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Rouge memoire, poesie by Huguette Bertrand

H >> Huguette Bertrand >> Rouge memoire, poesieHuguette Bertrand




Rouge memoire

poesie





Editions En Marge

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EQUILIBRE

Quelle est cette ondulation
au bord des paupieres
ce regard en equilibre
au bord des cils
et ces levres suspendues
au bord du sourire

quelle est cette forme
sur la tete du silence
ce doigt familier
dans l'oeil du paysage
et ce rouge
au bord des caresses endormies

la nuit
en tenue d'amour
se promene

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SYMPTOME

A qui appartient ce visage
amoureux du sang de la colere
ces grimaces patiemment sculptees
par le jour fatigue
et ces mains
a bout de bras
qui soulevent des amertumes
comme une misere apprivoisee

le corps poussiereux reve d'immensite
quand la souffrance fait eternuer la mort
dangereusement

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PRISE 1

Entre les couleurs terre de Sienne
et noir d'encre
le jour marathonien s'essouffle
nous ravive entre deux neants
nous colle au coeur
puis disparait
dans la bouche de la nuit

silence on tourne en rond

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LES MURS

Le ciel effrite ne nous reconnait plus
quand l'amour fait des pirouettes
chevauche les epaules du mystere
derriere les crepuscules en fuite
quand le silence perd la memoire
a travers la couleur du sang
les tortures magiques
les larmes nues
quand les enfants brules
suspendent leurs douleurs
aux arbres indifferents
quand leurs doigts geles creusent l'absence

la mort contre les murs
grince des dents

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ENCORE DES MURS

On a poignarde le silence
de tous ceux qui crachent
des mots larges et ronds
sur les murs
sur la memoire des murs

le mur ivre du sang des complots

le mur lie au sommeil des enfants trop morts

le mur dedie aux vieux bonheurs
livres au sort des chambres

le mur calfeutre des maisons errantes

le mur effraye par le cri d'un oiseau
quand l'ennemi dans la brume
ne se nomme meme pas

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REVERS DE MEMOIRE


Cette femme au coeur chauve
cultive des nuits dans son jardin

elle verse ses yeux sur les jeunes pousses
et change de lune a toutes les secondes
pour remettre le temps a sa place

elle flatte le ventre des anges
pour cueillir des sourires
et souffle sur les heures
en creusant des trous
dans la memoire du monde alentour

elle est decomposee
lamentable
au bout de ses bras

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COMME SI C'ETAIT VRAI

Arrachee aux brulures de l'hiver
une phrase vient s'abriter
dans les brouillards du coeur
sans deranger

elle organise des tristesses
dans le jardin des autres
vous promet des pretextes beaux comme le soir
vous ecorche les soucis
vous rappelle que les rues sont endiablees
quand on s'aventure dans le present
vous conseille de ne pas signer votre nom
au bas des feuilles mortes
vous enjoint de defaire vos valises
et de ranger vos passions dans les tiroirs
de passer par les ruelles pour decorer la misere
de prendre tous les soirs une douche de felicite
avant d'envahir le desir a froid
d'eviter les morsures de serpents
lors de votre delire amoureux
d'utiliser votre nez et vos oreilles
pour detecter l'intelligence
vous recommande de reciter n'importe quoi
pourvu que ca dure

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ENTRE NOUS

C'est entre vous et moi que ca se passe
entre nos apparences
qui ont l'air de dire que nous ne sommes pas la
corps defaits par l'haleine chaude de la nuit
et les jeux betes
dormeurs eveilles par un baiser de cheval

le hasard prend forme

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Les jeunes lampes

sont des fontaines dompteees

par les yeux qui passent

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UN CREDO UNE CRECELLE

Faut-il croire que la terre a des envies de poesie
des fuites de langage
des couleurs violacees
qui tapent sur le crane des villes
un petit frisson au coeur d'une orange
et la lune a n'en plus finir

faut-il croire que l'hiver peut incendier l'amour
sur une chair de poule
durant une sieste longue comme le jour

faut-il croire que le nombril est un trou
invente par la vie
ou proliferent les pensees du jour
et les bleus en fleurs
visions sorties tout droit de nos croyances

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RAILS

Avez-vous vu le grand train bleu
passer sur l'onde
une fumee electrique entre les jambes
des passagers clandestins
leurs visages decoupes
dans une feuille de papier
regards d'acier aussitot essuyes
par les vagues abouties

c'etait a cause du reve
ou peut-etre de la mer
enroulee entre nos yeux

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DEUX FOIS PLUTOT QU'UNE

Il etait une fois une femme
en dehors du paysage
peut-etre meme deux fois
on ne sait plus
mais ca n'a pas d'importance
puisqu'elle etait la sans y etre

si vous ne la voyez pas
on vous traitera d'incroyants
parce que vous n'avez pas vu
ce qu'on tentait de vous montrer
sans trop y croire

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IMPASSE

Le reve n'etait pas au rendez-vous
il s'est excuse tres poliment
n'est pas venu nous rencontrer
tel que prevu
avait a faire ailleurs
n'importe ou
n'importe quand

a cheval sur ses principes
il filait a vive allure
sur les dalles d'un imaginaire
mais helas a trebuche
s'est casse la gueule sur le futur
lie a l'intimite des pierres
sa realite

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VUE D'ENSEMBLE

La vie boheme
la vie je t'aime
la vie des petites semaines
la vie qui apprend a vivre
etalee de tout son long
sur les espaces perdus
au bout des cris anatomiques en mouvement
quand le silence
en otage
vient surprendre la mort
amoureusement

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EMPRISE

Si lourds sont les reves
qu'il faut lecher la nuit
ses torrents
ses clairs-obscurs
et marcher pieds nus
sur des etoiles
jusqu'a la naissance de l'aube

le jour respire la lumiere
le sommeil des enfants
et les emotions
etalees sur une petite table inerte
en attendant le retour de la seve
d'un printemps bien coiffe
et toujours l'emprise du feu sous nos ongles

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MYSTERE

Quand l'amour fait l'amour
que la mort fait la mort
il est temps d'appeler un mystere
comme un cri partage
entre l'aurore
et la liberte des yeux
pour que naissent des mots
de toutes grandeurs
des reves incandescents sur le monde
sur la peur du monde
sur le monde vivant au creux du monde
esclave des mythes
jetes sur ses epaules

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TOUR A TOUR

Les yeux font un tour de table
en une seconde
pour mieux suivre
le sens de la lumiere
sur la peau

des yeux insolents sur les plis d'une vieille peau
des yeux solaires autour du cou
ils rodent autour de la nuit
leurs sourires perpetuels
dans l'indiscretion des vetements

au reveil
les yeux font un tour de taille
et puis s'en vont

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EVASION

Pourquoi noyer nos blessures
au fond d'une baignoire
quand au dehors
il y a pire
le degout des fievres
les plaintes de l'aube
sans parler du temps qu'il fait
a travers les muscles
et la pedale douce de nos reveils

dormons
dormons pendant qu'il est encore temps
car le vent se leve
du bout des levres
et nous devrons explorer des placards minuscules
qui sentent bon la terre
sans parler de nos freres
au prochain chapitre

le temps se perd
dans la luxure des cimetieres

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INSOLENCE

De malheureuses feuilles
tombent des nues
en vociferant des injures
a l'automne

le feu au coeur
les arbres demeurent
muets

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INFORTUNE

En toute froidure
il est permis d'allumer des feux
pour faire fondre les mots
bus a meme la tendresse
et les idees qu'on se fait
de l'empreinte du soleil
sur la seduction
comme un appui au printemps

en attendant
l'amour
essouffle
essuie ses larmes
en secret

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FAILLITE

L'hiver
de ses deux yeux de glace
nous observe
nous
empourpres de desirs geles
sous un manteau de metal
nos traits dans les nuages
effrayes
par le fouet de nos vengeances
par le gout du vide sur la peau

s'eternise la vie
au pied du ciel
en faillite

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SYNCHRONISME

Les nuits sont rouges
comme une masse de soleil fondu

paresseusement
le lit devore les multiples visages
de satin rose
que le jour a saccages

le flot des corps s'epuise
sur le sable fin
des nuits endormies

la lumiere secoue ses ailes
et nous nous reveillons tous
en meme temps

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ROUGE MEMOIRE

Les dieux ont enfile leurs sous-vetements de laine
pour se proteger de la raideur de nos corps
du givre de nos memoires
et du pole nord

a travers le cristal de nos epouvantes
ils ont reve d'un chaud duvet
plus doux que le coeur
plus moelleux qu'un ventre
plus delirant que le desir
d'etre
dans le silence d'un baiser d'oiseau

une eternite d'hommes
marques au fer rouge

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IMMOBILITE

Un point minuscule s'estompe
entre les formes imprecises des gestes
la lune boit la nuit a plein verre
dehors il a encore neige
comme au premier jour
et le ciel s'est moque de nous
parce que nos mains se sont entendues avec le vent
pour distraire les oiseaux
jusqu'a l'egalite des pierres

le silence croise les mots
puis s'immobilise

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DORMIR A PEINE

Quand l'innocence se fait jour
les fleurs poussent des cris de couleurs

il faut dormir sur la mousse
comme des psaumes
pour affronter les plus hauts feuillages

mirage bleu
sous un ciel trop vert
le monde est depeuple

sortir de sa vie
comme on sort de son lit
sans bavure

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GRISAILLE

Gris et silencieux
le ciment luit
entre les voix imperceptibles des voisins
que le vent perpetue sur les toits
rite des douleurs
glorioles du jet-set
temples et rythmes dans l'ombre mortelle
de nos pas

le coeur ne repond plus

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A FORCE DE CRIS

Une neige douce transparente
tombe
sur la nuit
elle tombe

il neige des transparences
sur des cris trop morts
precieusement deposes
dans le sarcophage du temps

coeur au ventre mort au coeur
quelle apotheose supplantera
cet incident

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EXIL

Une voix tonne sur le papier
mais l'arbre ne s'en plaint pas

elle a le destin d'un pays exile
a peur de la visite
a perdu sa peine dans un salon triste
a des frontieres desemparees
des chemins longs comme l'aventure
nous livre ses passions natales
s'abandonne au passe

elle grenouille d'une mer a l'autre
desincarnee

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PILLAGE

On a pille le silence
lors d'une fuite a travers le jour
pour sauver les mots
et le dernier reve qui baigne
dans les caresses noires

le visage a raison
la lumiere aussi
quand la mouvance
en secret
vient eblouir une nuit
en colere

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LE TEMPS

Lourd du sommeil des sages
le temps reve
dans le regard d'un enfant
secoue les saisons trop rouges
se replie
dans le mouillage de l'oeil

le temps ce fetiche
que l'on conserve jalousement
pour defier ce qui se murmure
dans le grenier des ages trop embarrassants
toujours plus jeune que le dernier des hurlements
le temps de n'y voir plus rien
que des poussieres
dans le lit des autres

le temps nous aime
sans begayer

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GOUFFRE

Le cerveau a des allures de secheresse
un gouffre
que l'histoire a oublie de remblayer
un espace de corps ramolli
un pot de chambre contenant une memoire a deux faces
un gage de silence
pour un monde invertebre
un trou qui ressemble a un autre trou
un piege a trous
quand la nuit se confie aux illusions
a contre-jour
dans l'epuisement des chambres

une cigarette brule dans le cendrier
courageuse

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DERNIER DISCOURS

Lorsque les jours sont sur les nerfs
il y a toujours des glissements d'ame
sur le terrain
des desirs en serie
devant le miroir des invalides
le front plus haut que la lune
et le vent embue par des armees de singes volants
au secours des races

une moitie de mere
soumise au discours
se rompt le coeur
une fois pour toutes

_________________________


Des plaintes bleues s'elevent

le temps gresille

et on ose appeler cela du vertige

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PRESENCE

Un enfant renverse sa douleur sur la table
dessine d'etranges presences
avant d'aller dormir

il visite la nuit comme un temple
dans l'antique chambre de ses reves fascines
sillonne les meandres de l'absurde
sans courir de risques
puisque la noirceur l'enlace
tendrement
sous le futon resigne

il ne veut plus se reveiller

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OBSTINATION

Aux abords du temps
les regards se sont effondres
puis les os se sont obstines
a ne parler que de l'idee
qu'on se faisait du bonheur
un defi perdu dans l'ombre
une femme fixee au mur
un homme a genoux sur les coudes
le reveil d'un enfant trop lourd
un adolescent decroche du reve
et ce point de mire
mort de sa belle mort

au bout de l'image
la terre est plate

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FINALEMENT

La mer s'est noyee dans le port
sous l'ecume
devant les oiseaux
et le vent demates

entachee d'enfants
elle dort
sur la feuille de l'oubli
sans histoire

au detour
le coeur
tout bonnement

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ESCALADE

Une douleur a peine
lessive la memoire du feu
ce piege a desirs
quand la main se fait poete
mortelle jusqu'a la moelle
a travers les barreaux du silence
ses phrases
tuees a bout portant

un cri en fusion
pietine la foule
passee par la
sans raison

_________________________


PARTAGE

D'habitude
il faut creuser la peur
jusqu'au fond
pour faire jaillir les couleurs de la nuit

jusqu'au fond
pour reconnaitre les images
du temps qu'il fait dehors
le temps partage avec les autres
autour de soi
aux habitues de l'existence
formes incarnees dans la mouvance
reunies en secret
pour recevoir la visite du jour
rien que le jour en perspective
sans ombre entre vous
et moi

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HASARD

Le ciel
charge de blessures
a suivi la trace de nos silences
sans mesurer l'immensite de l'oeil
qui le regardait

sur le banc du quotidien
les des jouent au hasard
et demain n'aura pas lieu

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IDENTITE

Est-ce moi
devant ce soleil gris perle
ou le jour trop las
dans les eaux usees du poeme?

est-ce bien moi
que les heures infusent
dans l'image detrempee du poeme?

est-ce encore moi
ou l'image d'un poeme enivre?

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ESPOIRS DEMODES

Deroulez le tapis vert quand j'espere
que vous serez au rendez-vous
des musiques
des prieres
et de l'amour en masse
pour la nouvelle annee qui s'acheve
dans la desinvolture des guerres
des bric-a-brac
et des j'en-passe par-dessus la tete des voeux
presentes l'annee derniere
lors d'un cocktail Molotov
et ses petits fours
crematoires
servis a l'ancienne
comme un malheur qui marche a pas feutres
devant les gares de la pitie
et les files d'attente

les ruines se vengent

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L'UNE ET L'AUTRE

Une politique
un desordre
des guerres affolees
des femmes qui fuient
devant l'eternite des pierres

elles gisent blanches
dans la fureur rouge de l'etreinte
dressees contre les fleurs
les salutations d'usage
le mensonge sous la jupe du silence
tombe malade
a cause de l'encens des chapelles ardentes
dentelles des misericordes

le monde est delave

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RUMEUR

Nu comme un regard
le printemps rit sous l'aisselle des ponts
et soupire
le soleil en rut

une rumeur circule entre les jambes des passants
dans l'ascension des chambres de septembre
a travers les volets
la texture des foules
et les poemes brules
par l'anatheme de l'oeil
disloque

_________________________


UNE VOIX, UNE ENIGME

Les voix sont noires
comme des culs de poules ennivrees
images glissantes
sur les trottoirs enneiges

au detour
un oeil passionne guette la scene
un rale viendra dire je t'aime dans un miroir
a gauche de la tolerance
la figure vole en eclats
le hasard s'etonne

la formule
c'est le decor
le confort
le rite des corps
la passion mur a mur
l'obsession
la fiction
le retour

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ABLUTIONS

Faut-il se laver a tout jamais
tremper sa main dans la douleur
d'etre la
et savonner l'ennui

ou attendre d'etre plus noir qu'une tache de silence
impregnee sur le cote droit du destin
ou meme un peu cernes
comme les choses du monde
les songes
les mensonges
le plomb
les surplombs dans le secret des hauteurs
et les histoires sans atmosphere
sans stratosphere

les heures s'encrassent d'illusions
comme toujours

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F I N

Les yeux grands ouverts dans la boue

il fait silence

dans sa chair refroidie


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(C) Editions En Marge et Huguette Bertrand
Depot legal / novembre 1995
Bibliotheque nationale du Quebec, Montreal
Bibliotheque nationale du Canada, Ottawa
ISBN 2-921818-00-0
Tous droits reserves - All rights reserved

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Ce recueil de poesie est aussi edite sur le site web de la
Bibliotheque nationale du Canada dans sa collection electronique
a l'adresse suivante :
[ http://collection.nlc-bnc.ca/100/200/300/huguette_bertrand/rouge/rougemem.html ]

This poetry book is also edited on the National Library of Canada's website
in it's electronic collection at the following URL :
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