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La Mort amoureuse, poesie by Huguette Bertrand

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Huguette Bertrand




La Mort amoureuse

poesie





Editions En Marge

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A U T O U R D U S I L E N C E



CHRONIQUE DES TEMPS MORTS

Dans l'epaisseur des langues
les matins lechent le silence de nos meres
quand leurs mains petrissent les corps
appretes aux semailles du vent

on les nomme sauvagement croupes
juments berberes
elles galopent dans le fumier des anges
font grincer les coeurs a la rimaille

d'un lieu sculpte a meme l'hiver
une larme serpente la dorsale de leurs reves
a l'affut des etangs grenouillards

ces geantes gravent des gestes neufs
sur la courbure du jour
oubliant leurs fils dans le magma des fatigues

elles grignotent les secondes
pour faire croire que ca sent bon vers le haut
tandis qu'en bas
les hommes rotent

durant cette inertie
l'univers depose des lumieres
sur l'oeil reduit devant tous les feux
au regret de n'avoir pu enumerer
quelques enfants mauves

femmes d'eternite
leurs chevelures s'enroulent
autour d'un chaud frisson
quand la memoire de leurs jambes
se referme sur la tendresse
depot de lumiere
dans la moelle du lit

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JEUX ET ENJEUX

Le temps se fait vieux
quand les coeurs fous saignent
quand il n'y a plus de jeux a offrir aux enfants
quand les blessures s'enlisent
dans le secret des villes

le temps se fait vieux
quand on confie le noir au blanc
le mourir au feu de paille
sans laisser de traces
dans la dictee

le temps se fait vieux
quand les poetes confisquent le bleu de nos memoires
exposant les epines de nos amours
a la rosee des deserts

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ALTERNANCE

Nous mourons tous en colere
d'avoir gagne si peu de temps
pour apprendre a repeter des mots tendres
pendant le goutte-a-goutte des heures
nous moulant a la terre

nous voila ruines
et vieilles habitudes
lasses de n'avoir pas triomphe

couvertes de pierres
les annees s'enchainent a nos reves
dans le desordre des jours mal aimes

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TROU DE MATIERE

Coagule dans la memoire
un silence bouge
comme un mort qui bourgeonne au coeur de l'aube
quand les pas frolent la mecanique des corps
ces carcasses blindees

puis vient la nuit
enduite de peaux
que l'on rechauffe sous des textes
plastifies

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DECLIN DE L'OEIL

Belle faucheuse
la courte vie s'interesse a ma vie
gisant au fond d'un tiroir
parmi les mauves et les gris
quand le voyage supprime les voyageurs
dans leur prison

ce delire insulte l'ecriture
comme un crachat
dans l'oeil de nos miroirs

j'hesite encore
entre la patine de la nuit
les vehemences du jour
et l'embarras du verbe
a disparaitre

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MURMURES FAUVES

Nul sourire derriere les murs
dans les trous
errer comme un chien
qui ronge des mots tard le soir
sur les avenues mal-en-point
pres des hangars
par-dela les nuits
ou il n'y a plus rien a voir
plus rien a entendre que les murmures des lendemains
des pour-plus-tard

ce rythme m'endigue
me ficelle la passion
m'enfirouape
m'acheve

puis ca recommence dans la procreation
et ca tire fort sur la bride
quand on comprend
qu'une seule folie en rut
peut en venir a bout

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POUSSIERE DE REVE

Cette chose qui meurtrit la nuit
c'est peut-etre ma parole dans toute sa barbarie
que mes jours tricotent a l'infini

c'est peut-etre aussi un reve deshabille
sur la peau d'un mot qui bouge
entre ma tete et l'oreiller

c'est peut-etre meme ce mot
devenu paresseux
qui reve d'un silence
dans la poussiere du lit

c'est peut-etre enfin le silence qui me reve
dans l'oeil du matin

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BAIN DE LUNE

A cause du clapotis des vagues sur mon dos
la lune se baigne toute nue dans mon lit
a la lueur de mon reve inacheve

a cause du viol des jours
et la nuit qui pointe du doigt

quand la poussiere s'embrase
entre deux insomnies

a cause de l'amour pour la mort
de ceux que j'ai regardes la veille
leurs gestes exiles dans ma gorge
transfusion de grenades

a cause d'une cause qui n'en est pas une
tandis que la lune se baigne toute seule
dans la buee de leurs yeux

une pierre roule dans la nuit froide
se meut tres lentement
et je me rendors pour reconnaitre demain
pareil a tous les autres

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MOUVANCE

A l'abri d'une folie qui tourne en rond
je ne parlerai plus de l'amour
mais plutot de la mer
de ses mouvements salins
et du bleu de mes peurs
accrochees a la ceinture

sur vos dunes
je marmonne
comme un vieil animal qui rue
sur la mouvance des villes
quand les jours se tordent
dans les reliefs du ciel

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LABYRINTHE

Pose tes yeux effrayes pres du lit marin
surtout ne bouge pas
les oiseaux te croient mort
noye dans les seves de l'enfance

si j'osais
j'emmurerais ton silence
dans le labyrinthe de tes doigts
etreignant la lumiere

ordonne
et ma parole contaminera le pays de ma chambre
tapissee de feuillage
et de plaisirs anciens
sous un ciel voyou

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COUP D'OEIL

Sur les avenues americaines
mon ame farouche s'habitue a la demence
quand il ne reste plus que des restes de peurs
sur le bord de l'assiette

mais surprends-moi quand meme

montre-moi des jeux de soleil
pour delivrer la jouissance
repliee derriere tes paupieres

montre-moi aussi des maisons
muettes a force de quotidien
quand les amours rustiques
egratignent les corps
oublies sur la peau de novembre

montre-moi enfin des lieux sans parlure
quand le soir cherche a nous mutiler

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TOUJOURS TROP

J'ai toujours un soleil dans ma poche
en cas d'extreme necessite
quand le bonheur fait pitie
quand les matins blanchis par la chaux tourbillonnent
dans une ville delavee
alors que les roles font mal
mal a mes gestes
coinces entre deux jours trop courts
trop courts pour etre chantes par l'intime
trop uses par l'echo des autres
trop lourds pour l'amour
que l'on suspend aux branches de l'aube
trop discrets pour etre repetes par des mots
trop liberes pour la prison
multiplies par une double intensite

mais j'ai la preuve
qu'un arbre peut quand meme se reposer
sous ses feuilles
malgre le nom que l'on donne aux visages

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UN AUTRE JOUR

A cause d'une lente noirceur
impregnee sur vos corps assoupis
j'ai du veiller au bord de la page
surveillant un peuple d'images qui louvoyaient
entre les mots et les cachots
la ou le noir ronge le noir
barbouille les memoires
d'instants inedits

quel etrange bonheur
lorsque hier
une pluie de paroles deferlait
sur vos silences d'autrefois
dilatant les muscles de vos consciences rugueuses
et pourchassant les loups
jusqu'aux frontieres de vos souvenirs

imaginez demain
quand il faudra balayer les feuilles mortes
les vieilles pierres crachees par la nuit
et les cendres des promeneurs en alles

vous chercherez ensuite
des forets reprimees par le temps
et des steppes qui murmurent les mots d'argile
a peindre sur la liberte de l'autre
incitant la flamme de vos bras nus
a reprendre le poeme entame la veille

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REFLET DU REVE

Ma nuit devient silence
comme une pierre
quand les aiguilles de l'horloge grelottent
quand mes secondes vont s'evanouir
dans les siecles qu'il me semble avoir reves

mais il y a toujours une aieule
qui se promene en moi
brulant les feux rouges
aux intersections de ma memoire

les millenaires m'epuisent
me font penser a un jeu sideral

et si la terre brille encore
c'est surtout a cause du reflet de la lune
ou de quelques etoiles perdues
dans le dessin d'une reveuse isolee
je ne me sens deja plus la

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SOUS LA HOUSSE DU TEMPS

Perdu au fond des sens
le jour aile a revetu ses plus beaux atomes
pour decrire la blancheur du corps
et le spectacle des formes

les mots eurent cependant faim de vibrations
mais sous la housse du temps
nous n'etions plus que jeux de matiere au soleil
des morts accouples en orbite
des toupies au tournant des epoques
des hauts et des bas uniques
des curriculum vitae en transe
et des brouillons pris de vertige

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HEURES BLEUES

Si j'ai l'oeil etendu sur la paille
d'un vieux grenier clandestin
c'est pour voir
pour jouir
pour pouvoir jouir d'une goutte d'eau
petite larme revetue de silences
devant le coeur secret des enfants chauves
qui sucent des songes au coin des rues

prise au piege par une voisine imaginaire
(ma plus proche ephemere jamais rencontree)
je me demande si la lumiere est allumee
ou non

mais je vis quand meme
je vis comme une pendule sans avenir
oubliant les heures bleues derriere mes rideaux

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PAS VIOLETS

Viennent des jours comme ca
quand mes pas chaussent les pas perdus
des personnes aux pattes legeres
de marches rapides et de jogging

ils errent d'une mort a l'autre
devant un crepuscule violace

certains jours ne s'habituent pas
a la pointure de mes pas

vont se coucher sur ma memoire d'enfant

viennent encore d'autres jours
qui me font mal aux pieds
ils derivent sur mes pas essouffles
puis s'en retournent a leurs affaires

il y a des jours comme ca
qui ne me ressemblent pas

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IMAGES FROISSEES

Devant les mirages plantes dans l'asphalte
je grisonne betement comme une fin d'ete
engloutie dans l'ennui des autres
et je disparais dans mes pensees tropicales
en levant parfois le petit doigt
pour faire des signes aux passants
sans voir leur image qui me triture l'oeil
comme une plaie

mais je n'oublie pas
que la voix des morts ne porte plus a rire
quand leurs cancers tuent sechement les saisons
et je ne ricane plus devant le calendrier
ou les matins n'ont plus de dates
ni de tendresse a mendier sur le corps des disparus

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JOUR CALCINE

Au centre de l'errance
mon lit a du exagerer un reve

c'etait l'autre nuit
une nuit de cuir dans le spasme d'un cri
d'ou personne n'echappe

c'etait la nuit
ou peut-etre un jour calcine
par les vapeurs d'un parfum noir
un jour momifie
dans la solitude vicieuse d'un reve inacheve

mais cette nuit-la
je n'y etais pas
je veillais le jour dans son mouroir

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EXTASE

Sous le poids du soir
une lumiere attendrit la couleur
des mots crispes sur un corps celeste
ses morts exemplaires
et les quotidiens interminables
en extase devant une poudre d'os

d'une levre a l'autre
se propage le desir
pour affoler les gestes du corps qui attend
gele

viens prendre un bain dans mes veines

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SOUVENIRS FLEURIS

etendus
les morts sont pales et tristes
comme d'anciens vivants
qui ne font confiance a personne

ils attendent leurs sentences
sans pouvoir sortir du soir
vieux rose cendre

dans les coulisses
ils frissonnent devant un catalogue use
que leur vie a avale page par page
laissant une floraison de souvenirs
au seuil de la porte
sans frapper

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DANS LE FOUILLIS DES SAISONS

La nuit s'enfuit
sous un orage mental
devant une lune calcinee
par les amours qui finissent mal
sur les rives trop embrassees
americaines

la nuit s'enfuit
dans le fouillis des saisons
quand les poetes maquillent de brume leurs hivers
puis transforment la solitude des autres
en jeu de mots douteux

la nuit s'enfuit
comme une peine d'amour

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FOULE ANECDOTIQUE

Des souvenirs furent oublies derriere le decor
tels de vieux figurants qui attendent leur tour
des cendres dans la bouche
avec l'envie de parler du cri

mais le rideau ne s'ouvre pas
devant une foule anecdotique
qui fremit au coeur des morts
de janvier a decembre
sans applaudir

ils attendent toujours
ces vieux souvenirs gommes au programme

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AUTOUR D'UN DELIRE

Quand le jour boude
la nuit deplace mes ancetres dans le champ voisin

ils rodent en pointilles
sans savoir s'ils avancent
ou s'ils reculent
ils mijotent dans leurs desirs
ils ne ricanent plus
ils sont la comme des reflets du soir au matin
ils resistent aux heures
et leurs amours sont d'acier
leurs yeux gravitent autour d'un delire
ils n'y croient pas
nos fievres les froissent
ils pincent nos petites morts quotidiennes
pour voir si ca fait mal
leurs images reposent
muettes

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JOUR FLANEUR

Un dimanche se faufile a travers les branches
d'une fin d'automne
quand le temps passe pres des amants
sans tricher
quand le texte saisit l'absence
et palpe le monde alentour
afflige par l'insaisissable beaute d'un secret

ce jour flaneur
promene mes souvenirs
comme un ennui sculpte sur mesure

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JOUR D'OMBRE

Au jour des lessives
les corps delaves ont revetu une vie immense
qu'un temps complice a depose
sur mon silence

ils sont venus rever dans ma demeure
barbouillant de cris mes murs
leurs cernes d'angoisse incrustes
sur mon tapis

laissons les songes a leurs songes
je demenage

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SOUS LA CARESSE DES MOTS

Se saluer a travers la voix
a travers l'oeil
pour faire durer le temps
pour derober l'espace entre nos gestes
et inscrire un pacte
au registre de nos memoires

Se reconnaitre a travers une parole intense
comme des fous entetes
et sous la caresse des mots
diluer un peu de soi dans la lumiere diffuse

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UN DIMANCHE PROPRE

Menacee par les grands
toujours amers et sans refuge
la peau rieuse d'un enfant
n appartient a nul parent

elle connait toutes les langues
elle a le privilege de la metamorphose
des amours subites
l'eclat du coeur tranquille
et des yeux qui labourent l'univers
entre deux silences

l'atelier du monde entre ses mains
elle conjugue les jours
en proclamant l'ardeur des belles dames
les prouesses des chevaliers
parmi les odeurs de cuisine
a l'heure du diner

et quand vient le dimanche
le jardin est propre
tres propre
trop propre
et l'enfant ne rit plus
il enjambe les chaines des grands
en esperant que le ciel leur tombe sur la tete

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CHAIR D'EMPIRE

Mon ami tranquille
longtemps deja nous avons traverse la duree
a travers nos saisons si differentes
a travers nos passions oubliees

sur le coin d'une table

mon ami subtil
aussi vaste qu'un empire
que tes sens ont revetu de chair par-dessus la mienne
comme une moisson dressee derriere la page blanche

mais nos mains peuvent encore ebruiter l'amour
trahir le faux de nos corps
quand le vrai se rit des interdits

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PLUMAGE LUMINEUX

C'etait un oiseau
bleu comme un ciel
le plumage lumineux
son bec soulevant mon coeur
jusqu'a l'entree du soir

c'etait un oiseau
doux comme un enfant
appelant la tendresse
comme un amant sur le sable chaud

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TANGAGE

Sous un ciel demesure
nous partageons le desir
en deux parties egales
l'une pour detrousser le jour
l'autre pour faire rever la nuit
derriere un ecran de fumee

comme des pierres resplendissantes
tes mots me draguent
frappent fort sur l'ame
me blessent de leur chant
me respirent jusqu'au cri

je verse alors ma nuit liquide
dans un ciel sans fin
pour faire vibrer le silence

le jour est fier
le coeur sent bon l'etreinte
et tanguent sur l'ecume du lit
mes tremblements

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AU TOURNANT DE LA NUIT

En attendant le retour du deluge
mes paroles se sont repandues entre les gratte-ciel
et les aller-retours des sans-desseins
sous les parapluies du <>
sur des avenues encombrees de rumeurs
et de boucane
parmi les vivants et les morts
dans les fours a pain noir
au tournant de la nuit
ses cordes a linges vides
la puanteur du ciel
les bonheurs qu'on baptise jour apres jour
dans un silence infernal
et la poussiere de l'absence
quand la langue brule trop pres du coeur

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DERAPAGE

J'ai la savate qui claque
sous l'oeil demesure de la nuit
ses gestes d'infortunes
durant les saisons mortes
dans les petites villes detestables
pres de la riviere genetique de nos songes

j'ai la savate qui derape
quand mes mots deviennent liquides
sur la derniere etoile du corps amoureux

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ROUGE LE MONDE

Vous avez laisse echapper des souvenirs sur le trottoir
pietine les miens mortellement
graffiti sur les places
et rouge le monde

les mains propres
visage a decouvert
vous me ressemblez a mourir

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MENAGERIE DE PORCELAINE

Au bout de son sang
la terre recensa ses etres blemes
cette menagerie de porcelaine
circulant dans le calcaire des villes muettes

c'etait vegetal et animal blesse
freres et soeurs aussi
venus vivre le vertige des vivants
sous un ciel en or massif
trainant leurs grosses pattes
dans les egouts de l'imaginaire
qu'un vent favorable peignait parfois en rose
parfois en gris

c'etait je pense un incident
a classer dans <>

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NUS COMME DES GLAIVES

Les nuits sont trop courtes
les jours meurent trop vite
le temps veille a la lumiere des mots
qu'une guitare accompagne
sur la neige doree

des enfants circulent dans les veines du passe
ils caressent les orages dans la fievre de leurs envolees
et nus comme des glaives
ils s'entendent pour rire jusqu'au sang

desesperees
leurs blessures se jettent par la fenetre
quand le soir se love dans le cou de l'hiver

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PLAISIR DES PAUMES

Comme vous dessinez bien sur ma vie
quand votre murmure trace les lignes de mon corps
evoquant l'oiseau imagine
ses ailes de feu figurant sur vos paumes

Comme vous dessinez bien sur mon corps
quand vos paumes d'oiseau invoquent le plaisir
survolent les couleurs de ce lent destin
ne agonisant

Comme vous dessinez bien sur mon ame
a genoux
devant la legerete des mots qui naissent
sous les draps

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PLEIN MATIN

Si vous voulez savoir ou je suis
vous n'avez qu'a vous rendre au bord d'une riviere
sur la pointe des pieds
le temps ou personne ne regarde
le temps de delier ma chair
et faire le plein du matin
le temps de rever au fil de l'eau
sans deranger les verbes
le temps d'accorder mes mots sur les votres
le temps d'un enfant qui vous regarde venir
le temps de noyer le temps
et votre image dans la mienne

le silence est un projet qui me secoue franchement

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VERTIGES DE L'EAU

Il se peut que tes douleurs me portent
jusqu'a la racine de NOUS
lorsque ma chair foule ma chair
invente une colere
pareille aux vertiges de l'eau

il se peut que je nourrisse ce desordre
en sirotant un cafe
comme une vieille amie refroidie au fond d'elle-meme
mais toujours remodelee
par la vague successive des heures

il se peut aussi
que j'aie envie d'aller coucher ma vie sur la tienne
eprouvant en secret le desastre de nos deuils
et l'humour

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BLEU DESERT

Au milieu d'un desert bleu
je suis infiniment azuree
parmi les corps plus grands que nature
et je roule dans le demi-sourire de l'aube
vers d'autres mirages
prenant forme de tout

l'hiver dans ses fourrures m'attend

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LE FAUX DU FAUX

Quand mes yeux eurent conquis le soleil
mon coeur s'est refugie
sous les cendres de mon desir
condamnant les abus du jour

mais le ciel en a vu d'autres
et les fous se sont empresses de m'inclure
dans un commercial a rabais
en attendant que la mort crache sur leurs gilets
surtout les fins de semaine

maitres feconds
ils ont toujours eu l'amour au large
loin de la vieillesse
leur sagesse comme une vertu detraquee

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CETTE CHOSE QUI NOUS DESIRE TANT

On retombe toujours en soi
dans les poudreries du coeur
et les singeries perpetuelles d'une mort promise
souffle apres souffle

Jours par-dessus nuits, elle rode sous des traits tout a fait naturels,
sans gravite, nous jetant a la figure des questions de commencements
et de fins. J'avoue que je ne tiens plus a frequenter les phrases
interessees par la chose. Cette chose qui nous arrache aux heures,
fait gresiller nos secondes, ingurgite nos devenirs, vient trop souvent
interrompre les conversations. Cette chose qui nous desire tant.
Laissons-la attendre. Ca lui fera une belle jambe!


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MEMOIRE COMPACTE


Il fait un temps rigide ce matin
un jour lunaire a vous croquer la chair
j'ai decide de me terrer a l'interieur de moi-meme
sans rien dire
puisque tout a ete dit

j'y retrouve les terres vierges qui m'habitent
elles convergent toutes vers le centre
la ou nos preoccupations nous rassemblent
sans cesse je colle ma peau a celle des autres
je voyage a travers la peau des autres
tel un vice perpetuel

puisque hier n'est plus
qu'aujourd'hui ne ressemble a personne
j'ai decide d'epousseter ma memoire
je pourrai ensuite savourer l'ordre des choses
sans deplacer les generations
j'experimenterai alors le pouls du monde
c'est un peu comme marcher sur une corde raide
mais j'ai le gout du risque

mes mots explosent
je leur amenage des espaces particuliers
et rien entre les lignes n'est laisse au hasard
ils ne pesent pas lourd dans la memoire
je les apprivoise
et je leur propose des organisations de toutes sortes
ils s'ecrivent comme des enfants blesses mais toujours renouveles

une guerre synthetique et brutale s'est soudainement abattue sur mes reveries
elle m'a cloue le bec au silence des morts
elle montra la nuit au grand jour
elle souleva une tempete noire

comme le temps efface tout bouleversement
je crois que je m'en remettrai

je sens circuler a nouveau l'age du monde dans mes veines
j'ai envie de m'eclater sur d'autres continents
d'explorer le mystere des mots de l'autre cote du miroir
car mon temps rapetisse
comme une laine ebouillantee
il se repose
souille par les jours passes dans l'engrenage des machines

il n'est pas en phase terminale
il s'est simplement tu pour un moment

il reve peut-etre aux pierres concassees du mur de Berlin
de ce qu'il en ferait si on les jetait toutes dans mon jardin
il reve dans mon lit
tandis que moi je reflechis sur ce que pourra bien etre demain
j'anticipe

la fatigue gagne du terrain
j'ai la bouche cousue a mes reves
et ma parole s'y promene en silence
c'est un de ces matins qui ne semblent pas vouloir se lever
malgre un soleil epoustouflant qui incendie les alentours
je demeure toujours en attente d'un sujet qui ne tardera pas

le temps et la distance me questionnent
je les sens parfois bouger au fond de moi
ce gout de poeme dans la bouche me rassure
mes levres voudront-elles encore prononcer des mots d'ambiance
qui s'offriront gratuitement au monde

le doute m'habite
ma memoire tourne en rond autour de moi
s'arrete parfois a la croisee de mon enfance
je me retrouve au milieu d'un paysage
ses senteurs franches ravivent mes lointaines amours
sur les pentes
dans les champs
pres d'un ruisseau
en haut d'un cerisier
je me raccroche a la case depart
parce que je hais la mort
je participe deja a l'aventure
en survolant mon impitoyable quotidien

je ne crains ni la mer ni les nuages
mais plutot le bruit des helices

je m'eloignerai pour un temps
mais je reviendrai
rapportant des paroles sur mesure
et des boutures de reves que j'etalerai sur le rebord de ma fenetre

en ce moment je prefere laisser eclore le present
j'ai decide que la journee pouvait bien commencer sans moi
je ne suis plus disponible
je suis occupee a eriger un mur de lumiere autour d'une mort inevitable
et combien arrogante

une liberte sauvage m'interpelle
je ne reponds pas
je reste assise au bord du lit a mimer la surdite
ma main ne repond plus a l'ecriture
mes mots pietinent s'entredechirent
puis s'en vont mourir au bout de ma folie passagere

je me recouche en me disant que la journee peut bien galvauder autour de moi
pour aller ensuite refroidir au fond d'une tasse
ca ne me concerne plus

ca va trop vite
j'ai le vertige
est-ce que je reve
suis-je morte sans avertissement

le rideau tombe sous une pluie de murmures en liberte
des rires eclatent sous les tanks
dans mon espace des masses informes se dessinent
et je suis obligee de les ordonner selon un rythme
tantot egal
tantot inegal

je fais face a l'eternel retour du corps devenu fauve
j'ai appris a l'apprivoiser des l'envol
cela ereinte quelque peu ma memoire
me renvoie une brassee de pensees fraichement cueillies
que je suspends toujours sur une corde a linge
pour faire chanter le vent

quand je respire
je fais attention a ne pas alerter le voisinage
ce truc en pieces detachees ne peut servir de sujet de conversation
je ne fais que l'observer a travers mes hesitations
je prends une derniere gorgee de silence
avant que ne s'eteignent tous les mouvements de masse
qui gravitent autour d'un tout petit rien
cet epouvantable petit rien fait basculer les amours
et les haines
c'est effectivement une mise en scene
que le scenario n'avait pas prevue

je n'ai d'autre choix que de faire quelques breches
dans le pourquoi qui me pousse a etaler mon quotidien
dans un champ de vision tellement etroit
que ca ne laisse passer qu'un filet de voix

ceux d'a-cote sont la a vouloir decomposer mon present
pour en faire un objet de silence
je longe un long corridor du cote du passe simple
me refugie en un lieu concu pour absorber la grogne du jour

helas la nuit n'est pas venue hier
j'ai oublie de sonner
qu'importe d'autres nuits viendront
et s'ensuivra une deflagration que le monde n'a encore jamais connue

je sens que le temps n'est plus a la fiction
mais plutot a la lubrification des peaux dessechees
je ne suis plus a l'ordre du jour

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