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Discours civiques de Danton by Georges Jacques Danton

G >> Georges Jacques Danton >> Discours civiques de Danton

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Une partie du peuple va se porter aux frontières, une autre va creuser
des retranchements, et la troisième, avec des piques, défendra
l'intérieur de nos villes. Paris va seconder ces grands efforts. Les
commissaires de la Commune vont proclamer, d'une manière solennelle,
l'invitation aux citoyens de s'armer et de marcher pour la défense de
la patrie. C'est en ce moment, messieurs, que vous pouvez déclarez que
la capitale a bien mérité de la France entière. C'est en ce moment que
l'Assemblée nationale va devenir un véritable comité de guerre. Nous
demandons que vous _concouriez avec nous_ à diriger le mouvement
sublime du peuple, en nommant des commissaires qui nous seconderont
dans ces grandes mesures. Nous demandons que quiconque refusera de
servir de sa personne, ou de remettre ses armes, sera puni de mort.

Nous demandons qu'il soit fait une instruction aux citoyens pour
diriger leurs mouvements. Nous demandons qu'il soit envoyé des
courriers dans tous les départements pour avertir des décrets que vous
aurez rendus. Le tocsin qu'on va sonner n'est point un signal
d'alarme, c'est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les
vaincre, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de
l'audace, et la France est sauvée [Note: Texte du Moniteur.--Celui du
_Journal des Débats et de Décrets_ offre quelques légères variantes.].




IV

SUR LE ROLE DE LA CONVENTION

(21 septembre 1792)


Paris nomma, le 8 septembre, Danton représentant à la Convention
nationale. Dès longtemps son choix entre la fonction de ministre et
celle de député était fait. "Il n'hésitera pas un moment à quitter le
ministère pour être représentant du peuple", écrivait le 26 août
Camille Desmoulins à son père. [Note: _Oeuvres de Camille Demoulins_,
recueillies et publiées d'après les textes originaux, par M. Jules
Claretie, t. II, p. 369; Paris, Fasquelle.] Le 21 septembre, dans la
deuxième séance de la Convention nationale, Danton donna sa démission
du ministère. Il indiqua, en outre, dans son discours, le véritable
rôle de la Convention et les devoirs qu'elle assumait devant le peuple
dont elle était l'émanation. Improvisation brève et nerveuse, inspirée
des mêmes sentiments qui dictèrent celle sur les mesures
révolutionnaires.

* * * * *

Avant d'exprimer mon opinion sur le premier acte [Note: L'abolition de
la royauté.] que doit faire l'Assemblée nationale, qu'il me soit
permis de résigner dans son sein les fonctions qui m'avaient été
déléguées par l'Assemblée législative. Je les ai reçues au bruit du
canon, dont les citoyens de la capitale foudroyèrent le despotisme.
Maintenant que la jonction des armées est faite, que la jonction des
représentants du peuple est opérée, je ne dois plus reconnaître mes
fonctions premières; je ne suis plus qu'un mandataire du peuple, et
c'est en cette qualité que je vais parler. On vous a proposé des
serments; il faut, en effet, qu'en entrant dans la vaste carrière que
vous avez a parcourir, vous appreniez au peuple, par une déclaration
solennelle, quels sont les sentiments et les principes qui présideront
à vos travaux.

Il ne peut exister de constitution que celle qui sera textuellement,
nominativement acceptée par la majorité des assemblées primaires.
Voilà ce que vous devez déclarer au peuple. Les vains fantômes de
dictature, les idées extravagantes de triumvirat, toutes ces
absurdités inventées pour effrayer le peuple disparaissent alors,
puisque rien ne sera constitutionnel que ce qui aura été accepté par
le peuple. Après cette déclaration, vous en devez faire une autre qui
n'est pas moins importante pour la liberté et pour la tranquillité
publique. Jusqu'ici on a agité le peuple, parce qu'il fallait lui
donner l'éveil contre les tyrans. Maintenant il _faut que les lois
soient aussi terribles contre ceux qui y porteraient atteinte_, que le
peuple l'a été en foudroyant la tyrannie; il faut qu'elles punissent
tous les coupables pour que le peuple n'ait plus rien à désirer. On a
paru croire, d'excellents citoyens ont pu présumer que des amis
ardents de la liberté pouvaient nuire à l'ordre social en exagérant
les principes eh bien, abjurons ici toute exagération; déclarons que
toutes les propriétés territoriales, individuelles et industrielles
seront éternellement maintenues. Souvenons-nous ensuite que nous avons
tout à revoir, tout à recréer; que la déclaration des droits elle-même
n'est pas sans tache, et qu'elle doit passer à la révision d'un peuple
vraiment libre.




V

SUR LE CHOIX DES JUGES

(22 septembre 1792)


Après être intervenu dans le conflit entre la population d'Orléans et
ses officiers municipaux royalistes, Danton prit part, dans la séance
du 22 septembre, à la discussion des réformes à opérer dans le système
judiciaire. Ce discours est particulièrement remarquable en ce sens
que c'est un des rares où l'avocat ait passé devant le citoyen, sans
toutefois l'oublier. La Convention décida que les juges pourraient
être choisis parmi toutes les classes des citoyens.

* * * * *

Je ne crois pas que vous deviez dans ce moment changer l'ordre
judiciaire; mais je pense seulement que vous devez étendre la faculté
des choix. Remarquez que tous les hommes de loi sont d'une
aristocratie révoltante; si le peuple est forcé de choisir parmi ces
hommes, _il ne saura où reposer sa confiance_. Je pense que si l'on
pouvait, au contraire, établir dans les élections un principe
d'exclusion, ce devrait être contre ces hommes de loi qui jusqu'ici se
sont arrogé un privilège exclusif, qui a été une des grandes plaies du
genre humain. Que le peuple choisisse à son gré les hommes à talents
qui mériteront sa confiance. Il ne se plaindra pas quand il aura
choisi à son gré. Au lieu qu'il aura sans cesse le droit de s'insurger
contre des hommes entachés d'aristocratie que vous l'auriez forcé de
choisir.

Élevez-vous à la hauteur des grandes considérations. Le peuple ne veut
point de ses ennemis dans les emplois publics; laissez-lui donc la
faculté de choisir ses amis. Ceux qui se sont fait un état de juger
les hommes étaient comme les prêtres; les uns et les autres ont
éternellement trompé le peuple. La justice doit se rendre par les
simples lois de la raison. Et moi aussi, je connais les formes; et si
l'on défend l'ancien régime judiciaire, je prends l'engagement de
combattre en détail, pied à pied, ceux qui se montreront les
sectateurs de ce régime [Note: Quelques conventionnels s'étant, en cet
endroit, opposés à la proposition de Danton, il continua, développant
ses arguments en faveur de la libre élection de tous les citoyens au
poste de juge.].

Il s'agit de savoir s'il y a de graves inconvénients à décréter que le
peuple pourra choisir indistinctement, parmi tous les citoyens, les
hommes qu'il croira les plus capables d'appliquer la justice. Je
répondrai froidement et sans flagornerie pour le peuple aux
observations de M. Chassey. Il lui est échappé un aveu bien précieux;
il vous a dit que, comme membre du tribunal de cassation, il avait vu
arriver à ce tribunal une multitude de procès extrêmement entortillés,
et tous viciés par des violations de forme. Comment se fait-il qu'il
convient que les praticiens sont détestables, même en forme, et que
cependant il veut que le peuple ne prenne que des praticiens. Il vous
a dit ensuite: plus les lois actuelles sont compliquées, plus il faut
que les hommes chargés de les appliquer soient versés dans l'étude de
ces lois.

Je dois vous dire, moi, que ces hommes infiniment versés dans l'étude
des lois sont extrêmement rares, que ceux qui se sont glissés dans la
composition actuelle des tribunaux sont des subalternes; qu'il y a
parmi les juges actuels un grand nombre de procureurs et même
d'huissiers; eh bien, ces mêmes hommes, loin d'avoir une connaissance
approfondie des lois, n'ont qu'un jargon de chicane; et cette science,
loin d'être utile, est infiniment funeste. D'ailleurs on m'a mal
interprété; je n'ai pas proposé d'exclure les hommes de loi des
tribunaux, mais seulement de supprimer l'espèce de privilège exclusif
qu'ils se sont arrogé jusqu'à présent. Le peuple élira sans doute tous
les citoyens de cette classe, qui unissent le patriotisme aux
connaissances, mais, à défaut d'hommes de loi patriotes, ne doit-il
pas pouvoir élire d'autres citoyens? Le préopinant, qui a appuyé, en
partie les observations de M. Chassey, a reconnu lui-même la nécessité
de placer un prud'homme dans la composition des tribunaux, d'y placer
un citoyen, un homme de bon sens, reconnu pour tel dans son canton,
pour réprimer l'esprit de dubitation qu'ont souvent les hommes
barbouillés de la science de la justice.

En un mot, après avoir pesé ces vérités, attachez-vous surtout à
celle-ci: le peuple a le droit de vous dire: tel homme est ennemi du
nouvel ordre des choses, il a signé une pétition contre les sociétés
populaires, il a adressé à l'ancien pouvoir exécutif des pétitions
flagorneuses; il a sacrifié nos intérêts à la cour, je ne puis lui
accorder ma confiance. Beaucoup de juges, en effet, qui n'étaient pas
très experts en mouvements politiques, ne prévoyaient pas la
Révolution et la République naissante; ils correspondaient avec le
pouvoir exécutif, ils lui envoyaient une foule de pièces qui
prouvaient leur incivisme: et, par une fatalité bien singulière ces
pièces envoyées à M. Joly, ministre de la tyrannie, ont tombé entre
les mains du ministre du peuple. C'est alors que je me suis convaincu
plus que jamais de la nécessité d'exclure cette classe d'hommes des
tribunaux; en un mot, il n'y a aucun inconvénient grave, puisque le
peuple pourra réélire tous les hommes de loi qui sont dignes de sa
confiance.




VI

JUSTIFICATION CIVIQUE

(25 septembre 1792)


Le plus vif enthousiasme accueillit, le 25 septembre, ce discours de
Danton. Sous les attaques de Lasource, l'accusant de former, avec
Marat et Robespierre, un triumvirat aspirant à la dictature, le grand
orateur civique se réveilla. On sait que Marat reconnut lui-même qu'il
était l'auteur de la proposition d'un triumvirat. Robespierre, Danton,
disait-il, en "ont constamment improuvé l'idée ". Il est à remarquer
que ce discours de Danton contient, en germe, le décret du 1er avril
suivant qui dépouilla les députés suspects de leur inviolabilité
[Note: _Moniteur_ du jeudi 4 avril 1793, p. 94.]. C'est toutefois,
malgré sa fougueuse violence oratoire, un bel et pathétique appel à la
concorde.

* * * * *

C'est un beau jour pour la nation, c'est un beau jour pour la
République française, que celui qui amène entre nous une explication
fraternelle. S'il y a des coupables, s'il existe un homme pervers qui
veuille dominer despotiquement les représentants du peuple, sa tête
tombera aussitôt qu'il sera démasqué. On parle de dictature, de
triumvirat. Cette imputation ne doit pas être une imputation vague et
indéterminée; celui qui l'a faite doit la signer; je le ferai, moi,
cette imputation dût-elle faire tomber la tête de mon meilleur ami. Ce
n'est pas la députation de Paris prise collectivement qu'il faut
inculper; je ne chercherai pas non plus à justifier chacun de ses
membres, je ne suis responsable pour personne; je ne vous parlerai
donc que de moi.

Je suis prêt à vous retracer le tableau de ma vie publique. Depuis
trois ans, j'ai fait tout ce que j'ai cru devoir faire pour la
liberté. Pendant la durée de mon ministère, j'ai employé toute la
vigueur de mon caractère, j'ai apporté dans le conseil toute
l'activité et tout le zèle d'un citoyen embrasé de l'amour de son
pays. S'il y a quelqu'un qui puisse m'accuser a cet égard, qu'il se
lève et qu'il parle. Il existe, il est vrai, dans la députation de
Paris, un homme dont les opinions sont, pour le parti républicain, ce
qu'étaient celles de Royou pour le parti aristocratique; c'est Marat.
Assez et trop longtemps l'on m'a accusé d'être l'auteur des écrits de
cet homme. J'invoque le témoignage du citoyen qui vous préside [Note:
Pétion avait été, dès la première séance, élu président par 235 voix.
(_Procès-verbal de la Convention national_, tome I.)]. Il lut, votre
président, la lettre menaçante qui m'a été adressée par ce citoyen; il
a été témoin d'une altercation qui a eu lieu, entre lui et moi à la
mairie. Mais j'attribue ces exagérations aux vexations que ce citoyen
a éprouvées. Je crois que les souterrains dans lesquels il a été
enfermé, ont ulcéré son âme... Il est très vrai que d'excellents
citoyens ont pu être républicains par excès, il faut en convenir; mais
n'accusons pas pour quelques individus exagérés une députation tout
entière. Quant à moi, je n'appartiens pas à Paris; je suis né dans un
département vers lequel je tourne toujours mes regards avec un
sentiment de plaisir; mais aucun de nous n'appartient à tel ou tel
département, il appartient à la France entière. Faisons donc tourner
cette discussion au profit de l'intérêt public.

Il est incontestable qu'il faut une loi vigoureuse contre ceux qui
voudraient détruire la liberté publique. Eh bien! portons-la, cette
loi, portons une loi qui prononce la peine de mort contre quiconque se
déclarerait en faveur de la dictature ou du triumvirat; mais après
avoir posé ces bases qui garantissent le règne de l'égalité,
anéantissons cet esprit de parti qui nous perdrait. On prétend qu'il
est parmi nous des hommes qui ont l'opinion de vouloir morceler la
France; faisons disparaître ces idées absurdes, en prononçant la peine
de mort contre les auteurs. La France doit être un tout indivisible.
Elle doit avoir unité de représentation. Les citoyens de Marseille
veulent donner la main aux citoyens de Dunkerque. Je demande donc la
peine de mort contre quiconque voudrait détruire l'unité en France, et
je propose de décréter que la Convention nationale pose pour base du
gouvernement qu'elle va établir l'unité de représentation et
d'exécution. Ce ne sera pas sans frémir que les Autrichiens
apprendront cette sainte harmonie; alors, je vous jure, nos ennemis
sont morts.




VII

CONTRE ROLAND

(29 octobre 1792)


Danton mis en cause dès le 10 octobre par la Gironde au sujet de la
gestion des fonds du ministère, et ce malgré qu'il eût rendu ses
comptes le 6, trouva l'occasion, dans la séance du 29 octobre,
d'attaquer de front ses calomniateurs. Ce fut le rapport de Roland qui
le lui fournit. Tandis qu'il s'opposait énergiquement à l'envoi de
cette pièce hypocrite et mensongère aux départements, il défendait
Robespierre. Il n'avait pas oublié l'accusation de Lasource et c'est
comme la seconde partie de son discours du 25 septembre précédent
qu'il prononça le 29 octobre.

* * * * *

J'ai peine à concevoir comment l'Assemblée hésiterait à fixer
décidément à un jour prochain la discussion que nécessite le rapport
du ministre. Il est temps enfin que nous sachions de qui nous sommes
les collègues; il est temps que nos collègues sachent ce qu'ils
doivent penser de nous. On ne peut se dissimuler qu'il existe dans
l'Assemblée un grand germe de défiance entre ceux qui la composent....
Si j'ai dit une vérité que vous sentez tous, laissez m'en donc tirer
les conséquences. Eh bien, ces défiances, il faut qu'elles cessent; et
s'il y a un coupable parmi nous, il faut que vous en fassiez justice.
Je déclare à la Convention et à la nation entière que je n'aime point
l'individu Marat; je dis avec franchise que j'ai fait l'expérience de
son tempérament: non seulement il est volcanique et acariâtre, mais
insociable. Après un tel aveu qu'il me soit permis de dire que, moi
aussi, je suis sans parti et sans faction. Si quelqu'un peut prouver
que je tiens à une faction, qu'il me confonde à l'instant.... Si, au
contraire, il est vrai que ma pensée soit à moi, que je sois fortement
décidé à mourir plutôt que d'être cause d'un déchirement ou d'une
tendance à un déchirement dans la République, je demande à énoncer ma
pensée tout entière sur notre situation politique actuelle.

Sans doute il est beau que la philanthropie, qu'un sentiment
d'humanité fasse gémir le ministre de l'Intérieur et tous les grands
citoyens sur les malheurs inséparables d'une grande révolution, sans
doute on a le droit de réclamer toute la rigueur de la justice
nationale contre ceux qui auraient évidemment servi leurs passions
particulières au lieu de servir la Révolution et la liberté. Mais
comment se fait-il qu'un ministre qui ne peut pas ignorer les
circonstances qui ont amené les événements dont il vous a entretenus
oublie les principes et les vérités qu'un autre ministre vous a
développés sur ces mêmes événements. [Note: Danton entend désigner
Garat qui était précédemment intervenu.] Rappelez-vous ce que le
ministre actuel de la Justice vous a dit sur ces malheurs inséparables
de la Révolution. Je ne ferai point d'autre réponse au ministre de
l'Intérieur. Si chacun de nous, si tout républicain a le droit
d'invoquer la justice contre ceux qui n'auraient excité des troubles
révolutionnaires que pour assouvir des vengeances particulières, je
dis qu'on ne peut pas se dissimuler non plus que jamais trône n'a été
fracassé sans que ses éclats blessassent quelques bons citoyens; que
jamais révolution complète n'a été opérée sans que cette vaste
démolition de l'ordre de choses existant n'ait été funeste à
quelqu'un; qu'il ne faut donc pas imputer, ni à la cité de Paris, ni à
celles qui auraient pu présenter les mêmes désastres, ce qui est
peut-être l'effet de quelques vengeances particulières dont je ne nie
pas l'existence; mais ce qui est bien plus probablement la suite de
cette commotion générale, de cette fièvre nationale qui a produit les
miracles dont s'étonnera la postérité. Je dis donc que le ministre a
cédé à un sentiment que je respecte, mais que son amour passionné pour
l'ordre et les lois lui a fait voir sous la couleur de l'esprit de
faction et de grands complots d'État, ce qui n'est peut-être que la
réunion de petites et misérables intrigues dans leur objet comme dans
leurs moyens. Pénétrez-vous de cette vérité qu'il ne peut exister de
faction dans une république; il y a des passions qui se cachent; il y
a des crimes particuliers; mais il n'y a pas de ces complots vastes
et particuliers qui puissent porter atteinte à la liberté. Et où sont
donc ces hommes qu'on accuse comme des conjurés, comme des prétendants
à la dictature ou au triumvirat? Qu'on les nomme? Oui, nous devons
réunir nos efforts pour faire cesser l'agitation de quelques
ressentiments et de quelques prétentions personnelles, plutôt que de
nous effrayer par de vains et chimériques complots dont on serait bien
embarrassé d'avoir à prouver l'existence. Je provoque donc une
explication franche sur les défiances qui nous divisent, je demande
que la discussion sur le Mémoire du ministre soit ajournée à jour
fixe, parce que je désire que les faits soient approfondis, et que la
Convention prenne des mesures contre ceux qui peuvent être coupables.

J'observe que c'est avec raison qu'on a réclamé contre l'envoi aux
départements de lettres qui inculpent indirectement les membres de
cette Assemblée, et je déclare que tous ceux qui parlent de la faction
Robespierre sont à mes yeux ou des hommes prévenus ou de mauvais
citoyens. Que tous ceux qui ne partagent pas mon opinion me la
laissent établir avant de la juger. Je n'ai accusé personne et je suis
prêt à repousser toutes les accusations. C'est parce que je m'en sens
la force et que je suis inattaquable que je demande la discussion pour
lundi prochain. Je la demande pour lundi, parce qu'il faut que les
membres qui veulent accuser s'assurent de leurs matériaux et puissent
rassembler leurs pièces, et pour que ceux qui se trouvent en état de
les réfuter puissent préparer leurs développements et repousser à leur
tour des imputations calomnieuses. Ainsi, les bons citoyens qui ne
cherchent que la lumière, qui veulent connaître les choses et les
hommes, sauront bientôt à qui ils doivent leur haine, ou la fraternité
qui seule peut donner à la Convention cette marche sublime qui
marquera sa carrière.




VIII

POUR LA LIBERTÉ DES OPINIONS RELIGIEUSES

(7 novembre 1792)


Danton dont la politique n'eut jamais rien de dogmatique, dont le
civisme s'alliait avec la tolérance, intervint plusieurs fois dans les
discussions religieuses à la Convention. Dans le cas présent, en
parlant en faveur des prêtres, il parlait aussi en faveur de la
liberté des opinions religieuses, et une fois encore son patriotisme,
éclairé et prévoyant, lui dictait cette intervention. Avec la
suppression brusque du culte il prévoyait des troubles, la guerre
civile, les mille maux que créent des citoyens violemment heurtés dans
la liberté de leur conscience. En outre, l'encyclopédiste révélait là
ses théories les plus chères, en déclarant que "c'est un crime de
lèse-nation que d'ôter au peuple des hommes dans lesquels il peut
trouver encore quelques consolations". Il est difficile de ne point
rendre hommage à la noblesse de cette pensée.

* * * * *

Je viens ajouter quelques idées à celles qu'a développées le
préopinant. Sans doute il est douloureux pour les représentants du
peuple de voir que leur caractère est plus indignement, plus
insolemment outragé par le peuple lui-même que par ce Lafayette,
complice des attentats du despotisme. On ne peut se dissimuler que les
partisans du royalisme, les fanatiques et les scélérats qui,
malheureusement pour l'espèce humaine, se trouvent dissémines sur tous
les points de la République, ne rendent la liberté déplorable. Il y a
eu une violation infâme, il faut la réprimer; il faut sévir contré
ceux qui, prétextant la souveraineté nationale, attaquent cette
souveraineté et se souillent de tous les crimes. Il y a des individus
bien coupables, car qui peut excuser celui qui veut agiter la France?
N'avez-vous pas déclaré que la Constitution serait présentée à
l'acceptation du peuple? Mais il faut se défier d'une idée jetée dans
cette Assemblée. On a dit qu'il ne fallait pas que les prêtres fussent
salariés par le trésor public. On s'est appuyé sur des idées
philosophiques qui me sont chères; car je ne connais d'autre bien que
celui de l'univers, d'autre culte que celui de la justice et de la
liberté. Mais l'homme maltraité de la fortune cherche des jouissances
éventuelles; quand il voit un homme riche se livrer à tous ses goûts,
caresser tous ses désirs, tandis que ses besoins à lui sont restreints
au plus étroit nécessaire, alors il croit, et cette idée est
consolante pour lui, il croit que dans une autre vie ses jouissances
se multiplieront en proportion de ses privations dans celle-ci. Quand
vous aurez eu pendant quelque temps des officiers de morale qui auront
fait pénétrer la lumière auprès des chaumières, alors il sera bon de
parler au peuple morale et philosophie. Mais jusque-là il est barbare,
c'est un crime de lèse-nation que d'ôter au peuple des hommes dans
lesquels il peut trouver encore quelques consolations. Je penserais
donc qu'il serait utile que la Convention fit une adresse pour
persuader au peuple qu'elle ne veut rien détruire, mais tout
perfectionner; que si elle poursuit le fanatisme, c'est parce qu'elle
veut la liberté des opinions religieuses. Il est encore un objet qui
mérite l'attention et qui exige la prompte décision de l'Assemblée. Le
jugement du ci-devant roi est attendu avec impatience; d'une part, le
républicain est indigné de ce que ce procès semble interminable; de
l'autre, le royaliste s'agite en tous sens, et comme il a encore des
moyens de finances et qu'il conserve son orgueil accoutumé, vous
verrez au grand scandale et au grand malheur de la France, ces deux
partis s'entrechoquer encore. S'il faut des sacrifices d'argent, si
les millions mis à la disposition du ministre ne suffisent pas, il
faut lui en donner de nouveaux; mais plus vous prendrez de précautions
sages, plus aussi doit éclater votre justice contre les agitateurs.
Ainsi, d'une part, assurance au peuple qu'il lui sera fourni des blés,
accélération du jugement du ci-devant roi, et déploiement des forces
nationales contre les scélérats qui voudraient amener la famine au
milieu de l'abondance: telles sont les conclusions que je vous
propose, et que je crois les seules utiles.





ANNÉE 1793




IX

PROCÈS DE LOUIS XVI

(Janvier 1793)


Après les succès de Dumouriez contre les forces prussiennes, la
majorité girondine du Conseil exécutif décida, sur les instances du
général, l'envahissement des Pays-Bas! Le 1er décembre 1792, Danton
partit, avec Lacroix, rejoindre les armées, sur l'ordre de la
Convention. Le 14 janvier il revenait à Paris et, le surlendemain,
prenait part aux débats du procès du Roi. Parlant sur la question du
jugement, il demanda qu'il fût rendu à la simple Majorité.

* * * * *

On a prétendu que telle était l'importance de cette question, qu'il ne
suffisait pas qu'on la vidât dans la forme ordinaire. Je demande
pourquoi, quand c'est par une simple majorité qu'on a prononcé sur le
sort de la nation entière, quand on n'a pas même pensé à soulever
cette question lorsqu'il s'est agi d'abolir la royauté, on veut
prononcer sur le sort d'un individu, d'un conspirateur avec des formes
plus sévères et plus solennelles. Nous prononçons comme représentant
par provision la souveraineté. Je demande si, quand une loi pénale est
portée contre un individu quelconque, vous renvoyez au peuple, ou si
vous avez quelques scrupules à lui donner son exécution immédiate? Je
demande si vous n'avez pas voté à la majorité absolue seulement la
république, la guerre; et je demande si le sang qui coule au milieu
des combats ne coule pas définitivement? Les complices de Louis
n'ont-ils pas subi immédiatement la peine sans aucun recours au peuple
et en vertu de l'arrêt d'un tribunal extraordinaire? Celui qui a été
l'âme de ces complots mérite-t-il une exception? Vous êtes envoyés par
le peuple pour juger le tyran, non pas comme juges proprement dits,
mais comme représentants: vous ne pouvez dénaturer votre caractère; je
demande qu'on passe à l'ordre du jour sur la proposition de Lehardy;
je me motive et sur les principes et sur ce que vous avez déjà pris
deux délibérations à la simple majorité.

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Scottish book of the year goes to Kieron Smith, Boy by James Kelman

The barrister Constance Briscoe has won the libel case brought against her by her mother, Carmen Briscoe-Mitchell, over her bestselling misery memoir Ugly, in which she accused Briscoe-Mitchell of childhood cruelty and neglect.

Briscoe-Mitchell claimed the allegations were "a piece of fiction", and sued Briscoe and her publishers Hodder & Stoughton for libel.

A 10-day hearing at the high court in London concluded earlier today with a unanimous verdict from the jury after more than a day's deliberation. Speaking outside the court, Briscoe, a part-time judge, said she was "very happy" with the verdict.

"It is sad that my mother still feels the need to pursue me. Now I just want to get on with my career," she said. "I can quite understand why my family went into collective denial, but whilst child abuse may be committed behind closed doors, it should never be swept under the carpet."

The hearing saw Briscoe tell Mr Justice Tugendhat and a jury how her mother beat her with a stick for wetting the bed, called her a "dirty little whore" and drove her to attempt suicide by drinking bleach.

Briscoe's account of her upbringing was published in 2006 and has sold more than 400,000 copies in the UK.

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Would you have your ashes scattered in Jane Austen's garden?
American film producer to publish version of the Bible in which God says it is better to be gay than straight

The royal family doesn't need a poet

The power of Jane Austen never ceases to amaze: the myriad film and TV adaptations, the biopics, the spin-off self-help books, the novels about Austen book clubs and Austen obsessives and even, next spring, the publication of a book about "how Jane Austen conquered the world" (Jane's Fame, by Clare Harman). And now comes the just-too-weird story that deceased fans of Jane Austen have been banned from having their ashes scattered in her garden. In a letter to the Jane Austen Society, Louise West, the collections manager of Jane Austen's House Museum, wrote: "While we understand many admirers of Jane Austen would love to have ashes laid here, it is something we do not allow. It is distressing for visitors to see mounds of human ash, particularly so for our gardener. Also, it is of no benefit to the garden!" (Or is it? Surely a small quantity of fresh ashes judiciously placed beneath a hydrangea bush is just the ticket?)

Anyway, leaving aside the Gardeners' Question Time minutiae, what on earth is going on here? I like an Austen novel as much as the next person – I probably reread my way through the complete works every couple of years – but I am baffled as to why one would want to be laid to rest among the flowerbeds of Chawton. The only explanation is the currently unstoppable power of the Austen cult, fuelled by Colin Firth in a wet blouse, by Andrew Davies's adaptations, and by Hollywood. I'm all for enjoying books, but the cult of Austen has reached ridiculous proportions. In a post-feminist world that should know better, she seems to be adored as the comforting provider of romantic, happy-endings nonsense instead of the sharp and acerbic social satirist she deserves to be seen as.

(Does anyone actually believe her, by the way, when she foretells a happy marriage for Darcey and Elizabeth? I fear a woman as interesting as Elizabeth would be sorely disappointed with this standard-issue British Repressed Public-school Man - hopeless emotionally, and probably hopeless in bed.)

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