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Les Indes Noires by Jules Verne

J >> Jules Verne >> Les Indes Noires

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La margelle des puits, aux pierres eraillees, disparaissait sous les
mousses epaisses. Ici, on reconnaissait les vestiges d'une cage, la les
restes d'un parc ou s'emmagasinait le charbon, qui devait etre trie
suivant sa qualite ou sa grosseur. Enfin, debris de tonnes auxquelles
pendait un bout de chaine, fragments de chevalets gigantesques, toles
d'une chaudiere eventree, pistons tordus, longs balanciers qui se
penchaient sur l'orifice des puits de pompes, passerelles tremblant au
vent, ponceaux fremissant au pied, murailles lezardees, toits a demi
effondres qui dominaient des cheminees aux briques disjointes,
ressemblant a ces canons modernes dont la culasse est frettee d'anneaux
cylindriques, de tout cela il sortait une vive impression d'abandon, de
misere, de tristesse, que n'offrent pas les ruines du vieux chateau de
pierre, ni les restes d'une forteresse demantelee.

<< C'est une desolation ! >> dit James Starr, en regardant le jeune homme
qui ne repondit pas.

Tous deux penetrerent alors sous l'appentis qui recouvrait l'orifice du
puits Yarow, dont les echelles donnaient encore acces jusqu'aux
galeries inferieures de la fosse.

L'ingenieur se pencha sur l'orifice.

De la s'epanchait autrefois le souffle puissant de l'air aspire par les
ventilateurs. C'etait maintenant un abime silencieux. Il semblait qu'on
fut a la bouche de quelque volcan eteint.

James Starr et Harry mirent pied sur le premier palier.

A l'epoque de l'exploitation, d'ingenieux engins desservaient certains
puits des houilleres d'Aberfoyle, qui, sous ce rapport, etaient
parfaitement outillees : cages munies de parachutes automatiques,
mordant sur des glissieres en bois, echelles oscillantes, nommees <<
engine-men >>, qui, par un simple mouvement d'oscillation, permettaient
aux mineurs de descendre sans danger ou de remonter sans fatigue.

Mais ces appareils perfectionnes avaient ete enleves, depuis la
cessation des travaux. Il ne restait au puits Yarow qu'une longue
succession d'echelles, separees par des paliers etroits de cinquante en
cinquante pieds. Trente de ces echelles, ainsi placees bout a bout,
permettaient de descendre jusqu'a la semelle de la galerie inferieure,
a une profondeur de quinze cents pieds. C'etait la seule voie de
communication qui existat entre le fond de la fosse Dochart et le sol.
Quant a l'aeration, elle s'operait par le puits Yarow, que les galeries
faisaient communiquer avec un autre puits dont l'orifice s'ouvrait a un
niveau superieur, -- l'air chaud se degageant naturellement par cette
espece de siphon renverse.

<< Je te suis, mon garcon, dit l'ingenieur, en faisant signe au jeune
homme de le preceder.

-- A vos ordres, monsieur Starr.

-- Tu as ta lampe ?

-- Oui, et plut au Ciel que ce fut encore la lampe de surete dont nous
nous servions autrefois !

-- En effet, repondit James Starr, les coups de grisou ne sont plus a
craindre maintenant ! >>

Harry n'etait muni que d'une simple lampe a huile, dont il alluma la
meche. Dans la houillere, vide de charbon, les fuites du gaz hydrogene
protocarbone ne pouvaient plus se produire. Donc, aucune explosion a
redouter, et nulle necessite d'interposer entre la flamme et l'air
ambiant cette toile metallique qui empeche le gaz de prendre feu a
l'exterieur. La lampe de Davy, si perfectionnee alors, ne trouvait plus
ici son emploi. Mais si le danger n'existait pas, c'est que la cause en
avait disparu, et, avec cette cause, le combustible qui faisait
autrefois la richesse de la fosse Dochart.

Harry descendit les premiers echelons de l'echelle superieure. James
Starr le suivit. Tous deux se trouverent bientot dans une obscurite
profonde que rompait seul l'eclat de la lampe. Le jeune homme l'elevait
au-dessus de sa tete, afin de mieux eclairer son compagnon.

Une dizaine d'echelles furent descendues par l'ingenieur et son guide
de ce pas mesure habituel au mineur. Elles etaient encore en bon etat.

James Starr observait curieusement ce que l'insuffisante lueur lui
laissait apercevoir des parois du sombre puits, qu'un cuvelage en bois,
a demi pourri, revetait encore.

Arrives au quinzieme palier, c'est-a-dire a mi-chemin, ils firent halte
pour quelques instants.

<< Decidement, je n'ai pas tes jambes, mon garcon, dit l'ingenieur en
respirant longuement, mais enfin, cela va encore !

-- Vous etes solide, monsieur Starr, repondit Harry, et c'est quelque
chose, voyez-vous, que d'avoir longtemps vecu dans la mine.

-- Tu as raison, Harry. Autrefois, lorsque j'avais vingt ans, j'aurais
descendu tout d'une haleine. Allons, en route ! >>

Mais, au moment ou tous deux allaient quitter le palier, une voix,
encore eloignee, se fit entendre dans les profondeurs du puits. Elle
arrivait comme une onde sonore qui se gonfle progressivement, et elle
devenait de plus en plus distincte.

<< Eh ! qui vient la ? demanda l'ingenieur en arretant Harry.

-- Je ne pourrais le dire, repondit le jeune mineur.

-- Ce n'est pas le vieux pere ?...

-- Lui ! monsieur Starr, non.

-- Quelque voisin, alors ?...

-- Nous n'avons pas de voisins au fond de la fosse, repondit Harry.
Nous sommes seuls, bien seuls.

-- Bon ! laissons passer cet intrus, dit James Starr. C'est a ceux qui
descendent de ceder le pas a ceux qui montent. >>

Tous deux attendirent.

La voix resonnait en ce moment avec un magnifique eclat, comme si elle
eut ete portee par un vaste pavillon acoustique, et bientot quelques
paroles d'une chanson ecossaise arriverent assez nettement aux oreilles
du jeune mineur.

<< La chanson des lacs ! s'ecria Harry. Ah ! je serais bien surpris si
elle s'echappait d'une autre bouche que de celle de Jack Ryan.

-- Et qu'est-ce, ce Jack Ryan, qui chante d'une si superbe facon ?
demanda James Starr.

-- Un ancien camarade de la houillere >>, repondit Harry.

Puis, se pendant au-dessus du palier :

<< Eh ! Jack ! cria-t-il.

-- C'est toi, Harry ? fut-il repondu. Attends-moi, j'arrive. >>

Et la chanson reprit de plus belle.

Quelques instants apres, un grand garcon de vingt-cinq ans, la figure
gaie, les yeux souriants, la bouche joyeuse, la chevelure d'un blond
ardent, apparaissait au fond du cone lumineux que projetait sa
lanterne, et il prenait pied sur le palier de la quinzieme echelle.

Son premier acte fut de serrer vigoureusement la main que venait de lui
tendre Harry.

<< Enchante de te rencontrer ! s'ecria-t-il. Mais, saint Mungo me
protege ! si j'avais su que tu revenais a terre aujourd'hui, je me
serais bien epargne cette descente au puits Yarow !

-- Monsieur James Starr, dit alors Harry, en tournant sa lampe vers
l'ingenieur, qui etait reste dans l'ombre.

-- Monsieur Starr ! repondit Jack Ryan. Ah ! monsieur l'ingenieur, je
ne vous aurais pas reconnu. Depuis que j'ai quitte la fosse, mes yeux
ne sont plus habitues, comme autrefois, a voir dans l'obscurite.

-- Et moi, je me rappelle maintenant un gamin qui chantait toujours.
voila bien dix ans de cela, mon garcon ! C'etait toi, sans doute ?

-- Moi-meme, monsieur Starr, et, en changeant de metier, je n'ai pas
change d'humeur, voyez-vous ? Bah ! rire et chanter, cela vaut mieux,
j'imagine, que pleurer et geindre !

-- Sans doute, Jack Ryan. -- Et que fais-tu, depuis que tu as quitte la
mine ?

-- Je travaille a la ferme de Melrose, pres d'Irvine, dans le comte de
Renfrew, a quarante milles d'ici. Ah ! ca ne vaut pas nos houilleres
d'Aberfoyle ! Le pic allait mieux a ma main que la beche ou l'aiguillon
! Et puis, dans la vieille fosse, il y avait des coins sonores, des
echos joyeux qui vous renvoyaient gaillardement vos chansons, tandis
que la-haut !... Mais vous allez donc rendre visite au vieux Simon,
monsieur Starr ?

-- Oui, Jack, repondit l'ingenieur.

-- Que je ne vous retarde pas...

-- Dis-moi, Jack, demanda Harry, quel motif t'a amene au cottage
aujourd'hui ?

-- Je voulais te voir, camarade, repondit Jack Ryan, et t'inviter a la
fete du clan d'Irvine. Tu sais, je suis le << piper [1*] >> de l'endroit
! On chantera, on dansera !

-- Merci, Jack, mais cela m'est impossible.

-- Impossible ?

-- Oui, la visite de M. Starr peut se prolonger, et je dois le
reconduire a Callander.

-- Eh ! Harry, la fete du clan d'Irvine n'arrive que dans huit jours.
D'ici la, la visite de M. Starr sera terminee, je suppose, et rien ne
te retiendra plus au cottage !

-- En effet, Harry, repondit James Starr. Il faut profiter de
l'invitation que te fait ton camarade Jack !

-- Eh bien, j'accepte, Jack, dit Harry. Dans huit jours, nous nous
retrouverons a la fete d'Irvine.

-- Dans huit jours, c'est bien convenu, repondit Jack Ryan. Adieu,
Harry ! votre serviteur, monsieur Starr ! Je suis tres content de vous
avoir revu ! Je pourrai donner de vos nouvelles aux amis. Personne ne
vous a oublie, monsieur l'ingenieur.

-- Et je n'ai oublie personne, dit James Starr.

-- Merci pour tous, monsieur, repondit Jack Ryan.

-- Adieu, Jack ! >> dit Harry, en serrant une derniere fois la main de
son camarade.

Et Jack Ryan, reprenant sa chanson, disparut bientot dans les hauteurs
du puits, vaguement eclairees par sa lampe.

Un quart d'heure apres, James Starr et Harry descendaient la derniere
echelle, et mettaient le pied sur le sol du dernier etage de la fosse.

Autour du rond-point que formait le fond du puits Yarow rayonnaient
diverses galeries qui avaient servi a l'exploitation du dernier filon
carbonifere de la mine. Elles s'enfoncaient dans le massif de schistes
et de gres, les unes etanconnees par des trapezes de grosses poutres a
peine equarries, les autres doublees d'un epais revetement de pierre.
Partout des remblais remplacaient les veines devorees par
l'exploitation. Les piliers artificiels etaient faits de pierres
arrachees aux carrieres voisines, et maintenant ils supportaient le
sol, c'est-a-dire le double etage des terrains tertiaires et
quaternaires, qui reposaient autrefois sur le gisement meme.
L'obscurite emplissait alors ces galeries, jadis eclairees soit par la
lampe du mineur soit par la lumiere electrique, dont, pendant les
dernieres annees, l'emploi avait ete introduit dans les fosses. Mais
les sombres tunnels ne resonnaient plus du grincement des wagonnets
roulant sur leurs rails, ni du bruit des portes d'air qui se
refermaient brusquement, ni des eclats de voix des rouleurs, ni du
hennissement des chevaux et des mules, ni des coups de pic de
l'ouvrier, ni des fracas du foudroyage qui faisait eclater le massif.

<< Voulez-vous vous reposer un instant, monsieur Starr ? demanda le
jeune homme.

-- Non, mon garcon, repondit l'ingenieur, car j'ai hate d'arriver au
cottage du vieux Simon.

-- Suivez-moi donc, monsieur Starr. Je vais vous guider, et, cependant,
je suis sur que vous reconnaitriez parfaitement votre route dans cet
obscur dedale des galeries.

-- Oui, certes ! J'ai encore dans la tete tout le plan de la vieille
fosse. >>

Harry, suivi de l'ingenieur et levant sa lampe pour le mieux eclairer,
s'enfonca dans une haute galerie, semblable a une contre-nef de
cathedrale. Leur pied, a tous deux, heurtait encore les traverses de
bois qui supportaient les rails a l'epoque de l'exploitation.

Mais a peine avaient-ils fait cinquante pas, qu'une enorme pierre vint
tomber aux pieds de James Starr.

<< Prenez garde, monsieur Starr ! s'ecria Harry, en saisissant le bras
de l'ingenieur.

-- Une pierre, Harry ! Ah ! ces vieilles voutes ne sont plus assez
solides, sans doute, et...

-- Monsieur Starr, repondit Harry Ford, il me semble que la pierre a
ete jetee... et jetee par une main d'homme !...

-- Jetee ! s'ecria James Starr. Que veux-tu dire, mon garcon ?

-- Rien, rien... monsieur Starr, repondit evasivement Harry, dont le
regard, devenu serieux, aurait voulu percer ces epaisses murailles.
Continuons notre route. Prenez mon bras, je vous prie, et n'ayez aucune
crainte de faire un faux pas.

-- Me voila, Harry ! >>

Et tous deux s'avancerent, pendant qu'Harry regardait en arriere, en
projetant l'eclat de sa lampe dans les profondeurs de la galerie.

<< Serons-nous bientot arrives ? demanda l'ingenieur.

-- Dans dix minutes au plus.

-- Bien.

-- Mais, murmurait Harry, cela n'en est pas moins singulier. C'est la
premiere fois que pareille chose m'arrive. Il a fallu que cette pierre
vint tomber juste au moment ou nous passions !...

-- Harry, il n'y a eu la qu'un hasard !

-- Un hasard... repondit le jeune homme en secouant la tete. Oui... un
hasard... >>

Harry s'etait arrete. Il ecoutait.

<< Qu'y a-t-il, Harry ? demanda l'ingenieur.

-- J'ai cru entendre marcher derriere nous >>, repondit le jeune mineur,
qui preta plus attentivement l'oreille.

Puis :

<< Non ! je me serai trompe, dit-il. Appuyez-vous bien sur mon bras,
monsieur Starr. Servez-vous de moi comme d'un baton...

-- Un baton solide, Harry, repondit James Starr. Il n'en est pas de
meilleur qu'un brave garcon tel que toi ! >>

Tous deux continuerent a marcher silencieusement a travers la sombre
nef.

Souvent, Harry, evidemment preoccupe, se retournait, essayant de
surprendre, soit un bruit eloigne, soit quelque lueur lointaine.

Mais, derriere et devant lui, tout n'etait que silence et tenebres.

[1] Le _piper_ est le joueur de cornemuse en Ecosse.

V

La Famille Ford

Dix minutes apres, James Starr et Harry sortaient enfin de la galerie
principale.

Le jeune mineur et son compagnon etaient arrives au fond d'une
clairiere, -- si toutefois ce mot peut servir a designer une vaste et
obscure excavation. Cette excavation, cependant, n'etait pas absolument
depourvue de jour. Quelques rayons lui arrivaient par l'orifice d'un
puits abandonne, qui avait ete fonce dans les etages superieurs.
C'etait par ce conduit que s'etablissait le courant d'aeration de la
fosse Dochart. Grace a sa moindre densite, l'air chaud de l'interieur
etait entraine vers le puits Yarow.

Donc, un peu d'air et de clarte penetrait a la fois a travers l'epaisse
voute de schiste jusqu'a la clairiere.

C'etait la que Simon Ford habitait depuis dix ans, avec sa famille, une
souterraine demeure, evidee dans le massif schisteux, a l'endroit meme
ou fonctionnaient autrefois les puissantes machines, destinees a operer
la traction mecanique de la fosse Dochart.

Telle etait l'habitation -- a laquelle il donnait volontiers le nom de
<< cottage >> --, ou residait le vieil overman. Grace a une certaine
aisance, due a une longue existence de travail, Simon Ford aurait pu
vivre en plein soleil, au milieu des arbres, dans n'importe quelle
ville du royaume; mais les siens et lui avaient prefere ne pas quitter
la houillere, ou ils etaient heureux, ayant memes idees, memes gouts.
Oui ! il leur plaisait, ce cottage, enfoui a quinze cents pieds
au-dessous du sol ecossais. Entre autres avantages, il n'y avait pas a
craindre que les agents du fisc, les << stentmaters >> charges d'etablir
la capitation, vinssent jamais y relancer ses hotes !

A cette epoque, Simon Ford, l'ancien overman de la fosse Dochart,
portait vigoureusement encore ses soixante-cinq ans. Grand, robuste,
bien taille, il eut ete regarde comme l'un des plus remarquables <<
sawneys [1*] >> du canton, qui fournissait tant de beaux hommes aux
regiments de Highlanders.

Simon Ford descendait d'une ancienne famille de mineurs, et sa
genealogie remontait aux premiers temps ou furent exploites les
gisements carboniferes en Ecosse.

Sans rechercher archeologiquement si les Grecs et les Romains ont fait
usage de la houille, si les Chinois utilisaient les mines de charbon
bien avant l'ere chretienne, sans discuter si reellement le combustible
mineral doit son nom au marechal ferrant Houillos, qui vivait en
Belgique dans le XIIe siecle, on peut affirmer que les bassins de la
Grande-Bretagne furent les premiers dont l'exploitation fut mise en
cours regulier. Au XIe siecle, deja, Guillaume le Conquerant partageait
entre ses compagnons d'armes les produits du bassin de Newcastle. Au
XIIIe siecle, une licence d'exploitation du << charbon marin >> etait
concedee par Henri III. Enfin, vers la fin du meme siecle, il est fait
mention des gisements de l'Ecosse et du pays de Galles.

Ce fut vers ce temps que les ancetres de Simon Ford penetrerent dans
les entrailles du sol caledonien, pour n'en plus sortir, de pere en
fils. Ce n'etaient que de simples ouvriers. Ils travaillaient comme des
forcats a l'extraction du precieux combustible. On croit meme que les
charbonniers mineurs, tout comme les sauniers de cette epoque, etaient
alors de veritables esclaves. En effet, au XVIIIe siecle, cette opinion
etait si bien etablie en Ecosse, que, pendant la guerre du Pretendant,
on put craindre que vingt mille mineurs de Newcastle ne se soulevassent
pour reconquerir une liberte -- qu'ils ne croyaient pas avoir.

Quoi qu'il en soit, Simon Ford etait fier d'appartenir a cette grande
famille des houilleurs ecossais. Il avait travaille de ses mains, la
meme ou ses ancetres avaient manie le pic, la pince, la rivelaine et la
pioche. A trente ans, il etait overman de la fosse Dochart, la plus
importante des houilleres d'Aberfoyle. Il aimait passionnement son
metier. Pendant de longues annees, il exerca ses fonctions avec zele.
Son seul chagrin etait de voir la couche s'appauvrir et de prevoir
l'heure tres prochaine ou le gisement serait epuise.

C'est alors qu'il s'etait adonne a la recherche de nouveaux filons dans
toutes les fosses d'Aberfoyle, qui communiquaient souterrainement entre
elles. Il avait eu le bonheur d'en decouvrir quelques-uns pendant la
derniere periode d'exploitation. Son instinct de mineur le servait
merveilleusement, et l'ingenieur James Starr l'appreciait fort. On eut
dit qu'il devinait les gisements dans les entrailles de la houillere,
comme un hydroscope devine les sources sous la couche du sol.

Mais le moment arriva, on l'a dit, ou la matiere combustible manqua
tout a fait a la houillere. Les sondages ne donnerent plus aucun
resultat. Il fut evident que le gite carbonifere etait entierement
epuise. L'exploitation cessa. Les mineurs se retirerent.

Le croira-t-on ? Ce fut un desespoir pour le plus grand nombre. Tous
ceux qui savent que l'homme, au fond, aime sa peine, ne s'en etonneront
pas. Simon Ford, sans contredit, fut le plus atteint. Il etait, par
excellence, le type du mineur, dont l'existence est indissolublement
liee a celle de sa mine. Depuis sa naissance, il n'avait cesse de
l'habiter, et, lorsque les travaux furent abandonnes, il voulut y
demeurer encore. Il resta donc. Harry, son fils, fut charge du
ravitaillement de l'habitation souterraine; mais quant a lui, depuis
dix ans, il n'etait pas remonte dix fois a la surface du sol.

<< Aller la-haut ! A quoi bon ? >> repetait-il, et il ne quittait pas son
noir domaine.

Dans ce milieu parfaitement sain, d'ailleurs, soumis a une temperature
toujours moyenne, le vieil overman ne connaissait ni les chaleurs de
l'ete, ni les froids de l'hiver. Les siens se portaient bien. Que
pouvait-il desirer de plus ?

Au fond, il etait serieusement attriste. Il regrettait l'animation, le
mouvement, la vie d'autrefois, dans la fosse si laborieusement
exploitee. Cependant, il etait soutenu par une idee fixe.

<< Non ! non ! la houillere n'est pas epuisee ! >> repetait-il.

Et celui-la se serait fait un mauvais parti, qui aurait mis en doute
devant Simon Ford qu'un jour l'ancienne Aberfoyle ressusciterait
d'entre les mortes ! Il n'avait donc jamais abandonne l'espoir de
decouvrir quelque nouvelle couche qui rendrait a la mine sa splendeur
passee. Oui ! il aurait volontiers, s'il l'avait fallu, repris le pic
du mineur, et ses vieux bras, solides encore, se seraient
vigoureusement attaques a la roche. Il allait donc a travers les
obscures galeries, tantot seul, tantot avec son fils, observant,
cherchant, pour rentrer chaque jour fatigue, mais non desespere, au
cottage.

La digne compagne de Simon Ford, c'etait Madge, grande et forte, la <<
goodwife >>, la << bonne femme >>, suivant l'expression ecossaise. Pas
plus que son mari, Madge n'eut voulu quitter la fosse Dochart. Elle
partageait a cet egard toutes ses esperances et ses regrets. Elle
l'encourageait, elle le poussait en avant, elle lui parlait avec une
sorte de gravite, qui rechauffait le cœur du vieil overman.

<< Aberfoyle n'est qu'endormie, Simon, lui disait-elle. C'est toi qui as
raison. Ce n'est qu'un repos, ce n'est pas la mort ! >>

Madge savait aussi se passer du monde exterieur et concentrer le
bonheur d'une existence a trois dans le sombre cottage.

Ce fut la qu'arriva James Starr.

L'ingenieur etait bien attendu. Simon Ford, debout sur sa porte, du
plus loin que la lampe d'Harry lui annonca l'arrivee de son ancien <<
viewer >>, s'avanca vers lui.

<< Soyez le bienvenu, monsieur James ! lui cria-t-il d'une voix qui
resonnait sous la voute du schiste. Soyez le bienvenu au cottage du
vieil overman ! Pour etre enfouie a quinze cents pieds sous terre, la
maison de la famille Ford n'en est pas moins hospitaliere !

-- Comment allez-vous, brave Simon ? demanda James Starr, en serrant la
main que lui tendait son hote.

-- Tres bien, monsieur Starr. Et comment en serait-il autrement ici, a
l'abri de toute intemperie de l'air ? vos ladies qui vont respirer a
Newhaven ou a Porto-Bello [2*] , pendant l'ete, feraient mieux de
passer quelques mois dans la houillere d'Aberfoyle ! Elles ne
risqueraient point d'y gagner quelque gros rhume, comme dans les rues
humides de la vieille capitale.

-- Ce n'est pas moi qui vous contredirai, Simon, repondit James Starr,
heureux de retrouver l'overman tel qu'il etait autrefois ! vraiment, je
me demande pourquoi je ne change pas ma maison de la Canongate pour
quelque cottage voisin du votre !

-- A votre service, monsieur Starr. Je connais un de vos anciens
mineurs qui serait particulierement enchante de n'avoir entre vous et
lui qu'un mur mitoyen.

-- Et Madge ?... demanda l'ingenieur.

-- La bonne femme se porte encore mieux que moi, si cela est possible !
repondit Simon Ford, et elle se fait une joie de vous voir a sa table.
Je pense qu'elle se sera surpassee pour vous recevoir.

-- Nous verrons cela, Simon, nous verrons cela ! dit l'ingenieur, que
l'annonce d'un bon dejeuner ne pouvait laisser indifferent, apres cette
longue marche.

-- Vous avez faim, monsieur Starr ?

-- Positivement faim. Le voyage m'a ouvert l'appetit. Je suis venu par
un temps affreux !...

-- Ah ! il pleut, la-haut ! repondit Simon Ford d'un air de pitie tres
marque.

-- Oui, Simon, et les eaux du Forth sont agitees aujourd'hui comme
celles d'une mer !

-- Eh bien, monsieur James, ici, il ne pleut jamais. Mais je n'ai pas a
vous peindre des avantages que vous connaissez aussi bien que moi !
vous voila arrive au cottage. C'est le principal, et, je vous le
repete, soyez le bienvenu ! >>

Simon Ford, suivi d'Harry, fit entrer dans l'habitation James Starr,
qui se trouva au milieu d'une vaste salle, eclairee par plusieurs
lampes, dont l'une etait suspendue aux solives coloriees du plafond.

La table, recouverte d'une nappe egayee de fraiches couleurs,
n'attendait plus que les convives, auxquels quatre chaises, rembourrees
de vieux cuir, etaient reservees.

<< Bonjour, Madge, dit l'ingenieur.

-- Bonjour, monsieur James, repondit la brave Ecossaise, qui se leva
pour recevoir son hote.

-- Je vous revois avec plaisir, Madge.

-- Et vous avez raison, monsieur James, car il est agreable de
retrouver ceux pour lesquels on s'est toujours montre bon.

-- La soupe attend, femme, dit alors Simon Ford, et il ne faut pas la
faire attendre, non plus que M. James. Il a une faim de mineur, et il
verra que notre garcon ne nous laisse manquer de rien au cottage ! -- A
propos, Harry, ajouta le vieil overman en se retournant vers son fils,
Jack Ryan est venu te voir.

-- Je le sais, pere ! Nous l'avons rencontre dans le puits Yarow.

-- C'est un bon et gai camarade, dit Simon Ford. Mais il semble se
plaire la-haut ! Ca n'avait pas du vrai sang de mineur dans les veines.
-- A table, monsieur James, et dejeunons copieusement, car il est
possible que nous ne puissions souper que fort tard. >>

Au moment ou l'ingenieur et ses hotes allaient prendre place :

<< Un instant, Simon, dit James Starr, voulez-vous que je mange de bon
appetit ?

-- Ce sera nous faire tout l'honneur possible, monsieur James, repondit
Simon Ford.

-- Eh bien, il faut pour cela n'avoir aucune preoccupation. -- Or, j'ai
deux questions a vous adresser.

-- Allez, monsieur James.

-- Votre lettre me parle d'une communication qui doit etre de nature a
m'interesser ?

-- Elle est tres interessante, en effet.

-- Pour vous ?...

-- Pour vous et pour moi, monsieur James. Mais je desire ne vous la
faire qu'apres le repas et sur les lieux memes. Sans cela, vous ne
voudriez pas me croire.

-- Simon, reprit l'ingenieur, regardez-moi bien... la... dans les yeux.
Une communication interessante ?... Oui... Bon !... Je ne vous en
demande pas davantage, ajouta-t-il, comme s'il eut lu la reponse qu'il
esperait dans le regard du vieil overman.

-- Et la deuxieme question ? demanda celui-ci.

-- Savez-vous, Simon, quelle est la personne qui a pu m'ecrire ceci ? >>
repondit l'ingenieur, en presentant la lettre anonyme qu'il avait recue.

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President Obama teams up with one of Marvel's greatest heroes, reports Alison Flood

Here's Michael Wolff, still doing the rounds promoting his Rupert Murdoch biography, The man who owns the news. This interview with Jon Stewart is fun. It starts off with Wolff saying: "You wanna start a rumour, tell Rupert. He's the biggest gossip I've ever met." And there's an amusing pay-off too. (Via Comedy Central/The E&P Pub)

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For many years my local corner shop displayed a large sign in its window telling local residents to "use us or lose us!" It always looked a rather toothless threat to me. After all, if I didn't use them, what difference would it make to me if they weren't there? And surely a corner shop, one that had been there for years, would have enough customers to survive without recourse to such apocalyptic warning? But it didn't and was soon converted into flats.

This community shop was destroyed not so much by the pressures of the supermarkets or people's commuting patterns, but simply by customer apathy. It's something to think about as crime writers and readers across the world mourn the imminent passing of Maxim Jakubowski's celebrated Charing Cross Road bookshop in London, Murder One.

Apathy is a strange word to connect to a bookstore that thrives on passion. It's noticeable when you walk through the door, when you speak to the friendly, knowledgeable staff, when you look at the shelves and see the vast range of titles on offer. This isn't your regular kind of bookstore: the first time I visited spent a whole lunch break looking up and down, from floor to ceiling from table to table; it was an hour that changed my perception of both crime writing and of bookselling.

Murder One was – and for a few weeks will remain – a shop that took crime seriously. Not in the sense that it intellectualised it, or made unsubstantiated claims for its importance, but in the way that it treated crime writing with the respect it was due. With a genre that has so many off-shoots, branches and sub-genres, it took a shop of Murder One's calibre to show just how diverse, interesting and mentally stimulating crime could be – far more than the guilty pleasure I had, until then, considered it.

Thanks to judicious recommendations, enticing table displays and hours of foraging among the stacks, I discovered writers that I would never have picked up, let alone read. You could always get the latest blockbuster, but delve a little deeper and you'd find books that were not stocked anywhere else, novels that, like the perfect crime, were hidden from public view. The Martin Beck novels by Sjöwall & Wahlöö – probably my favourite sequence of novels in any genre – were introduced to me via Murder One, as were Kem Nunn, Sue Grafton, and Henning Mankell. It's also the staff of Murder One who piqued my interest in the inimitable Fred Vargas, and I can't thank them enough for the introduction.

Inclusive and without snobbery, Murder One amply demonstrated that the best bookshops are places not just of commerce, but of community; places that make feel you belong. It's the kind of store that bibliophiles dream about: well-stocked, well-staffed and shabby enough to lose days browsing within. It's just unfortunate that such shops don't have enough paying customers to keep them afloat, or that these customers visit all too infrequently – something of which I'm certainly guilty.

These kinds of shops are facing a long, bloody battle – and one which, without significant reinforcements, they are likely to lose. As we hear of the travesty of another brilliant independent going down, we'll mourn the loss, wring our hands and damn Amazon and the supermarkets and Waterstone's. Yet perhaps the most important detail we'll probably keep under wraps: the last time we actually spent any money there.

Murder One closing its doors for the final time is undoubtedly a .38 shell for independent bookshops, but whether it's body blow or a warning shot all depends upon us, the consumers. No one, no matter how iconic or established, can exist on fond memories alone: just ask Woolworths. Use these shops now, because it doesn't take a master sleuth to deduce what will happen if we don't.

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