit leur théorie arbitraire sur la liberté, ne cherchent point a
rompre le pacte social; qu'ils ne veulent pas, pour un mieux idéal,
renverser un ordre de choses fondé sur l'égalité, la justice et la
liberté. Oui, messieurs, je dois le répéter, quelles qu'aient été mes
opinions individuelles lors de la révision de la Constitution, _sur
les choses et sur les hommes_, maintenant qu'elle est jurée,
j'appellerai à grands cris la mort sur le premier qui lèverait un bras
sacrilège pour l'attaquer, fût-ce mon frère, mon ami, fût-ce mon
propre fils; tels sont mes sentiments.

La volonté générale du peuple français, manifestée aussi
solennellement que son adhésion a la Constitution, sera toujours ma
loi suprême. J'ai consacré ma vie tout entière à ce peuple qu'on
n'attaquera plus, qu'on ne trahira plus impunément, et qui purgera
bientôt la terre de tous les tyrans, s'ils ne renoncent pas à la ligue
qu'ils ont formée contre lui. Je périrai, s'il le faut, pour défendre
sa cause; lui seul aura mes derniers voeux, lui seul les mérite; ses
lumières et son courage l'ont tiré de l'abjection du néant; ses
lumières et son courage le rendront éternel.




II

SUR LES MESURES RÉVOLUTIONNAIRES

(28 août 1792)


Dans la séance du 28 août de la Législative, Danton, ministre de la
Justice, monta à la tribune pour exposer les mesures révolutionnaires
qu'il semblait important de prendre. Merlin (de Thionville) convertit
la proposition en motion que la Législative vota et qui, le lendemain,
fut mise à exécution. Les barrières furent fermées à 2 heures, et les
visites domiciliaires durèrent jusqu'à l'aube.

* * * * *

Le pouvoir exécutif provisoire m'a chargé d'entretenir l'Assemblée
nationale des mesures qu'il a prises pour le salut de l'Empire. Je
motiverai ces mesures en ministre du peuple, en ministre
révolutionnaire. L'ennemi menace le royaume, mais l'ennemi n'a pris
que Longwy. Si les commissaires de l'Assemblée n'avaient pas contrarié
par erreur les opérations du pouvoir exécutif, déjà l'armée remise à
Kellermann se serait concertée avec celle de Dumouriez. Vous voyez que
nos dangers sont exagérés.

Il faut que l'armée se montré digne de la nation. C'est par une
convulsion que nous avons renversé le despotisme; c'est par une grande
convulsion nationale que nous ferons rétrograder les despotes.
Jusqu'ici nous n'avons fait que la guerre simulée de Lafayette, il
faut faire une guerre plus terrible. Il est temps de dire an peuple
qu'il doit se précipiter en masse sur les ennemis.

Telle est notre situation que tout ce qui peut matériellement servir a
notre salut doit y concourir. Le pouvoir exécutif va nommer des
commissaires pour aller exercer dans les départements l'influence de
l'opinion. Il a pensé que vous deviez en nommer aussi pour les
accompagner, afin que la réunion des représentants des deux pouvoirs
produise un effet plus salutaire et plus prompt.

Nous vous proposons de déclarer que chaque municipalité sera autorisée
à prendre l'élite des hommes bien équipés qu'elle possède. On a
jusqu'à ce moment fermé les portes de la capitale et on a eu raison;
il était important de se saisir des traîtres; mais, y en eût-il 30.000
à arrêter, il faut qu'ils soient arrêtés demain, et que demain Paris
communique avec la France entière. Nous demandons que vous nous
autorisiez à faire faire des visites domiciliaires.

Il doit y avoir dans Paris 80.000 fusils en état. Eh bien! il faut que
ceux qui sont armés volent aux frontières. Comment les peuples qui ont
conquis la liberté l'ont-ils conservée? Ils ont volé à l'ennemi, ils
ne l'ont point attendu. Que dirait la France, si Paris dans la stupeur
attendait l'arrivée des ennemis? Le peuple français a voulu être
libre; il le sera. Bientôt des forces nombreuses seront rendues ici.
On mettra a la disposition des municipalités tout ce qui sera
nécessaire, en prenant l'engagement d'indemniser les possesseurs. Tout
appartient à la patrie, quand la patrie est en danger.




III

SUR LA PATRIE EN DANGER

(2 septembre 1792)


Le matin du 2 septembre on apprit à Paris, après les premiers succès
de Brunswick et la capitulation de Longwy, l'investissement de Verdun.
Une émotion et une fureur extraordinaires s'emparèrent de la capitale,
et tandis que Danton tonnait à la tribune, le peuple se vengeait, sur
les suspects des prisons, des malheurs de la patrie. "Il me semble,
écrit avec raison M. Aulard, que cette véhémente harangue peut être
considérée comme un des efforts les plus remarquables de Danton pour
empêcher les massacres".[Note: F.-A. AULARD. _Études et Leçons sur la
Révolution française_, t. II, p. 54; Paris, Félix Alcan, 1898.] Elles
ne les empêcha point, mais assura, du moins, la gloire à son auteur.

* * * * *

Il est satisfaisant, pour les ministres du peuple libre, d'avoir à lui
annoncer que la patrie va être sauvée. Tout s'émeut, tout s'ébranle,
tout brûle de combattre.

Vous savez que Verdun n'est point encore au pouvoir de nos ennemis.
Vous savez que la garnison a promis d'immoler le premier qui
proposerait de se rendre.

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Scottish book of the year goes to Kieron Smith, Boy by James Kelman

The barrister Constance Briscoe has won the libel case brought against her by her mother, Carmen Briscoe-Mitchell, over her bestselling misery memoir Ugly, in which she accused Briscoe-Mitchell of childhood cruelty and neglect.

Briscoe-Mitchell claimed the allegations were "a piece of fiction", and sued Briscoe and her publishers Hodder & Stoughton for libel.

A 10-day hearing at the high court in London concluded earlier today with a unanimous verdict from the jury after more than a day's deliberation. Speaking outside the court, Briscoe, a part-time judge, said she was "very happy" with the verdict.

"It is sad that my mother still feels the need to pursue me. Now I just want to get on with my career," she said. "I can quite understand why my family went into collective denial, but whilst child abuse may be committed behind closed doors, it should never be swept under the carpet."

The hearing saw Briscoe tell Mr Justice Tugendhat and a jury how her mother beat her with a stick for wetting the bed, called her a "dirty little whore" and drove her to attempt suicide by drinking bleach.

Briscoe's account of her upbringing was published in 2006 and has sold more than 400,000 copies in the UK.

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Would you have your ashes scattered in Jane Austen's garden?
American film producer to publish version of the Bible in which God says it is better to be gay than straight

The royal family doesn't need a poet

The power of Jane Austen never ceases to amaze: the myriad film and TV adaptations, the biopics, the spin-off self-help books, the novels about Austen book clubs and Austen obsessives and even, next spring, the publication of a book about "how Jane Austen conquered the world" (Jane's Fame, by Clare Harman). And now comes the just-too-weird story that deceased fans of Jane Austen have been banned from having their ashes scattered in her garden. In a letter to the Jane Austen Society, Louise West, the collections manager of Jane Austen's House Museum, wrote: "While we understand many admirers of Jane Austen would love to have ashes laid here, it is something we do not allow. It is distressing for visitors to see mounds of human ash, particularly so for our gardener. Also, it is of no benefit to the garden!" (Or is it? Surely a small quantity of fresh ashes judiciously placed beneath a hydrangea bush is just the ticket?)

Anyway, leaving aside the Gardeners' Question Time minutiae, what on earth is going on here? I like an Austen novel as much as the next person – I probably reread my way through the complete works every couple of years – but I am baffled as to why one would want to be laid to rest among the flowerbeds of Chawton. The only explanation is the currently unstoppable power of the Austen cult, fuelled by Colin Firth in a wet blouse, by Andrew Davies's adaptations, and by Hollywood. I'm all for enjoying books, but the cult of Austen has reached ridiculous proportions. In a post-feminist world that should know better, she seems to be adored as the comforting provider of romantic, happy-endings nonsense instead of the sharp and acerbic social satirist she deserves to be seen as.

(Does anyone actually believe her, by the way, when she foretells a happy marriage for Darcey and Elizabeth? I fear a woman as interesting as Elizabeth would be sorely disappointed with this standard-issue British Repressed Public-school Man - hopeless emotionally, and probably hopeless in bed.)

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