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Les Indes Noires by Jules Verne

J >> Jules Verne >> Les Indes Noires

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<< SILFAX. >>

<< Silfax ! s'ecrierent a la fois Simon Ford et Madge.

-- Quel est cet homme ? demanda Harry, dont le regard se portait
alternativement de son pere a la jeune fille.

-- Silfax ! repetait Nell avec desespoir, Silfax ! >>

Et tout son etre fremissait en murmurant ce nom, pendant que Madge,
s'emparant d'elle, la reconduisait presque de force a sa chambre.

James Starr etait accouru. Apres avoir lu et relu la phrase menacante :

<< La main qui a trace ces lignes, dit-il, est celle qui m'avait ecrit
la lettre contradictoire de la votre, Simon ! Cet homme se nomme Silfax
! Je vois a votre trouble que vous le connaissez ! Quel est ce Silfax ?
>>

XX

Le penitent

Ce nom avait ete toute une revelation pour le vieil overman.

C'etait celui du dernier << penitent >> de la fosse Dochart.

Autrefois, avant l'invention de la lampe de surete, Simon Ford avait
connu cet homme farouche, qui, au risque de sa vie, allait chaque jour
provoquer les explosions partielles du grisou. Il avait vu cet etre
etrange, rodant dans la mine, toujours accompagne d'un enorme harfang,
sorte de chouette monstrueuse, qui l'aidait dans son perilleux metier
en portant une meche enflammee la ou la main de Silfax ne pouvait
atteindre. Un jour, ce vieillard avait disparu, et, en meme temps que
lui, une petite orpheline, nee dans la mine et qui n'avait plus pour
parent que lui, son arriere-grand-pere. Cette enfant, evidemment,
c'etait Nell. Depuis quinze ans, tous deux auraient donc vecu dans
quelque secret abime, jusqu'au jour ou Nell fut sauvee par Harry.

Le vieil overman, en proie a la fois a un sentiment de pitie et de
colere, communiqua a l'ingenieur et a son fils ce que la vue de ce nom
de Silfax venait de lui reveler.

Cela eclaircissait toute la situation. Silfax etait l'etre mysterieux
vainement cherche dans les profondeurs de la Nouvelle Aberfoyle !

<< Ainsi, vous l'avez connu, Simon ? demanda l'ingenieur.

-- Oui, en verite, repondit l'overman. L'homme au harfang ! Il n'etait
deja plus jeune. Il devait avoir quinze ou vingt ans de plus que moi.
Une sorte de sauvage, qui ne frayait avec personne, qui passait pour ne
craindre ni l'eau ni le feu ! C'etait par gout qu'il avait choisi le
metier de penitent, dont peu se souciaient. Cette dangereuse profession
avait derange ses idees. On le disait mechant, et il n'etait peut-etre
que fou. Sa force etait prodigieuse. Il connaissait la houillere comme
pas un, -- aussi bien que moi tout au moins. On lui accordait une
certaine aisance. Ma foi, je le croyais mort depuis bien des annees.

-- Mais, reprit James Starr, qu'entend-il par ces mots : << Tu m'as vole
le dernier filon de nos vieilles houilleres >> ?

-- Ah ! voila, repondit Simon Ford. Il y a longtemps deja, Silfax, dont
la cervelle, je vous l'ai dit, a toujours ete derangee, pretendait
avoir des droits sur l'ancienne Aberfoyle. Aussi son humeur
devenait-elle de plus en plus farouche a mesure que la fosse Dochart,
-- sa fosse ! -- s'epuisait ! Il semblait que ce fussent ses propres
entrailles que chaque coup de pic lui arrachat du corps ! -- Tu dois
te. souvenir de cela, Madge ?

-- Oui, Simon, repondit la vieille Ecossaise.

-- Cela me revient maintenant, reprit Simon Ford, depuis que j'ai vu le
nom de Silfax sur cette porte; mais, je le repete, je le croyais mort,
et je ne pouvais imaginer que cet etre malfaisant, que nous avons tant
cherche, fut l'ancien penitent de la fosse Dochart !

-- En effet, dit James Starr, tout s'explique. Un hasard a revele a
Silfax l'existence du nouveau gisement. Dans son egoisme de fou, il
aura voulu s'en constituer le defenseur, vivant dans la houillere, la
parcourant nuit et jour, il aura surpris votre secret, Simon, et su que
vous me demandiez en toute hate au cottage. De la, cette lettre
contradictoire de la votre; de la, apres mon arrivee, le bloc de pierre
lance contre Harry et les echelles detruites du puits Yarow; de la,
l'obturation des fissures a la paroi du nouveau gisement; de la, enfin,
notre sequestration, puis notre delivrance, qui s'est accomplie grace a
la secourable Nell, sans doute, a l'insu et malgre ce Silfax !

-- Vous venez de raconter les choses comme elles ont evidemment du se
passer, monsieur James, repondit Simon Ford. Le vieux penitent est
certainement fou, maintenant !

-- Cela vaut mieux, dit Madge.

-- Je ne sais, reprit James Starr en secouant la tete, car ce doit etre
une folie terrible que la sienne ! Ah ! je comprends que Nell ne puisse
songer a lui sans epouvante, et je comprends aussi qu'elle n'ait pas
voulu denoncer son grand-pere ! Quelles tristes annees elle a du passer
pres de ce vieillard !

-- Bien tristes ! repondit Simon Ford, entre ce sauvage et son harfang,
non moins sauvage que lui ! Car, bien sur, il n'est pas mort, cet
oiseau ! Ce ne peut etre que lui qui a eteint notre lampe, lui qui a
failli couper la corde a laquelle etaient suspendus Harry et Nell !...

-- Et je comprends, dit Madge, que la nouvelle du mariage de sa
petite-fille avec notre fils semble avoir exaspere la rancune et
redouble la rage de Silfax !

-- Le mariage de Nell avec le fils de celui qu'il accuse de lui avoir
vole le dernier gisement des Aberfoyle ne peut, en effet, qu'avoir
porte son irritation au comble ! reprit Simon Ford.

-- Il faudra pourtant bien qu'il prenne son parti de cette union !
s'ecria Harry. Si etranger qu'il soit a la vie commune, on finira bien
par l'amener a reconnaitre que la nouvelle existence de Nell vaut mieux
que celle qu'il lui faisait dans les abimes de la houillere ! Je suis
sur, monsieur Starr, que si nous pouvions mettre la main sur lui, nous
parviendrions a lui faire entendre raison !...

-- On ne raisonne pas avec la folie, mon pauvre Harry ! repondit
l'ingenieur. Mieux vaut sans doute connaitre son ennemi que l'ignorer,
mais tout n'est pas fini, parce que nous savons aujourd'hui ce qu'il
est. Tenons-nous sur nos gardes, mes amis, et pour commencer, Harry, il
faut interroger Nell ! Il le faut ! Elle comprendra que, a l'heure
qu'il est, son silence n'aurait plus de raison. Dans l'interet meme de
son grand-pere, il convient qu'elle parle. Il importe autant pour lui
que pour nous, que nous puissions mettre a neant ses sinistres projets.

-- Je ne doute pas, monsieur Starr, repondit Harry, que Nell ne vienne
de son propre mouvement au-devant de vos questions. Vous le savez
maintenant, c'est par conscience, c'est par devoir qu'elle s'est tue
jusqu'ici. C'est par devoir, c'est par conscience qu'elle parlera des
que vous le voudrez. Ma mere a bien fait de la reconduire dans sa
chambre. Elle avait grand besoin de se recueillir, mais je vais l'aller
chercher...

-- C'est inutile, Harry >>, dit d'une voix ferme et claire la jeune
fille, qui entrait au moment meme dans la grande salle du cottage.

Nell etait pale. Ses yeux disaient combien elle avait pleure; mais on
la sentait resolue a la demarche que sa loyaute lui commandait en ce
moment.

<< Nell ! s'etait ecrie Harry, en s'elancant vers la jeune fille.

-- Harry, repondit Nell, qui d'un geste arreta son fiance, ton pere, ta
mere et toi, il faut aujourd'hui que vous sachiez tout. Il faut que
vous n'ignoriez rien non plus, monsieur Starr, de ce qui concerne
l'enfant que vous avez accueillie sans la connaitre et qu'Harry pour
son malheur, helas ! a tiree de l'abime.

-- Nell ! s'ecria Harry.

-- Laisse parler Nell, dit James Starr, en imposant silence a Harry.

-- Je suis la petite-fille du vieux Silfax, reprit Nell. Je n'ai jamais
connu de mere que le jour ou je suis entree ici, ajouta-t-elle en
regardant Madge.

-- Que ce jour soit beni, ma fille ! repondit la vieille Ecossaise.

-- Je n'ai jamais connu de pere que le jour ou j'ai vu Simon Ford,
reprit Nell, et d'ami que le jour ou la main d'Harry a touche la mienne
! Seule, j'ai vecu pendant quinze ans, dans les recoins les plus
recules de la mine, avec mon grand-pere. Avec lui, c'est beaucoup dire.
Par lui serait plus juste. Je le voyais a peine. Lorsqu'il disparut de
l'ancienne Aberfoyle, il se refugia dans ces profondeurs que lui seul
connaissait. A sa facon, il etait alors bon pour moi, quoique
effrayant. Il me nourrissait de ce qu'il allait chercher au-dehors;
mais j'ai le vague souvenir que, d'abord, pendant mes plus jeunes
annees, j'ai eu pour nourrice une chevre, dont la perte m'a bien
desolee. Grand-pere, me voyant si chagrine, la remplaca d'abord par un
autre animal, -- un chien, me dit-il. Malheureusement, ce chien etait
gai. Il aboyait. Grand-pere n'aimait pas la gaiete. Il avait horreur du
bruit. Il m'avait appris le silence, et n'avait pu l'apprendre au
chien. Le pauvre animal disparut presque aussitot. Grand-pere avait
pour compagnon un oiseau farouche, un harfang, qui d'abord me fit
horreur; mais cet oiseau, malgre la repulsion qu'il m'inspirait, me
prit en une telle affection, que je finis par la lui rendre. Il en
etait venu a m'obeir mieux qu'a son maitre, et cela meme m'inquietait
pour lui. Grand-pere etait jaloux. Le harfang et moi, nous nous
cachions le plus que nous pouvions d'etre trop bien ensemble ! Nous
comprenions qu'il le fallait !... Mais c'est trop vous parler de moi !
C'est de vous qu'il s'agit...

-- Non, ma fille, repondit James Starr. Dis les choses comme elles te
viennent.

-- Mon grand-pere, reprit Nell, avait toujours vu d'un tres mauvais
œil votre voisinage dans la houillere. L'espace ne manquait pas,
cependant. C'etait loin, bien loin de vous qu'il se choisissait des
refuges. Cela lui deplaisait de vous sentir la. Quand je le
questionnais sur les gens de la-haut, son visage s'assombrissait, il ne
repondait pas et devenait comme muet pour longtemps. Mais ou sa colere
eclata, ce fut quand il s'apercut que, ne vous contentant plus du vieux
domaine, vous sembliez vouloir empieter sur le sien. Il jura que si
vous parveniez a penetrer dans la nouvelle houillere, connue de lui
seul jusqu'alors, vous peririez ! Malgre son age, sa force est encore
extraordinaire, et ses menaces me firent trembler pour vous et pour lui.

-- Continue, Nell, dit Simon Ford a la jeune fille, qui s'etait
interrompue un instant, comme pour mieux rassembler ses souvenirs.

-- Apres votre premiere tentative, reprit Nell, des que grand pere vous
vit penetrer dans la galerie de la Nouvelle-Aberfoyle, il en boucha
l'ouverture et en fit une prison pour vous. Je ne vous connaissais que
comme des ombres, vaguement entrevues dans l'obscure houillere; mais je
ne pus supporter l'idee que des chretiens allaient mourir de faim dans
ces profondeurs, et, au risque d'etre prise sur le fait, je parvins a
vous procurer pendant quelques jours un peu d'eau et de pain !...
J'aurais voulu vous guider au-dehors, mais il etait si difficile de
tromper la surveillance de mon grand-pere ! vous alliez mourir ! Jack
Ryan et ses compagnons arriverent... Dieu a permis que je les aie
rencontres ce jour-la ! Je les entrainai jusqu'a vous. Au retour, mon
grand-pere me surprit. Sa colere contre moi fut terrible. Je crus que
j'allais perir de sa main ! Depuis lors, la vie devint insupportable
pour moi. Les idees de mon grand-pere s'egarerent tout a fait. Il se
proclamait le roi de l'ombre et du feu ! Quand il entendait vos pics
frapper ces filons qu'il regardait comme les siens, il devenait furieux
et me battait avec rage. Je voulus fuir. Ce fut impossible; tant il me
gardait de pres. Enfin, il y a trois mois, dans un acces de demence
sans nom, il me descendit dans l'abime ou vous m'avez trouvee, et il
disparut, apres avoir vainement appele l'harfang, qui resta fidelement
pres de moi. Depuis quand etais-je la ? je l'ignore ! Tout ce que je
sais, c'est que je me sentais mourir, quand tu es arrive, mon Harry, et
quand tu m'as sauvee ! Mais, tu le vois, la petite-fille du vieux
Silfax ne peut pas etre la femme d'Harry Ford, puisqu'il y va de ta
vie, de votre vie a tous !

-- Nell ! s'ecria Harry.

-- Non, reprit la jeune fille. Mon sacrifice est fait. Il n'est qu'un
moyen de conjurer votre perte : c'est que je retourne pres de mon
grand-pere. Il menace toute la Nouvelle-Aberfoyle !... C'est une ame
incapable de pardon, et nul ne peut savoir ce que le genie de la
vengeance lui aura inspire ! Mon devoir est clair. Je serais la plus
miserable des creatures si j'hesitais a l'accomplir. Adieu ! et merci !
vous m'avez fait connaitre le bonheur des ce monde ! Quoi qu'il arrive,
pensez que mon cœur tout entier restera au milieu de vous ! >>

A ces mots, Simon Ford, Madge, Harry fou de douleur, s'etaient leves.

<< Quoi, Nell ! s'ecrierent-ils avec desespoir, tu voudrais nous quitter
! >>

James Starr les ecarta d'un geste plein d'autorite, et, allant droit a
Nell, il lui prit les deux mains.

<< C'est bien, mon enfant, lui dit-il. Tu as dit ce que tu devais dire;
mais voici ce que nous avons a te repondre. Nous ne te laisserons pas
partir, et, s'il le faut, nous te retiendrons par la force. Nous
crois-tu donc capables de cette lachete d'accepter ton offre genereuse
? Les menaces de Silfax sont redoutables, soit ! Mais, apres tout, un
homme n'est qu'un homme, et nous prendrons nos precautions. Cependant,
peux-tu, dans l'interet de Silfax meme, nous renseigner sur ses
habitudes, nous dire ou il se cache ? Nous ne voulons qu'une chose : le
mettre hors d'etat de nuire, et peut-etre le ramener a la raison.

-- Vous voulez l'impossible, repondit Nell. Mon grand-pere est partout
et nulle part. Je n'ai jamais connu ses retraites ! Je ne l'ai jamais
vu endormi. Quand il avait trouve quelque refuge, il me laissait seule
et disparaissait. Lorsque j'ai pris ma resolution, monsieur Starr, je
savais tout ce que vous pouviez me repondre. Croyez-moi ! Il n'y a
qu'un moyen de desarmer mon grand-pere : c'est que je parvienne a le
retrouver. Il est invisible, lui, mais il voit tout. Demandez-vous
comment il aurait decouvert vos plus secretes pensees, depuis la lettre
ecrite a M. Starr, jusqu'au projet de mon mariage avec Harry, s'il
n'avait pas l'inexplicable faculte de tout savoir. Mon grand-pere,
autant que je puis en juger, est, dans sa folie meme, un homme puissant
par l'esprit. Autrefois, il lui est arrive de me dire de grandes
choses. Il m'a appris Dieu, et ne m'a trompee que sur un point : c'est
quand il m'a fait croire que tous les hommes etaient perfides,
lorsqu'il a voulu m'inspirer sa haine contre l'humanite tout entiere.
Lorsque Harry m'a rapportee dans ce cottage, vous avez pense que
j'etais ignorante seulement ! J'etais plus que cela. J'etais epouvantee
! Ah ! pardonnez-moi ! mais, pendant quelques jours, je me suis crue au
pouvoir des mechants, et je voulais vous fuir ! Ce qui a commence a
ramener mon esprit au vrai, c'est vous, Madge, non par vos paroles,
mais par le spectacle de votre vie, alors que je vous voyais aimee et
respectee de votre mari et de votre fils ! Puis, quand j'ai vu ces
travailleurs, heureux et bons, venerer M. Starr, dont je les ai crus
d'abord les esclaves, lorsque pour la premiere fois j'ai vu toute la
population d'Aberfoyle venir a la chapelle, s'y agenouiller, prier Dieu
et le remercier de ses bontes infinies, alors je me suis dit : << Mon
grand-pere m'a trompee ! >> Mais aujourd'hui, eclairee par ce que vous
m'avez appris, je pense qu'il s'est trompe lui-meme ! Je vais donc
reprendre les chemins secrets par lesquels je l'accompagnais autrefois.
Il doit me guetter ! Je l'appellerai... il m'entendra, et qui sait si,
en retournant vers lui, je ne le ramenerai pas a la verite ? >>

Tous avaient laisse parler la jeune fille. Chacun sentait qu'il devait
lui etre bon d'ouvrir son cœur tout entier a ses amis, au moment
ou, dans sa genereuse illusion, elle croyait qu'elle allait les quitter
pour toujours. Mais quand, epuisee, les yeux pleins de larmes, elle se
tut, Harry, se tournant vers Madge, dit :

<< Ma mere, que penseriez-vous de l'homme qui abandonnerait la noble
fille que vous venez d'entendre ?

-- Je penserais, repondit Madge, que cet homme est un lache, et, s'il
etait mon fils, je le renierais, je le maudirais !

-- Nell, tu as entendu notre mere, reprit Harry. Ou que tu ailles, je
te suivrai. Si tu persistes a partir, nous partirons ensemble...

-- Harry ! Harry ! >> s'ecria Nell.

Mais l'emotion etait trop forte. On vit blemir les levres de la jeune
fille, et elle tomba dans les bras de Madge, qui pria l'ingenieur,
Simon et Harry de la laisser seule avec elle.

XXI

Le mariage de Nell

On se separa, mais il fut d'abord convenu que les hotes du cottage
seraient plus que jamais sur leurs gardes. La menace du vieux Silfax
etait trop directe pour qu'il n'en fut pas tenu compte. C'etait a se
demander si l'ancien penitent ne disposait pas de quelque moyen
terrible qui pouvait aneantir toute l'Aberfoyle.

Des gardiens armes furent donc postes aux diverses issues de la
houillere, avec ordre de veiller jour et nuit. Tout etranger a la mine
dut etre amene devant James Starr, afin qu'il put constater son
identite. On ne craignit pas de mettre les habitants de Coal-city au
courant des menaces dont la colonie souterraine etait l'objet. Silfax
n'ayant aucune intelligence dans la place, il n'y avait nulle trahison
a craindre. On fit connaitre a Nell toutes les mesures de surete qui
venaient d'etre prises, et, sans qu'elle fut rassuree completement,
elle retrouva quelque tranquillite. Mais la resolution d'Harry de la
suivre partout ou elle irait, avait plus que tout contribue a lui
arracher la promesse de ne pas s'enfuir.

Pendant la semaine qui preceda le mariage de Nell et d'Harry, aucun
incident ne troubla la Nouvelle-Aberfoyle. Aussi les mineurs, sans se
departir de la surveillance organisee, revinrent-ils de cette panique,
qui avait failli compromettre l'exploitation.

Cependant James Starr continuait a faire rechercher le vieux Silfax. Le
vindicatif vieillard ayant declare que Nell n'epouserait jamais Harry,
on devait admettre qu'il ne reculerait devant rien pour empecher ce
mariage. Le mieux aurait ete de s'emparer de sa personne, tout en
respectant sa vie. L'exploration de la Nouvelle-Aberfoyle fut donc
minutieusement recommencee. On fouilla les galeries jusque dans les
etages superieurs qui affleuraient les ruines de Dundonald-Castle, a
Irvine. On supposait avec raison que c'etait par le vieux chateau que
Silfax communiquait avec l'exterieur et qu'il s'approvisionnait des
choses necessaires a sa miserable existence, soit en achetant, soit en
maraudant. Quant aux << Dames de feu >>, James Starr eut la pensee que
quelque jet de grisou, qui se produisait dans cette partie de la
houillere, avait pu etre allume par Silfax et produire ce phenomene. Il
ne se trompait pas. Mais les recherches furent vaines.

James Starr, pendant cette lutte de tous les instants contre un etre
insaisissable, fut, sans en rien faire voir, le plus malheureux des
hommes. A mesure que s'approchait le jour du mariage, ses craintes
s'accroissaient, et il avait cru devoir, par exception, en faire part
au vieil overman, qui devint bientot plus inquiet que lui.

Enfin le jour arriva.

Silfax n'avait pas donne signe de vie.

Des le matin, toute la population de Coal-city fut sur pied. Les
travaux de la Nouvelle-Aberfoyle avaient ete suspendus. Chefs et
ouvriers tenaient a rendre hommage au vieil overman et a son fils. Ce
n'etait que payer une dette de reconnaissance aux deux hommes hardis et
perseverants, qui avaient rendu a la houillere la prosperite
d'autrefois.

C'etait a onze heures, dans la chapelle de Saint-Gilles, elevee sur la
rive du lac Malcolm, que la ceremonie allait s'accomplir.

A l'heure dite, on vit sortir du cottage Harry donnant le bras a sa
mere, Simon Ford donnant le bras a Nell.

Suivaient l'ingenieur James Starr, impassible en apparence, mais au
fond s'attendant a tout, et Jack Ryan, superbe dans ses habits de piper.

Puis, venaient les autres ingenieurs de la mine, les notables de
Coal-city, les amis, les compagnons du vieil overman, tous les membres
de cette grande famille de mineurs, qui formait la population speciale
de la Nouvelle-Aberfoyle.

Au-dehors, il faisait une de ces journees torrides du mois d'aout, qui
sont particulierement penibles dans les pays du Nord. L'air orageux
penetrait jusque dans les profondeurs de la houillere, ou la
temperature s'etait elevee d'une facon anormale. L'atmosphere s'y
saturait d'electricite, a travers les puits d'aeration et le vaste
tunnel de Malcolm.

On aurait pu constater -- phenomene assez rare -- que le barometre, a
Coal-city, avait baisse d'une quantite considerable. C'etait a se
demander, vraiment, si quelque orage n'allait pas eclater sous la voute
de schiste, qui formait le ciel de l'immense crypte.

Mais la verite est que personne, au-dedans, ne se preoccupait des
menaces atmospheriques du dehors.

Chacun, cela va sans dire, avait revetu ses plus beaux habits pour la
circonstance.

Madge portait un costume qui rappelait ceux du vieux temps. Elle etait
coiffee d'un << toy >>, comme les anciennes matrones, et sur ses epaules
flottait le << rokelay >>, sorte de mantille quadrillee que les
Ecossaises portent avec une certaine elegance.

Nell s'etait promis de ne rien laisser voir des agitations de sa
pensee. Elle defendit a son cœur de battre, a ses secretes
angoisses de se trahir, et la courageuse enfant parvint a montrer a
tous un visage calme et recueilli.

Elle etait simplement mise, et la simplicite de son vetement, qu'elle
avait prefere a des ajustements plus riches, ajoutait encore au charme
de sa personne. Sa seule coiffure etait un << snood >>, ruban de couleurs
variees, dont se parent ordinairement les jeunes Caledoniennes.

Simon Ford avait un habit que n'aurait pas desavoue le digne bailli
Nichol Jarvie, de Walter Scott.

Tout ce monde se dirigea vers la chapelle de Saint-Gilles, qui avait
ete luxueusement decoree.

Au ciel de Coal-city, les disques electriques, ravives par des courants
plus intenses, resplendissaient comme autant de soleils. Une atmosphere
lumineuse emplissait toute la Nouvelle Aberfoyle.

Dans la chapelle, les lampes electriques projetaient aussi de vives
lueurs, et les vitraux colories brillaient comme des kaleidoscopes de
feux.

C'etait le reverend William Hobson qui devait officier. A la porte meme
de Saint-Gilles, il attendait l'arrivee des epoux.

Le cortege approchait, apres avoir majestueusement contourne la rive du
lac Malcolm.

En ce moment, l'orgue se fit entendre, et les deux couples, precedes du
reverend Hobson, se dirigerent vers le chevet de Saint-Gilles.

La benediction celeste fut d'abord appelee sur toute l'assistance;
puis, Harry et Nell resterent seuls devant le ministre, qui tenait le
livre sacre a la main.

<< Harry, demanda le reverend Hobson, voulez-vous prendre Nell pour
femme, et jurez-vous de l'aimer toujours ?

-- Je le jure, repondit le jeune homme d'une voix forte.

-- Et vous, Nell, reprit le ministre, voulez-vous prendre pour epoux
Harry Ford, et... >>

La jeune fille n'avait pas eu le temps de repondre, qu'une immense
clameur retentissait au-dehors.

Un de ces enormes rochers, formant terrasse, qui surplombait la rive du
lac Malcolm, a cent pas de la chapelle, venait de s'ouvrir subitement,
sans explosion, comme si sa chute eut ete preparee a l'avance.
Au-dessous, les eaux s'engouffraient dans une excavation profonde, que
personne ne savait exister la.

Puis soudain, entre les roches eboulees, apparut un canot, qu'une
poussee vigoureuse lanca a la surface du lac.

Sur ce canot, un vieillard, vetu d'une sombre cagoule, les cheveux
herisses, une longue barbe blanche tombant sur sa poitrine, se tenait
debout.

Il avait a la main une lampe Davy, dans laquelle brillait une flamme,
protegee par la toile metallique de l'appareil.

En meme temps, d'une voix forte, le vieillard criait :

<< Le grisou ! le grisou ! Malheur a tous ! malheur ! >>

En ce moment, la legere odeur qui caracterise l'hydrogene protocarbone
se repandit dans l'atmosphere.

Et s'il en etait ainsi, c'est que la chute du rocher avait livre
passage a une enorme quantite de gaz explosif, emmagasine dans
d'enormes << soufflards >> dont les schistes obturaient l'orifice. Les
jets de grisou fusaient vers les voutes du dome, sous une pression de
cinq a six atmospheres.

Le vieillard connaissait l'existence de ces soufflards, et il les avait
brusquement ouverts, de maniere a rendre detonante l'atmosphere de la
crypte.

Cependant James Starr et quelques autres, quittant precipitamment la
chapelle, s'etaient elances sur la rive.

<< Hors de la mine ! hors de la mine ! >> cria l'ingenieur, qui, ayant
compris l'imminence du danger, vint jeter ce cri d'alarme a la porte de
Saint-Gilles.

<< Le grisou ! le grisou ! >> repetait le vieillard, en poussant son
canot plus avant sur les eaux du lac.

Harry, entrainant sa fiancee, son pere, sa mere, avait precipitamment
quitte la chapelle.

<< Hors de la mine ! hors de la mine ! >> repetait James Starr.

Il etait trop tard pour fuir ! Le vieux Silfax etait la, pret a
accomplir sa derniere menace, pret a empecher le mariage de Nell et
d'Harry, en ensevelissant toute la population de Coal-city sous les
ruines de la houillere.

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Theatre review: Three Women, Jermyn Street, London
Obituary: Prolific crime novelist, Oscar-nominated screenwriter and man of many pseudonyms

Climbing the walls

Barack Obama is teaming up with Spider-Man in a comic from Marvel, which will see the future president exchanging a fist-bump with the superhero. The story sees one of Spidey's oldest enemies, the Chameleon, trying to stop Obama being inaugurated. Spider-Man's alter ego, Peter Parker, is covering the event as a photographer, and saves the day.

"Ya hear that, Chameleon?" Spider-Man says as he thwacks the villain in the face. "The president-elect here just appointed me ... secretary of shuttin' you up."

He tells Obama: "This is your day, and I know it wouldn't look good to be seen palling around with me" - in a nod to Sarah Palin's comment that Obama had been "palling around with terrorists".

"When we heard that president-elect Obama is a collector of Spider-Man comics, we knew that these two historic figures had to meet in our comics' Marvel Universe," said the publisher's editor-in-chief, Joe Quesada.

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