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Discours civiques de Danton by Georges Jacques Danton

G >> Georges Jacques Danton >> Discours civiques de Danton

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Ces défiances, quand on veut se rapprocher, sont-elles donc si
difficiles à faire disparaître? Je le dis, il s'en faut qu'il y ait
dans cette Assemblée les conspirations qu'on se prête. Trop longtemps,
il est vrai, un amour mutuel de vengeance, inspiré par les
préventions, a retardé la marche de la Convention, et diminué son
énergie, en la divisant souvent. Telle opinion forte a été repoussée
par tel ou tel coté, par cela seul qu'elle ne lui appartenait pas.
Qu'enfin donc le danger vous rallie. Songez que vous vous trouvez dans
la crise la plus terrible; vous avez une armée entièrement
désorganisée, et c'est la plus importante, car d'elle dépendait le
salut public, si le vaste projet de ruiner en Hollande le commerce de
l'Angleterre eût réussi. Il faut connaître ceux qui peuvent avoir
trempé dans la conspiration qui a fait manquer ce projet; les têtes de
ceux qui ont influé, soit comme généraux, soit comme représentants du
peuple sur le sort de cette armée, ces têtes doivent tomber les
premières.

D'accord sur les bases de la conduite que nous devons tenir, nous le
serons facilement sur les résultats. Interrogeons, entendons,
comparons, tirons la vérité du chaos; alors nous saurons distinguer ce
qui appartient aux passions et ce qui est le fruit des erreurs; nous
connaîtrons où a été la véritable politique nationale, l'amour de son
pays, et l'on ne dira plus qu'un tel est un ambitieux, un usurpateur,
parce qu'il a un tempérament plus chaud et des formes plus robustes.
Non, la France ne sera pas ré asservie, elle pourra être embranlée,
mais le peuple, comme le Jupiter de l'Olympe, d'un seul signe fera
rentrer dans le néant tous les ennemis.

Je demande que demain le Conseil exécutif nous fasse un rapport
préliminaire; je demande à m'expliquer ensuite, car le peuple doit
être instruit de tout. Les nouvelles reçues hier des armées
transpirent déjà. C'est en soulevant petit à petit le voile, c'est en
renonçant aux palliatifs que nous préviendrons l'explosion que
pourrait produire l'excès de mécontentement. Je demande que le Conseil
exécutif, pièces en main, nous rende compte de ses différents agents.
Que la vérité colore le civisme et le courage; que nous ayons encore
l'espoir de sauver la République, et de ramener à un centre commun
ceux qui se sont un moment laissé égarer par leurs passions.

Citoyens, nous n'avons pas un instant à perdre. L'Europe entière
pousse fortement la conspiration. Vous voyez que ceux-là qui ont
prêché plus persévéramment la nécessité du recrutement qui s'opère
enfin pour le salut de la République; que ceux qui ont demandé le
tribunal révolutionnaire; que ceux qui ont provoqué l'envoi des
commissaires dans les départements pour y souffler l'esprit public,
sont présentés presque comme des conspirateurs. On se plaint de
misérables détails. Et des corps administratifs n'ont-ils pas demandé
ma tète? Ma tète!.... elle est encore là, elle y restera. Que chacun
emploie celle qu'il a reçue de la nature, non pour servir de petites
passions, mais pour servir la République.

Je somme celui qui pourrait me supposer des projets d'ambition, de
dilapidation, de forfaiture quelconque, de s'expliquer demain
franchement sur ces soupçons, sous peine d'être réputé calomniateur.
Cependant je vous en atteste tous, dès le commencement de la
Révolution, j'ai été peint sous les couleurs les plus odieuses.

Je suis resté inébranlable, j'ai marché à pas fermes vers la liberté.
On verra qui touchera au terme où le peuple arrivera, après avoir
écrasé tous les ennemis. Mais puisque aujourd'hui l'union, et par
conséquent une confiance réciproque, nous est nécessaire, je demande à
entrer, après le rapport du Conseil exécutif, dans toutes explications
qu'on jugera.




XIX

SUR LA TRAHISON DE DUMOURIEZ ET LA MISSION EN BELGIQUE

(1er avril 1793)


La trahison de Dumouriez, dont les opérations avaient, à plusieurs
reprises, été défendues par Danton, créa pour celui-ci une nouvelle
source d'accusations. Après un discours de Cambacérès, au nom du
Comité de défense générale, une défense de Sillery, réclamant l'examen
de ses papiers pour se disculper d'une complicité supposée avec
Dumouriez, et quelques mots de Fonfrède et de Robespierre, Penières
monta à la tribune pour dénoncer un fait que le Moniteur (n° 93)
relate en ces termes:

PENIÈRES.--Quelques jours après l'arrivée de Danton et de Delacroix de
la Belgique, une lettre écrite par Dumouriez fut envoyée au Comité de
défense générale, sans avoir été lue à l'Assemblée. (PLUSIEURS
MEMBRES.--Cela n'est pas vrai!) La lettre fut apportée au Comité de
défense générale, où Danton fut appelé pour en entendre la lecture;
Bréard, qui était alors président, dit qu'il était de son devoir d'en
donner connaissance à l'Assemblée. Delacroix lui répondit en ces
termes: "Quant à moi, si j'étais président, je ne balancerais pas un
moment à exposer ma responsabilité, et la lettre ne serait pas lue;
car si un décret d'accusation devait être porté contre Dumouriez,
j'aimerais mieux que ma tête tombât que la sienne: Dumouriez est utile
à l'armée." Après cette explication, il fut arrêté que le lendemain on
ferait renvoyer cette lettre au comité, sans en faire la lecture.
Après que ce renvoi fut décrété, Danton nous dit qu'il repartirait
avec Delacroix et qu'il promettait de faire rétracter Dumouriez; et il
ajouta que, dans le cas où Dumouriez s'y refuserait, il demanderait
lui-même le décret d'accusation contre lui. Qu'est-il arrivé? Danton,
de retour de la Belgique, ne se présenta ni à l'Assemblée ni au
comité. Je lui demande en ce moment: pourquoi, ayant promis de faire
rétracter Dumouriez, et ne l'ayant pas fait, n'a-t-il pas demandé
contre lui le décret d'accusation.

* * * * *

Bréard ayant, en quelques mots, expliqué son rôle en cet incident,
Danton monta à la tribune pour justifier sa conduite envers Dumouriez,
sa mission en Belgique, et confondre ses calomniateurs. A plusieurs
reprises son discours fut interrompu. Force nous est donc de suivre le
texte du Moniteur (n° 93 et 94) pour donner une physionomie exacte de
la séance, et de reproduire toutes les interruptions pour suivre la
défense de Danton.


* * * * *

Je commence par bien préciser l'interpellation faite, elle se réduit à
ceci: "Vous avez dit, Danton, que, si vous ne parveniez pas à faire
écrire a Dumouriez une lettre qui détruisit l'effet de la première,
vous demanderiez contre lui le décret d'accusation. Cette lettre
n'ayant point eu lieu, pourquoi n'avez-vous pas tenu votre promesse?"

Voilà la manière dont je suis interpellé. Je vais donner les
éclaircissements qui me sont demandés. D'abord, j'ai fait ce que
j'avais annoncé: la Convention a reçu une lettre par laquelle
Dumouriez demandait qu'il ne fût fait de rapport sur sa première
qu'après que la Convention aurait entendu les renseignements que
devaient lui donner ses commissaires. Cette lettre ne nous satisfit
pas, et, après avoir conféré avec lui, nous acquîmes la conviction
qu'il n'y avait plus rien à attendre de Dumouriez pour la République.

Arrivé à Paris à neuf heures du soir, je ne vins pas au comité; mais
le lendemain j'ai dit que Dumouriez était devenu tellement atroce,
qu'il avait dit que la Convention était composée de trois cents
imbéciles et de quatre cents brigands. J'ai demandé que tout fût
dévoilé; ainsi tous ceux qui s'y sont trouvés ont dû voir que mon avis
était qu'il fallait arracher Dumouriez à son armée.

Mais ce fait ne suffit pas, il importe que la Convention et la nation
entière sachent la conduite qu'ont tenue vos commissaires à l'égard de
Dumouriez, et il est étrange que ceux qui, constamment, ont été en
opposition de principes avec lui soient aujourd'hui accusés comme ses
complices.

Qu'a voulu Dumouriez? Établir un système financier dans la Belgique.
Qu'a voulu Dumouriez? Point de réunion. Quels sont ceux qui ont fait
les réunions? Vos commissaires. La réunion du Hainaut, dit Dumouriez,
s'est faite à coups de sabre. Ce sont vos commissaires qui l'ont
faite. C'est nous que Dumouriez accuse des malheurs de la Belgique;
c'est nous qu'il accuse d'avoir fait couler le sang dans le Hainaut
et, par une fatalité inconcevable, c'est nous qu'on accuse de protéger
Dumouriez!

J'ai dit que Dumouriez avait conçu un plan superbe d'invasion de la
Hollande: si ce plan eût réussi, il aurait peut-être épargné bien des
crimes à Dumouriez; peut-être l'aurait-il voulu faire tourner a son
profit; mais l'Angleterre n'en aurait pas été moins abaissée et la
Hollande conquise.

Voilà le système de Dumouriez: Dumouriez se plaint des sociétés
populaires et du tribunal extraordinaire; il dit que bientôt Danton
n'aura plus de crédit que dans la banlieue de Paris.

UNE VOIX.--Ce sont les décrets de l'Assemblée, et non vous.

On m'observe que je suis dans l'erreur; je passe à un autre fait plus
important: c'est que Dumouriez a dit à l'armée que si Danton et
Delacroix y reparaissaient, il les ferait arrêter. Citoyens, les faits
parlent d'eux-mêmes; on voit facilement que la commission a fait son
devoir.

Dumouriez s'est rendu criminel, mais ses complices seront bientôt
connus. J'ai déjà annoncé que Dumouriez a été égaré par les impulsions
qu'il a reçues de Paris, et qu'il était aigri par les écrits qui
présentaient les citoyens les plus énergiques comme des scélérats. La
plupart de ces écrits sont sortis de cette enceinte; je demande que la
Convention nomme une commission pour débrouiller ce chaos et pour
connaître les auteurs de ce complot. Quand on verra comment nous avons
combattu les projets de Dumouriez, quand on verra que vous avez
ratifié tous les arrêtés que nous avons pris, il ne restera plus aucun
soupçon sur notre conduite.

Citoyens, ce n'est point assez de découvrir d'où viennent nos maux; il
faut leur appliquer un remède immédiat. Vous avez, il est vrai,
ordonné un recrutement, mais cette mesure est trop lente; je crois que
l'Assemblée doit nommer un comité de la guerre, chargé de créer une
armée improvisée. Les ennemis veulent se porter sur Paris; leur
complice vous l'a dévoilé; je demande qu'il soit pris des mesures pour
qu'un camp de cinquante mille hommes soit formé à vingt lieues de
Paris; ce camp fera échouer les projets de nos ennemis, et pourra au
besoin servir a compléter les armées. Je demande aussi que mes
collègues dans la Belgique soient rappelés sur-le-champ.

PLUSIEURS MEMBRES.--Cela est fait.

Je demande enfin que le Conseil exécutif rende un compte exact de nos
opérations dans la Belgique: l'Assemblée acquerra les lumières qui lui
sont nécessaires, et elle verra que nous avons toujours été en
contradiction avec Dumouriez.

Si vos commissaires avaient fait enlever Dumouriez au moment où il
était à la tète de son armée, on aurait rejeté sur eux la
désorganisation de cette armée. Vos commissaires, quoique investis
d'un grand pouvoir, n'ont rien pour assurer le succès de leurs
opérations; les soldats ne nous prennent, en arrivant aux armées, que
pour de simples secrétaires de commission; il aurait fallu que la
Convention donnât à ceux qu'elle charge de promulguer ses lois à la
tête des armées une sorte de décoration moitié civile et moitié
militaire.

Que pouvaient faire de plus vos commissaires, sinon de dire: il y a
urgence, il faut arracher promptement Dumouriez de la tête de son
armée? Si nous avions voulu employer la force, elle nous eût manqué;
car quel général, au moment où Dumouriez exécutait sa retraite, et
lorsqu'il était entouré d'une armée qui lui était dévouée, eût voulu
exécuter nos ordres? Dumouriez était constamment jour et nuit à
cheval, et jamais il n'y a eu deux lieues de retraite sans un combat:
ainsi il nous était impossible de le faire arrêter. Nous avons fait
notre devoir, et j'appelle sur ma tête toutes les dénonciations, sûr
que ma tête loin de tomber sera la tête de Méduse qui fera trembler
tous les aristocrates.

LASOURCE.--Ce n'est point une accusation formelle que je vais porter
contre Danton; mais ce sont des conjectures que je vais soumettre à
l'Assemblée. Je ne sais point déguiser ce que je pense, ainsi je vais
dire franchement l'idée que la conduite de Delacroix et de Danton a
fait naître dans mon esprit.

Dumouriez a ourdi un plan de contre-révolution; l'a-t-il ourdi seul,
oui ou non?

Danton a dit qu'il n'avait pu, qu'il n'avait osé sévir contre
Dumouriez, parce qu'au moment où il se battait, aucun officier général
n'aurait voulu exécuter ses ordres. Je réponds à Danton qu'il est bien
étonnant qu'il n'ait osé prendre aucune mesure contre Dumouriez,
tandis qu'il nous a dit que l'armée était tellement républicaine, que,
malgré la confiance qu'elle avait dans son général, si elle lisait
dans un journal que Dumouriez a été décrété d'accusation, elle
l'amènerait elle-même à la barre de l'Assemblée.

Danton vient de dire qu'il avait assuré le comité que la République
n'avait rien à espérer de Dumouriez. J'observe à l'Assemblée que
Dumouriez avait perdu la tête en politique, mais qu'il conservait tous
ses talents militaires; alors Robespierre demanda que la conduite de
Dumouriez fût examinée; Danton s'y opposa et dit qu'il ne fallait
prendre aucune mesure contre lui avant que la retraite de la Belgique
fût entièrement effectuée. Son opinion fut adoptée.

Voilà les faits, voici comme je raisonne.

MAURE.--Je demande à dire un fait, c'est qu'on a proposé d'envoyer
Gensonné qui avait tout pouvoir sur Dumouriez, afin de traiter avec
lui du salut de la patrie.

PLUSIEURS MEMBRES.--C'est vrai.

LASOURCE.--Voici comment je raisonne. Je dis qu'il y avait un plan de
formé pour rétablir la royauté, et que Dumouriez était à la tête de ce
plan. Que fallait-il faire pour le faire réussir? Il fallait maintenir
Dumouriez à la tête de son armée. Danton est venu à la tribune, et a
fait le plus grand éloge de Dumouriez. S'il y avait un plan de formé
pour faire réussir les projets de Dumouriez, que fallait-il faire? Il
fallait se populariser. Qu'a fait Delacroix? Delacroix, en arrivant de
la Belgique, a affecté un patriotisme exagéré dont jusqu'à ce moment
il n'avait donné aucun exemple. (_De violents murmures se font
entendre_.) Et pour mieux dire, Delacroix se déclara Montagnard.
L'avait-il fait jusqu'alors? Non. Il tonna contre les citoyens qui ont
voté l'appel au peuple et contre ceux qu'on désigne sous le nom
d'hommes d'État. L'avait-il fait jusqu'alors? Non.

Pour faire réussir la conspiration tramée par Dumouriez, il fallait
acquérir la confiance populaire, il fallait tenir les deux extrémités
du fil. Delacroix reste dans la Belgique; Danton vient ici; il y vient
pour prendre des mesures de sûreté générale; il assiste au comité, il
se tait.

DANTON.--Cela est faux!

PLUSIEURS VOIX.--C'est faux!

LASOURCE.--Ensuite Danton, interpellé de rendre compte des motifs qui
lui ont fait abandonner la Belgique, parle d'une manière
insignifiante. Comment se fait-il qu'après avoir rendu son compte
Danton reste à Paris? Avait-il donné sa démission? Non. Si son
intention était de ne pas retourner dans la Belgique, il fallait qu'il
le dit, afin que l'Assemblée le remplaçât; et dans le cas contraire,
il devait y retourner.

Pour faire réussir la conspiration de Dumouriez, que fallait-il faire?
Il fallait faire perdre à la Convention la confiance publique. Que
fait Danton? Danton paraît à la tribune, et là il reproche à
l'Assemblée d'être au-dessous de ses devoirs; il annonce une nouvelle
insurrection; il dit que le peuple est prêt à se lever, et cependant
le peuple était tranquille. Il n'y avait pas de marche plus sûre pour
amener Dumouriez à ses fins que de ravaler la Convention et de faire
valoir Dumouriez; c'est ce qu'a fait Danton.

Pour protéger la conspiration, il fallait exagérer les dangers de la
patrie, c'est ce qu'ont fait Delacroix et Danton. On savait qu'en
parlant de revers, il en résulterait deux choses: la première, que les
âmes timides se cacheraient; la seconde, que le peuple, en fureur de
se voir trahi, se porterait à des mouvements qu'il est impossible de
retenir.

En criant sans cesse contre la faction des hommes d'État, ne
semble-t-il pas qu'on se ménageait un mouvement, tandis que Dumouriez
se serait avancé à la tête de son armée?

Citoyens, voilà les nuages que j'ai vus dans la conduite de vos
commissaires. Je demande, comme Danton, que vous nommiez une
commission ad hoc pour examiner les faits et découvrir les coupables.
Cela fait, je vous propose une mesure de salut public. Je crois que la
conduite de Dumouriez, mal connue de son armée, pourrait produire
quelques mouvements funestes. Il faut qu'elle et la France entière
sachent les mesures que vous avez prises; car Dumouriez est, comme le
fut jadis Lafayette, l'idole de la République. (_De violents murmures
et des cris_: Non, non! s'élèvent dans toutes les parties de la
salle.) Pour les inquiétudes que nos revers ont pu faire naître dans
l'âme des Français, il faut que la nation sache que, si l'armée a été
battue, c'est qu'elle a été trahie; il faut que la nation sache que,
tant que son général a voulu la liberté, l'armée a marché à des
triomphes.

Je termine par une observation: vous voyez maintenant à découvert le
projet de ceux qui parlaient au peuple de couper des têtes, vous voyez
s'ils ne voulaient pas la royauté. Je sais bien que le peuple ne la
voulait pas, mais il était trompé. On lui parle sans cesse de se
lever. Eh bien! peuple français, lève-toi, suis le conseil de tes
perfides ennemis, forge-toi des chaînes, car c'est la liberté qu'on
veut perdre, et non pas quelques membres de la Convention.

Et vous, mes collègues, souvenez-vous que le sort de la liberté est
entre vos mains; souvenez-vous que le peuple veut la justice. Il a vu
assez longtemps le Capitole et le trône, il veut voir maintenant la
roche Tarpéienne et l'échafaud. (_Applaudissements_.) Le tribunal que
vous avez créé ne marche pas encore; je demande:

1° Qu'il rende compte tous les trois jours des procès qu'il a jugés et
de ceux qu'il instruit; de cette manière on saura s'il a fait justice.

2° Je demande que les citoyens Égalité et Sillery, qui sont inculpés,
mais que je suis loin de croire coupables, soient mis en état
d'arrestation chez eux.

3° Je demande que la commission demandée par Danton soit à l'instant
organisée.

4° Que le procès-verbal qui vous a été lu soit imprimé, envoyé aux
départements et aux armées, qu'une adresse soit jointe a ce
procès-verbal; ce moyen est puissant; car, lorsque le peuple voit une
adresse de l'Assemblée nationale, il croit voir un oracle. Je demande
enfin, pour prouver à la nation que nous ne capitulerons jamais avec
un tyran, que chacun d'entre nous prenne l'engagement de donner la
mort à celui qui tenterait de se faire roi ou dictateur. (_Une
acclamation unanime se fait entendre. Les applaudissements et les
cris_: Oui, oui! se répètent à plusieurs reprises. L'assemblée entière
est levée; tout les membres, dont l'attitude du serment, répètent
celui de Lasource. Les tribunes applaudissent.)

BIROTEAU.--Je demande la parole pour un fait personnel.

Au comité de défense générale, où l'on agita les moyens de sauver la
patrie, Fabre d'Eglantine, qu'on connaît très lié avec Danton, qui,
dans une séance précédente, avait fait son éloge, Fabre d'Églantine,
dis-je, annonce qu'il avait un moyen de sauver la République, mais
qu'il n'osait pas en faire part, attendu qu'on calomniait sans cesse
les opinions. On le rassura, en lui disant que les opinions étaient
libres, et que d'ailleurs tout ce qui se disait au comité y demeurait
enseveli. Alors Fabre d'Églantine à mots couverts proposa un roi. (_De
violents murmures se font entendre_.)

PLUSIEURS MEMBRES s'écrient à la fois:--Cela n'est pas vrai!

DANTON.--C'est une scélératesse: vous avez pris la défense du roi, et
vous voulez rejeter vos crimes sur nous.

BIROTEAU.--Je vais rendre les propres paroles de Fabre avec la réponse
qu'on lui fit. Il dit: (_De nouveaux murmures s'élèvent_.)

DELMAS.--Je demande la parole au nom du salut public.

Citoyens, je me suis recueilli; j'ai écouté tout ce qui a été dit à
cette tribune. Mon opinion est que l'explication qu'on provoque dans
ce moment doit perdre la République. Le peuple vous a envoyés pour
sauver la chose publique; vous le pouvez; mais il faut éloigner cette
explication; et moi aussi j'ai des soupçons, mais ce n'est pas le
moment de les éclaircir.

Je demande que l'on nomme la commission proposée par Lasource; qu'on
la charge de recueillir tous les faits, et ensuite on les fera
connaître au peuple français.

DANTON.--Je somme Cambon, sans personnalités, sans s'écarter de la
proposition qui vient d'être décrétée, de s'expliquer sur un fait
d'argent, sur cent mille écus qu'on annonce avoir été remis à Danton
et à Delacroix, et de dire la conduite que la commission a tenue
relativement à la réunion....

* * * * *

La proposition de Delmas est adoptée unanimement.

* * * * *

PLUSIEURS VOIX.--Le renvoi à la commission!

Cette proposition est décrétée.

Danton retourne à sa place; toute l'extrême gauche se lève, et
l'invite à retourner à la tribune pour être entendu. (_Des
applaudissements s'élèvent dans les tribunes et se prolongent pendant
quelques instants_.) Danton s'élance à la tribune. (_Les
applaudissements des tribunes continuent avec ceux d'une grande partie
de l'Assemblée_.)_

Le président se couvre pour rétablir l'ordre et le silence. (_Le calme
renaît_.)

LE PRÉSIDENT.--Citoyens, je demande la parole, et je vous prie de
m'écouter en silence.

Différentes propositions ont été faites: on avait provoqué une
explication sur des faits qui inculpaient des membres de la
Convention. Delmas a demandé la nomination d'une commission chargée
d'examiner les faits et d'en rendre compte à l'Assemblée. Cette
proposition a été adoptée à l'unanimité. Danton s'y était rendu,
maintenant il demande la parole pour des explications; je consulte
l'Assemblée.

TOUTE LA PARTIE GAUCHE.--Non, non! il a la parole de droit.

Un grand nombre de membres de l'autre côté réclament avec la même
chaleur le maintien du décret.--(_L'Assemblée est longtemps agitée_.)

LASOURCE.--Je demande que Danton soit entendu, et je déclare qu'il
n'est entré dans mon procédé aucune passion.

LE PRÉSIDENT.--Citoyens, dans cette crise affligeante le voeu de
l'Assemblée ne sera pas équivoque. Je vais le prendre.

L'Assemblée, consultée, accorde la parole à Danton, à une très grande
majorité.

DANTON.--Je dois commencer par vous rendre hommage comme vraiment amis
du salut du peuple, citoyens qui êtes placés à cette montagne (_se
tournant vers l'amphithéâtre de l'extrémité gauche_); vous avez mieux
jugé que moi. J'ai cru longtemps que, quelle que fût l'impétuosité de
mon caractère, je devais tempérer les moyens que la nature m'a
départis; je devais employer dans les circonstances difficiles où m'a
placé ma mission la modération que m'ont paru commander les
événements. Vous m'accusiez de faiblesse, vous aviez raison, je le
reconnais devant la France entière. Nous, faits pour dénoncer ceux
qui, par impéritie ou scélératesse, ont constamment voulu que le tyran
échappât au glaive de la loi.... (_Un très grand nombre de membres se
lèvent en criant_: Oui, oui! _et en indiquant du geste les membres
placés dans la partie droite.--Des rumeurs et des récriminations
violentes s'élèvent dans cette partie_.) Eh bien! ce sont ces
mêmes hommes.... (_Les murmures continuent à la droite de la
tribune.--L'orateur se tournant vers les interrupteurs_.) Vous me
répondrez, vous me répondrez.... Citoyens, ce sont, dis-je, ces mêmes
hommes qui prennent aujourd'hui l'attitude insolente de
dénonciateurs.... (_Grangeneuve interrompt.--Les murmures d'une
grande partie de l'Assemblée couvrent sa voix_.)

GRANGENEUVE.--Je demande à faire une interpellation à Danton....

UN GRAND NOMBRE DE VOIX.--Vous n'avez pas la parole.... A l'Abbaye!

DANTON.--Et d'abord, avant que d'entrer aussi à mon tour dans des
rapprochements, je vais répondre. Que vous a dit Lasource? Quelle que
soit l'origine de son roman, qu'il soit le fruit de son imagination ou
la suggestion d'hommes adroits.... (_De nouveaux murmures s'élèvent
dans la partie de la salle à la droite de la tribune_.)

ALBITTE.--Nous avons tranquillement écouté Lasource, soyez tranquilles
à votre tour.

DANTON.--Soit que cet homme, dont on s'est emparé plusieurs fois dans
l'Assemblée législative, ait voulu préparer, ce que j'aime à ne pas
croire, le poison de la calomnie contre moi, pour le faire circuler
pendant l'intervalle qui s'écoulera entre sa dénonciation et le
rapport général qui doit vous être fait sur cette affaire, je
n'examine pas maintenant ses intentions. Mais que vous a-t-il dit?
Qu'à mon retour de la Belgique, je ne me suis pas présenté au Comité
de défense générale; il en a menti: plusieurs de mes collègues m'ont
cru arrivé vingt-quatre heures avant mon retour effectif, pensant que
j'étais parti le jour même de l'arrêté de la commission; je ne suis
arrivé que le vendredi 29, à huit heures du soir. Fatigué de ma course
et du séjour que j'ai fait à l'armée, on ne pouvait exiger que je me
transportasse immédiatement au comité. Je sais que les soupçons de
l'inculpation m'ont précédé. On a représenté vos commissaires comme
les causes de la désorganisation de l'armée. Nous, désorganisateurs!
nous, qui avons rallié les soldats français, nous, qui avons fait
déloger l'ennemi de plusieurs postes importants! Ah! sans doute tel a
dit que nous étions venus pour sonner l'alarme, qui, s'il eût été
témoin de notre conduite, vous aurait dit que nous étions faits pour
braver le canon autrichien, comme nous braverons les complots et les
calomnies des ennemis de la liberté.

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Scottish book of the year goes to Kieron Smith, Boy by James Kelman

The barrister Constance Briscoe has won the libel case brought against her by her mother, Carmen Briscoe-Mitchell, over her bestselling misery memoir Ugly, in which she accused Briscoe-Mitchell of childhood cruelty and neglect.

Briscoe-Mitchell claimed the allegations were "a piece of fiction", and sued Briscoe and her publishers Hodder & Stoughton for libel.

A 10-day hearing at the high court in London concluded earlier today with a unanimous verdict from the jury after more than a day's deliberation. Speaking outside the court, Briscoe, a part-time judge, said she was "very happy" with the verdict.

"It is sad that my mother still feels the need to pursue me. Now I just want to get on with my career," she said. "I can quite understand why my family went into collective denial, but whilst child abuse may be committed behind closed doors, it should never be swept under the carpet."

The hearing saw Briscoe tell Mr Justice Tugendhat and a jury how her mother beat her with a stick for wetting the bed, called her a "dirty little whore" and drove her to attempt suicide by drinking bleach.

Briscoe's account of her upbringing was published in 2006 and has sold more than 400,000 copies in the UK.

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Would you have your ashes scattered in Jane Austen's garden?
American film producer to publish version of the Bible in which God says it is better to be gay than straight

The royal family doesn't need a poet

The power of Jane Austen never ceases to amaze: the myriad film and TV adaptations, the biopics, the spin-off self-help books, the novels about Austen book clubs and Austen obsessives and even, next spring, the publication of a book about "how Jane Austen conquered the world" (Jane's Fame, by Clare Harman). And now comes the just-too-weird story that deceased fans of Jane Austen have been banned from having their ashes scattered in her garden. In a letter to the Jane Austen Society, Louise West, the collections manager of Jane Austen's House Museum, wrote: "While we understand many admirers of Jane Austen would love to have ashes laid here, it is something we do not allow. It is distressing for visitors to see mounds of human ash, particularly so for our gardener. Also, it is of no benefit to the garden!" (Or is it? Surely a small quantity of fresh ashes judiciously placed beneath a hydrangea bush is just the ticket?)

Anyway, leaving aside the Gardeners' Question Time minutiae, what on earth is going on here? I like an Austen novel as much as the next person – I probably reread my way through the complete works every couple of years – but I am baffled as to why one would want to be laid to rest among the flowerbeds of Chawton. The only explanation is the currently unstoppable power of the Austen cult, fuelled by Colin Firth in a wet blouse, by Andrew Davies's adaptations, and by Hollywood. I'm all for enjoying books, but the cult of Austen has reached ridiculous proportions. In a post-feminist world that should know better, she seems to be adored as the comforting provider of romantic, happy-endings nonsense instead of the sharp and acerbic social satirist she deserves to be seen as.

(Does anyone actually believe her, by the way, when she foretells a happy marriage for Darcey and Elizabeth? I fear a woman as interesting as Elizabeth would be sorely disappointed with this standard-issue British Repressed Public-school Man - hopeless emotionally, and probably hopeless in bed.)

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