Les Indes Noires by Jules Verne
J >>
Jules Verne >> Les Indes Noires
Pages:
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
11 |
12 |
13 | 14
Au-dessus de sa tete, volait son enorme harfang, dont le plumage blanc
etait tache de points noirs.
Mais alors, un homme se precipita dans les eaux du lac, qui nagea
vigoureusement vers le canot.
C'etait Jack Ryan. Il s'efforcait d'atteindre le fou, avant que
celui-ci n'eut accompli son œuvre de destruction.
Silfax le vit venir. Il brisa le verre de sa lampe, et, apres avoir
arrache la meche allumee, il la promena dans l'air.
Un silence de mort planait sur toute l'assistance atterree.
James Starr, resigne, s'etonnait que l'explosion, inevitable, n'eut pas
deja aneanti la Nouvelle-Aberfoyle.
Silfax, les traits crispes, se rendit compte que le grisou, trop leger
pour se maintenir dans les basses couches, s'etait accumule vers les
hauteurs du dome.
Mais alors le harfang, sur un geste de Silfax, saisissant dans sa patte
la meche incendiaire, comme il faisait autrefois dans les galeries de
la fosse Dochart, commenca a monter vers la haute voute, que le
vieillard lui montrait de la main.
Encore quelques secondes, et la Nouvelle-Aberfoyle avait vecu !...
A ce moment, Nell s'echappa des bras d'Harry.
Calme et inspiree tout a la fois, elle courut vers la rive du lac,
jusqu'a la lisiere des eaux.
<< Harfang ! Harfang ! cria-t-elle d'une voix claire, a moi ! viens a
moi ! >>
L'oiseau fidele, etonne, avait hesite un instant. Mais soudain, ayant
reconnu la voix de Nell, il avait laisse tomber la meche enflammee dans
les eaux du lac, et, tracant un large cercle, il etait venu s'abattre
aux pieds de la jeune fille.
Les hautes couches explosives dans lesquelles le grisou s'etait melange
a l'air, n'avaient pas ete atteintes !
Alors un cri terrible retentit sous le dome. Ce fut le dernier que jeta
le vieux Silfax.
A l'instant ou Jack Ryan allait mettre la main sur le bordage du canot,
le vieillard, voyant sa vengeance lui echapper, s'etait precipite dans
les eaux du lac.
<< Sauvez-le ! sauvez-le ! >> s'ecria Nell d'une voix dechirante.
Harry l'entendit. Se jetant a son tour a la nage, il eut bientot
rejoint Jack Ryan et plongea a plusieurs reprises.
Mais ses efforts furent inutiles.
Les eaux du lac Malcolm ne rendirent pas leur proie. Elles s'etaient a
jamais refermees sur le vieux Silfax.
XXII
La legende du vieux Silfax
Six mois apres ces evenements, le mariage, si etrangement interrompu,
d'Harry Ford et de Nell, se celebrait dans la chapelle de Saint-Gilles.
Apres que le reverend Hobson eut beni leur union, les jeunes epoux,
encore vetus de noir, rentrerent au cottage.
James Starr et Simon Ford, desormais exempts de toute inquietude,
presiderent joyeusement a la fete qui suivit la ceremonie et se
prolongea jusqu'au lendemain.
Ce fut dans ces memorables circonstances que Jack Ryan, revetu de son
costume de piper, apres avoir gonfle d'air l'outre de sa cornemuse,
obtint ce triple resultat de jouer, de chanter et de danser tout a la
fois, aux applaudissements de toute l'assemblee.
Et, le lendemain, les travaux du jour et du fond recommencerent, sous
la direction de l'ingenieur James Starr.
Harry et Nell furent heureux, il est superflu de le dire. Ces deux
cœurs, tant eprouves, trouverent dans leur union le bonheur
qu'ils meritaient.
Quant a Simon Ford, l'overman honoraire de la Nouvelle Aberfoyle, il
comptait bien vivre assez pour celebrer sa cinquantaine avec la bonne
Madge, qui ne demandait pas mieux, d'ailleurs.
<< Et apres celle-la, pourquoi pas une autre ? disait Jack Ryan. Deux
cinquantaines, ce ne serait pas trop pour vous, monsieur Simon !
-- Tu as raison, mon garcon, repondit tranquillement le vieil overman.
Qu'y aurait-il d'etonnant a ce que sous le climat de la
Nouvelle-Aberfoyle, dans ce milieu qui ne connait pas les intemperies
du dehors, on devint deux fois centenaire ? >>
Les habitants de Coal-city devaient-ils jamais assister a cette seconde
ceremonie ? L'avenir le dira.
En tout cas, un oiseau, qui semblait devoir atteindre une longevite
extraordinaire, c'etait le harfang du vieux Silfax. Il hantait toujours
le sombre domaine. Mais apres la mort du vieillard, bien que Nell eut
essaye de le retenir, il s'etait enfui au bout de quelques jours. Outre
que la societe des hommes ne lui plaisait decidement pas plus qu'a son
ancien maitre, il semblait qu'il eut garde une sorte de rancune
particuliere a Harry, et que cet oiseau jaloux eut toujours reconnu et
deteste en lui le premier ravisseur de Nell, celui a qui il l'avait
disputee en vain dans l'ascension du gouffre.
Depuis ce temps, Nell ne le revoyait qu'a de longs intervalles, planant
au-dessus du lac Malcolm.
Voulait-il revoir son amie d'autrefois ? voulait-il plonger ses regards
penetrants jusqu'au fond de l'abime ou s'etait englouti Silfax ?
Les deux versions furent admises, car le harfang devint legendaire, et
il inspira a Jack Ryan plus d'une fantastique histoire.
C'est grace a ce joyeux compagnon qu'on chante encore dans les veillees
ecossaises la legende de l'oiseau du vieux Silfax, l'ancien penitent
des houilleres d'Aberfoyle.
The End
Pages:
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
7 |
8 |
9 |
10 |
11 |
12 |
13 | 14