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Discours civiques de Danton by Georges Jacques Danton

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XXVIII

SUR UNE NOUVELLE LOI POUR PROTÉGER LA REPRÉSENTATION NATIONALE

(24 mai 1793)


[Note: Vermorel qui donne, p. 51, 58, quelques fragments de ce
discours lui attribue la date du 23 mai 1793. La réédition du Moniteur
(p. 467) donne en effet cette date: vendredi, 23 mai. Mais c'est là
une erreur certaine, car ce vendredi était le 24 mai. La manchette de
ce numéro (n° 146) porte d'ailleurs: Dimanche 26 mai 1793.]

La chute de la Gironde était proche. Sentant le terrain lui manquer
sous les pieds, elle fit proposer un décret dont l'article 1er était
ainsi rédigé: "La Convention nationale met sous la sauvegarde spéciale
des bons citoyens la fortune publique, la représentation nationale et
la ville de Paris." (_Moniteur_, n° 145.) Ce décret émanait de la
Commission des Douze et avait été soutenu par Vigée, Vergniaud et
Boyer-Fonfrède. Sans le combattre entièrement, Danton s'opposa
cependant à son adoption immédiate. Le décret fut adopté dans la même
séance. C'était un des suprêmes triomphes de la Gironde.

* * * * *

L'objet de cet article n'a rien de mauvais en soi. Sans doute la
représentation nationale a besoin d'être sous la sauvegarde de la
nation. Mais comment se fait-il que vous soyez assez dominés par les
circonstances pour décréter aujourd'hui ce qui se trouve dans toutes
vos lois? Sans doute, l'aristocratie menace de renverser la liberté,
mais quand les périls sont communs à tous, il est indigne de nous de
faire des lois pour nous seuls, lorsque nous trouvons notre sûreté
dans celles qui protègent tous les citoyens. Je dis donc que décréter
ce qu'on vous propose, c'est décréter la peur.

---Eh bien! j'ai peur, moi!....

DANTON.--Je ne m'oppose pas à ce que l'on prenne des mesures pour
rassurer chaque individu qui craint pour sa sûreté; je ne m'oppose pas
à ce que vous donniez une garde de crainte au citoyen qui tremble ici.
Mais la Convention nationale peut-elle annoncer à la République
qu'elle se laisse dominer par la peur. Remarquez bien jusqu'à quel
point cette crainte est ridicule. Le comité vous annonce qu'il y a des
dispositions portant qu'on a voulu attenter à la représentation
nationale. On sait bien qu'il existe à Paris une multitude
d'aristocrates, d'agents soudoyés par les puissances; mais les lois
ont pourvu à tout; on dit qu'elles ne s'exécutent pas; mais une preuve
qu'elles s'exécutent, c'est que la Convention nationale est intacte,
et que, si un de ses membres a péri, il était du nombre de ceux qui ne
tremblent pas. Remarquez bien que l'esprit public des citoyens de
Paris qu'on a tant calomniés....

UN GRAND NOMBRE DE VOIX.--Cela est faux! la preuve en est dans le
projet qu'on Propose!

DANTON.--Je ne dis pas que ce soit calomnier Paris que de proposer le
projet de décret qui vous est présenté; mais on a calomnié Paris, en
demandant une force départementale; car, dans une ville comme Paris,
où la population présente une masse si imposante, la force des bons
citoyens est assez grande pour terrasser les ennemis de la liberté. Je
dis que, si, dans la réunion dont on a parlé, il s'est trouvé des
hommes assez pervers pour proposer de porter atteinte à la
représentation nationale, cette proposition a été vivement repoussée,
et que si ces hommes sont saisis et peuvent être livrés à la justice,
ils ne trouveront point ici de défenseurs. On a cherché aussi à
inculper le maire de Paris, et à le rendre, pour ainsi dire, complice
de ces hommes vendus ou traîtres; mais l'on n'a pas dit que, si le
maire de Paris n'était pas venu vous instruire de ce qui s'était
passé, c'est qu'il était venu en rendre compte au Comité du Salut
public, qui devait vous en instruire. Ainsi donc, quand il est
démontré que les propositions qui ont été faites ont été rejetées avec
horreur; quand Paris est prêt à s'armer contre tous les traîtres qu'il
renferme pour protéger la Convention nationale, il est absurde de
créer une loi nouvelle; pour protéger la représentation nationale, il
ne s'agit que de diriger l'action des lois existantes contre le vrai
coupable. Encore une fois, je ne combats pas le fond du projet, mais
je dis qu'il se trouve dans les lois préexistantes. Ne faisons donc
rien par peur; ne faisons rien pour nous-mêmes; ne nous attachons
qu'aux considérations nationales; ne nous laissons point diriger par
les passions. Prenez garde qu'après avoir créé une commission pour
rechercher les complots qui se trament dans Paris, on ne vous demande
s'il ne conviendrait pas d'en créer aussi une pour rechercher les
crimes de ceux qui ont cherché à égarer l'esprit des départements. Je
ne demande qu'une chose, c'est que les membres qui proposent ce projet
se dépouillent de toutes leurs haines. Il faut que les criminels
soient bien connus, et il est de votre sagesse d'attendre un rapport
préliminaire sur le tout.




XXIX

POUR LE PEUPLE DE PARIS

(26 mai 1793)


L'attitude du président Isnard donna lieu, dans la séance de la
Convention du 26 mai, à de violents incidents. Répondant à une
députation de la Commune, il prononça les mots, devenus fameux depuis:
"Si, par ces insurrections toujours renaissantes, il arrivait qu'on
portât atteinte à la représentation nationale, je vous le déclare au
nom de la France entière, Paris serait anéanti! Bientôt on chercherait
sur les rives de la Seine si Paris a existé." Danton, se levant, cria:
"Président, je demande la parole sur votre réponse!" Appuyé par la
gauche, il allait la prendre quand Cambon monta à la tribune pour
donner lecture d'une lettre du général Lamorlière. A cette lecture
succéda une députation de la section des Gardes-Françaises, venant
présenter son contingent. Cette fois la réponse du président fut
patriotique et modérée. Après les honneurs de la séance, décernés à
des pétitionnaires de la section de l'Unité, Danton monta à la tribune
pour protester du civisme du peuple de Paris et contre les parole
d'Isnard.

* * * * *

Si le président eût présenté l'olivier de la paix à la Commune avec
autant d'art qu'il a présenté le signal du combat aux guerriers qui
viennent de défiler ici, j'aurais applaudi à sa réponse; mais je dois
examiner quel peut être l'effet politique de son discours. Assez et
trop longtemps on a calomnié Paris en masse. (_On applaudit dans la
partie gauche et dans les tribunes. Il s'élève de violents murmures
dans la partie droite_.)

PLUSIEURS VOIX.--Non, ce n'est pas Paris qu'on accuse, mais les
scélérats qui s'y trouvent.

DANTON.--Voulez-vous constater que je me suis trompé?

ON GRAND NOMBRE DE VOIX.--Oui!

DANTON.--Ce n'est pas pour disculper Paris que je me suis présenté à
cette tribune, il n'en a pas besoin. Mais c'est pour la République
entière. Il importe de détruire auprès des départements les
impressions défavorables que pourrait faire la réponse du président.
Quelle est cette imprécation du président contre Paris? Il est assez
étrange qu'on vienne présenter la dévastation que feraient de Paris
tous les départements, si cette ville se rendait coupable.... (Oui,
_s'écrient un grand nombre de voix_, ils le feraient.--_On murmure
dans l'extrême gauche_.) Je me connais aussi, moi, en figures
oratoires. (_Murmures dans la partie droite_.) Il entre dans la
réponse du président un sentiment d'amertume. Pourquoi supposer qu'un
jour on cherchera vainement sur les rives de la Seine si Paris a
existé? Loin d'un président de pareils sentiments, il ne lui
appartient que de présenter des idées consolantes. Il est bon que la
République sache que Paris ne déviera jamais des principes; qu'après
avoir détruit le trône d'un tyran couvert de crimes, il ne le relèvera
pas pour y asseoir un nouveau despote. Que l'on sache aussi que les
représentants du peuple marchent entre deux écueils; ceux qui servent
un parti lui apportent leurs vices comme leurs vertus. Si dans le
parti qui sert le peuple il se trouve des coupables, le peuple saura
les punir; mais faites attention à cette grande vérité, c'est que,
s'il fallait choisir entre deux excès, il vaudrait mieux se jeter du
côté de la liberté que rebrousser vers l'esclavage. En reprenant ce
qu'il y a de blâmable, il n'y a plus partout que des républicains.

Depuis quelque temps les patriotes sont opprimés dans les sections. Je
connais l'insolence des ennemis du peuple; ils ne jouiront pas
longtemps de leur avantage; bientôt les aristocrates, fidèles aux
sentiments de fureur qui les animent, vexeraient tout ce qui a porté
le caractère de la liberté; mais le peuple détrompé les fera rentrer
dans le néant. Qu'avons-nous à faire, nous, législateurs, qui sommes
au centre des événements? Réprimons tous les audacieux; mais
tournons-nous d'abord vers l'aristocrate, car il ne changera pas.

Vous, hommes ardents, qui servez le peuple, qui êtes attachés à sa
cause, ne vous effrayez pas de voir arriver une sorte de modérantisme
perfide; unissez la prudence à l'énergie qui vous caractérise, tous
les ennemis du peuple seront écrasés.

Parmi les bons citoyens, il y en a de trop impétueux, mais pourquoi
leur faire un crime d'une énergie qu'ils emploient à servir le peuple?
S'il n'y avait pas eu des hommes ardents, si le peuple lui-même
n'avait pas été violent, il n'y aurait pas eu de révolution.

Je reviens à mon premier objet: je ne veux exaspérer personne parce
que j'ai le sentiment de ma force en défendant la raison. Sans faire
mon apologie, je défie de me prouver un crime. Je demande que l'on
renvoie devant le tribunal révolutionnaire ceux qui auront conspiré
contre la Convention; et moi, je demande à y être renvoyé le premier,
si je suis trouvé coupable. On a répété souvent que je n'avais pas
rendu mes comptes. J'ai eu 400.000 livres à ma disposition pour des
dépenses secrètes; j'ai rendu compte de l'emploi que j'en ai fait; que
ceux qui m'ont fait des reproches les parcourent avant de me
calomnier. Une somme de 100.000 livres avait été remise entre mes
mains pour faire marcher la Révolution. Cette somme devait être
employée d'après l'avis du Conseil exécutif; il connaît l'emploi que
j'en ai fait; il a, lui, rendu ses comptes.

PLUSIEURS VOIX.--Ce n'est pas la question!

DANTON.--Je reviens à ce que souhaite la Convention; il faut réunir
les Départements; il faut bien se garder de les aigrir contre Paris!
Quoi! cette cité immense, qui se renouvelle tous les jours, porterait
atteinte à la représentation nationale! Paris, qui a brisé le premier
le sceptre de fer, violerait l'Arche sainte qui lui est confiée! Non;
Paris aime la Révolution; Paris, par les sacrifices qu'il a faits à la
liberté, mérite les embrassements de tous les Français. Ces sentiments
sont les vôtres, eh bien! manifestez-les; faites imprimer la réponse
de votre président, en déclarant que Paris n'a jamais cessé de bien
mériter de la République, puisque la municipalité.... (_Il s'élève de
violents murmures dans une grande partie de la salle_). Puisque la
majorité de Paris a bien mérité.... (_On applaudit dans toutes les
parties de la salle_), et cette majorité, c'est la presque totalité de
Paris. (_Mêmes applaudissements_). Par cette déclaration, la nation
saura apprécier la proposition qui a été faite de transporter le siège
de la Convention dans une autre ville. Tous les départements auront de
Paris l'opinion qu'ils doivent en avoir, et qu'ils en ont réellement.
Paris, je le répète, sera toujours digne d'être le dépositaire de la
représentation générale. Mon esprit sent que, partout où vous irez,
vous y trouverez des passions, parce que vous y porterez les vôtres.
Paris sera bien connu; le petit nombre de conspirateurs qu'il renferme
sera puni. Le peuple français, quelles que soient vos opinions, se
sauvera lui-même, s'il le faut, puisque tous les jours il remporte des
victoires sur les ennemis, malgré nos dissensions. Le masque arraché à
ceux qui jouent le patriotisme et qui servent de rempart aux
aristocrates, la France se lèvera et terrassera ses ennemis.




XXX

CONTRE LA COMMISSION DES DOUZE

(27 mai 1793)


L'arrestation d'Hébert, ordonnée par la Commission des Douze, créa une
vive effervescence à la Commune. Dans la séance du lundi 27 mai, une
députation de la section de la cité vint demander la traduction des
Douze devant le Tribunal Révolutionnaire. Isnard, qui présidait,
répondit: "Citoyens, la Convention nationale pardonne à l'égarement de
votre jeunesse...." Un indescriptible tumulte s'ensuivit.
Robespierre, Bourdon (de l'Oise), Henri Larivière, tentèrent en vain
d'obtenir la parole. Le président s'étant couvert au milieu du
tumulte, Danton s'écria sur une observation de Delacroix
(d'Eure-et-Loir): "Je vous le déclare, tant d'impudence commence à
nous perdre; nous vous résisterons! "Et toute l'extrême gauche cria
avec lui: "Nous vous résisterons!" La droite demanda l'insertion de la
phrase de Danton au procès-verbal. "Oui, dit Danton, je la demande
moi-même." Et il monta à la tribune:

* * * * *

Je déclare à la Convention et à tout le peuple français que si l'on
persiste à retenir dans les fers des citoyens qui ne sont que présumés
coupables, dont tout le crime est un excès de patriotisme; si l'on
refuse constamment la parole à ceux qui veulent les défendre; je
déclare, dis-je, que, s'il y a ici cent bons citoyens, nous
résisterons.

Je déclare en mon propre nom, et je signerai cette déclaration, que le
refus de la parole à Robespierre est une lâche tyrannie. Je déclare à
la France entière que vous avez mis souvent en liberté des gens plus
que suspects sur de simples réclamations, et que vous retenez dans les
fers des citoyens d'un civisme reconnu, qu'on les tient en charte
privée, sans vouloir faire aucun rapport....

PLUSIEURS MEMBRES A DROITE.--C'est faux, le rapporteur de la
Commission des Douze a demandé la parole.

DANTON.--Tout membre de l'Assemblée a le droit de parler sur et contre
la Commission des Douze. C'est un préalable d'autant plus nécessaire,
que cette Commission des Douze tourne les armes qu'on a mises dans ses
mains contre les meilleurs citoyens; cette commission est d'autant
plus funeste qu'elle arrache à leurs fonctions des magistrats du
peuple.

PLUSIEURS VOIX.--Et les commissaires envoyés dans les départements!

DANTON.--Vos commissaires, vous les entendrez.... Si vous vous
obstinez à refuser la parole à un représentant du peuple qui veut
parler en faveur d'un patriote jeté dans les fers, je déclare que je
proteste contre votre tyrannie, contre votre despotisme. Le peuple
français jugera.

* * * * *

Dans cette même séance Danton reprit la parole après la déclaration du
ministre de l'Intérieur, protestant une fois encore de sa soif de
paix, de son désir de concorde.

* * * * *

Je demande que le ministre me réponde; je me flatte que de cette
grande lutte sortira la vérité, comme des éclats de la foudre sort la
sérénité de l'air; il faut que la nation sache quels sont ceux qui
veulent la tranquillité. Je ne connaissais pas le ministre de
l'Intérieur; je n'avais jamais eu de relation avec lui. Je le somme de
déclarer, et cette déclaration m'importe dans les circonstances où
nous nous trouvons, dans un moment où un député (c'est Brissot) a fait
contre moi une sanglante diatribe; dans le moment où le produit d'une
charge que j'avais est travestie en une fortune immense.... (_Il
s'élève de violents murmures dans la partie droite_.) Il est bon que
l'on sache quelle est ma vie.

PLUSIEURS VOIX DANS LA PARTIE DROITE.--Ne nous parlez pas de vous, de
votre guerre avec Brissot.

DANTON.--C'est par ce que le Comité de Salut public a été accusé de
favoriser les mouvements de Paris qu'il faut que je m'explique....

PLUSIEURS MEMBRES.--On ne dit pas cela.

DANTON.--Voilà ces amis de l'ordre qui ne veulent pas entendre la
vérité, que l'on juge par là quels sont ceux qui veulent l'anarchie.
J'interpelle le ministre de l'Intérieur de dire si je n'ai pas été
plusieurs fois chez lui pour l'engager à calmer les troubles, à unir
les départements, à faire cesser les préventions qu'on leur avait
inspirées contre Paris; j'interpelle le ministre de dire, si depuis la
révolution, je ne l'ai pas invité à apaiser toutes les haines, si je
ne lui ai pas dit: "je ne veux pas que vous flattiez tel parti plutôt
que tel autre; mais que vous prêchiez l'union." Il est des hommes qui
ne peuvent pas se dépouiller d'un ressentiment. Pour moi, la nature
m'a fait impétueux, mais exempt de haine. Je l'interpelle de dire s'il
n'a pas reconnu que les prétendus amis de l'ordre étaient la cause de
toutes les divisions, s'il n'a pas reconnu que les citoyens les plus
exagérés sont les plus amis de l'ordre et de la paix. Que le ministre
réponde.




XXXI

AUTRE DISCOURS CONTRE LA COMMISSION DES DOUZE

(31 mai 1793)


Tandis que grondait le canon de l'insurrection de la journée fatale
pour la Gironde, Danton, intervenant dans la discussion sur l'émeute
dénoncée par Vergniaud, reprit son réquisitoire contre la Commission
des Douze et demanda sa suppression. Il interrompit le président
Mallarmé, lui disant: "Faites donc justice, avant tout, de la
Commission!" Après un court débat sur la question de priorité, il
monta à la tribune.

* * * * *

J'ai demandé la parole pour motiver la priorité en faveur de la motion
de Thuriot. [Note: "C'est l'anéantissement de la Commission que je
sollicite," avait dit Thuriot (_Moniteur_, p. 152).] Il ne sera pas
difficile de faire voir que cette motion est d'un ordre supérieur à
celle même demander le commandant à la barre. Il faut que Paris ait
justice de la Commission; elle n'existe pas comme la Convention. Vous
avez créé une Commission impolitique....

PLUSIEURS VOIX.--Nous ne savons pas cela....

DANTON.--Vous ne le savez pas? il faut donc vous le rappeler.

Oui, votre Commission a mérité l'indignation populaire. Rappelez-vous
mon discours à ce sujet, ce discours trop modéré. Elle a jeté dans les
fers des magistrats du peuple, par cela seul qu'ils avaient combattu,
dans des feuilles, cet esprit de modérantisme que la France veut tuer
pour sauver la République. Je ne prétends pas inculper ni disculper la
Commission, il faudra la juger sur un rapport et sur leur défense.

Pourquoi avez-vous ordonné l'élargissement de ces fonctionnaires
publics? Vous y avez été engagés sur le rapport d'un homme que vous ne
respectez pas, d'un homme que la nature a créé doux, sans passions, le
ministre de l'Intérieur. Il s'est expliqué clairement, textuellement,
avec développement, sur le compte d'un des magistrats du peuple. En
ordonnant de le relâcher, vous avez été convaincus que la Commission
avait mal agi sous le rapport politique. C'est sous ce rapport que
j'en demande, non pas la cassation, car il faut un rapport, mais la
suppression.

Vous l'avez créée, non pour elle, mais pour vous. Si elle est
coupable, vous en ferez un exemple terrible qui effrayera tous ceux
qui ne respectent pas le peuple, même dans son exagération
révolutionnaire. Le canon a tonné, mais Paris n'a voulu donner qu'un
grand signal pour vous apporter ses représentations; si Paris, par une
convention trop solennelle, trop retentissante, n'a voulu qu'avertir
tous les citoyens de vous demander une justice éclatante, Paris a
encore bien mérité de la patrie. Je dis donc que, si vous êtes
législateurs politiques, loin de blâmer cette explosion, vous la
tournerez au profit de la chose publique, d'abord en réformant vos
erreurs, en cassant votre Commission. Ce n'est qu'à ceux qui ont reçu
quelques talents politiques que je m'adresse, et non à ces hommes
stupides qui ne savent faire parler que leurs passions. Je leur dis:
"Considérez la grandeur de votre but, c'est de sauver le peuple de ses
ennemis, des aristocrates, de le sauver de sa propre colère." Sous le
rapport politique, la Commission a été assez dépourvue de sens pour
prendre de nouveaux arrêtés et de les notifier au maire de Paris, qui
a en la prudence de répondre qu'il consulterait la Convention. Je
demande la suppression de la Commission, et le jugement de la conduite
particulière de ses membres. Vous les croyez irréprochables; moi je
crois qu'ils ont servi leurs ressentiments. Il faut que ce chaos
s'éclaircisse; mais il faut donner justice au peuple.

QUELQUES VOIX.--Quel peuple?

DANTON.--Quel peuple, dites-vous? ce peuple est immense, ce peuple est
la sentinelle avancée de la République. Tous les départements haïssent
fortement la tyrannie. Tous les départements exècrent ce lâche
modérantisme qui ramène la tyrannie. Tous les départements en un jour
de gloire pour Paris avoueront ce grand mouvement qui exterminera tous
les ennemis de la liberté. Tous les départements applaudiront à votre
sagesse, quand vous aurez fait disparaître une Commission impolitique.
Je serai le premier à rendre une justice éclatante à ces hommes
courageux qui ont fait retentir les airs.... (_Les tribunes
applaudissent_.)

Je vous engage, vous, représentants du peuple, à vous montrer
impassibles; faites tourner au profit de la patrie cette énergie que
de mauvais citoyens seuls pourraient présenter comme funeste. Et si
quelques hommes, vraiment dangereux, n'importe à quel parti ils
appartiennent, voulaient prolonger un mouvement devenu inutile, quand
vous aurez fait justice, Paris lui-même les fera rentrer dans le
néant; je demande froidement la suppression pure et simple de la
Commission sous le rapport politique seul, sans rien préjuger, ni
pour, ni contre; ensuite vous entendrez le commandant général, vous
prendrez connaissance de ce qui est relatif à ce grand mouvement, et
vous finirez par vous conduire en hommes qui ne s'effraient pas des
dangers.

PALLES.--Nous savons bien que ce n'est qu'un simulacre, les citoyens
courent sans savoir pourquoi.

DANTON.--Vous sentez que, s'il est vrai que ce ne soit qu'un
simulacre, quand il s'agit de la liberté de quelques magistrats, le
peuple fera pour sa liberté une insurrection entière. Je demande que,
pour mettre fin à tant de débats fâcheux, que, pour marcher à la
Constitution qui doit comprimer toutes les passions, vous mettiez aux
voix par l'appel nominal la révocation de la Commission.




XXXII

SUR LA CHUTE DES GIRONDINS

(13 juin 1793_) [Note: Une autre erreur de Vermorel, p. 203, donne à
ce discours la date du 14 juin. Le n° 167 du _Moniteur_, qui le
rapporte, spécifie qu'il fut prononcé dans la séance du jeudi 13 juin,
dans la discussion sur les arrêtés des administrations de l'Eure et du
Calvados.]


Danton n'intervint dans la discussion des troubles du Calvados, à la
Convention, que pour rallier ses collègues au parti national. Après
avoir fait l'apologie de l'insurrection du 31 mai, il leur demanda de
s'expliquer "loyalement" à cet égard et de songer aux dangers de la
patrie.

* * * * *

Nous touchons au moment de fonder véritablement la liberté française,
en donnant à la France une Constitution républicaine. C'est au moment
d'une grande production que les corps politiques comme les corps
physiques paraissent toujours menacés d'une destruction prochaine.
Nous sommes entourés d'orages, la foudre gronde. Eh bien, c'est du
milieu de ses éclats que sortira l'ouvrage qui immortalisera la nation
française. Rappelez-vous, citoyens, ce qui s'est passé du temps de la
conspiration de Lafayette. Nous semblions être dans la position dans
laquelle nous nous trouvons aujourd'hui. Rappelez-vous ce qu'était
alors Paris; les patriotes étaient opprimés, proscrits partout; nous
étions menacés des plus grands malheurs. C'est aujourd'hui la même
position; il semble qu'il n'y ait de périls que pour ceux qui ont créé
la liberté. Lafayette et sa faction furent bientôt démasqués:
aujourd'hui les nouveaux ennemis du peuple se sont trahis eux-mêmes,
ils ont fui, ils ont changé de nom, de qualité, ils ont pris de faux
passeports. Ce Brissot, ce coryphée de la secte impie qui va être
étouffée, cet homme qui vantait son courage et son indigence en
m'accusant d'être couvert d'or, n'est plus qu'un misérable qui ne peut
échapper au glaive des lois, et dont le peuple a déjà fait justice en
l'arrêtant comme un conspirateur. On dit que l'insurrection de Paris
cause des mouvements dans les départements; je le déclare à la face de
l'univers, ces événements feront la gloire de cette superbe cité; je
le proclame à la face de la France, sans les canons du 31 mai, sans
l'insurrection, les conspirateurs triomphaient, ils nous donnaient la
loi. Que le crime de cette insurrection retombe sur nous; je l'ai
appelée, moi, cette insurrection, lorsque j'ai dit que, s'il y avait
dans la Convention cent hommes qui me ressemblassent, nous
résisterions à l'oppression, nous fonderions la liberté sur des bases
inébranlables.

Rappelez-vous qu'on a dit que l'agitation qui règne dans les
départements ne s'était manifestée que depuis les événements qui se
sont passés ici. Eh bien, il y a des pièces qui constatent qu'avant le
31 mai les départements avaient envoyé une circulaire pour faire une
fédération et se coaliser.

Que nous reste-t-il à faire? A nous identifier avec le peuple de
Paris, avec tous les bons citoyens, à faire le récit de tout ce qui
s'est passé. On sait que moi, plus que tout autre, j'ai été menacé des
baïonnettes, qu'on les a appuyées sur ma poitrine; on sait que nous
avons couvert de nos corps ceux qui se croyaient en danger. Non, les
habitants de Paris n'en voulaient pas à la liberté d'aucun
représentant du peuple; ils ont pris l'attitude qui leur convenait;
ils se sont mis en insurrection. Que les adresses envoyées des
départements pour calomnier Paris ne vous épouvantent pas; elles sont
l'ouvrage de quelques intrigants et non celui des citoyens des
départements: rappelez-vous qu'il en est venu de semblables contre
Paris en faveur du tyran. Paris est le centre où tout vient aboutir;
Paris sera le foyer qui recevra tous les rayons du patriotisme
français, et en brûlera tous les ennemis. Je demande que vous vous
expliquiez loyalement sur l'insurrection qui a eu de si heureux
résultats. Le peuple voit que ces hommes qu'on avait accusés de
vouloir se gorger du sang du peuple ont plus fait depuis huit jours
pour le bonheur du peuple que la Convention, tourmentée par des
intrigants, n'en avait pu faire depuis son existence. Voilà le
résultat qu'il faut présenter au peuple des départements: il est bon,
il applaudira à vos sages mesures. Les hommes criminels qui ont fui
ont répandu des terreurs partout sur leur passage; ils ont tout
exagéré, tout amplifié; mais le peuple détrompé réagira plus
fortement, et se vengera sur ceux qui l'ont trompé.

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Scottish book of the year goes to Kieron Smith, Boy by James Kelman

The barrister Constance Briscoe has won the libel case brought against her by her mother, Carmen Briscoe-Mitchell, over her bestselling misery memoir Ugly, in which she accused Briscoe-Mitchell of childhood cruelty and neglect.

Briscoe-Mitchell claimed the allegations were "a piece of fiction", and sued Briscoe and her publishers Hodder & Stoughton for libel.

A 10-day hearing at the high court in London concluded earlier today with a unanimous verdict from the jury after more than a day's deliberation. Speaking outside the court, Briscoe, a part-time judge, said she was "very happy" with the verdict.

"It is sad that my mother still feels the need to pursue me. Now I just want to get on with my career," she said. "I can quite understand why my family went into collective denial, but whilst child abuse may be committed behind closed doors, it should never be swept under the carpet."

The hearing saw Briscoe tell Mr Justice Tugendhat and a jury how her mother beat her with a stick for wetting the bed, called her a "dirty little whore" and drove her to attempt suicide by drinking bleach.

Briscoe's account of her upbringing was published in 2006 and has sold more than 400,000 copies in the UK.

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Would you have your ashes scattered in Jane Austen's garden?
American film producer to publish version of the Bible in which God says it is better to be gay than straight

The royal family doesn't need a poet

The power of Jane Austen never ceases to amaze: the myriad film and TV adaptations, the biopics, the spin-off self-help books, the novels about Austen book clubs and Austen obsessives and even, next spring, the publication of a book about "how Jane Austen conquered the world" (Jane's Fame, by Clare Harman). And now comes the just-too-weird story that deceased fans of Jane Austen have been banned from having their ashes scattered in her garden. In a letter to the Jane Austen Society, Louise West, the collections manager of Jane Austen's House Museum, wrote: "While we understand many admirers of Jane Austen would love to have ashes laid here, it is something we do not allow. It is distressing for visitors to see mounds of human ash, particularly so for our gardener. Also, it is of no benefit to the garden!" (Or is it? Surely a small quantity of fresh ashes judiciously placed beneath a hydrangea bush is just the ticket?)

Anyway, leaving aside the Gardeners' Question Time minutiae, what on earth is going on here? I like an Austen novel as much as the next person – I probably reread my way through the complete works every couple of years – but I am baffled as to why one would want to be laid to rest among the flowerbeds of Chawton. The only explanation is the currently unstoppable power of the Austen cult, fuelled by Colin Firth in a wet blouse, by Andrew Davies's adaptations, and by Hollywood. I'm all for enjoying books, but the cult of Austen has reached ridiculous proportions. In a post-feminist world that should know better, she seems to be adored as the comforting provider of romantic, happy-endings nonsense instead of the sharp and acerbic social satirist she deserves to be seen as.

(Does anyone actually believe her, by the way, when she foretells a happy marriage for Darcey and Elizabeth? I fear a woman as interesting as Elizabeth would be sorely disappointed with this standard-issue British Repressed Public-school Man - hopeless emotionally, and probably hopeless in bed.)

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