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De la Terre a la Lune by Jules Verne
J >> Jules Verne >> De la Terre a la Lune Pages: 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14
Cette operation se termina le 8 juillet, et le coulage fut fixe au
lendemain.
< Maston a son ami Barbicane.
--Sans doute, repondit Barbicane, mais ce ne sera pas une fete
publique!
--Comment! vous n'ouvrirez pas les portes de l'enceinte a tout
venant?
--Je m'en garderai bien, Maston; la fonte de la Columbiad est une
operation delicate, pour ne pas dire perilleuse, et je prefere qu'elle
s'effectue a huis clos. Au depart du projectile, fete si l'on veut,
mais jusque-la, non.
Le president avait raison; l'operation pouvait offrir des dangers
imprevus, auxquels une grande affluence de spectateurs eut empeche de
parer. Il fallait conserver la liberte de ses mouvements. Personne
ne fut donc admis dans l'enceinte, a l'exception d'une delegation des
membres du Gun-Club, qui fit le voyage de Tampa-Town. On vit la le
fringant Bilsby, Tom Hunter, le colonel Blomsberry, le major
Elphiston, le general Morgan, et _tutti quanti_, pour lesquels la
fonte de la Columbiad devenait une affaire personnelle. J.-T. Maston
s'etait constitue leur cicerone; il ne leur fit grace d'aucun detail;
il les conduisit partout, aux magasins, aux ateliers, au milieu des
machines, et il les forca de visiter les douze cents fourneaux les uns
apres les autres. A la douze-centieme visite, ils etaient un peu
ecoeures.
La fonte devait avoir lieu a midi precis; la veille, chaque four avait
ete charge de cent quatorze mille livres de metal en barres, disposees
par piles croisees, afin que l'air chaud put circuler librement entre
elles. Depuis le matin, les douze cents cheminees vomissaient dans
l'atmosphere leurs torrents de flammes, et le sol etait agite de
sourdes trepidations. Autant de livres de metal a fondre, autant de
livres de houille a bruler. C'etaient donc soixante-huit mille tonnes
de charbon, qui projetaient devant le disque du soleil un epais rideau
de fumee noire.
La chaleur devint bientot insoutenable dans ce cercle de fours dont
les ronflements ressemblaient au roulement du tonnerre; de puissants
ventilateurs y joignaient leurs souffles continus et saturaient
d'oxygene tous ces foyers incandescents.
L'operation, pour reussir, demandait a etre rapidement conduite. Au
signal donne par un coup de canon, chaque four devait livrer passage
la fonte liquide et se vider entierement.
Ces dispositions prises, chefs et ouvriers attendirent le moment
determine avec une impatience melee d'une certaine quantite d'emotion.
Il n'y avait plus personne dans l'enceinte, et chaque contremaitre
fondeur se tenait a son poste pres des trous de coulee.
Barbicane et ses collegues, installes sur une eminence voisine,
assistaient a l'operation. Devant eux, une piece de canon etait la,
prete a faire feu sur un signe de l'ingenieur.
Quelques minutes avant midi, les premieres gouttelettes du metal
commencerent a s'epancher; les bassins de reception s'emplirent peu
peu, et lorsque la fonte fut entierement liquide, on la tint en repos
pendant quelques instants, afin de faciliter la separation des
substances etrangeres.
Midi sonna. Un coup de canon eclata soudain et jeta son eclair fauve
dans les airs. Douze cents trous de coulee s'ouvrirent a la fois, et
douze cents serpents de feu ramperent vers le puits central, en
deroulant leurs anneaux incandescents. La ils se precipiterent, avec
un fracas epouvantable, a une profondeur de neuf cents pieds. C'etait
un emouvant et magnifique spectacle. Le sol tremblait, pendant que
ces flots de fonte, lancant vers le ciel des tourbillons de fumee,
volatilisaient en meme temps l'humidite du moule et la rejetaient par
les events du revetement de pierre sous la forme d'impenetrables
vapeurs. Ces nuages factices deroulaient leurs spirales epaisses en
montant vers le zenith jusqu'a une hauteur de cinq cents toises.
Quelque sauvage, errant au-dela des limites de l'horizon, eut pu
croire a la formation d'un nouveau cratere au sein de la Floride, et
cependant ce n'etait la ni une eruption, ni une trombe, ni un orage,
ni une lutte d'elements, ni un de ces phenomenes terribles que la
nature est capable de produire! Non! l'homme seul avait cree ces
vapeurs rougeatres, ces flammes gigantesques dignes d'un volcan, ces
trepidations bruyantes semblables aux secousses d'un tremblement de
terre, ces mugissements rivaux des ouragans et des tempetes, et
c'etait sa main qui precipitait, dans un abime creuse par elle tout un
Niagara, de metal en fusion.
XVI
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LA COLUMBIAD
L'operation de la fonte avait-elle reussi? On en etait reduit a de
simples conjectures. Cependant tout portait a croire au succes,
puisque le moule avait absorbe la masse entiere du metal liquefie dans
les fours. Quoi qu'il en soit, il devait etre longtemps impossible de
s'en assurer directement.
En effet, quand le major Rodman fondit son canon de cent soixante
mille livres, il ne fallut pas moins de quinze jours pour en operer le
refroidissement. Combien de temps, des lors, la monstrueuse
Columbiad, couronnee de ses tourbillons de vapeurs, et defendue par sa
chaleur intense, allait-elle se derober aux regards de ses
admirateurs? Il etait difficile de le calculer.
L'impatience des membres du Gun-Club fut mise pendant ce laps de temps
a une rude epreuve. Mais on n'y pouvait rien. J.-T. Maston faillit
se rotir par devouement. Quinze jours apres la fonte, un immense
panache de fumee se dressait encore en plein ciel, et le sol brulait
les pieds dans un rayon de deux cents pas autour du sommet de
Stone's-Hill.
Les jours s'ecoulerent, les semaines s'ajouterent l'une a l'autre.
Nul moyen de refroidir l'immense cylindre. Impossible de s'en
approcher. Il fallait attendre, et les membres du Gun-Club rongeaient
leur frein.
<peine nous separent du premier decembre! Enlever le moule interieur,
calibrer l'ame de la piece, charger la Columbiad, tout cela est
faire! Nous ne serons pas prets! On ne peut seulement pas approcher
du canon! Est-ce qu'il ne se refroidira jamais! Voila qui serait une
mystification cruelle!
On essayait de calmer l'impatient secretaire sans y parvenir,
Barbicane ne disait rien, mais son silence cachait une sourde
irritation. Se voir absolument arrete par un obstacle dont le temps
seul pouvait avoir raison, -- le temps, un ennemi redoutable dans les
circonstances, -- et etre a la discretion d'un ennemi, c'etait dur
pour des gens de guerre.
Cependant des observations quotidiennes permirent de constater un
certain changement dans l'etat du sol. Vers le 15 aout, les vapeurs
projetees avaient diminue notablement d'intensite et d'epaisseur.
Quelques jours apres, le terrain n'exhalait plus qu'une legere buee,
dernier souffle du monstre enferme dans son cercueil de pierre. Peu
peu les tressaillements du sol vinrent a s'apaiser, et le cercle de
calorique se restreignit; les plus impatients des spectateurs se
rapprocherent; un jour on gagna deux toises; le lendemain, quatre; et,
le 22 aout, Barbicane, ses collegues, l'ingenieur, purent prendre
place sur la nappe de fonte qui effleurait le sommet de Stone's-Hill,
un endroit fort hygienique, a coup sur, ou il n'etait pas encore
permis d'avoir froid aux pieds.
<> s'ecria le president du Gun-Club avec un immense soupir de
satisfaction.
Les travaux furent repris le meme jour. On proceda immediatement
l'extraction du moule interieur, afin de degager l'ame de la piece; le
pic, la pioche, les outils a tarauder fonctionnerent sans relache; la
terre argileuse et le sable avaient acquis une extreme durete sous
l'action de la chaleur; mais, les machines aidant, on eut raison de ce
melange encore brulant au contact des parois de fonte; les materiaux
extraits furent rapidement enleves sur des chariots mus a la vapeur,
et l'on fit si bien, l'ardeur au travail fut telle, l'intervention de
Barbicane si pressante, et ses arguments presentes avec une si grande
force sous la forme de dollars, que, le 3 septembre, toute trace du
moule avait disparu.
Immediatement l'operation de l'alesage commenca; les machines furent
installees sans retard et manoeuvrerent rapidement de puissants
alesoirs dont le tranchant vint mordre les rugosites de la fonte.
Quelques semaines plus tard, la surface interieure de l'immense tube
etait parfaitement cylindrique, et l'ame de la piece avait acquis un
poli parfait.
Enfin, le 22 septembre, moins d'un an apres la communication
Barbicane, l'enorme engin, rigoureusement calibre et d'une verticalit
absolue, relevee au moyen d'instruments delicats, fut pret
fonctionner. Il n'y avait plus que la Lune a attendre, mais on etait
sur qu'elle ne manquerait pas au rendez-vous. La joie de J.-T.
Maston ne connut plus de bornes, et il faillit faire une chute
effrayante, en plongeant ses regards dans le tube de neuf cents pieds.
Sans le bras droit de Blomsberry, que le digne colonel avait
heureusement conserve, le secretaire du Gun-Club, comme un nouvel
Erostrate, eut trouve la mort dans les profondeurs de la Columbiad.
Le canon etait donc termine; il n'y avait plus de doute possible sur
sa parfaite execution; aussi, le 6 octobre, le capitaine Nicholl, quoi
qu'il en eut, s'executa vis-a-vis du president Barbicane, et celui-ci
inscrivit sur ses livres, a la colonne des recettes, une somme de deux
mille dollars. On est autorise a croire que la colere du capitaine
fut poussee aux dernieres limites et qu'il en fit une maladie.
Cependant il avait encore trois paris de trois mille, quatre mille et
cinq mille dollars, et pourvu qu'il en gagnat deux, son affaire
n'etait pas mauvaise, sans etre excellente. Mais l'argent n'entrait
point dans ses calculs, et le succes obtenu par son rival, dans la
fonte d'un canon auquel des plaques de dix toises n'eussent pas
resiste, lui portait un coup terrible.
Depuis le 23 septembre, l'enceinte de Stone's-Hill avait ete largement
ouverte au public, et ce que fut l'affluence des visiteurs se
comprendra sans peine.
En effet, d'innombrables curieux, accourus de tous les points des
Etats-Unis, convergeaient vers la Floride. La ville de Tampa s'etait
prodigieusement accrue pendant cette annee, consacree tout entiere aux
travaux du Gun-Club, et elle comptait alors une population de cent
cinquante mille ames. Apres avoir englobe le fort Brooke dans un
reseau de rues, elle s'allongeait maintenant sur cette langue de terre
qui separe les deux rades de la baie d'Espiritu-Santo; des quartiers
neufs, des places nouvelles, toute une foret de maisons, avaient
pousse sur ces greves naguere desertes, a la chaleur du soleil
americain. Des compagnies s'etaient fondees pour l'erection
d'eglises, d'ecoles, d'habitations particulieres, et en moins d'un an
l'etendue de la ville fut decuplee.
On sait que les Yankees sont nes commercants; partout ou le sort les
jette, de la zone glacee a la zone torride, il faut que leur instinct
des affaires s'exerce utilement. C'est pourquoi de simples curieux,
des gens venus en Floride dans l'unique but de suivre les operations
du Gun-Club, se laisserent entrainer aux operations commerciales des
qu'ils furent installes a Tampa. Les navires fretes pour le
transportement du materiel et des ouvriers avaient donne au port une
activite sans pareille. Bientot d'autres batiments, de toute forme et
de tout tonnage, charges de vivres, d'approvisionnements, de
marchandises, sillonnerent la baie et les deux rades; de vastes
comptoirs d'armateurs, des offices de courtiers s'etablirent dans la
ville, et la _Shipping Gazette_ [_Gazette maritime_.] enregistra
chaque jour des arrivages nouveaux au port de Tampa.
Tandis que les routes se multipliaient autour de la ville, celle-ci,
en consideration du prodigieux accroissement de sa population et de
son commerce, fut enfin reliee par un chemin de fer aux Etats
meridionaux de l'Union. Un railway rattacha la Mobile a Pensacola, le
grand arsenal maritime du Sud; puis, de ce point important, il se
dirigea sur Tallahassee. La existait deja un petit troncon de voie
ferree, long de vingt et un milles, par lequel Tallahassee se mettait
en communication avec Saint-Marks, sur les bords de la mer. Ce fut ce
bout de road-way qui fut prolonge jusqu'a Tampa-Town, en vivifiant sur
son passage et en reveillant les portions mortes ou endormies de la
Floride centrale. Aussi Tampa, grace a ces merveilles de l'industrie
dues a l'idee eclose un beau jour dans le cerveau d'un homme, put
prendre a bon droit les airs d'une grande ville. On l'avait surnommee
<> et la capitale des Florides subissait
une eclipse totale, visible de tous les points du monde.
Chacun comprendra maintenant pourquoi la rivalite fut si grande entre
le Texas et la Floride, et l'irritation des Texiens quand ils se
virent deboutes de leurs pretentions par le choix du Gun-Club. Dans
leur sagacite prevoyante, ils avaient compris ce qu'un pays devait
gagner a l'experience tentee par Barbicane et le bien dont un
semblable coup de canon serait accompagne. Le Texas y perdait un
vaste centre de commerce, des chemins de fer et un accroissement
considerable de population. Tous ces avantages retournaient a cette
miserable presqu'ile floridienne, jetee comme une estacade entre les
flots du golfe et les vagues de l'ocean Atlantique. Aussi, Barbicane
partageait-il avec le general Santa-Anna toutes les antipathies
texiennes.
Cependant, quoique livree a sa furie commerciale et a sa fougue
industrielle, la nouvelle population de Tampa-Town n'eut garde
d'oublier les interessantes operations du Gun-Club. Au contraire.
Les plus minces details de l'entreprise, le moindre coup de pioche, la
passionnerent. Ce fut un va-et-vient incessant entre la ville et
Stone's-Hill, une procession, mieux encore, un pelerinage.
On pouvait deja prevoir que, le jour de l'experience, l'agglomeration
des spectateurs se chiffrerait par millions, car ils venaient deja de
tous les points de la terre s'accumuler sur l'etroite presqu'ile.
L'Europe emigrait en Amerique.
Mais jusque-la, il faut le dire, la curiosite de ces nombreux
arrivants n'avait ete que mediocrement satisfaite. Beaucoup
comptaient sur le spectacle de la fonte, qui n'en eurent que les
fumees. C'etait peu pour des yeux avides; mais Barbicane ne voulut
admettre personne a cette operation. De la maugreement,
mecontentement, murmures; on blama le president; on le taxa
d'absolutisme; son procede fut declare <>. Il y eut
presque une emeute autour des palissades de Stone's-Hill. Barbicane,
on le sait, resta inebranlable dans sa decision.
Mais, lorsque la Columbiad fut entierement terminee, le huis clos ne
put etre maintenu; il y aurait eu mauvaise grace, d'ailleurs, a fermer
ses portes, pis meme, imprudence a mecontenter les sentiments publics.
Barbicane ouvrit donc son enceinte a tout venant; cependant, pouss
par son esprit pratique, il resolut de battre monnaie sur la curiosit
publique.
C'etait beaucoup de contempler l'immense Columbiad, mais descendre
dans ses profondeurs, voila ce qui semblait aux Americains etre le _ne
plus ultra_ du bonheur en ce monde. Aussi pas un curieux qui ne
voulut se donner la jouissance de visiter interieurement cet abime de
metal. Des appareils, suspendus a un treuil a vapeur, permirent aux
spectateurs de satisfaire leur curiosite. Ce fut une fureur. Femmes,
enfants, vieillards, tous se firent un devoir de penetrer jusqu'au
fond de l'ame les mysteres du canon colossal. Le prix de la descente
fut fixe a cinq dollars par personne, et, malgre son elevation,
pendant les deux mois qui precederent l'experience, l'affluence les
visiteurs permit au Gun-Club d'encaisser pres de cinq cent mille
dollars [Deux millions sept cent dix mille francs.].
Inutile de dire que les premiers visiteurs de la Columbiad furent les
membres du Gun-Club, avantage justement reserve a l'illustre
assemblee. Cette solennite eut lieu le 25 septembre. Une caisse
d'honneur descendit le president Barbicane, J.-T. Maston, le major
Elphiston, le general Morgan, le colonel Blomsberry, l'ingenieur
Murchison et d'autres membres distingues du celebre club. En tout,
une dizaine. Il faisait encore bien chaud au fond de ce long tube de
metal. On y etouffait un peu! Mais quelle joie! quel ravissement!
Une table de dix couverts avait ete dressee sur le massif de pierre
qui supportait la Columbiad eclairee _a giorno_ par un jet de lumiere
electrique. Des plats exquis et nombreux, qui semblaient descendre du
ciel, vinrent se placer successivement devant les convives, et les
meilleurs vins de France coulerent a profusion pendant ce repas
splendide servi a neuf cents pieds sous terre.
Le festin fut tres anime et meme tres bruyant; des toasts nombreux
s'entrecroiserent; on but au globe terrestre, on but a son satellite,
on but au Gun-Club, on but a l'Union, a la Lune, a Phoebe, a Diane,
Selene, a l'astre des nuits, a la <>!
Tous ces hurrahs, portes sur les ondes sonores de l'immense tube
acoustique, arrivaient comme un tonnerre a son extremite, et la foule,
rangee autour de Stone's-Hill, s'unissait de coeur et de cris aux dix
convives enfouis au fond de la gigantesque Columbiad.
J.-T. Maston ne se possedait plus; s'il cria plus qu'il ne gesticula,
s'il but plus qu'il ne mangea, c'est un point difficile a etablir. En
tout cas, il n'eut pas donne sa place pour un empire, <le canon charge amorce, et faisant feu a l'instant, aurait d
l'envoyer par morceaux dans les espaces planetaires>>.
XVII
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UNE DEPECHE TELEGRAPHIQUE
Les grands travaux entrepris par le Gun-Club etaient, pour ainsi dire,
termines, et cependant, deux mois allaient encore s'ecouler avant le
jour ou le projectile s'elancerait vers la Lune. Deux mois qui
devaient paraitre longs comme des annees a l'impatience universelle!
Jusqu'alors les moindres details de l'operation avaient ete chaque
jour reproduits par les journaux, que l'on devorait d'un oeil avide et
passionne; mais il etait a craindre que desormais, ce <d'interet>> distribue au public ne fut fort diminue, et chacun
s'effrayait de n'avoir plus a toucher sa part d'emotions quotidiennes.
Il n'en fut rien; l'incident le plus inattendu, le plus
extraordinaire, le plus incroyable, le plus invraisemblable vint
fanatiser a nouveau les esprits haletants et rejeter le monde entier
sous le coup d'une poignante surexcitation. Un jour, le 30 septembre,
a trois heures quarante-sept minutes du soir, un telegramme, transmis
par le cable immerge entre Valentia (Irlande), Terre-Neuve et la cote
americaine, arriva a l'adresse du president Barbicane.
Le president Barbicane rompit l'enveloppe, lut la depeche, et, quel
que fut son pouvoir sur lui-meme, ses levres palirent, ses yeux se
troublerent a la lecture des vingt mots de ce telegramme.
Voici le texte de cette depeche, qui figure maintenant aux archives du
Gun-Club:
FRANCE, PARIS.
_30 septembre, 4 h matin.
Barbicane, Tampa, Floride,
Etats-Unis.
Remplacez obus spherique par projectile cylindro-conique. Partirai
dedans. Arriverai par steamer_ Atlanta.
MICHEL ARDAN.
XVIII
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LE PASSAGER DE L'<
Si cette foudroyante nouvelle, au lieu de voler sur les fils
electriques, fut arrivee simplement par la poste et sous enveloppe
cachetee, si les employes francais, irlandais, terre-neuviens,
americains n'eussent pas ete necessairement dans la confidence du
telegraphe, Barbicane n'aurait pas hesite un seul instant. Il se
serait tu par mesure de prudence et pour ne pas deconsiderer son
oeuvre. Ce telegramme pouvait cacher une mystification, venant d'un
Francais surtout. Quelle apparence qu'un homme quelconque fut assez
audacieux pour concevoir seulement l'idee d'un pareil voyage? Et si
cet homme existait, n'etait-ce pas un fou qu'il fallait enfermer dans
un cabanon et non dans un boulet?
Mais la depeche etait connue, car les appareils de transmission sont
peu discrets de leur nature, et la proposition de Michel Ardan courait
deja les divers Etats de l'Union. Ainsi Barbicane n'avait plus aucune
raison de se taire. Il reunit donc ses collegues presents
Tampa-Town, et sans laisser voir sa pensee, sans discuter le plus ou
moins de creance que meritait le telegramme, il en lut froidement le
texte laconique.
<On s'est moque de nous! -- Ridicule! -- Absurde!>> Toute la serie des
expressions qui servent a exprimer le doute, l'incredulite, la
sottise, la folie, se deroula pendant quelques minutes, avec
accompagnement des gestes usites en pareille circonstance. Chacun
souriait, riait, haussait les epaules ou eclatait de rire, suivant sa
disposition d'humeur. Seul, J.-T. Maston eut un mot superbe.
<
--Oui, lui repondit le major, mais s'il est quelquefois permis d'avoir
des idees comme celle-la, c'est a la condition de ne pas meme songer
les mettre a execution.
--Et pourquoi pas?>> repliqua vivement le secretaire du Gun-Club, pret
a discuter. Mais on ne voulut pas le pousser davantage.
Cependant le nom de Michel Ardan circulait deja dans la ville de
Tampa. Les etrangers et les indigenes se regardaient,
s'interrogeaient et plaisantaient, non pas cet Europeen, -- un mythe,
un individu chimerique, -- mais J.-T. Maston, qui avait pu croire
l'existence de ce personnage legendaire. Quand Barbicane proposa
d'envoyer un projectile a la Lune, chacun trouva l'entreprise
naturelle, praticable, une pure affaire de balistique! Mais qu'un
etre raisonnable offrit de prendre passage dans le projectile, de
tenter ce voyage invraisemblable, c'etait une proposition fantaisiste,
une plaisanterie, une farce, et, pour employer un mot dont les
Francais ont precisement la traduction exacte dans leur langage
familier, un <>!
Les moqueries durerent jusqu'au soir sans discontinuer, et l'on peut
affirmer que toute l'Union fut prise d'un fou rire, ce qui n'est guere
habituel a un pays ou les entreprises impossibles trouvent volontiers
des proneurs, des adeptes, des partisans.
Cependant la proposition de Michel Ardan, comme toutes les idees
nouvelles, ne laissait pas de tracasser certains esprits. Cela
derangeait le cours des emotions accoutumees. <cela!>> Cet incident devint bientot une obsession par son etranget
meme. On y pensait. Que de choses niees la veille dont le lendemain
a fait des realites! Pourquoi ce voyage ne s'accomplirait-il pas un
jour ou l'autre? Mais, en tout cas, l'homme qui voulait se risquer
ainsi devait etre fou, et decidement, puisque son projet ne pouvait
etre pris au serieux, il eut mieux fait de se taire, au lieu de
troubler toute une population par ses billevesees ridicules.
Mais, d'abord, ce personnage existait-il reellement? Grande question!
Ce nom, <>, n'etait pas inconnu a l'Amerique! Il
appartenait a un Europeen fort cite pour ses entreprises audacieuses.
Puis, ce telegramme lance a travers les profondeurs de l'Atlantique,
cette designation du navire sur lequel le Francais disait avoir pris
passage, la date assignee a sa prochaine arrivee, toutes ces
circonstances donnaient a la proposition un certain caractere de
vraisemblance. Il fallait en avoir le coeur net. Bientot les
individus isoles se formerent en groupes, les groupes se condenserent
sous l'action de la curiosite comme des atomes en vertu de
l'attraction moleculaire, et, finalement, il en resulta une foule
compacte, qui se dirigea vers la demeure du president Barbicane.
Celui-ci, depuis l'arrivee de la depeche, ne s'etait pas prononce; il
avait laisse l'opinion de J.-T. Maston se produire, sans manifester
ni approbation ni blame; il se tenait coi, et se proposait d'attendre
les evenements; mais il comptait sans l'impatience publique, et vit
d'un oeil peu satisfait la population de Tampa s'amasser sous ses
fenetres. Bientot des murmures, des vociferations, l'obligerent
paraitre. On voit qu'il avait tous les devoirs et, par consequent,
tous les ennuis de la celebrite.
Il parut donc; le silence se fit, et un citoyen, prenant la parole,
lui posa carrement la question suivante: <la depeche sous le nom de Michel Ardan est-il en route pour
l'Amerique, oui ou non?
--Messieurs, repondit Barbicane, je ne le sais pas plus que vous.
--Il faut le savoir, s'ecrierent des voix impatientes.
--Le temps nous l'apprendra, repondit froidement le president.
--Le temps n'a pas le droit de tenir en suspens un pays tout entier,
reprit l'orateur. Avez-vous modifie les plans du projectile, ainsi
que le demande le telegramme?
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President Obama teams up with one of Marvel's greatest heroes, reports Alison Flood
Here's Michael Wolff, still doing the rounds promoting his Rupert Murdoch biography, The man who owns the news. This interview with Jon Stewart is fun. It starts off with Wolff saying: "You wanna start a rumour, tell Rupert. He's the biggest gossip I've ever met." And there's an amusing pay-off too. (Via Comedy Central/The E&P Pub) guardian.co.uk © Guardian News & Media Limited 2009 | Use of this content is subject to our Terms & Conditions | More Feeds

Poetry Workshop creature features
For many years my local corner shop displayed a large sign in its window telling local residents to "use us or lose us!" It always looked a rather toothless threat to me. After all, if I didn't use them, what difference would it make to me if they weren't there? And surely a corner shop, one that had been there for years, would have enough customers to survive without recourse to such apocalyptic warning? But it didn't and was soon converted into flats. This community shop was destroyed not so much by the pressures of the supermarkets or people's commuting patterns, but simply by customer apathy. It's something to think about as crime writers and readers across the world mourn the imminent passing of Maxim Jakubowski's celebrated Charing Cross Road bookshop in London, Murder One. Apathy is a strange word to connect to a bookstore that thrives on passion. It's noticeable when you walk through the door, when you speak to the friendly, knowledgeable staff, when you look at the shelves and see the vast range of titles on offer. This isn't your regular kind of bookstore: the first time I visited spent a whole lunch break looking up and down, from floor to ceiling from table to table; it was an hour that changed my perception of both crime writing and of bookselling. Murder One was – and for a few weeks will remain – a shop that took crime seriously. Not in the sense that it intellectualised it, or made unsubstantiated claims for its importance, but in the way that it treated crime writing with the respect it was due. With a genre that has so many off-shoots, branches and sub-genres, it took a shop of Murder One's calibre to show just how diverse, interesting and mentally stimulating crime could be – far more than the guilty pleasure I had, until then, considered it. Thanks to judicious recommendations, enticing table displays and hours of foraging among the stacks, I discovered writers that I would never have picked up, let alone read. You could always get the latest blockbuster, but delve a little deeper and you'd find books that were not stocked anywhere else, novels that, like the perfect crime, were hidden from public view. The Martin Beck novels by Sjöwall & Wahlöö – probably my favourite sequence of novels in any genre – were introduced to me via Murder One, as were Kem Nunn, Sue Grafton, and Henning Mankell. It's also the staff of Murder One who piqued my interest in the inimitable Fred Vargas, and I can't thank them enough for the introduction. Inclusive and without snobbery, Murder One amply demonstrated that the best bookshops are places not just of commerce, but of community; places that make feel you belong. It's the kind of store that bibliophiles dream about: well-stocked, well-staffed and shabby enough to lose days browsing within. It's just unfortunate that such shops don't have enough paying customers to keep them afloat, or that these customers visit all too infrequently – something of which I'm certainly guilty. These kinds of shops are facing a long, bloody battle – and one which, without significant reinforcements, they are likely to lose. As we hear of the travesty of another brilliant independent going down, we'll mourn the loss, wring our hands and damn Amazon and the supermarkets and Waterstone's. Yet perhaps the most important detail we'll probably keep under wraps: the last time we actually spent any money there. Murder One closing its doors for the final time is undoubtedly a .38 shell for independent bookshops, but whether it's body blow or a warning shot all depends upon us, the consumers. No one, no matter how iconic or established, can exist on fond memories alone: just ask Woolworths. Use these shops now, because it doesn't take a master sleuth to deduce what will happen if we don't. guardian.co.uk © Guardian News & Media Limited 2009 | Use of this content is subject to our Terms & Conditions | More Feeds

In focus: Liz Jobey looks at the work of photographic printer Richard Benson
From winged wonders to creepy crawlies, Mark Doty is impressed by the creatures that emerged from his workshop on encountering animals

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