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Les Indes Noires by Jules Verne

J >> Jules Verne >> Les Indes Noires

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-- Et tu n'avais pas peur, Nell, quand tu etais seule ?

-- Harry, repondit la jeune fille, c'est quand j'etais seule que je
n'avais pas peur ! >> La voix de Nell s'etait legerement alteree en
prononcant ces paroles. Harry, cependant, crut devoir la presser un
peu, et il dit :

<< Mais on pouvait se perdre dans ces longues galeries, Nell. Ne
craignais-tu donc pas de t'y egarer ?

-- Non, Harry. Je connaissais, depuis longtemps, tous les detours de la
nouvelle houillere !

-- N'en sortais-tu pas quelquefois ?...

-- Oui.., quelquefois.., repondit en hesitant la jeune fille,
quelquefois, je venais jusque dans l'ancienne mine d'Aberfoyle.

-- Tu connaissais donc le vieux cottage ?

-- Le cottage.., oui.., mais, de bien loin seulement, ceux qui
l'habitaient !

-- C'etaient mon pere et ma mere, repondit Harry, c'etait moi ! Nous
n'avions jamais voulu abandonner notre ancienne demeure !

-- Peut-etre cela aurait-il mieux valu pour vous !... murmura la jeune
fille.

-- Et pourquoi, Nell ? N'est-ce pas notre obstination a ne pas la
quitter, qui nous a fait decouvrir le nouveau gisement ? Et cette
decouverte n'a-t-elle pas eu des consequences heureuses pour toute une
population qui a reconquis ici l'aisance par le travail, pour toi,
Nell, qui, rendue a la vie, as trouve des cœurs tout a toi !

-- Pour moi ! repondit vivement Nell... Oui ! quoi qu'il puisse arriver
! Pour les autres.., qui sait ?...

-- Que veux-tu dire ?

-- Rien... rien !... Mais, il y avait danger a s'introduire, alors,
dans la nouvelle houillere ! Oui ! grand danger ! Harry ! Un jour, des
imprudents ont penetre dans ces abimes. Ils ont ete loin, bien loin !
Ils se sont egares...

-- Egares ? dit Harry en regardant Nell.

-- Oui... egares... repondit Nell, dont la voix tremblait. Leur lampe
s'est eteinte ! Ils n'ont pu retrouver leur chemin...

-- Et la, s'ecria Harry, emprisonnes pendant huit longs jours, Nell,
ils ont ete pres de mourir ! Et sans un etre secourable, que Dieu leur
a envoye, un ange peut-etre, qui leur a secretement apporte un peu de
nourriture, sans un guide mysterieux qui, plus tard, a conduit jusqu'a
eux leurs liberateurs, ils ne seraient jamais sortis de cette tombe !

-- Et comment le sais-tu ? demanda la jeune fille.

-- Parce que ces hommes c'etait James Starr.., c'etait mon pere...
c'etait moi, Nell ! >>

Nell, relevant la tete, saisit la main du jeune homme, et elle le
regarda avec une telle fixite, que celui-ci se sentit trouble jusqu'au
plus profond de son cœur.

<< Toi ! repeta la jeune fille.

-- Oui ! repondit Harry, apres un instant de silence, et celle a qui
nous devons de vivre, c'etait toi,

Nell ! Ce ne pouvait etre que toi ! >> Nell laissa tomber sa tete entre
ses deux mains, sans repondre. Jamais Harry ne l'avait vue aussi
vivement impressionnee.

<< Ceux qui t'ont sauvee, Nell, ajouta-t-il d'une voix emue, te devaient
deja la vie, et crois-tu qu'ils puissent jamais l'oublier ? >>

XVI

Sur l'echelle oscillante

Cependant, les travaux d'exploitation de la Nouvelle-Aberfoyle etaient
conduits avec grand profit. Il va sans dire que l'ingenieur James Starr
et Simon Ford -- les premiers decouvreurs de ce riche bassin
carbonifere -- participaient largement a ces benefices. Harry devenait
donc un parti. Mais il ne songeait guere a quitter le cottage. Il avait
remplace son pere dans les fonctions d'overman et surveillait
assidument tout ce monde de mineurs.

Jack Ryan etait fier et ravi de toute cette fortune qui arrivait a son
camarade. Lui aussi, il faisait bien ses affaires. Tous deux se
voyaient souvent, soit au cottage, soit dans les travaux du fond. Jack
Ryan n'etait pas sans avoir observe les sentiments qu'eprouvait Harry
pour la jeune fille. Harry n'avouait pas, mais Jack riait a belles
dents, lorsque son camarade secouait la tete en signe de denegation.

Il faut dire que l'un des plus vifs desirs de Jack Ryan etait
d'accompagner Nell, lorsqu'elle ferait sa premiere visite a la surface
du comte. Il voulait voir ses etonnements, son admiration devant cette
nature encore inconnue d'elle. Il esperait bien qu'Harry l'emmenerait
pendant cette excursion. Jusqu'ici, cependant, celui-ci ne lui en avait
pas fait la proposition, -- ce qui ne laissait pas de l'inquieter un
peu.

Un jour, Jack Ryan descendait l'un des puits d'aeration par lequel les
etages inferieurs de la houillere communiquaient avec la surface du
sol. Il avait pris l'une de ces echelles qui, en se relevant et en
s'abaissant par oscillations successives, permettent de descendre et de
monter sans fatigue. Vingt oscillations de l'appareil l'avaient abaisse
de cent cinquante pieds environ, lorsque, sur l'etroit palier ou il
avait pris place, il se rencontra avec Harry, qui remontait aux travaux
du jour.

<< C'est toi ? dit Jack, en regardant son compagnon, eclaire par la
lumiere des lampes electriques du puits.

-- Oui, Jack, repondit Harry, et je suis content de te voir. J'ai une
proposition a te faire...

-- Je n'ecoute rien avant que tu m'aies donne des nouvelles de Nell !
s'ecria Jack Ryan.

-- Nell va bien, Jack, et si bien meme que, dans un mois ou six
semaines, je l'espere...

-- Tu l'epouseras, Harry ?

-- Tu ne sais ce que tu dis, Jack !

-- C'est possible, Harry, mais je sais bien ce que je ferai !

-- Et que feras-tu ?

-- Je l'epouserai, moi, si tu ne l'epouses pas, toi ! repliqua Jack, en
eclatant de rire. Saint Mungo me protege ! mais elle me plait, la
gentille Nell ! Une jeune et bonne creature qui n'a jamais quitte la
mine, c'est bien la femme qu'il faut a un mineur ! Elle est orpheline
comme je suis orphelin, et, pour peu que tu ne penses vraiment pas a
elle, et qu'elle veuille de ton camarade, Harry !... >>

Harry regardait gravement Jack. Il le laissait parler, sans meme
essayer de lui repondre.

<< Ce que je dis la ne te rend pas jaloux, Harry ? demanda Jack Ryan
d'un ton un peu plus serieux.

-- Non, Jack, repondit tranquillement Harry.

-- Cependant, si tu ne fais pas de Nell ta femme, tu n'as pas la
pretention qu'elle reste vieille fille ?

-- Je n'ai aucune pretention >>, repondit Harry.

Une oscillation de l'echelle vint alors permettre aux deux amis de se
separer, l'un pour descendre, l'autre pour remonter le puits.
Cependant, ils ne se separerent pas.

<< Harry, dit Jack, crois-tu que je t'aie parle serieusement tout a
l'heure a propos de Nell ?

-- Non, Jack, repondit Harry.

-- Eh bien, je vais le faire alors !

-- Toi, parler serieusement !

-- Mon brave Harry, repondit Jack, je suis capable de donner un bon
conseil a un ami.

-- Donne, Jack.

-- Eh bien, voila ! Tu aimes Nell de tout l'amour dont elle est digne,
Harry ! Ton pere, le vieux Simon, ta mere, la vieille Madge, l'aiment
aussi comme si elle etait leur enfant. Or, tu aurais bien peu a faire
pour qu'elle devint tout a fait leur fille ! -- Pourquoi ne
l'epouses-tu pas ?

-- Pour t'avancer ainsi, Jack, repondit Harry, connais-tu donc les
sentiments de Nell ?

-- Personne ne les ignore, pas meme toi, Harry, et c'est pour cela que
tu n'es point jaloux ni de moi, ni des autres. -- Mais voici l'echelle
qui va descendre, et...

-- Attends, Jack, dit Harry, en retenant son camarade, dont le pied
avait deja quitte le palier pour se poser sur l'echelon mobile.

-- Bon, Harry ! s'ecria Jack en riant, tu vas me faire ecarteler !

-- Ecoute serieusement, Jack, repondit Harry, car, a mon tour, c'est
serieusement que je parle.

-- J'ecoute... jusqu'a la prochaine oscillation, mais pas plus !

-- Jack, reprit Harry, je n'ai point a cacher que j'aime Nell.

Mon plus vif desir est d'en faire ma femme...

-- Bien, cela.

-- Mais, telle qu'elle est encore, j'ai comme un scrupule de conscience
a lui demander de prendre une determination qui doit etre irrevocable.

-- Que veux-tu dire, Harry ?

-- Je veux dire, Jack, que Nell n'a jamais quitte ces profondeurs de la
houillere ou elle est nee, sans doute. Elle ne sait rien, elle ne
connait rien du dehors. Elle a tout a apprendre par les yeux, et
peut-etre aussi par le cœur. Qui sait ce que seront ses pensees,
lorsque de nouvelles impressions naitront en elle ! Elle n'a encore
rien de terrestre, et il me semble que ce serait la tromper, avant
qu'elle se soit decidee, en pleine connaissance, a preferer a tout
autre le sejour dans la houillere. -- Me comprends-tu, Jack ?

-- Oui... vaguement... Je comprends surtout que tu vas encore me faire
manquer la prochaine oscillation !

-- Jack, repondit Harry d'une voix grave, quand ces appareils ne
devraient plus jamais fonctionner, quand ce palier devrait manquer sous
nos pieds, tu ecouteras ce que j'ai a te dire !

-- A la bonne heure ! Harry. Voila comment j'aime qu'on me parle ! --
Nous disons donc qu'avant d'epouser Nell, tu vas l'envoyer dans un
pensionnat de la vieille-Enfumee ?

-- Non, Jack, repondit Harry, je saurai bien moi-meme faire l'education
de celle qui devra etre ma femme !

-- Et cela n'en vaudra que mieux, Harry !

-- Mais, auparavant, reprit Harry, je veux, comme je viens de te le
dire, que Nell ait une vraie connaissance du monde exterieur. Une
comparaison, Jack. Si tu aimais une jeune fille aveugle, et si l'on
venait te dire : << Dans un mois elle sera guerie ! >> n'attendrais-tu
pas pour l'epouser que sa guerison fut faite ?

-- Oui, ma foi, oui ! repondit Jack Ryan.

-- Eh bien, Jack, Nell est encore aveugle, et, avant d'en faire ma
femme, je veux qu'elle sache bien que c'est moi, que ce sont les
conditions de ma vie qu'elle prefere et accepte. Je veux que ses yeux
se soient ouverts enfin a la lumiere du jour !

-- Bien, Harry, bien, tres bien ! s'ecria Jack Ryan. Je te comprends a
cette heure. Et a quelle epoque l'operation ?...

-- Dans un mois, Jack, repondit Harry. Les yeux de Nell s'habituent peu
a peu a la clarte de nos disques. C'est une preparation. Dans un mois,
je l'espere, elle aura vu la terre et ses merveilles, le ciel et ses
splendeurs ! Elle saura que la nature a donne au regard humain des
horizons plus recules que ceux d'une sombre houillere ! Elle verra que
les limites de l'univers sont infinies ! >>

Mais, tandis qu'Harry se laissait ainsi entrainer par son imagination,
Jack Ryan, quittant le palier, avait saute sur l'echelon oscillant de
l'appareil.

<< Eh ! Jack, cria Harry, ou es-tu donc ?

-- Au-dessous de toi, repondit en riant le joyeux compere. Pendant que
tu t'eleves dans l'infini, moi, je descends dans l'abime !

-- Adieu, Jack ! repondit Harry, en se cramponnant lui-meme a l'echelle
remontante. Je te recommande de ne parler a personne de ce que je viens
de te dire !

-- A personne ! cria Jack Ryan, mais a une condition pourtant...

-- Laquelle ?

-- C'est que je vous accompagnerai tous les deux pendant la premiere
excursion que Nell fera a la surface du globe !

-- Oui, Jack, je te le promets >>, repondit Harry.

Une nouvelle pulsation de l'appareil mit encore un intervalle plus
considerable entre les deux amis. Leur voix n'arrivait plus que tres
affaiblie de l'un a l'autre.

Et, cependant, Harry put encore entendre Jack crier :

<< Et lorsque Nell aura vu les etoiles, la lune et le soleil, sais-tu
bien ce qu'elle leur preferera ?

-- Non, Jack !

-- Ce sera toi, mon camarade, toi encore, toi toujours ! >>

Et la voix de Jack Ryan s'eteignit enfin dans un dernier hurrah !

Cependant, Harry consacrait toutes ses heures inoccupees a l'education
de Nell. Il lui avait appris a lire, a ecrire, -- toutes choses dans
lesquelles la jeune fille fit de rapides progres. On eut dit qu'elle <<
savait >> d'instinct. Jamais intelligence plus vive ne triompha plus
vite d'une aussi complete ignorance. C'etait un etonnement pour ceux
qui l'approchaient.

Simon et Madge se sentaient chaque jour plus etroitement lies a leur
enfant d'adoption, dont le passe ne laissait pas de les preoccuper,
cependant. Ils avaient bien reconnu la nature des sentiments d'Harry
pour Nell, et cela ne leur deplaisait point.

On se rappelle que lors de sa premiere visite a l'ancien cottage, le
vieil overman avait dit a l'ingenieur :

<< Pourquoi mon fils se marierait-il ? Quelle creature de la-haut
conviendrait a un garcon dont la vie doit s'ecouler dans les
profondeurs d'une mine ! >>

Eh bien, ne semblait-il pas que la Providence lui eut envoye la seule
compagne qui put veritablement convenir a son fils ? N'etait-ce pas la
comme une faveur du Ciel ?

Aussi, le vieil overman se promettait-il bien que, si ce mariage se
faisait, ce jour-la, il y aurait a Coal-city une fete qui ferait epoque
pour les mineurs de la Nouvelle-Aberfoyle.

Simon Ford ne savait pas si bien dire !

Il faut ajouter qu'un autre encore desirait non moins ardemment cette
union de Nell et d'Harry. C'etait l'ingenieur James Starr. Certes, le
bonheur de ces deux jeunes gens, il le voulait par-dessus tout. Mais un
mobile, d'un interet plus general, peut-etre, le poussait aussi dans ce
sens.

On le sait, James Starr avait conserve certaines apprehensions, bien
que rien dans le present ne les justifiat plus. Cependant, ce qui avait
ete pouvait etre encore. Ce mystere de la nouvelle houillere, Nell
etait evidemment la seule a le connaitre. Or, si l'avenir devait
reserver de nouveaux dangers aux mineurs d'Aberfoyle, comment se mettre
en garde contre de telles eventualites, sans en savoir au moins la
cause ?

<< Nell n'a pas voulu parler, repetait souvent James Starr, mais ce
qu'elle a tu jusqu'ici a tout autre, elle ne saurait le taire longtemps
a son mari ! Le danger menacerait Harry comme il nous menacerait
nous-memes. Donc, un mariage qui doit donner le bonheur aux epoux et la
securite a leurs amis, est un bon mariage, ou il ne s'en fera jamais
ici-bas ! >>

Ainsi raisonnait, non sans quelque logique, l'ingenieur James Starr. Ce
raisonnement, il le communiqua meme au vieux Simon, qui ne fut pas sans
le gouter. Rien ne semblait donc devoir s'opposer a ce qu'Harry devint
l'epoux de Nell.

Et qui donc l'aurait pu ? Harry et Nell s'aimaient. Les vieux parents
ne revaient pas d'autre compagne pour leur fils. Les camarades d'Harry
enviaient son bonheur, tout en reconnaissant qu'il lui etait bien du.
La jeune fille ne relevait que d'elle-meme et n'avait d'autre
consentement a obtenir que celui de son propre cœur.

Mais, si personne ne semblait pouvoir mettre obstacle a ce mariage,
pourquoi, lorsque les disques electriques s'eteignaient a l'heure du
repos, quand la nuit se faisait sur la cite ouvriere, lorsque les
habitants de Coal-city avaient regagne leur cottage, pourquoi, de l'un
des coins les plus sombres de la Nouvelle Aberfoyle, un etre mysterieux
se glissait-il dans les tenebres ? Quel instinct guidait ce fantome a
travers certaines galeries si etroites qu'on devait les croire
impraticables ? Pourquoi cet etre enigmatique, dont les yeux percaient
la plus profonde obscurite, venait-il en rampant sur le rivage du lac
Malcolm ? Pourquoi se dirigeait-il si obstinement vers l'habitation de
Simon Ford, et si prudemment aussi, qu'il avait jusqu'alors dejoue
toute surveillance ? Pourquoi venait-il appuyer son oreille aux
fenetres et essayait-il de surprendre des lambeaux de conversation a
travers les volets du cottage ?

Et, lorsque certaines paroles arrivaient jusqu'a lui, pourquoi son
poing se dressait-il pour menacer la tranquille demeure ? Pourquoi,
enfin ces mots s'echappaient-ils de sa bouche, contractee par la colere
:

<< Elle et lui ! Jamais ! >>

XVII

Un lever de soleil

Un mois apres -- c'etait le soir du 20 aout --, Simon Ford et Madge
saluaient de leurs meilleurs << wishes >> quatre touristes qui
s'appretaient a quitter le cottage.

James Starr, Harry et Jack Ryan allaient conduire Nell sur un sol que
son pied n'avait jamais foule, dans cet eclatant milieu, dont ses
regards ne connaissaient pas encore la lumiere.

L'excursion devait se prolonger pendant deux jours. James Starr,
d'accord avec Harry, voulait qu'apres ces quarante-huit heures passees
au-dehors, la jeune fille eut vu tout ce qu'elle n'avait pu voir dans
la sombre houillere, c'est-a-dire les divers aspects du globe, comme si
un panorama mouvant de villes, de plaines, de montagnes, de fleuves, de
lacs, de golfes, de mers, se fut deroule devant ses yeux.

Or, dans cette portion de l'Ecosse, comprise entre Edimbourg et
Glasgow, il semblait que la nature eut voulu precisement reunir ces
merveilles terrestres, et, quant aux cieux, ils seraient la comme
partout, avec leurs nuees changeantes, leur lune sereine ou voilee,
leur soleil radieux, leur fourmillement d'etoiles.

L'excursion projetee avait donc ete combinee de maniere a satisfaire
aux conditions de ce programme.

Simon Ford et Madge eussent ete tres heureux d'accompagner Nell; mais,
on les connait, ils ne quittaient pas volontiers le cottage, et,
finalement, ils ne purent se resoudre a abandonner, meme pour un jour,
leur souterraine demeure.

James Starr allait la en observateur, en philosophe, tres curieux, au
point de vue psychologique, d'observer les naives impressions de Nell,
-- peut-etre meme de surprendre quelque peu des mysterieux evenements
auxquels son enfance avait ete melee.

Harry, lui, se demandait, non sans apprehension, si une autre jeune
fille que celle qu'il aimait et qu'il avait connue jusqu'alors,
n'allait pas se reveler pendant cette rapide initiation aux choses du
monde exterieur.

Quant a Jack Ryan, il etait joyeux comme un pinson qui s'envole aux
premiers rayons de soleil. Il esperait bien que sa contagieuse gaiete
se communiquerait a ses compagnons de voyage. Ce serait une facon de
payer sa bienvenue.

Nell etait pensive et comme recueillie.

James Starr avait decide, non sans raison, que le depart se ferait le
soir. Mieux valait, en effet, que la jeune fille ne passat que par une
gradation insensible des tenebres de la nuit aux clartes du jour. Or,
c'est le resultat qui serait obtenu, puisque, de minuit a midi, elle
subirait ces phases successives d'ombre et de lumiere, auxquelles son
regard pourrait s'habituer peu a peu.

Au moment de quitter le cottage, Nell prit la main d'Harry, et lui dit :

<< Harry, est-il donc necessaire que j'abandonne notre houillere, ne
fut-ce que quelques jours ?

-- Oui, Nell, repondit le jeune homme, il le faut ! Il le faut pour toi
et pour moi !

-- Cependant, Harry, reprit Nell, depuis que tu m'as recueillie, je
suis heureuse autant qu'on peut l'etre. Tu m'as instruite. Cela ne
suffit-il pas ? Que vais-je faire la-haut ? >>

Harry la regarda sans repondre. Les pensees qu'exprimait Nell etaient
presque les siennes.

<< Ma fille, dit alors James Starr, je comprends ton hesitation, mais il
est bon que tu viennes avec nous. Ceux que tu aimes t'accompagnent, et
ils te rameneront. Que tu veuilles, ensuite, continuer de vivre dans la
houillere, comme le vieux Simon, comme Madge, comme Harry, libre a toi
! Je ne doute pas qu'il en doive etre ainsi, et je t'approuve. Mais, au
moins, tu pourras comparer ce que tu laisses avec ce que tu prends, et
agir en toute liberte. viens donc !

-- Viens, ma chere Nell, dit Harry.

-- Harry, je suis prete a te suivre >>, repondit la jeune fille.

A neuf heures, le dernier train du tunnel entrainait Nell et ses
compagnons a la surface du comte. vingt minutes apres, il les deposait
a la gare ou se reliait le petit embranchement, detache du railway de
Dumbarton a Stirling, qui desservait la Nouvelle Aberfoyle.

La nuit etait deja sombre. De l'horizon au zenith, quelques vapeurs peu
compactes couraient encore dans les hauteurs du ciel, sous la poussee
d'une brise de nord-ouest qui rafraichissait l'atmosphere. La journee
avait ete belle. La nuit devait l'etre aussi.

Arrives a Stirling, Nell et ses compagnons, abandonnant le train,
sortirent aussitot de la gare.

Devant eux, entre de grands arbres, se developpait une route qui
conduisait aux rives du Forth.

La premiere impression physique qu'eprouva la jeune fille, fut celle de
l'air pur que ses poumons aspirerent avidement.

<< Respire bien, Nell, dit James Starr, respire cet air charge de toutes
les vivifiantes senteurs de la campagne !

-- Quelles sont ces grandes fumees qui courent au-dessus de notre tete
? demanda Nell.

-- Ce sont des nuages, repondit Harry, ce sont des vapeurs a demi
condensees que le vent pousse dans l'ouest.

-- Ah ! fit Nell, que j'aimerais a me sentir emportee dans leur
silencieux tourbillon ! -- Et quels sont ces points scintillants qui
brillent a travers les dechirures des nuees ?

-- Ce sont les etoiles dont je t'ai parle, Nell. Autant de soleils,
autant de centres de mondes, peut-etre semblables au notre ! >> Les
constellations se dessinaient plus nettement alors sur le bleu-noir du
firmament, que le vent purifiait peu a peu.

Nell regardait ces milliers d'etoiles brillantes qui fourmillaient
au-dessus de sa tete.

<< Mais, dit-elle, si ce sont des soleils, comment mes yeux peuvent-ils
en supporter l'eclat ?

-- Ma fille, repondit James Starr, ce sont des soleils, en effet, mais
des soleils qui gravitent a une distance enorme. Le plus rapproche de
ces milliers d'astres, dont les rayons arrivent jusqu'a nous, c'est
cette etoile de la Lyre, Wega, que tu vois la presque au zenith, et
elle est encore a cinquante mille milliards de lieues. Son eclat ne
peut donc affecter ton regard. Mais notre soleil se levera demain a
trente-huit millions de lieues seulement, et aucun œil humain ne
peut le regarder fixement, car il est plus ardent qu'un foyer de
fournaise. Mais viens, Nell, viens ! >>

On prit la route. James Starr tenait la jeune fille par la main. Harry
marchait a son cote. Jack Ryan allait et venait comme eut fait un jeune
chien, impatient de la lenteur de ses maitres.

Le chemin etait desert. Nell regardait la silhouette des grands arbres
que le vent agitait dans l'ombre. Elle les eut volontiers pris pour
quelques geants qui gesticulaient. Le bruissement de la brise dans les
hautes branches, le profond silence pendant les accalmies, cette ligne
d'horizon qui s'accusait plus nettement, lorsque la route coupait une
plaine, tout l'impregnait de sentiments nouveaux et tracait en elle des
impressions ineffacables. Apres avoir interroge d'abord, Nell se
taisait, et, d'un commun propos, ses compagnons respectaient son
silence. Ils ne voulaient point influencer par leurs paroles
l'imagination sensible de la jeune fille. Ils preferaient laisser les
idees naitre d'elles-memes en son esprit.

A onze heures et demie environ, la rive septentrionale du golfe de
Forth etait atteinte.

La, une barque, qui avait ete fretee par James Starr, attendait. Elle
devait, en quelques heures, les porter, ses compagnons et lui, jusqu'au
port d'Edimbourg.

Nell vit l'eau brillante qui ondulait a ses pieds sous l'action du
ressac et semblait constellee d'etoiles tremblotantes.

<< Est-ce un lac ? demanda-t-elle.

-- Non, repondit Harry, c'est un vaste golfe avec des eaux courantes,
c'est l'embouchure d'un fleuve, c'est presque un bras de mer. Prends un
peu de cette eau dans le creux de ta main, Nell, et tu verras qu'elle
n'est pas douce comme celle du lac Malcolm. >>

La jeune fille se baissa, trempa sa main dans les premiers flots et la
porta a ses levres.

<< Cette eau est salee, dit-elle.

-Oui, repondit Harry, la mer a reflue jusqu'ici, car la maree est
pleine. Les trois quarts de notre globe sont recouverts de cette eau
salee, dont tu viens de boire quelques gouttes !

-- Mais si l'eau des fleuves n'est que celle de la mer que leur versent
les nuages, pourquoi est-elle douce ? demanda Nell.

-- Parce que l'eau se dessale en s'evaporant, repondit James Starr. Les
nuages ne sont formes que par l'evaporation et renvoient sous forme de
pluie cette eau douce a la mer.

-- Harry, Harry ! s'ecria alors la jeune fille, quelle est cette lueur
rougeatre qui enflamme l'horizon ? Est-ce donc une foret en feu ? >>

Et Nell montrait un point du ciel, au milieu des basses brumes qui se
coloraient dans l'est.

<< Non, Nell, repondit Harry. C'est la lune a son lever.

-- Oui, la lune ! s'ecria Jack Ryan, un superbe plateau d'argent que
les genies celestes font circuler dans le firmament, et qui recueille
toute une monnaie d'etoiles !

-- Vraiment, Jack ! repondit l'ingenieur en riant, je ne te connaissais
pas ce penchant aux comparaisons hardies !

-- Eh ! monsieur Starr, ma comparaison est juste ! vous voyez bien que
les etoiles disparaissent a mesure que la lune s'avance. Je suppose
donc qu'elles tombent dedans !

-- C'est-a-dire, Jack, repondit l'ingenieur, que c'est la lune qui
eteint par son eclat les etoiles de sixieme grandeur, et voila pourquoi
celles-ci s'effacent sur son passage.

-- Que tout cela est beau ! repetait Nell, qui ne vivait plus que par
le regard. Mais je croyais que la lune etait toute ronde ?

-- Elle est ronde quand elle est pleine, repondit James Starr,
c'est-a-dire lorsqu'elle se trouve en opposition avec le soleil. Mais,
cette nuit, la lune entre dans son dernier quartier, elle est ecornee
deja, et le plateau d'argent de notre ami Jack n'est plus qu'un plat a
barbe !

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President Obama teams up with one of Marvel's greatest heroes, reports Alison Flood

Here's Michael Wolff, still doing the rounds promoting his Rupert Murdoch biography, The man who owns the news. This interview with Jon Stewart is fun. It starts off with Wolff saying: "You wanna start a rumour, tell Rupert. He's the biggest gossip I've ever met." And there's an amusing pay-off too. (Via Comedy Central/The E&P Pub)

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For many years my local corner shop displayed a large sign in its window telling local residents to "use us or lose us!" It always looked a rather toothless threat to me. After all, if I didn't use them, what difference would it make to me if they weren't there? And surely a corner shop, one that had been there for years, would have enough customers to survive without recourse to such apocalyptic warning? But it didn't and was soon converted into flats.

This community shop was destroyed not so much by the pressures of the supermarkets or people's commuting patterns, but simply by customer apathy. It's something to think about as crime writers and readers across the world mourn the imminent passing of Maxim Jakubowski's celebrated Charing Cross Road bookshop in London, Murder One.

Apathy is a strange word to connect to a bookstore that thrives on passion. It's noticeable when you walk through the door, when you speak to the friendly, knowledgeable staff, when you look at the shelves and see the vast range of titles on offer. This isn't your regular kind of bookstore: the first time I visited spent a whole lunch break looking up and down, from floor to ceiling from table to table; it was an hour that changed my perception of both crime writing and of bookselling.

Murder One was – and for a few weeks will remain – a shop that took crime seriously. Not in the sense that it intellectualised it, or made unsubstantiated claims for its importance, but in the way that it treated crime writing with the respect it was due. With a genre that has so many off-shoots, branches and sub-genres, it took a shop of Murder One's calibre to show just how diverse, interesting and mentally stimulating crime could be – far more than the guilty pleasure I had, until then, considered it.

Thanks to judicious recommendations, enticing table displays and hours of foraging among the stacks, I discovered writers that I would never have picked up, let alone read. You could always get the latest blockbuster, but delve a little deeper and you'd find books that were not stocked anywhere else, novels that, like the perfect crime, were hidden from public view. The Martin Beck novels by Sjöwall & Wahlöö – probably my favourite sequence of novels in any genre – were introduced to me via Murder One, as were Kem Nunn, Sue Grafton, and Henning Mankell. It's also the staff of Murder One who piqued my interest in the inimitable Fred Vargas, and I can't thank them enough for the introduction.

Inclusive and without snobbery, Murder One amply demonstrated that the best bookshops are places not just of commerce, but of community; places that make feel you belong. It's the kind of store that bibliophiles dream about: well-stocked, well-staffed and shabby enough to lose days browsing within. It's just unfortunate that such shops don't have enough paying customers to keep them afloat, or that these customers visit all too infrequently – something of which I'm certainly guilty.

These kinds of shops are facing a long, bloody battle – and one which, without significant reinforcements, they are likely to lose. As we hear of the travesty of another brilliant independent going down, we'll mourn the loss, wring our hands and damn Amazon and the supermarkets and Waterstone's. Yet perhaps the most important detail we'll probably keep under wraps: the last time we actually spent any money there.

Murder One closing its doors for the final time is undoubtedly a .38 shell for independent bookshops, but whether it's body blow or a warning shot all depends upon us, the consumers. No one, no matter how iconic or established, can exist on fond memories alone: just ask Woolworths. Use these shops now, because it doesn't take a master sleuth to deduce what will happen if we don't.

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