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Les Indes Noires by Jules Verne

J >> Jules Verne >> Les Indes Noires

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Le steam-boat, en quittant Alloa, s'enfonca dans les nombreux detours
que fait le Forth sur un parcours de dix-neuf milles. Il circulait
rapidement entre les grands arbres des deux rives. Un instant, dans une
eclaircie, apparurent les ruines de l'abbaye de Cambuskenneth, qui date
du XIIe siecle. Puis, ce furent le chateau de Stirling et le bourg
royal de ce nom, ou le Forth, traverse par deux ponts, n'est plus
navigable aux navires de hautes matures.

A peine le _Prince de Galles_ avait-il accoste, que l'ingenieur sautait
lestement sur le quai. Cinq minutes apres, il arrivait a la gare de
Stirling. Une heure plus tard, il descendait du train a Callander, gros
village situe sur la rive gauche du Teith.

La, devant la gare, attendait un jeune homme, qui s'avanca aussitot
vers l'ingenieur.

C'etait Harry, le fils de Simon Ford.

[1] Principale et celebre rue du vieil Edimbourg.

III

Le sous-sol du Royaume-Uni

Il est convenable, pour l'intelligence de ce recit, de rappeler en
quelques mots quelle est l'origine de la houille.

Pendant les epoques geologiques, lorsque le spheroide terrestre etait
encore en voie de formation, une epaisse atmosphere l'entourait, toute
saturee de vapeurs d'eau et largement impregnee d'acide carbonique. Peu
a peu, ces vapeurs se condenserent en pluies diluviennes, qui tomberent
comme si elles eussent ete projetees du goulot de quelques millions de
milliards de bouteilles d'eau de Seltz. C'etait, en effet, un liquide
charge d'acide carbonique qui se deversait torrentiellement sur un sol
pateux, mal consolide, sujet aux deformations brusques ou lentes, a la
fois maintenu dans cet etat semi-fluide autant par les feux du soleil
que par les feux de la masse interieure. C'est que la chaleur interne
n'etait pas encore emmagasinee au centre du globe. La croute terrestre,
peu epaisse et incompletement durcie, la laissait s'epancher a travers
ses pores. De la, une phenomenale vegetation, -- telle, sans doute,
qu'elle se produit peut-etre a la surface des planetes inferieures,
Venus ou Mercure, plus rapprochees que la terre de l'astre radieux.

Le sol des continents, encore mal fixe, se couvrit donc de forets
immenses; l'acide carbonique, si propre au developpement du regne
vegetal, abondait. Aussi les vegetaux se developpaient-ils sous la
forme arborescente. Il n'y avait pas une seule plante herbacee.
C'etaient partout d'enormes massifs d'arbres, sans fleurs, sans fruits,
d'un aspect monotone, qui n'auraient pu suffire a la nourriture d'aucun
etre vivant. La terre n'etait pas prete encore pour l'apparition du
regne animal.

Voici quelle etait la composition de ces forets antediluviennes. La
classe des cryptogames vasculaires y dominait. Les calamites, varietes
de preles arborescentes, les lepidodendrons, sortes de lycopodes
geants, hauts de vingt-cinq ou trente metres, larges d'un metre a leur
base, des asterophylles, des fougeres, des sigillaires de proportions
gigantesques, dont on a retrouve des empreintes dans les mines de
Saint-Etienne -- toutes plantes grandioses alors, auxquelles on ne
reconnaitrait d'analogues que parmi les plus humbles specimens de la
terre habitable --, tels etaient, peu varies dans leur espece, mais
enormes dans leur developpement, les vegetaux qui composaient
exclusivement les forets de cette epoque.

Ces arbres noyaient alors leur pied dans une sorte d'immense lagune,
rendue profondement humide par le melange des eaux douces et des eaux
marines. Ils s'assimilaient avidement le carbone qu'ils soutiraient peu
a peu de l'atmosphere, encore impropre au fonctionnement de la vie, et
on peut dire qu'ils etaient destines a l'emmagasiner, sous forme de
houille, dans les entrailles memes du globe.

En effet, c'etait l'epoque des tremblements de terre, de ces
secouements du sol, dus aux revolutions interieures et au travail
plutonique, qui modifiaient subitement les lineaments encore incertains
de la surface terrestre. Ici, des intumescences qui devenaient
montagnes; la, des gouffres que devaient emplir des oceans ou des mers.
Et alors, des forets entieres s'enfoncaient dans la croute terrestre, a
travers les couches mouvantes, jusqu'a ce qu'elles eussent trouve un
point d'appui, tel que le sol primitif des roches granitoides, ou que,
par le tassement, elles formassent un tout resistant.

En effet, l'edifice geologique se presente suivant cet ordre dans les
entrailles du globe : le sol primitif, que surmonte le sol de remblai,
compose des terrains primaires, puis les terrains secondaires dont les
gisements houillers occupent l'etage inferieur, puis les terrains
tertiaires, et au-dessus, le terrain des alluvions anciennes et
modernes.

A cette epoque, les eaux, qu'aucun lit ne retenait encore et que la
condensation engendrait sur tous les points du globe, se precipitaient
en arrachant aux roches, a peine formees, de quoi composer les
schistes, les gres, les calcaires. Elles arrivaient au dessus des
forets tourbeuses et deposaient les elements de ces terrains qui
allaient se superposer au terrain houiller. Avec le temps -- des
periodes qui se chiffrent par millions d'annees --, ces terrains se
durcirent, s'etagerent et enfermerent sous une epaisse carapace de
poudingues, de schistes, de gres compacts ou friables, de gravier, de
cailloux, toute la masse des forets enlisees.

Que se passa-t-il dans ce creuset gigantesque, ou s'accumulait la
matiere vegetale, enfoncee a des profondeurs variables ? Une veritable
operation chimique, une sorte de distillation. Tout le carbone que
contenaient ces vegetaux s'agglomerait, et peu a peu la houille se
formait sous la double influence d'une pression enorme et de la haute
temperature que lui fournissaient les feux internes, si voisins d'elle
a cette epoque.

Ainsi donc un regne se substituait a l'autre dans cette lente, mais
irresistible reaction. Le vegetal se transformait en mineral. Toutes
ces plantes, qui avaient vecu de la vie vegetative sous l'active seve
des premiers jours, se petrifiaient. Quelques-unes des substances
enfermees dans ce vaste herbier, incompletement deformees, laissaient
leur empreinte aux autres produits plus rapidement mineralises, qui les
pressaient comme eut fait une presse hydraulique d'une puissance
incalculable. En meme temps, des coquilles, des zoophytes tels
qu'etoiles de mer, polypiers, spiriferes, jusqu'a des poissons, jusqu'a
des lezards, entraines par les eaux, laissaient sur la houille, tendre
encore, leur impression nette et comme << admirablement tiree [1*] >>.

La pression semble avoir joue un role considerable dans la formation
des gisements carboniferes. En effet, c'est a son degre de puissance
que sont dues les diverses sortes de houilles dont l'industrie fait
usage. Ainsi, aux plus basses couches du terrain houiller apparait
l'anthracite, qui, presque entierement depourvue de matiere volatile,
contient la plus grande quantite de carbone. Aux plus hautes couches se
montrent, au contraire, le lignite et le bois fossile, substances dans
lesquelles la quantite de carbone est infiniment moindre. Entre ces
deux couches, suivant le degre de pression qu'elles ont subie, se
rencontrent les filons de graphites, les houilles grasses ou maigres.
On peut meme affirmer que c'est faute d'une pression suffisante que la
couche des marais tourbeux n'a pas ete completement modifiee.

Ainsi donc, l'origine des houilleres, en quelque point du globe qu'on
les ait decouvertes, est celle-ci : engloutissement dans la croute
terrestre des grandes forets de l'epoque geologique, puis,
mineralisation des vegetaux obtenue avec le temps, sous l'influence de
la pression et de la chaleur, et sous l'action de l'acide carbonique.

Cependant, la nature, si prodigue d'ordinaire, n'a pas enfoui assez de
forets pour une consommation qui comprendrait quelques milliers
d'annees. La houille manquera un jour, -- cela est certain. Un chomage
force s'imposera donc aux machines du monde entier, si quelque nouveau
combustible ne remplace pas le charbon. A une epoque plus ou moins
reculee, il n'y aura plus de gisements carboniferes, si ce n'est ceux
qu'une eternelle couche de glace recouvre au Grœnland, aux
environs de la mer de Baffin, et dont l'exploitation est a peu pres
impossible. C'est le sort inevitable. Les bassins houillers de
l'Amerique, prodigieusement riches encore, ceux du lac Sale, de
l'oregon, de la Californie, n'auront plus, un jour, qu'un rendement
insuffisant. Il en sera ainsi des houilleres du cap Breton et du
Saint-Laurent, des gisements des Alleghanis, de la Pennsylvanie, de la
Virginie, de l'Illinois, de l'Indiana, du Missouri. Bien que les gites
carboniferes du Nord-Amerique soient dix fois plus considerables que
tous les gisements du monde entier, cent siecles ne s'ecouleront pas
sans que le monstre a millions de gueules de l'industrie n'ait devore
le dernier morceau de houille du globe.

La disette, on le comprend, se fera plus promptement sentir dans
l'ancien monde. Il existe bien des couches de combustible mineral en
Abyssinie, a Natal, au Zambeze, a Mozambique, a Madagascar, mais leur
exploitation reguliere offre les plus grandes difficultes. Celles de la
Birmanie, de la Chine, de la Cochinchine, du Japon, de l'Asie centrale,
seront assez vite epuisees. Les Anglais auront certainement vide
l'Australie des produits houillers, assez abondamment enfouis dans son
sol, avant le jour ou le charbon manquera au Royaume-Uni. A cette
epoque, deja, les filons carboniferes de l'Europe, atteints jusque dans
leurs dernieres veines, auront ete abandonnes.

Que l'on juge par les chiffres suivants des quantites de houille qui
ont ete consommees depuis la decouverte des premiers gisements. Les
bassins houillers de la Russie, de la Saxe et de la Baviere comprennent
six cent mille hectares; ceux de l'Espagne, cent cinquante mille; ceux
de la Boheme et de l'Autriche, cent cinquante mille. Les bassins de la
Belgique, longs de quarante lieues, larges de trois, comptent egalement
cent cinquante mille hectares, qui s'etendent sous les territoires de
Liege, de Namur, de Mons et de Charleroi. En France, le bassin situe
entre la Loire et le Rhone, Rive-de-Gier, Saint-Etienne, Givors,
Epinac, Blanzy, le Creuzot -- les exploitations du Gard, Alais, La
Grand-Combe, -- celles de l'Aveyron a Aubin -- les gisements de
Carmaux, de Bassac, de Graissessac --, dans le Nord, Anzin,
Valenciennes, Lens, Bethune, recouvrent environ trois cent cinquante
mille hectares.

Le pays le plus riche en charbon, c'est incontestablement le
Royaume-Uni. Celui-ci, en exceptant l'Irlande, a laquelle manque
presque absolument le combustible mineral, possede d'enormes richesses
carboniferes, -- mais epuisables comme toutes richesses. Le plus
important de ces divers bassins, celui de Newcastle, qui occupe le
sous-sol du comte de Northumberland, produit par an jusqu'a trente
millions de tonnes, c'est-a-dire pres du tiers de la consommation
anglaise et plus du double de la production francaise. Le bassin du
pays de Galles, qui a concentre toute une population de mineurs a
Cardiff, a Swansea, a Newport, rend annuellement dix millions de tonnes
de cette houille si recherchee qui porte son nom. Au centre,
s'exploitent les bassins des comtes d'York, de Lancaster, de Derby, de
Stafford, moins productifs, mais d'un rendement considerable encore.
Enfin, dans cette portion de l'Ecosse situee entre Edimbourg et
Glasgow, entre ces deux mers qui l'echancrent si profondement, se
developpe l'un des plus vastes gisements houillers du Royaume-Uni.
L'ensemble de ces divers bassins ne comprend pas moins de seize cent
mille hectares, et produit annuellement jusqu'a cent millions de tonnes
du noir combustible.

Mais qu'importe ! La consommation deviendra telle, pour les besoins de
l'industrie et du commerce, que ces richesses s'epuiseront. Le
troisieme millenaire de l'ere chretienne ne sera pas acheve, que la
main du mineur aura vide, en Europe, ces magasins dans lesquels,
suivant une juste image, s'est concentree la chaleur solaire des
premiers jours [2*].

Or, precisement a l'epoque ou se passe cette histoire, l'une des plus
importantes houilleres du bassin ecossais avait ete epuisee par une
exploitation trop rapide. En effet, c'etait dans ce territoire, qui se
developpe entre Edimbourg et Glasgow, sur une largeur moyenne de dix a
douze milles, que se creusait la houillere d'Aberfoyle, dont
l'ingenieur James Starr avait si longtemps dirige les travaux.

Or, depuis dix ans, ces mines avaient du etre abandonnees. On n'avait
pu decouvrir de nouveaux gisements, bien que les sondages eussent ete
portes jusqu'a la profondeur de quinze cents et meme de deux mille
pieds, et lorsque James Starr s'etait retire, c'etait avec la certitude
que le plus mince filon avait ete exploite jusqu'a complet epuisement.

Il etait donc plus qu'evident que, en de telles conditions, la
decouverte d'un nouveau bassin houiller dans les profondeurs du
sous-sol anglais aurait ete un evenement considerable. La communication
annoncee par Simon Ford se rapportait-elle a un fait de cette nature ?
C'est ce que se demandait James Starr, c'est ce qu'il voulait esperer.

En un mot, etait-ce un autre coin de ces riches Indes noires dont on
l'appelait a faire de nouveau la conquete ? Il voulait le croire.

La seconde lettre avait un instant deroute ses idees a ce sujet, mais
maintenant il n'en tenait plus compte. D'ailleurs, le fils du vieil
overman etait la, l'attendant au rendez-vous indique. La lettre anonyme
n'avait donc plus aucune valeur.

A l'instant ou l'ingenieur prenait pied sur le quai, le jeune homme
s'avanca vers lui.

<< Tu es Harry Ford ? lui demanda vivement James Starr, sans autre
entree en matiere.

-- Oui, monsieur Starr.

-- Je ne t'aurais pas reconnu, mon garcon ! Ah ! c'est que, depuis dix
ans, tu es devenu un homme !

-- Moi, je vous ai reconnu, repondit le jeune mineur, qui tenait son
chapeau a la main. vous n'avez pas change, monsieur. vous etes celui
qui m'a embrasse le jour des adieux a la fosse Dochart ! Ca ne s'oublie
pas, ces choses-la !

-- Couvre-toi donc, Harry, dit l'ingenieur. Il pleut a torrents, et la
politesse ne doit pas aller jusqu'au rhume.

-- Voulez-vous que nous nous mettions a l'abri, monsieur Starr ?
demanda Harry Ford.

-- Non, Harry. Le temps est pris. Il pleuvra toute la journee, et je
suis presse. Partons.

-- A vos ordres, repondit le jeune homme.

-- Dis-moi, Harry, le pere se porte bien ?

-- Tres bien, monsieur Starr.

-- Et la mere ?...

-- La mere aussi.

-- C'est ton pere qui m'a ecrit, pour me donner rendez-vous au puits de
Yarow ?

-- Non, c'est moi.

-- Mais Simon Ford m'a-t-il donc adresse une seconde lettre pour
contremander ce rendez-vous ? demanda vivement l'ingenieur.

-- Non, monsieur Starr, repondit le jeune mineur.

-- Bien ! >> repondit James Starr, sans parler davantage de la lettre
anonyme.

Puis, reprenant :

<< Et peux-tu m'apprendre ce que me veut le vieux Simon ? demanda-t-il
au jeune homme.

-- Monsieur Starr, mon pere s'est reserve le soin de vous le dire
lui-meme.

-- Mais tu le sais ?...

-- Je le sais.

-- Eh bien, Harry, je ne t'en demande pas plus. En route donc, car j'ai
hate de causer avec Simon Ford. -- A propos, ou demeure-t-il ?

-- Dans la mine.

-- Quoi ! Dans la fosse Dochart ?

-- Oui, monsieur Starr, repondit Harry Ford.

-- Comment ! ta famille n'a pas quitte la vieille mine depuis la
cessation des travaux ?

-- Pas un jour, monsieur Starr. vous connaissez le pere. C'est la qu'il
est ne, c'est la qu'il veut mourir !

-- Je comprends cela, Harry... Je comprends cela ! Sa houillere natale
! Il n'a pas voulu l'abandonner ! Et vous vous plaisez la ?...

-- Oui, monsieur Starr, repondit le jeune mineur, car nous nous aimons
cordialement, et nous n'avons que peu de besoins !

-- Bien, Harry, dit l'ingenieur. En route ! >>

Et James Starr, suivant le jeune homme, se dirigea a travers les rues
de Callander.

Dix minutes apres, tous deux avaient quitte la ville.

[1] Il faut, d'ailleurs, remarquer que toutes ces plantes, dont les
enpreintes ont ete retrouvees, appartiennent aux especes aujourd'hui
reservees aux zones equatoriales du globe. On peut donc conclure que, a
cette epoque, la chaleur etait egale sur toute la terre, soit qu'elle y
fut apportee par des courants d'eaux chaudes, soit que les feux
interieurs se fissent sentir a sa surface a travers la croute poreuse.
Ainsi s'explique la formation de gisements carboniferes sous toutes les
latitudes terestres.

[2]Voici, en tenant compte de la progression de la consommation de la
houille, ce que les derniers calculs assignent, en Europe, a
l'epuisement des combustibles mineraux:


France dans 1140 ans.

Angleterre -- 800 --

Belgique -- 750 --

Allemagne -- 300 --

En Amerique, a raison de 500 millions de tonnes annuellement, les gites
pourraient produire du charbon pendant 6000 ans.

IV

La fosse Dochart

Harry Ford etait un grand garcon de vingt-cinq ans, vigoureux, bien
decouple. Sa physionomie un peu serieuse, son attitude habituellement
pensive, l'avaient, des son enfance, fait remarquer entre ses camarades
de la mine. Ses traits reguliers, ses yeux profonds et doux, ses
cheveux assez rudes, plutot chatains que blonds, le charme naturel de
sa personne, tout concordait a en faire le type accompli du Lowlander,
c'est-a-dire un superbe specimen de l'Ecossais de la plaine. Endurci
presque des son bas age au travail de la houillere, c'etait, en meme
temps qu'un solide compagnon, une brave et bonne nature. Guide par son
pere, pousse par ses propres instincts, il avait travaille, il s'etait
instruit de bonne heure, et, a un age ou l'on n'est guere qu'un
apprenti, il etait arrive a se faire quelqu'un -- l'un des premiers de
sa condition --, dans un pays qui compte peu d'ignorants, car il fait
tout pour supprimer l'ignorance. Si, pendant les premieres annees de
son adolescence, le pic ne quitta pas la main d'Harry Ford, neanmoins
le jeune mineur ne tarda pas a acquerir les connaissances suffisantes
pour s'elever dans la hierarchie de la houillere, et il aurait
certainement succede a son pere en qualite d'overman de la fosse
Dochart, si la mine n'eut pas ete abandonnee.

James Starr etait un bon marcheur encore, et, cependant, il n'aurait
pas suivi facilement son guide, si celui-ci n'eut modere son pas.

La pluie tombait alors avec moins de violence. Les larges gouttes se
pulverisaient avant d'atteindre le sol. C'etaient plutot des rafales
humides, qui couraient dans l'air, soulevees par une fraiche brise.

Harry Ford et James Starr -- le jeune homme portant le leger bagage de
l'ingenieur -- suivirent la rive gauche du fleuve pendant un mille
environ. Apres avoir longe sa plage sinueuse, ils prirent une route qui
s'enfoncait dans les terres sous les grands arbres ruisselants. De
vastes paturages se developpaient d'un cote et de l'autre, autour de
fermes isolees. Quelques. troupeaux paissaient tranquillement l'herbe
toujours verte de ces prairies de la basse Ecosse. C'etaient des vaches
sans cornes, ou de petits moutons a laine soyeuse, qui ressemblaient
aux moutons des bergeries d'enfants. Aucun berger ne se laissait voir,
abrite qu'il etait sans doute dans quelque creux d'arbre; mais le <<
colley >>, chien particulier a cette contree du Royaume-Uni et renomme
pour sa vigilance, rodait autour du paturage.

Le puits Yarow etait situe a quatre milles environ de Callander. James
Starr, tout en marchant, ne laissait pas d'etre impressionne. Il
n'avait pas revu le pays depuis le jour ou la derniere tonne des
houilleres d'Aberfoyle avait ete versee dans les wagons du railway de
Glasgow. La vie agricole remplacait, maintenant, la vie industrielle,
toujours plus bruyante, plus active. Le contraste etait d'autant plus
frappant que, pendant l'hiver, les travaux des champs subissent une
sorte de chomage. Mais autrefois, en toute saison, la population des
mineurs, au-dessus comme au-dessous, animait ce territoire. Les grands
charrois de charbon passaient nuit et jour. Les rails, maintenant
enterres sur leurs traverses pourries, grincaient sous le poids des
wagons. A present, le chemin de pierre et de terre se substituait peu a
peu aux anciens tramways de l'exploitation. James Starr croyait
traverser un desert.

L'ingenieur regardait donc autour de lui d'un œil attriste. Il
s'arretait par instants pour reprendre haleine. Il ecoutait. L'air ne
s'emplissait plus a present des sifflements lointains et du fracas
haletant des machines. A l'horizon, pas une de ces vapeurs noiratres,
que l'industriel aime a retrouver, melees aux grands nuages. Nulle
haute cheminee cylindrique ou prismatique vomissant des fumees, apres
s'etre alimentee au gisement meme, nul tuyau d'echappement s'epoumonant
a souffler sa vapeur blanche. Le sol, autrefois sali par la poussiere
de la houille, avait un aspect propre, auquel les yeux de James Starr
n'etaient plus habitues.

Lorsque l'ingenieur s'arretait, Harry Ford s'arretait aussi. Le jeune
mineur attendait en silence. Il sentait bien ce qui se passait dans
l'esprit de son compagnon, et il partageait vivement cette impression,
-- lui, un enfant de la houillere, dont toute la vie s'etait ecoulee
dans les profondeurs de ce sol.

<< Oui, Harry, tout cela est change, dit James Starr. Mais, a force d'y
prendre, il fallait bien que les tresors de houille s'epuisassent un
jour ! Tu regrettes ce temps !

-- Je le regrette, monsieur Starr, repondit Harry. Le travail etait
dur, mais il interessait, comme toute lutte.

-- Sans doute, mon garcon ! La lutte de tous les instants, le danger
des eboulements, des incendies, des inondations, des coups de grisou
qui frappent comme la foudre ! Il fallait parer a ces perils ! Tu dis
bien ! C'etait la lutte, et, par consequent, la vie emouvante !

-- Les mineurs d'Alloa ont ete plus favorises que les mineurs
d'Aberfoyle, monsieur Starr !

-- Oui, Harry, repondit l'ingenieur.

-- En verite, s'ecria le jeune homme, il est a regretter que tout le
globe terrestre n'ait pas ete uniquement compose de charbon ! Il y en
aurait eu pour quelques millions d'annees !

-- Sans doute, Harry, mais il faut avouer, cependant, que la nature
s'est montree prevoyante en formant notre spheroide plus principalement
de gres, de calcaire, de granit, que le feu ne peut consumer !

-- Voulez-vous dire, monsieur Starr, que les humains auraient fini par
bruler leur globe ?...

-- Oui ! Tout entier, mon garcon, repondit l'ingenieur. La terre aurait
passe jusqu'au dernier morceau dans les fourneaux des locomotives, des
locomobiles, des steamers, des usines a gaz, et, certainement, c'est
ainsi que notre monde eut fini un beau jour !

-- Cela n'est plus a craindre, monsieur Starr. Mais aussi, les
houilleres s'epuiseront, sans doute, plus rapidement que ne
l'etablissent les statistiques !

-- Cela arrivera, Harry, et, suivant moi, l'Angleterre a peut-etre tort
d'echanger son combustible contre l'or des autres nations !

-- En effet, repondit Harry.

-- Je sais bien, ajouta l'ingenieur, que ni l'hydraulique, ni
l'electricite n'ont encore dit leur dernier mot, et qu'on utilisera
plus completement un jour ces deux forces. Mais n'importe ! La houille
est d'un emploi tres pratique et se prete facilement aux divers besoins
de l'industrie ! Malheureusement, les hommes ne peuvent la produire a
volonte ! Si les forets exterieures repoussent incessamment sous
l'influence de la chaleur et de l'eau, les forets interieures, elles,
ne se reproduisent pas, et le globe ne se retrouvera jamais dans les
conditions voulues pour les refaire ! >>

James Starr et son guide, tout en causant, avaient repris leur marche
d'un pas rapide. Une heure apres avoir quitte Callander, ils arrivaient
a la fosse Dochart.

Un indifferent lui-meme eut ete touche du triste aspect que presentait
l'etablissement abandonne. C'etait comme le squelette de ce qui avait
ete si vivant autrefois.

Dans un vaste cadre, borde de quelques maigres arbres, le sol
disparaissait encore sous la noire poussiere du combustible mineral,
mais on n'y voyait plus ni escarbilles, ni gailleteries, ni aucun
fragment de houille. Tout avait ete enleve et consomme depuis longtemps.

Sur une colline peu elevee, se decoupait la silhouette d'une enorme
charpente que le soleil et la pluie rongeaient lentement. Au sommet de
cette charpente apparaissait une vaste molette ou roue de fonte, et
plus bas s'arrondissaient ces gros tambours, sur lesquels s'enroulaient
autrefois les cables qui ramenaient les cages a la surface du sol.

A l'etage inferieur, on reconnaissait la chambre delabree des machines,
autrefois si luisantes dans les parties du mecanisme faites d'acier ou
de cuivre. Quelques pans de murs gisaient a terre au milieu de solives
brisees et verdies par l'humidite. Des restes de balanciers auxquels
s'articulait la tige des pompes d'ejuisement, des coussinets casses ou
encrasses, des pignons edentes, des engins de basculage renverses,
quelques echelons fixes aux chevalets et figurant de grandes aretes
d'ichthyosaures, des rails portes sur quelque traverse rompue que
soutenaient encore deux ou trois pilotis branlants, des tramways qui
n'auraient pas resiste au poids d'un wagonnet vide, -- tel etait
l'aspect desole de la fosse Dochart.

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Theatre review: Three Women, Jermyn Street, London
Obituary: Prolific crime novelist, Oscar-nominated screenwriter and man of many pseudonyms

Climbing the walls

Barack Obama is teaming up with Spider-Man in a comic from Marvel, which will see the future president exchanging a fist-bump with the superhero. The story sees one of Spidey's oldest enemies, the Chameleon, trying to stop Obama being inaugurated. Spider-Man's alter ego, Peter Parker, is covering the event as a photographer, and saves the day.

"Ya hear that, Chameleon?" Spider-Man says as he thwacks the villain in the face. "The president-elect here just appointed me ... secretary of shuttin' you up."

He tells Obama: "This is your day, and I know it wouldn't look good to be seen palling around with me" - in a nod to Sarah Palin's comment that Obama had been "palling around with terrorists".

"When we heard that president-elect Obama is a collector of Spider-Man comics, we knew that these two historic figures had to meet in our comics' Marvel Universe," said the publisher's editor-in-chief, Joe Quesada.

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Maggie O'Farrell hails the reissue of The Yellow Wallpaper, a tale of marriage and madness

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