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Discours civiques de Danton by Georges Jacques Danton

G >> Georges Jacques Danton >> Discours civiques de Danton

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J'en viens à la première inculpation de Lasource. En arrivant, je
n'étais pas même instruit qu'il dût y avoir comité ce jour-là. Me
fera-t-on un crime d'avoir été retenu quelques heures chez moi pour
réparer mes forces affaiblies par le voyage et par la nécessité de
manger? Dès le lendemain, je suis allé au comité; et quand on vous a
dit que je n'y ai donné que de faibles détails, on a encore menti.
J'adjure tous mes collègues qui étaient présents à cette séance: j'ai
dit que Dumouriez regardait la Convention comme un composé de trois
cents hommes stupides et de quatre cents scélérats. "Que peut faire
pour la République, ai-je ajouté, un homme dont l'imagination est
frappée de pareilles idées? Arrachons-le à son armée." (_L'orateur se
tournant vers l'extrémité gauche de la salle_.) N'est-ce pas cela que
j'ai dit? (_Plusieurs voix._--Oui! oui!)

II y a plus. Camus, qu'on ne soupçonnera pas d'être mon partisan
individuel, a fait un récit qui a coupé le mien; et ici j'adjure
encore mes collègues. Il a fait un rapport dont les détails se sont
trouvés presque identiques avec le mien. (_Plusieurs voix._--Cela est
vrai!)

Ainsi, il est résulté de ce que nous avons dit en commun un rapport
effectif au comité.

Lasource trouve étrange que je sois resté à Paris, tandis que ma
mission me rappelait dans la Belgique; il cherche à faire croire à des
intelligences entre Delacroix et moi, dont l'un serait resté à
l'armée, et l'autre à Paris, pour diriger à la fois les deux fils de
la conspiration.

Lasource n'est pas de bonne foi; Lasource sait bien que je ne devais
partir qu'autant que j'aurais des mesures à porter avec moi; que
j'avais demandé et déclaré que je voulais rendre compte à la
Convention de ce que je savais. Il n'y a donc dans ma présence ici
aucun rapport avec les événements de la Belgique, aucun délit, rien
qui puisse faire soupçonner une connivence. Lasource vous a dit:
"Danton et Delacroix ont proclamé que, si un décret d'accusation était
porté contre Dumouriez, il s'exécuterait, et qu'il suffirait que le
décret fût connu par les papiers publics pour que l'armée l'exécutât
elle-même. Comment donc ces mêmes commissaires n'ont-ils pas fait
arrêter Dumouriez?...." Je ne nie pas le propos cité par Lasource;
mais avions-nous ce décret d'accusation dont j'ai parlé? Pouvions-nous
prendre la résolution d'enlever Dumouriez; lorsque nous n'étions à
l'armée que Delacroix et moi, lorsque la commission n'était pas
rassemblée? Nous nous sommes rendus vers la commission, et c'est elle
qui a exigé que Delacroix retournât vers l'état-major, et qui a jugé
qu'il y aurait du danger, pour la retraite même de l'armée, à enlever
Dumouriez. Comment se fait il donc qu'on me reproche, à moi individu,
ce qui est du fait de la commission? La correspondance des
commissaires prouve qu'ils n'ont pu se saisir de l'individu Dumouriez.
Qu'auraient-ils donc fait en notre place, ceux qui nous accusent? eux
qui ont signé des taxes, quoiqu'il y eût un décret contraire. (_On
applaudit dans une grande partie de l'Assemblée_.)

Je dois dire un fait qui s'est passé dans le Comité même de défense
générale. C'est que, lorsque je déclarai que je croyais du danger à ce
qu'on lût la lettre de Dumouriez, et à s'exposer d'engager un combat
au milieu d'une armée en retraite, en présence de l'ennemi, je
proposai cependant des mesures pour que l'on parvînt à se saisir du
général, au moment où on pourrait le faire sans inconvénient. Je
demandai que les amis même de Dumouriez, que Guadet, Gensonné se
rendissent à l'armée; que, pour lui ôter toute défiance, les
commissaires fussent pris dans les deux partis de la Convention, et
que par là il fût prouvé en même temps que, quelles que soient les
passions qui vous divisent, vous êtes unanimes pour ne jamais
consentir à recevoir la loi d'un seul homme. (_On applaudit._) Ou nous
le guérirons momentanément, leur disais-je, ou nous le garrotterons.
Je demande si l'homme qui proférait ces paroles peut être accusé
d'avoir eu des _ménagements_ pour Dumouriez.

Quels sont ceux qui ont pris constamment des ménagements? Qu'on
consulte les canaux de l'opinion, qu'on examiné ce qu'on
disait partout, par exemple dans le journal qui s'intitule
_Patriote-français_. On y disait que Dumouriez était _loin d'associer
ses lauriers aux cyprès du 2 septembre_. C'est contre moi qu'on
excitait Dumouriez. Jamais on n'a eu la pensée de nous associer dans
les mêmes complots; nous ne voulions pas prendre sur nous la
responsabilité de l'enlèvement de Dumouriez; mais je demande si l'on
ne m'a pas vu déjouer constamment la politique de ce général, ses
projets de finances, les projets d'ambition qu'il pouvait avoir sur la
Belgique; je les ai constamment mis à jour. Je le demande à Cambon; il
dira, par exemple, la conduite que j'ai tenue relativement aux 300.000
livres de dépenses qui ont été secrètement faites dans la Belgique.

Et aujourd'hui, parce que j'ai été trop sage et trop circonspect,
parce qu'on a eu l'art de répandre que j'avais un parti, que je
voulais être _dictateur_, parce que je n'ai pas voulu, en répondant à
mes adversaires, produire de trop rudes combats, occasionner des
déchirements dans cette assemblée, on m'accuse de mépriser et d'avilir
la Convention.

Avilir la Convention! Et qui plus que moi a constamment cherché à
relever sa dignité, à fortifier son autorité? N'ai-je pas parlé de mes
ennemis même avec une sorte de respect? (_Se tournant vers la partie
droite._) Je vous interpelle, vous qui m'accusez sans cesse....

PLUSIEURS VOIX.--Tout à l'heure vous venez de prouver votre respect.

Tout à l'heure, cela est vrai; ce que vous me reprochez est exact;
mais pourquoi ai-je abandonné le système du silence et de la
modération? parce qu'il est un terme à la prudence, parce que quand on
se sent attaqué par ceux-là mêmes qui devraient s'applaudir de ma
circonspection, il est permis d'attaquer à son tour et de sortir des
limites de la patience. (_On applaudit dans une grande partie de
l'Assemblée._)

Mais comment se fait-il que l'on m'impute à crime la conduite d'un de
mes collègues? Oui, sans doute, j'aime Delacroix; on l'inculpe parce
qu'il a eu le bon esprit de ne pas partager, je le dis franchement, je
le tiens de lui, parce qu'il n'a pas voulu partager les vues et les
projets de ceux qui ont cherché à sauver le tyran. (_De violents
murmures s'élèvent dans la partie droite.--Les plus vifs
applaudissements éclatent dans une grande partie du côté opposé et
dans les tribunes._)

Quelques voix s'élèvent pour demander que Danton soit rappelé à
l'ordre.

DUHEM.--Oui, c'est vrai, on a conspiré chez Roland, et je connais le
nom des conspirateurs.

MAURE.--C'est Barbaroux, c'est Brissot, c'est Guadet.

DANTON.--Parce que Delacroix s'est écarté du fédéralisme et du système
perfide de l'appel au peuple; parce que, lorsque après l'époque de la
mort de Lepeletier, on lui demanda s'il voulait que la Convention
quittât Paris, il fit sa profession de foi, en répondant: "J'ai vu
qu'on a armé de préventions tous les départements contre Paris, je ne
suis pas des vôtres." On a inculpé Delacroix, parce que, patriote
courageux, sa manière de voter dans l'Assemblée a toujours été
conséquente à la conduite qu'il a tenue dans la grande affaire du
tyran. Il semble aujourd'hui que, moi, j'en aie fait mon second en
conjuration. Ne sont-ce pas là les conséquences, les aperçus jetés en
avant par Lasource? (_Plusieurs voix à la droite de la tribune:_ Oui,
oui!--_Une autre voix_: Ne parlez pas tant, mais répondez!) Eh! que
voulez-vous que je réponde? J'ai d'abord réfuté pleinement les détails
de Lasource: j'ai démontré que j'avais rendu au Comité de défense
générale le compte que je lui devais, qu'il y avait identité entre mon
rapport et celui de Camus qui n'a été qu'un prolongement du mien; que,
si Dumouriez n'a pas été déjà amené pieds et poings liés à la
Convention, ce ménagement n'est pas de mon fait. J'ai répondu enfin
assez pour satisfaire tout homme de bonne foi (_plusieurs voix dans
l'extrémité gauche_: Oui, oui!); et certes, bientôt je tirerai la
lumière de ce chaos.

Les vérités s'amoncelleront et se dérouleront devant vous. Je ne suis
pas en peine de ma justification.

Mais tout en applaudissant à cette commission que vous venez
d'instituer, je dirai qu'il est assez étrange que ceux qui ont fait la
réunion contre Dumouriez; qui, tout en rendant hommage à ses talents
militaires, ont combattu ses opinions politiques, se trouvent être
ceux contre lesquels cette commission paraît être principalement
dirigée.

Nous, vouloir un roi! Encore une fois, les plus grandes vérités, les
plus grandes probabilités morales restent seules pour les nations. Il
n'y a que ceux qui ont eu la stupidité, la lâcheté de vouloir ménager
un roi qui peuvent être soupçonnés de vouloir rétablir un trône; il
n'y a, au contraire, que ceux qui constamment ont cherché à exaspérer
Dumouriez contre les sociétés populaires et contre la majorité de la
Convention; il n'y a que ceux qui ont présenté notre empressement à
venir demander des secours pour une armée délabrée comme une
pusillanimité; il n'y a que ceux qui ont manifestement voulu punir
Paris de son civisme, armer contre lui les départements.... (_Un grand
nombre de membres se levant, et indiquant du geste la partie droite_:
Oui, oui, ils l'ont voulu!)

MARAT.--Et leurs petits soupers!

DANTON.--Il n'y a que ceux qui ont fait des soupers clandestins avec
Dumouriez quand il était à Paris.... (_On applaudit dans une grande
partie de la salle._)

MARAT.--Lasource!.... Lasource en était.... Oh! je dénoncerai tous les
traîtres.

DANTON.--Oui, eux seuls sont les complices de la conjuration. (_De
vifs applaudissements s'élèvent à l'extrémité gauche et dans les
tribunes._) Et c'est moi qu'on accuse!.... moi!.... Je ne crains rien
de Dumouriez, ni de tous ceux avec qui j'ai été en relation. Que
Dumouriez produise une seule ligne de moi qui puisse donner lieu à
l'ombre d'une inculpation, et je livre ma tête.

MARAT.--Il a vu les lettres de Gensonné.... C'est Gensonné qui était
en relation intime avec Dumouriez.

GENSONNÉ.--Danton, j'interpelle votre bonne foi. Vous avez dit avoir
vu la minute de mes lettres, dites ce qu'elles contenaient.

DANTON.--Je ne parle pas textuellement de vos lettres, je n'ai point
parlé de vous; je reviens à ce qui me concerne.

J'ai, moi, quelques lettres de Dumouriez: elles prouveront qu'il a été
obligé de me rendre justice; elles prouveront qu'il n'y avait nulle
identité entre son système politique et le mien: c'est à ceux qui ont
voulu le fédéralisme....

PLUSIEURS VOIX.--Nommez-les!

MARAT (_se tournant vers les membres de la partie droite_).--Non, vous
ne parviendrez pas à égorger la patrie!

DANTON.--Voulez-vous que je dise quels sont ceux que je désigne?

UN GRAND NOMBRE DE VOIX.--Oui, oui!

DANTON.--Écoutez!

MARAT (_se tournant vers la partie droite_).--Écoutez!

DANTON.--Voulez-vous entendre un mot qui paye pour tous?

LES MÊMES CRIS S'ÉLÈVENT.--Oui, oui!

DANTON.--Eh bien! je crois qu'il n'est plus de trêve entre la
Montagne, entre les patriotes qui ont voulu la mort du tyran et les
lâches qui, en voulant le sauver, nous ont calomniés dans la France.
(_Un grand nombre de membres de la partie gauche se lèvent
simultanément, et applaudissent.--Plusieurs voix se font entendre_:
Nous sauverons la patrie!)

Eh! qui pourrait se dispenser de proférer ces vérités, quand, malgré
la conduite immobile que j'ai tenue dans cette assemblée; quand vous
représentez ceux qui ont le plus de sang-froid et de courage comme des
ambitieux; quand, tout en semblant me caresser, vous me couvrez de
calomnies; quand beaucoup d'hommes, qui me rendent justice
individuellement, me présentent à la France entière dans leur
correspondance comme voulant ruiner la liberté de mon pays? Cent
projets absurdes de cette nature ne m'ont-ils pas été successivement
prêtés? Mais jamais la calomnie n'a été conséquente dans ses systèmes,
elle s'est repliée de cent façons sur mon compte, cent fois elle s'est
contredite. Des le commencement de la Révolution, j'avais fait mon
devoir, et vous vous rappelez que je fus alors calomnié, j'ai été de
quelque utilité à mon pays, lorsqu'à la révolution du 10 août,
Dumouriez lui-même reconnaît que j'avais apporté du courage dans le
conseil, et que je n'avais pas peu contribué à nos succès. Aujourd'hui
les homélies misérables d'un vieillard cauteleux, reconnu tel, ont été
le texte de nouvelles inculpations; et puisqu'on veut des faits, je
vais vous en dire sur Roland. Tel est l'excès de son délire, et Garat
lui-même m'a dit que ce vieillard avait tellement perdu la tête, qu'il
ne voyait que la mort; qu'il croyait tous les citoyens prêts à la
frapper; qu'il dit un jour, en parlant de son ami, qu'il avait
lui-même porté au ministère: _Je ne mourrai que de la main de Pache,
depuis qu'il se met à la tête des factieux de Paris...._ Eh bien!
quand Paris périra, il n'y aura plus de République. Paris est le
centre constitué et naturel de la France libre. C'est le centre des
lumières.

On nous accuse d'être les factieux de Paris. Eh bien! nous avons
déroulé notre vie devant la nation, elle a été celle d'hommes qui ont
marché d'un pas ferme vers la révolution. Les projets criminels qu'on
m'impute, les épithètes de scélérats, tout a été prodigué contre nous,
et l'on espère maintenant nous effrayer? Oh! non. (_De vifs
applaudissements éclatent dans l'extrémité gauche de la salle; ils
sont suivis de ceux des tribunes.--Plusieurs membres demandent
qu'elles soient rappelées au respect qu'elles doivent à l'Assemblée._)
Eh bien! les tribunes de Marseille ont aussi applaudi à la
Montagne.... J'ai vu depuis la Révolution, depuis que le peuple
français a des représentants, j'ai vu se répéter les misérables
absurdités que je viens d'entendre débiter ici. Je sais que le peuple
n'est pas dans les tribunes, qu'il ne s'y en trouve qu'une petite
portion, que les Maury, les Cazalès et tous les partisans du
despotisme calomniaient aussi les citoyens des tribunes.

Il fut un temps où vous vouliez une garde départementale. (_Quelques
murmures se font entendre._)

On voulait l'opposer aux citoyens égarés par la faction de Paris. Eh
bien! vous avez reconnu que ces mêmes citoyens des départements, que
vous appeliez ici, lorsqu'ils ont été à leur tour placés dans les
tribunes, n'ont pas manifesté d'autres sentiments que le peuple de
Paris, peuple instruit, peuple qui juge bien ceux qui le servent (_On
applaudit dans les tribunes et dans une très grande partis de
l'Assemblée_); peuple qui se compose de citoyens pris dans tous les
départements; peuple exercé aussi à discerner quels sont ceux qui
prostituent leurs talents; peuple qui voit bien que qui combat avec la
Montagne ne peut pas servir les projets d'Orléans. (_Mêmes
applaudissements._) Le projet lâche et stupide qu'on avait conçu
d'armer la fureur populaire contre les Jacobins, contre vos
commissaires, contre moi, parce que j'avais annoncé que Dumouriez
avait des talents militaires, et qu'il avait fait un coup de génie en
accélérant l'entreprise de la Hollande: ce projet vient sans doute de
ceux qui ont voulu faire massacrer les patriotes; car il n'y a que les
patriotes qu'on égorge.

UN GRAND NOMBRE DE VOIX.--Oui, oui.

MARAT.--Lepeletier et Léonard Bourdon.

DANTON.--Eh bien! leurs projets seront toujours déçus, le peuple ne
s'y méprendra pas. J'attends tranquillement et impassiblement le
résultat de cette commission. Je me suis justifié de l'inculpation de
n'avoir pas parlé de Dumouriez. J'ai prouvé que j'avais le projet
d'envoyer dans la Belgique une commission composée de tous les partis
pour se saisir, soit de l'esprit, soit de la personne de Dumouriez.

MARAT.--Oui, c'était bon, envoyez-y Lasource?

DANTON.--J'ai prouvé, puisqu'on me demande des preuves pour répondre à
de simples aperçus de Lasource que, si je suis resté à Paris, ce n'a
été en contravention à aucun de vos décrets. J'ai prouvé qu'il est
absurde de dire que le séjour prolongé de Delacroix dans la Belgique
était concerté avec ma présence ici, puisque l'un et l'autre nous
avons suivi les ordres de la totalité de la commission; que, si la
commission est coupable, il faut s'adresser à elle et la juger sur des
pièces après l'avoir entendue; mais qu'il n'y a aucune inculpation
individuelle à faire contre moi. J'ai prouvé qu'il était lâche et
absurde de dire que moi, Danton, j'ai reçu cent mille écus pour
travailler la Belgique. N'est-ce pas Dumouriez qui, comme Lasource,
m'accuse d'avoir opéré à coups de sabre la réunion? Ce n'est pas moi
qui ai dirigé les dépenses qu'a entraînées l'exécution du décret du 13
décembre. Ces dépenses ont été nécessitées pour déjouer les prêtres
fanatiques qui salariaient le peuple malheureux; ce n'est pas à moi
qu'il faut en demander compte, c'est à Lebrun.

CAMBON.--Ces cent mille écus sont tout simplement les dépenses
indispensablement nécessaires pour l'exécution du décret du 15
décembre.

DANTON.--Je prouverai subséquemment que je suis un révolutionnaire
immuable, que je résisterai à toutes les atteintes, et je vous prie,
citoyens (_se tournant vers les membres de la partie gauche_), d'en
accepter l'augure. J'aurai la satisfaction de voir la nation entière
se lever en masse pour combattre les ennemis extérieurs, et en même
temps pour adhérer aux mesures que vous avez décrétées sur mes
propositions.

A-t-on pu croire un instant, a-t-on eu la stupidité de croire que,
moi, je me sois coalisé avec Dumouriez? Contre qui Dumouriez
s'élève-t-il? Contre le tribunal révolutionnaire: c'est moi qui ai
provoqué l'établissement de ce tribunal. Dumouriez veut dissoudre la
Convention. Quand on a proposé, dans le même objet, la convocation des
assemblées primaires, ne m'y suis-je pas opposé? Si j'avais été
d'accord avec Dumouriez, aurais-je combattu ses projets de finances
sur la Belgique? Aurais-je déjoué son projet de rétablissement des
trois États? Les citoyens de Mons, de Liège, de Bruxelles, diront si
je n'ai pas été redoutable aux aristocrates, autant exécré par eux
qu'ils méritent de l'être: ils vous diront qui servait les projets de
Dumouriez, de moi ou de ceux qui le vantaient dans les papiers
publics, ou de ceux qui exagéraient les troubles de Paris, et
publiaient que des massacres avaient lieu dans la rue des Lombards.

Tous les citoyens vous diront: quel fut son crime? c'est d'avoir
défendu Paris.

A qui Dumouriez déclare-t-il la guerre? aux sociétés populaires. Qui
de nous a dit que sans les sociétés populaires, sans le peuple en
masse, nous ne pourrions nous sauver? De telles mesures
coïncident-elles avec celles de Dumouriez, ou la complicité ne
serait-elle pas plutôt de la part de ceux qui ont calomnié à l'avance
les commissaires pour faire manquer leur mission? (_Applaudissements._)
Qui a pressé l'envoi des commissaires? Qui a accéléré le recrutement,
le complètement des armées. C'est moi! moi, je le déclare à toute la
France, qui ai le plus puissamment agi sur ce complètement. Ai-je,
moi, comme Dumouriez, calomnié les soldats de la liberté qui courent
en foule pour recueillir les débris de nos armées? N'ai-je pas dit que
j'avais vu ces hommes intrépides porter aux armées le civisme qu'ils
avaient puisé dans l'intérieur? N'ai-je pas dit que cette portion de
l'armée, qui, depuis qu'elle habitait sur une terre étrangère, ne
montrait plus la même vigueur, reprendrait, comme le géant de la
fable, en posant le pied sur la terre de la liberté, toute l'énergie
républicaine? Est-ce là le langage de celui qui aurait voulu tout
désorganiser? N'ai-je pas montré la conduite d'un citoyen qui voulait
vous tenir en mesure contre toute l'Europe?

Qu'on cesse donc de reproduire des fantômes et des chimères qui ne
résisteront pas à la lumière et aux explications.

Je demande que la commission se mette sur-le-champ en activité,
qu'elle examine la conduite de chaque député depuis l'ouverture de la
Convention. Je demande qu'elle ait caractère surtout pour examiner la
conduite de ceux qui, postérieurement au décret pour l'indivisibilité
de la République, ont manoeuvré pour la détruire; de ceux qui, après
la rejection de leur système pour l'appel au peuple, nous ont
calomniés; et si, ce que je crois, il y a ici une majorité vraiment
républicaine, elle en fera justice. Je demande qu'elle examine la
conduite de ceux qui ont empoisonné l'opinion publique dans tous les
départements. On verra ce qu'on doit penser de ces hommes qui ont été
assez audacieux pour notifier à une administration qu'elle devait
arrêter des commissaires de la Convention; de ces hommes qui ont voulu
constituer des citoyens, des administrateurs, juges des députés que
vous avez envoyés dans les départements pour y réchauffer l'esprit
public et y accélérer le recrutement. On verra quels sont ceux qui,
après avoir été assez audacieux pour transiger avec la royauté, après
avoir désespéré, comme ils en sont convenus, de l'énergie populaire,
ont voulu sauver les débris de la royauté! car on ne peut trop le
répéter, ceux qui ont voulu sauver l'individu, ont par la même eu
intention de donner de grandes espérances au royalisme.
(_Applaudissements d'une grande partie de l'Assemblée._) Tout
s'éclaircira; alors on ne sera plus dupe de ce raisonnement par lequel
on cherche à insinuer qu'on n'a voulu détruire un trône que pour en
établir un autre. Quiconque auprès des rois est convaincu d'avoir
voulu frapper un d'eux, est pour tous un ennemi mortel.

UNE VOIX.--Et Cromwell?.... (_Des murmures s'élèvent dans une partie
de l'Assemblée._)

DANTON, _se tournant vers l'interlocuteur._--Vous êtes bien scélérat
de me dire que je ressemble à Cromwell. Je vous cite devant la nation.
(_Un grand nombre de voix s'élèvent simultanément pour demander que
l'interrupteur soit censuré; d'autres, pour qu'il soit envoyé à
l'Abbaye._)

Oui, je demande que le vil scélérat qui a eu l'impudeur de dire que je
suis un Cromwell soit puni, qu'il soit traduit à l'Abbaye. (_On
applaudit._) Et si, en dédaignant d'insister sur la justice que j'ai
le droit de réclamer, si je poursuis mon raisonnement, je dis que,
quand j'ai posé en principe que quiconque a frappé un roi à la tête,
devient l'objet de l'exécration de tous les rois, j'ai établi une
vérité qui ne pourrait être contestée. (_Plusieurs voix_--C'est vrai!)

Eh bien! croyez-vous que ce Cromwell dont vous me parlez ait été l'ami
des rois?

UNE VOIX.--Il a été roi lui-même!

DANTON.--Il a été craint, parce qu'il a été le plus fort. Ici ceux qui
ont frappé le tyran de la France seront craints aussi. Ils seront
d'autant plus craints que la liberté s'est engraissée du sang du
tyran. Ils seront craints, parce que la nation est avec eux. Cromwell
n'a été souffert par les rois que parce qu'il a travaillé avec eux. Eh
bien! je vous interpelle tous. (_Se tournant vers les membres de la
partie gauche._) Est-ce la terreur, est-ce l'envie d'avoir un roi qui
vous a fait proscrire le tyran? (_L'Assemblée presque unanime_: Non,
non!) Si donc ce n'est que le sentiment profond de vos devoirs qui a
dicté mon arrêt de mort, si vous avez cru sauver le peuple, et faire
en cela ce que la nation avait droit d'attendre de ses mandataires,
ralliez-vous (_S'adressant à la même partie de l'Assemblée_), vous qui
avez prononcé l'arrêt du tyran contre les lâches (_indignant du geste
les membres de la partie droite_) qui ont voulu l'épargner (_Une
partie de l'Assemblée applaudit_); serrez-vous; appelez le peuple à se
réunir en armes contre l'ennemi du dehors, et à écraser celui du
dedans, et confondez, par la vigueur et l'immobilité de votre
caractère, tous les scélérats, tous les modérés (_L'orateur,
s'adressant toujours à la partie gauche, et indiquant quelquefois du
geste les membres du côté opposé_), tous ceux qui vous ont calomniés
dans les départements. Plus de composition avec eux! ( _Vifs
applaudissements d'une grande partie de l'Assemblée et dés tribunes._)
Reconnaissez-le tous, vous qui n'avez jamais su tirer de votre
situation politique dans la nation le parti que vous auriez pu en
tirer; qu'enfin justice vous soit rendue. Vous voyez, par la situation
où je me trouve en ce moment, la nécessité où vous êtes d'être fermes,
et de déclarer la guerre à tous vos ennemis, quels qu'ils soient.
(_Mêmes applaudissements_) Il faut former une phalange indomptable. Ce
n'est pas vous, puisque vous aimez les sociétés populaires et le
peuple, ce n'est pas vous qui voudrez un roi. (_Les applaudissements
recommencent._--Non, non!_s'écrie-t-on avec force dans la grande
majorité de l'Assemblée._) C'est à vous à en ôter l'idée à ceux qui
ont machiné pour conserver l'ancien tyran. Je marche à la République;
marchons-y de concert, nous verrons qui de nous ou de nos détracteurs
atteindra le but.

Après avoir démontré que, loin d'avoir été jamais d'accord avec
Dumouriez, il nous accuse textuellement d'avoir fait la réunion à
coups de sabre, qu'il a dit publiquement qu'il nous ferait arrêter,
qu'il était impossible à Delacroix et à moi, qui ne sommes pas la
commission, de l'arracher à son armée; après avoir répondu à tout;
après avoir rempli cette tâche de manière à satisfaire tout homme
sensé et de bonne foi, je demande que la commission des six, que vous
venez d'instituer, examine non seulement la conduite de ceux qui vous
ont calomniés, qui ont machiné contre l'indivisibilité de la
République, mais de ceux encore qui ont cherché à sauver le tyran
(_Nouveaux applaudissements d'une partie de l'Assemblée et des
tribunes_), enfin de tous les coupables qui ont voulu ruiner la
liberté, et l'on verra si je redoute les accusateurs.

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Scottish book of the year goes to Kieron Smith, Boy by James Kelman

The barrister Constance Briscoe has won the libel case brought against her by her mother, Carmen Briscoe-Mitchell, over her bestselling misery memoir Ugly, in which she accused Briscoe-Mitchell of childhood cruelty and neglect.

Briscoe-Mitchell claimed the allegations were "a piece of fiction", and sued Briscoe and her publishers Hodder & Stoughton for libel.

A 10-day hearing at the high court in London concluded earlier today with a unanimous verdict from the jury after more than a day's deliberation. Speaking outside the court, Briscoe, a part-time judge, said she was "very happy" with the verdict.

"It is sad that my mother still feels the need to pursue me. Now I just want to get on with my career," she said. "I can quite understand why my family went into collective denial, but whilst child abuse may be committed behind closed doors, it should never be swept under the carpet."

The hearing saw Briscoe tell Mr Justice Tugendhat and a jury how her mother beat her with a stick for wetting the bed, called her a "dirty little whore" and drove her to attempt suicide by drinking bleach.

Briscoe's account of her upbringing was published in 2006 and has sold more than 400,000 copies in the UK.

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The royal family doesn't need a poet

The power of Jane Austen never ceases to amaze: the myriad film and TV adaptations, the biopics, the spin-off self-help books, the novels about Austen book clubs and Austen obsessives and even, next spring, the publication of a book about "how Jane Austen conquered the world" (Jane's Fame, by Clare Harman). And now comes the just-too-weird story that deceased fans of Jane Austen have been banned from having their ashes scattered in her garden. In a letter to the Jane Austen Society, Louise West, the collections manager of Jane Austen's House Museum, wrote: "While we understand many admirers of Jane Austen would love to have ashes laid here, it is something we do not allow. It is distressing for visitors to see mounds of human ash, particularly so for our gardener. Also, it is of no benefit to the garden!" (Or is it? Surely a small quantity of fresh ashes judiciously placed beneath a hydrangea bush is just the ticket?)

Anyway, leaving aside the Gardeners' Question Time minutiae, what on earth is going on here? I like an Austen novel as much as the next person – I probably reread my way through the complete works every couple of years – but I am baffled as to why one would want to be laid to rest among the flowerbeds of Chawton. The only explanation is the currently unstoppable power of the Austen cult, fuelled by Colin Firth in a wet blouse, by Andrew Davies's adaptations, and by Hollywood. I'm all for enjoying books, but the cult of Austen has reached ridiculous proportions. In a post-feminist world that should know better, she seems to be adored as the comforting provider of romantic, happy-endings nonsense instead of the sharp and acerbic social satirist she deserves to be seen as.

(Does anyone actually believe her, by the way, when she foretells a happy marriage for Darcey and Elizabeth? I fear a woman as interesting as Elizabeth would be sorely disappointed with this standard-issue British Repressed Public-school Man - hopeless emotionally, and probably hopeless in bed.)

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