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Discours civiques de Danton by Georges Jacques Danton

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* * * * *

Présent lors de l'appel nominal sur la troisième question; "Quelle
peine Louis Capet, ci-devant roi des Français, a-t-il encourue?", il
vota la mort, motivant en ces termes son opinion:

* * * * *

Je ne suis point de cette foule d'hommes d'État qui ignorent qu'on ne
compose point avec les tyrans, qui ignorent qu'on ne frappe les rois
qu'à la tête, qui ignorent qu'on ne doit rien attendre de ceux de
l'Europe que par la force de nos armes. Je vote pour la mort du tyran.

* * * * *

Son intervention dans la séance du 17 janvier fut marquée d'un
incident assez vif. Le président ayant annoncé l'arrivée d'une lettre
des défenseurs de Louis XVI et d'une missive du ministre d'Espagne en
faveur du monarque, Garan-Coulon prit la parole et dès le premier mot
fut interrompu par Danton. Louvet s'écria, de sa place: "Tu n'es pas
encore roi, Danton!" A ce grief girondin habituel, les rumeurs
éclatèrent, tandis que Louvet continuait: "Quel est donc ce privilège?
Je demande que le premier qui interrompra soit rappelé à l'ordre." A
cette impertinence de l'auteur de Faublas, Danton riposta: "Je demande
que l'insolent qui dit que je ne suis pas roi encore soit rappelé à
l'ordre du jour avec censure..." Et s'adressant à Garan-Coulon, il
ajouta: "Puisque Garan prétend avoir demandé la parole avant moi, je
la lui cède." Garan ayant parlé en faveur de l'audition des défenseurs
du Roi, Danton prit la parole pour appuyer cet avis, et s'élever en
termes vigoureux et éloquents contre la prétention du ministre
d'Espagne: Je consens à ce que les défenseurs de Louis soient entendus
après que le décret aura été prononcé, persuadé qu'ils n'ont rien de
nouveau à vous apprendre, et qu'ils ne vous apportent point de pièces
capables de faire changer votre détermination. Quant à l'Espagne, je
l'avouerai, je suis étonné de l'audace d'une puissance qui ne craint
pas de prétendre à exercer son influence sur votre délibération. Si
tout le monde était de mon avis, on voterait à l'instant, pour cela
seul, la guerre à l'Espagne. Quoi! on ne reconnaît pas notre
République et l'on veut lui dicter des lois? On ne la reconnaît pas,
et l'on veut lui imposer des conditions, participer au jugement que
ses représentants vont rendre? Cependant qu'on entende si on le veut
cet ambassadeur, mais que le président lui fasse une réponse digne du
peuple dont il sera l'organe et qu'il lui dise que les vainqueurs de
Jemmapes ne démentiront pas la gloire qu'ils ont acquise, et qu'ils
retrouveront, pour exterminer tous les rois de l'Europe conjurés
contre nous, les forces qui déjà les ont fait vaincre. Défiez-vous,
citoyens, des machinations qu'on ne va cesser d'employer pour vous
faire changer de détermination; on ne négligera aucun moyen; tantôt,
pour obtenir des délais, on prétextera un motif politique; tantôt une
négociation importante ou à entreprendre ou prête à terminer. Rejetez,
rejetez, citoyens, toute proposition honteuse; point de transaction
avec la tyrannie; soyez dignes du peuple qui vous a donné sa confiance
et qui jugerait ses représentants, si ses représentants l'avaient
trahi.

Dans la nuit du 17 au 18 janvier, alors que Vergniaud avait déjà
prononcé l'arrêt condamnant par 366 voix Louis XVI à la peine de mort,
la Convention décida de délibérer sur la question: Y aura-t-il sursis,
oui ou non, à l'exécution du décret gui condamne Louis Capet? L'appel
nominal commencé, malgré la fatigue de l'Assemblée, à huit heures et
demie, se termina vers minuit. On sait que, par 380 voix contre 310,
ce sursis fut rejeté. Tallien avait demandé à la Convention de décider
sur-le-champ de la question du sursis. Danton était intervenu aux
débats dans ces termes:

On vous a parlé d'humanité, mais on en a réclamé les droits d'une
manière dérisoire... Il ne faut pas décréter, en sommeillant, les plus
chers intérêts de la patrie. Je déclare que ce ne sera ni par la
lassitude, ni par la terreur qu'on parviendra à entraîner la
Convention nationale à statuer, dans la précipitation d'une
délibération irréfléchie, sur une question à laquelle la vie d'un
homme et le salut public sont également attachés. Vous avez appris le
danger des délibérations soudaines; et certes, pour la question qui
nous occupe, vous avez besoin d'être préparés par des méditations
profondément suivies. La question qui vous reste à résoudre est une
des plus importantes. Un de vos membres, Thomas Payne, a une opinion
importante à vous communiquer. Peut-être ne sera-t-il pas sans
importance d'apprendre de lui ce qu'en Angleterre... (_Murmures.) Je
n'examine point comment on peut flatter le peuple, en adulant en lui
un sentiment qui n'est peut-être que celui d'une curiosité atroce. Les
véritables amis du peuple sont à mes yeux ceux qui veulent prendre
toutes les mesures nécessaires pour que le sang du peuple ne coule
pas, que la source de ses larmes soit tarie, que son opinion soit
ramenée aux véritables principes de la morale, de la justice et de la
raison. Je demande donc la question préalable sur la proposition de
Tallien; et que, si cette proposition était mise aux voix, elle ne pût
l'être que par l'appel nominal.




X

POUR LEPELETIER ET CONTRE ROLAND

(21 janvier 1793)


Le dimanche 20 janvier, dans le sous-sol du restaurant Teisier, au
Palais-Royal, un ancien garde du corps nommé Deparis, tua d'un coup de
sabre Michel Lepeletier de Saint-Fargeau. Dans sa séance du 21, la
Convention décida d'accorder à ce dernier les honneurs du Panthéon,
tandis que, désireux de frapper les contre-révolutionnaires qu'ils
présumaient être les instigateurs de l'assassinat, plusieurs députés
demandaient des visites domiciliaires pareilles à celles-là mêmes que
Danton demanda le 28 août 1892. S'associant à la première proposition,
Danton s'éleva contre la seconde. La Convention ordonna néanmoins la
mesure, qui fut exécutée dans la nuit qui suivit. On retrouvera dans
ce beau et rude discours du conventionnel un nouvel écho de la lutte
contre la Gironde. Elle allait bientôt atteindre son paroxysme et
proscrire toute clémence. Mais une fois encore l'amour de la patrie
passa avant toute querelle politique, et jamais plus belle profession
de foi patriotique ne fut mêlée à plus d'abnégation.

* * * * *

Ce qui honore le plus les Français, c'est que dans des moments de
vengeance le peuple ait surtout respecté ses représentants. Que
deviendrions-nous, si, au milieu des doutes que l'on jette sur une
partie de cette assemblée, l'homme qui a péri victime des assassins
n'était pas patriote! O Lepeletier, ta mort servira la République; je
l'envie, ta mort. Vous demandez pour lui les honneurs du Panthéon;
mais il a déjà recueilli les palmes du martyre de la Liberté. Le moyen
d'honorer sa mémoire, c'est de jurer que nous ne nous quitterons pas
sans avoir donné une Constitution à la République. Qu'il me sera doux
de vous prouver que je suis étranger à toutes les passions!

Je ne suis point l'accusateur de Pétion; à mon sens il eut des torts.
Pétion peut avoir été faible; mais, je l'avoue avec douleur, bientôt
la France ne saura plus sur qui reposer sa confiance. Quant aux
attentats dont nous avons tous gémi, l'on aurait dû vous dire
clairement que nulle puissance n'aurait pu les arrêter. Ils étaient la
suite de cette rage révolutionnaire qui animait tous les esprits. Les
hommes qui connaissent le mieux ces événements terribles furent
convaincus que ces actes étaient la suite nécessaire de la fureur d'un
peuple qui n'avait jamais obtenu justice. J'adjure tous ceux qui me
connaissent de dire si je suis un buveur de sang, si je n'ai pas
employé tous les moyens de conserver la paix dans le conseil exécutif.
Je prends à témoin Brissot lui-même. N'ai-je pas montré une extrême
déférence pour un vieillard dont le caractère est opiniâtre, et qui
aurait dû au contraire épuiser tous les moyens de douceur pour
rétablir le calme? Roland, dont je n'accuse pas les intentions, répute
scélérats tous ceux qui ne partagent pas ses opinions. Je demande pour
le bien de la République qu'il ne soit plus ministre; je désire le
salut public, vous ne pouvez suspecter mes intentions. Roland, ayant
craint d'être frappé d'un mandat dans des temps trop fameux, voit
partout des complots; il s'imagine que Paris veut s'attribuer une
espèce d'autorité sur les autres communes. C'est là sa grande erreur.
Il a concouru à animer les départements contre Paris, qui est la ville
de tous. On a demandé une force départementale pour environner la
Convention. Eh bien, cette garde n'aura pas plus tôt séjourné dans
Paris, qu'elle y prendra l'esprit du peuple. En doutez-vous
maintenant? Je puis attester sans acrimonie que j'ai acquis la
conviction que Roland a fait circuler des écrits qui disent que Paris
veut dominer la République.

Quant aux visites domiciliaires, je m'oppose à cette mesure dans son
plein, dans un moment où la nation s'élève avec force contre le bill
rendu contre les étrangers; mais il vous faut un comité de sûreté
générale qui jouisse de la plénitude de votre confiance; lorsque les
deux tiers des membres de ce conseil tiendront les fils d'un complot,
qu'ils puissent se faire ouvrir les maisons.

Maintenant que le tyran n'est plus, tournons toute notre énergie,
toutes nos agitations vers la guerre. Faisons la guerre à l'Europe. Il
faut, pour épargner les sueurs et le sang de nos concitoyens,
développer la prodigalité nationale. Vos armées ont fait des prodiges
dans un moment déplorable, que ne feront-elles pas quand elles seront
bien secondées? Chacun de nos soldats croit qu'il vaut deux cents
esclaves. Si on leur disait d'aller à Vienne, ils iraient à Vienne ou
à la mort. Citoyens, prenez les reines d'une grande nation,
élevez-vous à sa hauteur, organisez le ministère, qu'il soit
immédiatement nommé par le peuple.

Un autre ministère est entre les mains d'un bon citoyen, mais il passe
ses forces; je ne demande pas qu'on le ravisse à ses fonctions, mais
qu'elles soient partagées.

Quant à moi, je ne suis pas fait pour venger des passions
personnelles, je n'ai que celle de mourir pour mon pays; je voudrais,
an prix, de mon sang, rendre à la patrie le défenseur qu'elle a perdu.




XI

SUR LA RÉUNION DE LA BELGIOUE A LA FRANCE

(31 janvier 1793)


Les premiers succès de Dumouriez dans les Pays-Bas causèrent un
enthousiasme indescriptible. La théorie girondine de la propagande
révolutionnaire armée recevait sa sanction. Danton monta à la tribune
dans la séance du 31 janvier, comprenant tout le parti que pouvait
tirer la jeune République de l'annexion de la Belgique au moment où,
sur ce territoire, se livrait une guerre décisive. Le soir même,
Danton partait pour les frontières. On sait que c'est durant ce voyage
que mourut, le l0 février 1793, sa première femme Antoinette-Gabrielle
Charpentier.

* * * * *

Ce n'est pas en mon nom seulement, c'est au nom des patriotes belges,
du peuple belge, que je viens demander aussi la réunion de la
Belgique. Je ne demande rien à votre enthousiasme, mais tout à votre
raison, mais tout aux intérêts de la République Française. N'avez-vous
pas préjugé cette réunion quand vous avez décrété une organisation
provisoire de la Belgique. Vous avez tout consommé par cela seul que
vous avez dit aux amis de la liberté: organisez-vous comme nous.
C'était dire: nous accepterons votre réunion si vous la proposez. Eh
bien, ils la proposent aujourd'hui. Les limites de la France sont
marquées par la nature. Nous les atteindrons dans leurs quatre points:
à l'Océan, au Rhin, aux Alpes, aux Pyrénées. On nous menace des rois!
Vous leur avez jeté le gant, ce gant est la tête d'un roi, c'est le
signal de leur mort prochaine. On vous menace de l'Angleterre! Les
tyrans de l'Angleterre sont morts. Vous avez la plénitude de la
puissance nationale. Le jour où la Convention nommera des commissaires
pour savoir ce qu'il y a dans chaque commune d'hommes et d'armes, elle
aura tous les Français. Quant à la Belgique, l'homme du peuple, le
cultivateur veulent la réunion. Lorsque nous leur déclarâmes qu'ils
avaient le pouvoir de voter, ils sentirent que l'exclusion ne portait
que sur les ennemis du peuple, et ils demandèrent l'exclusion de votre
décret. Nous avons été obligés de donner la protection de la force
armée au receveur des contributions auquel le peuple demandait la
restitution des anciens impôts. Sont-ils mûrs, ces hommes-là? De cette
réunion dépend le sort de la République dans la Belgique. Ce n'est que
parce que les patriotes pusillanimes doutent de cette réunion, que
votre décret du 15 a éprouvé des oppositions. Mais prononcez-la et
alors vous ferez exécuter les lois françaises, et alors les
aristocrates, nobles et prêtres, purgeront la terre de la liberté.
Cette purgation opérée, nous aurons des hommes, des armes de plus. La
réunion décrétée, vous trouverez dans les Belges des républicains
dignes de vous, qui feront mordre la poussière aux despotes. Je
conclus donc à la réunion de la Belgique.




XII

SUR LES SECOURS A ENVOYER A DUMOURIEZ

(8 mars 1793)


La trahison de Dumouriez fut précédée des revers qui amenèrent par la
suite, au lendemain de sa convention avec Mack, l'évacuation de la
Belgique par les armées françaises. Danton, au cours de sa mission,
eut l'occasion de voir et de juger les déplorables résultats de la
campagne. Au moment où il revenait à Paris, avec Lacroix,
l'avant-garde de l'armée abandonnait Liège à l'ennemi. La Convention
décréta les mesures proposées par Danton dans ce discours:

* * * * *

Nous avons plusieurs fois fait l'expérience que tel est le caractère
français, qu'il lui faut des dangers pour trouver toute sou énergie.
Eh bien, ce moment est arrivé. Oui, il faut dire à la France entière:
"Si vous ne volez pas au secours de vos frères de la Belgique, si
Dumouriez est enveloppé en Hollande, si son armée était obligée de
mettre bas les armes, qui peut calculer les malheurs incalculables
d'un pareil événement? La fortune publique anéantie, la mort de
600.000 Français pourraient en être la suite!"

Citoyens, vous n'avez pas une minute à perdre; je ne vous propose pas
en ce moment des mesures générales pour les départements, votre comité
de défense vous fera demain son rapport. Mais nous ne devons pas
attendre notre salut uniquement de la loi sur le recrutement; son
exécution sera nécessairement lente, et des résultats tardifs ne sont
pas ceux qui conviennent à l'imminence du danger qui nous menace. Il
faut que Paris, cette cité célèbre et tant calomniée, il faut que
cette cité qu'on aurait renversée pour servir nos ennemis qui
redoutent son brûlant civisme contribue par son exemple à sauver la
patrie. Je dis que cette ville est encore appelée à donner à la France
l'impulsion qui, l'année dernière, a enfanté nos triomphes. Comment se
fait-il que vous n'ayez pas senti que, s'il est bon de faire les lois
avec maturité, on ne fait bien la guerre qu'avec enthousiasme? Toutes
les mesures dilatoires, tout moyen tardif de recruter détruit cet
enthousiasme, et reste souvent sans succès. Vous voyez déjà quels en
sont les misérables effets.

Tous les Français veulent être libres. Ils se sont constitués en
gardes nationales. Aux termes de leur serments, ils doivent tous
marcher quand la patrie réclame leur secours.

Je demande, par forme de mesure provisoire, que la Convention nomme
des commissaires qui, ce soir, se rendront dans toutes les sections de
Paris, convoqueront les citoyens, leur feront prendre les armes, et
les engageront, au nom de la liberté et de leurs serments, à voter la
défense de la Belgique. La France entière sentira le contre-coup de
cette impulsion salutaire. Nos armées recevront de prompts renforts;
et, il faut le dire ici, les généraux ne sont pas aussi répréhensibles
que quelques personnes ont paru le croire. Nous leur avions promis
qu'au 1er février l'armée de la Belgique recevrait un renfort de
30.000 hommes. Rien ne leur est arrivé. Il y a trois mois qu'à notre
premier voyage dans la Belgique ils nous dirent que leur position
militaire était détestable, et que, sans un renfort considérable,
s'ils étaient attaqués au printemps, ils seraient peut-être forcés
d'évacuer la Belgique entière. Hâtons-nous de réparer nos fautes. Que
ce premier avantage de nos ennemis soit, comme celui de l'année
dernière, le signal du réveil de la nation. Qu'une armée, conservant
l'Escaut, donne la main à Dumouriez, et les ennemis seront dispersés.
Si nous avons perdu Aix-la-Chapelle, nous trouverons en Hollande des
magasins immenses qui nous appartiennent.

Dumouriez réunit au génie du général l'art d'échauffer et d'encourager
le soldat. Nous avons entendu l'armée battue le demander à grands
cris. L'histoire jugera ses talents, ses passions et ses vices; mais
ce qui est certain, c'est qu'il est intéressé à la splendeur de la
République. S'il est secondé, si une armée lui prête la main, il saura
faire repentir nos ennemis de leurs premiers succès.

Je demande que des commissaires soient nommés à l'instant.




XIII

SUR LA LIBÉRATION DES PRISONNIERS POUR DETTES

(9 mars 1793)


Ce fut une des mesures les plus humaines que celle réclamée par Danton
dans ce discours. Avocat, il comprenait tout l'odieux du système;
patriote, il en sentait tout l'absurde au moment où la défense de la
République exigeait toutes les énergies, toutes les forces vives de la
nation. La Convention s'associa à l'unanimité à la généreuse
proposition de l'ancien ministre.

* * * * *

Non sans doute, citoyens, l'espoir de vos commissaires ne sera pas
déçu. Oui, vos ennemis, les ennemis de la liberté seront exterminés,
parce que vos efforts ne vont point se ralentir. Vous serez dignes
d'être les régulateurs de l'énergie nationale. Vos commissaires, en se
disséminant sur toutes les parties de la République, vont répéter aux
Français que la grande querelle qui s'est élevée entre le despotisme
et la liberté va être enfin terminée. Le peuple français sera vengé:
c'est à nous qu'il appartient de mettre le monde politique en
harmonie, de créer des lois concordantes avec cette harmonie. Mais
avant de vous entretenir de ces grands objets, je viens vous demander
la déclaration d'un principe trop longtemps méconnu, l'abolition d'une
erreur funeste, la destruction de la tyrannie de la richesse sur la
misère. Si la mesure que je propose est adoptée, bientôt ce Pitt, le
Breteuil de la diplomatie anglaise, et ce Burke, l'abbé Maury du
Parlement britannique, qui donnent aujourd'hui au peuple anglais une
impulsion si contraire à la liberté, seront anéantis.

Que demandez-vous? Vous voulez que tous les Français s'arment pour la
défense commune. Eh bien, il est une classe d'hommes qu'aucun crime
n'a souillés, qui a des bras, mais qui n'a pas de liberté, c'est celle
des malheureux détenus pour dettes; c'est une honte pour l'humanité,
pour la philosophie, qu'un homme, en recevant de l'argent, puisse
hypothéquer et sa personne et sa sûreté.

Je pourrais démontrer que la déclaration du principe que je proclame
est favorable à la cupidité même, car l'expérience prouve que celui
qui prêtait ne prenait aucune garantie pécuniaire, parce qu'il pouvait
disposer de la personne de son débiteur; mais qu'importent ces
considérations mercantiles? Elles ne doivent pas influer sur une
grande nation. Les principes sont éternels, et tout Français ne peut
être privé de sa liberté que pour avoir forfait à la société.

Que les propriétaires ne s'alarment pas. Sans doute quelques individus
se sont portés à des excès; mais la nation, toujours juste, respectera
les propriétés. Respectez la misère, et la misère respectera
l'opulence. Ne soyons jamais coupables envers les malheureux, et le
malheureux, qui a plus d'âme que le riche, ne sera jamais coupable.

Je demande que la Convention nationale déclare que tout citoyen
français, emprisonné pour dettes, sera mis en liberté, parce qu'un tel
emprisonnement est contraire à la saine morale, aux droits de l'homme,
aux vrais principes de la liberté.




XIV

SUR LES DEVOIRS DE CHACUN ENVERS LA PATRIE EN DANGER

(10 mars 1793)


L'émotion des terribles nouvelles pesait sur la Convention dans la
séance du 10 mars. L'ennemi occupait Liège et forçait à la levée du
siège de Maëstricht. Le découragement avait succédée l'enthousiasme
des premiers jours. Nous tenons le discours que Danton prononça à
cette occasion pour le plus admirable morceau d'éloquence civique.
Jamais appel plus vibrant, plus électrique ne fut lancé à la nation
par l'homme qui s'effaçait devant le danger de la patrie. Le dédain
qu'il eut toujours pour sa défense personnelle se manifeste une fois
encore ici: "Que m'importe d'être appelé buveur de sang!....
Conquérons la liberté!" Vingt jours plus tard, la trahison de
Dumouriez était chose faite.

* * * * *

Les considérations générales qui vous ont été présentées sont vraies;
mais il s'agit moins en ce moment d'examiner les causes des événements
désastreux qui peuvent nous frapper, que d'y appliquer promptement le
remède. Quand l'édifice est en feu, je ne m'attache pas aux fripons
qui enlèvent les meubles, j'éteins l'incendie. Je dis que vous devez
être convaincus plus que jamais, par la lecture des dépêches de
Dumouriez, que vous n'avez pas un instant à perdre pour sauver la
République.

Dumouriez avait conçu un plan qui honore son génie. Je dois lui rendre
même une justice bien plus éclatante que celle que je lui rendis
dernièrement. Il y a trois mois qu'il a annoncé au pouvoir exécutif, à
votre comité de défense générale, que, si nous n'avions pas assez
d'audace pour envahir la Hollande au milieu de l'hiver, pour déclarer
sur-le-champ la guerre à l'Angleterre, qui nous la faisait depuis
longtemps, nous doublerons les difficultés de la campagne, en laissant
aux forces ennemies le temps de se déployer. Puisque l'on a méconnu ce
trait de génie, il faut réparer nos fautes.

Dumouriez ne s'est pas découragé; il est au milieu de la Hollande, il
y trouvera des munitions; pour renverser tous nos ennemis, il ne lui
faut que des Français, et la France est remplie de citoyens.
Voulons-nous être libres? Si nous ne le voulons plus, périssons, car
nous l'avions juré. Si nous le voulons, marchons tous pour défendre
notre indépendance. Nos ennemis font leurs derniers efforts.

Pitt sent bien qu'ayant tout à perdre, il n'a rien à épargner. Prenons
la Hollande, et Carthagène est détruite, et l'Angleterre ne peut plus
vivre que pour la liberté.... Que la Hollande soit conquise à la
liberté, et l'aristocratie commerciale elle-même, qui domine en ce
moment le peuple anglais, s'élèvera contre le gouvernement qui l'aura
entraînée dans cette guerre du despotisme contre un peuple libre. Elle
renversera ce ministère stupide qui a cru que les talents de l'ancien
régime pouvaient étouffer le génie de la liberté qui plane sur la
France. Ce ministère renversé par l'intérêt du commerce, le parti de
la liberté se montrera, car il n'est pas mort; et si vous saisissez
vos devoirs, si vos commissaires partent à l'instant, si vous donnez
la main à l'étranger qui soupire après la destruction de toute espèce
de tyrannie, la France est sauvée et le monde est libre.

Faites donc partir vos commissaires: soutenez-les par votre énergie;
qu'ils partent ce soir, cette nuit même; qu'ils disent à la classe
opulente: il faut que l'aristocratie de l'Europe, succombant sous nos
efforts, paye notre dette, ou que vous la payiez; le peuple n'a que du
sang; il le prodigue. Allons, misérables, prodiguez vos richesses.
Voyez, citoyens, les belles destinées qui vous attendent. Quoi! vous
avez une nation entière pour levier, la raison pour point d'appui, et
vous n'avez pas encore bouleversé le monde. Il faut pour cela du
caractère, et la vérité est qu'on en a manqué. Je mets de côté toutes
les passions, elles me sont toutes parfaitement étrangères, excepté
celle du bien public. Dans des circonstances plus difficiles, quand
l'ennemi était aux portes de Paris, j'ai dit à ceux qui gouvernaient
alors: Vos discussions sont misérables, je ne connais que l'ennemi.

Vous qui me fatiguez de vos contestations particulières, au lieu de
vous occuper du salut de la République, je vous répudie tous comme
traîtres à la patrie. Je vous mets tous sur la même ligne. Je leur
disais: Eh que m'importe ma réputation! que la France soit libre et
que mon nom soit flétri! Que m'importe d'être appelé buveur de sang!
Eh bien, buvons le sang des ennemis de l'humanité, s'il le faut;
combattons, conquérons la liberté.

On parait craindre que le départ des commissaires affaiblisse l'un ou
l'autre parti de la Convention. Vaines terreurs! Portez votre énergie
partout. Le plus beau ministère est d'annoncer au peuple que la dette
terrible qui pèse sur lui sera desséchée aux dépens de ses ennemis, ou
que le riche la paiera avant peu. La situation nationale est cruelle;
le signe représentatif n'est plus en équilibre dans la circulation; la
journée de l'ouvrier est au-dessous du nécessaire; il faut un grand
moyen correctif. Conquérons la Hollande; ranimons en Angleterre le
parti républicain; faisons marcher la France, et nous irons glorieux à
la postérité. Remplissez ces grandes destinées; point de débats; point
de querelles, et la patrie est sauvée.

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Scottish book of the year goes to Kieron Smith, Boy by James Kelman

The barrister Constance Briscoe has won the libel case brought against her by her mother, Carmen Briscoe-Mitchell, over her bestselling misery memoir Ugly, in which she accused Briscoe-Mitchell of childhood cruelty and neglect.

Briscoe-Mitchell claimed the allegations were "a piece of fiction", and sued Briscoe and her publishers Hodder & Stoughton for libel.

A 10-day hearing at the high court in London concluded earlier today with a unanimous verdict from the jury after more than a day's deliberation. Speaking outside the court, Briscoe, a part-time judge, said she was "very happy" with the verdict.

"It is sad that my mother still feels the need to pursue me. Now I just want to get on with my career," she said. "I can quite understand why my family went into collective denial, but whilst child abuse may be committed behind closed doors, it should never be swept under the carpet."

The hearing saw Briscoe tell Mr Justice Tugendhat and a jury how her mother beat her with a stick for wetting the bed, called her a "dirty little whore" and drove her to attempt suicide by drinking bleach.

Briscoe's account of her upbringing was published in 2006 and has sold more than 400,000 copies in the UK.

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Would you have your ashes scattered in Jane Austen's garden?
American film producer to publish version of the Bible in which God says it is better to be gay than straight

The royal family doesn't need a poet

The power of Jane Austen never ceases to amaze: the myriad film and TV adaptations, the biopics, the spin-off self-help books, the novels about Austen book clubs and Austen obsessives and even, next spring, the publication of a book about "how Jane Austen conquered the world" (Jane's Fame, by Clare Harman). And now comes the just-too-weird story that deceased fans of Jane Austen have been banned from having their ashes scattered in her garden. In a letter to the Jane Austen Society, Louise West, the collections manager of Jane Austen's House Museum, wrote: "While we understand many admirers of Jane Austen would love to have ashes laid here, it is something we do not allow. It is distressing for visitors to see mounds of human ash, particularly so for our gardener. Also, it is of no benefit to the garden!" (Or is it? Surely a small quantity of fresh ashes judiciously placed beneath a hydrangea bush is just the ticket?)

Anyway, leaving aside the Gardeners' Question Time minutiae, what on earth is going on here? I like an Austen novel as much as the next person – I probably reread my way through the complete works every couple of years – but I am baffled as to why one would want to be laid to rest among the flowerbeds of Chawton. The only explanation is the currently unstoppable power of the Austen cult, fuelled by Colin Firth in a wet blouse, by Andrew Davies's adaptations, and by Hollywood. I'm all for enjoying books, but the cult of Austen has reached ridiculous proportions. In a post-feminist world that should know better, she seems to be adored as the comforting provider of romantic, happy-endings nonsense instead of the sharp and acerbic social satirist she deserves to be seen as.

(Does anyone actually believe her, by the way, when she foretells a happy marriage for Darcey and Elizabeth? I fear a woman as interesting as Elizabeth would be sorely disappointed with this standard-issue British Repressed Public-school Man - hopeless emotionally, and probably hopeless in bed.)

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