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Les Indes Noires by Jules Verne

J >> Jules Verne >> Les Indes Noires

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-- Des signaux, des signaux ! cria l'un des Ecossais.

-- Lesquels ? repliqua le pecheur. Par cette bourrasque, on ne pourrait
pas tenir une torche allumee ! >>

Et, pendant que ces propos s'echangeaient rapidement, de nouveaux cris
etaient pousses. Mais comment eut-on pu les entendre au milieu de cette
tempete ? L'equipage du navire n'avait plus aucune chance d'echapper au
naufrage.

<< Pourquoi manœuvrer ainsi ? s'ecriait un marin.

-- Veut-il donc faire cote ? repondit un autre.

-- Le capitaine n'a donc pas eu connaissance du feu d'Irvine ? demanda
Jack Ryan.

-- Il faut le croire, repondit un des pecheurs, a moins qu'il n'ait ete
trompe par quelque... >>

Le pecheur n'avait pas acheve sa phrase, que Jack Ryan poussait un
formidable cri. Fut-il entendu de l'equipage ? En tout cas, il etait
trop tard pour que le batiment put se relever de la ligne des brisants
qui blanchissait dans les tenebres.

Mais ce n'etait pas, comme on aurait pu le croire, un supreme
avertissement que Jack Ryan avait tente de faire parvenir au batiment
en perdition. Jack Ryan tournait alors le dos a la mer. Ses compagnons,
eux aussi, regardaient un point situe a un demi mille en arriere de la
greve.

C'etait le chateau de Dundonald. Une longue flamme se tordait sous les
rafales au sommet de la vieille tour.

<< La Dame de feu ! >> s'ecrierent avec grande terreur tous ces
superstitieux Ecossais.

Franchement, il fallait une bonne dose d'imagination pour trouver a
cette flamme une apparence humaine. Agitee comme un pavillon lumineux
sous la brise, elle semblait parfois s'envoler du sommet de la tour,
comme si elle eut ete sur le point de s'eteindre, et, un instant apres,
elle s'y rattachait de nouveau par sa pointe bleuatre.

<< La Dame de feu ! la Dame de feu ! >> criaient les pecheurs et les
paysans effares.

Tout s'expliquait alors. Il etait evident que le navire, desoriente
dans les brumes, avait fait fausse route, et qu'il avait pris cette
flamme, allumee au sommet du chateau de Dundonald, pour le feu
d'Irvine. Il se croyait a l'entree du golfe, situee dix milles plus au
nord, et il courait vers une franche terre, qui ne lui offrait aucun
refuge !

Que pouvait-on faire pour le sauver, s'il en etait temps encore ?
Peut-etre eut-il fallu monter jusqu'aux ruines et tenter d'eteindre ce
feu, pour qu'il ne fut pas possible de le confondre plus longtemps avec
le phare du port d'Irvine !

Sans doute, c'etait ainsi qu'il convenait d'agir, sans retard; mais
lequel de ces Ecossais eut eu la pensee, et, apres la pensee, l'audace
de braver la Dame de feu ? Jack Ryan, peut-etre, car il etait
courageux, et sa credulite, si forte qu'elle fut, ne pouvait l'arreter
dans un genereux mouvement.

Il etait trop tard. Un horrible craquement retentit au milieu du fracas
des elements.

Le navire venait de talonner par son arriere. Ses feux de position
s'eteignirent. La ligne blanchatre du ressac sembla brisee un instant.
C'etait le batiment qui l'abordait, se couchait sur le flanc et se
disloquait entre les recifs.

Et, a ce meme instant, par une coincidence qui ne pouvait etre due
qu'au hasard, la longue flamme disparut, comme si elle eut ete arrachee
par une violente rafale. La mer, le ciel, la greve furent aussitot
replonges dans les plus profondes tenebres.

<< La Dame de feu ! >> avait une derniere fois crie Jack Ryan, lorsque
cette apparition, surnaturelle pour ses compagnons et lui, se fut
evanouie subitement.

Mais alors, le courage que ces superstitieux Ecossais n'auraient pas eu
contre un danger chimerique, ils le retrouverent en face d'un danger
reel, maintenant qu'il s'agissait de sauver leurs semblables. Les
elements dechaines ne les arreterent pas. Au moyen de cordes lancees
dans les lames -- heroiques autant qu'ils avaient ete credules --, ils
se jeterent au secours du batiment naufrage.

Heureusement, ils reussirent, non sans que quelques-uns -- et le hardi
Jack Ryan etait du nombre -- se fussent grievement meurtris sur les
roches; mais le capitaine du navire et les huit hommes de l'equipage
purent etre deposes, sains et saufs, sur la greve.

Ce navire etait le brick norvegien _Motala_, charge de bois du nord,
faisant route pour Glasgow.

Il n'etait que trop vrai. Le capitaine, trompe par ce feu, allume sur
la tour du chateau de Dundonald, etait venu donner en pleine cote, au
lieu d'embouquer le golfe de Clyde.

Et maintenant, du _Motala_, il ne restait plus que de rares epaves,
dont le ressac achevait de briser les debris sur les roches du littoral.

XII

Les Exploits de Jack Ryan

Jack Ryan et trois de ses compagnons, blesses comme lui, avaient ete
transportes dans une des chambres de la ferme de Melrose, ou des soins
leur furent immediatement prodigues.

Jack Ryan avait ete le plus maltraite, car, au moment ou, la corde aux
reins, il s'etait jete a la mer, les lames furieuses l'avaient rudement
roule sur les recifs. Peu s'en etait fallu, meme, que ses camarades ne
l'eussent rapporte sans vie sur le rivage.

Le brave garcon fut donc cloue au lit pour quelques jours, -- ce dont
il enragea fort. Cependant, lorsqu'on lui eut permis de chanter autant
qu'il le voudrait, il prit son mal en patience, et la ferme de Melrose
retentit, a toute heure, des joyeux eclats de sa voix. Mais Jack Ryan,
dans cette aventure, ne puisa qu'un plus vif sentiment de crainte a
l'egard de ces brawnies et autres lutins qui s'amusent a tracasser le
pauvre monde, et ce fut eux qu'il rendit responsables de la catastrophe
du _Motala_. On fut mal venu a lui soutenir que les Dames de feu
n'existaient pas, et que cette flamme, si soudainement projetee entre
les ruines, n'etait due qu'a un phenomene physique. Aucun raisonnement
ne l'eut convaincu. Ses compagnons etaient encore plus obstines que lui
dans leur credulite. A les entendre, une des Dames de feu avait
mechamment attire le _Motala_ a la cote. Quant a vouloir l'en punir,
autant mettre l'ouragan a l'amende ! Les magistrats pouvaient decreter
toutes poursuites qui leur conviendraient. On n'emprisonne pas une
flamme, on n'enchaine pas un etre impalpable. Et, s'il faut le dire,
les recherches qui furent ulterieurement faites, semblerent donner
raison -- au moins en apparence -- a cette facon superstitieuse
d'expliquer les choses.

En effet, le magistrat, charge de diriger une enquete relativement a la
perte du _Motala_, vint interroger les divers temoins de la
catastrophe. Tous furent d'accord sur ce point que le naufrage etait du
a l'apparition surnaturelle de la Dame de feu dans les ruines du
chateau de Dundonald.

On le pense bien, la justice ne pouvait se payer de semblables raisons.
Qu'un phenomene purement physique se fut produit dans ces ruines, pas
de doute a cet egard. Mais etait-ce accident ou malveillance ? c'est ce
que le magistrat devait chercher a etablir.

Que ce mot << malveillance >> ne surprenne pas. Il ne faudrait pas
remonter haut dans l'histoire armoricaine pour en trouver la
justification. Bien des pilleurs d'epaves du littoral breton ont fait
ce metier d'attirer les navires a la cote afin de s'en partager les
depouilles. Tantot un bouquet d'arbres resineux, enflammes pendant la
nuit, guidait un batiment dans des passes dont il ne pouvait plus
sortir. Tantot une torche, attachee aux cornes d'un taureau et promenee
au caprice de l'animal, trompait un equipage sur la route a suivre. Le
resultat de ces manœuvres etait inevitablement quelque naufrage,
dont les pillards profitaient. Il avait fallu l'intervention de la
justice et de severes exemples pour detruire ces barbares coutumes. Or,
ne pouvait-il se faire que, dans cette circonstance, une main
criminelle n'eut repris les anciennes traditions des pilleurs d'epaves ?

C'est ce que pensaient les gens de la police, quoi qu'en eussent Jack
Ryan et ses compagnons. Lorsque ceux-ci entendirent parler d'enquete,
ils se diviserent en deux camps : les uns se contenterent de hausser
les epaules; les autres, plus craintifs, annoncerent que, tres
certainement, a provoquer ainsi les etres surnaturels, on amenerait de
nouvelles catastrophes.

Neanmoins, l'enquete fut faite avec beaucoup de soin. Les gens de
police se transporterent au chateau de Dundonald, et ils procederent
aux recherches les plus rigoureuses.

Le magistrat voulut d'abord reconnaitre si le sol avait conserve
quelques empreintes de pas, pouvant etre attribuees a d'autres pieds
que des pieds de lutins. Il fut impossible de relever la plus legere
trace, ni ancienne ni nouvelle. Cependant, la terre, encore tout humide
des pluies de la veille, eut conserve le moindre vestige.

<< Des pas de brawnies ! s'ecria Jack Ryan, lorsqu'il connut l'insucces
des premieres recherches. Autant vouloir retrouver les traces d'un
follet sur l'eau d'un marecage ! >>

Cette premiere partie de l'enquete ne produisit donc aucun resultat. Il
n'etait pas probable que la seconde partie en donnat davantage.

Il s'agissait d'etablir, en effet, comment le feu avait pu etre allume
au sommet de la vieille tour, quels elements avaient ete fournis a la
combustion, et enfin quels residus cette combustion avait laisses.

Sur le premier point, rien, ni restes d'allumettes, ni chiffons de
papier, ayant pu servir a allumer un feu quelconque.

Sur le second point, neant non moins absolu. On ne retrouva ni herbes
dessechees, ni fragments de bois, dont ce foyer, si intense, avait
pourtant du etre largement alimente pendant la nuit.

Quant au troisieme point, il ne put etre eclairci davantage. L'absence
de toutes cendres, de tout residu d'un combustible quelconque, ne
permit pas meme de retrouver l'endroit ou le foyer avait du etre
etabli. Il n'existait aucune place noircie, ni sur la terre, ni sur la
roche. Fallait-il donc en conclure que le foyer avait ete tenu par la
main de quelque malfaiteur ? C'etait bien invraisemblable, puisque, au
dire des temoins, la flamme presentait un developpement gigantesque,
tel que l'equipage du _Motala_ avait pu, malgre les brumes,
l'apercevoir de plusieurs milles au large.

<< Bon ! s'ecria Jack Ryan, la Dame de feu sait bien se passer
d'allumettes ! Elle souffle, cela suffit a embraser l'air autour
d'elle, et son foyer ne laisse jamais de cendres ! >>

Il resulta donc de tout ceci que les magistrats en furent pour leur
peine, qu'une nouvelle legende s'ajouta a tant d'autres, legende qui
devait perpetuer le souvenir de la catastrophe du _Motala_ et affirmer
plus indiscutablement encore l'apparition des Dames de feu.

Cependant, un si brave garcon que Jack Ryan, et d'une si vigoureuse
constitution, ne pouvait demeurer longtemps alite. Quelques foulures et
luxations n'etaient pas pour le coucher sur le flanc plus qu'il ne
convenait. Il n'avait pas le temps d'etre malade. Or, lorsque ce
temps-la manque, on ne l'est guere dans ces regions salubres des
Lowlands.

Jack Ryan se retablit donc promptement. Des qu'il fut sur pied, avant
de reprendre sa besogne a la ferme de Melrose, il voulut mettre certain
projet a execution. Il s'agissait d'aller faire visite a son camarade
Harry, afin de savoir pourquoi celui-ci avait manque a la fete du clan
d'Irvine. De la part d'un homme tel qu'Harry, qui ne promettait jamais
sans tenir, cette absence ne s'expliquait pas. Il etait
invraisemblable, d'ailleurs, que le fils du vieil overman n'eut pas
entendu parler de la catastrophe du _Motala_ rapportee a grands details
par les journaux. Il devait savoir la part que Jack Ryan avait prise au
sauvetage, ce qui en etait advenu pour lui, et c'eut ete trop
d'indifference de la part d'Harry que de ne pas pousser jusqu'a la
ferme pour serrer la main de son ami Jack Ryan.

Si donc Harry n'etait pas venu, c'est qu'il n'avait pu venir.

Jack Ryan eut plutot nie l'existence des Dames de feu que de croire a
l'indifference d'Harry a son egard.

Donc, deux jours apres la catastrophe, Jack Ryan quitta la ferme,
gaillardement, comme un solide garcon qui ne se ressentait aucunement
de ses blessures. D'un joyeux refrain lance a pleine poitrine, il fit
resonner les echos de la falaise, et se rendit a la gare du railway
qui, par Glasgow, conduit a Stirling et a Callander.

La, pendant qu'il attendait dans la gare, ses regards furent tout
d'abord attires par une affiche, reproduite a profusion sur les murs,
et qui contenait l'avis suivant :

<< Le 4 decembre dernier, l'ingenieur James Starr, d'Edimbourg, s'est
embarque a Granton-pier sur le _Prince de Galles_. Il a debarque le
meme jour a Stirling. Depuis ce temps, on est sans nouvelles de lui.

<< Priere d'adresser toute information le concernant au president de
Royal Institution, a Edimbourg. >>

Jack Ryan, arrete devant une de ces affiches, la lut par deux fois, non
sans donner les signes de la plus extreme surprise.

<< Monsieur Starr ! s'ecria-t-il. Mais, le 4 decembre, je l'ai
precisement rencontre avec Harry sur les echelles du puits Yarow !
voila dix jours de cela ! Et, depuis ce temps, il n'aurait pas reparu !
Cela expliquerait-il pourquoi mon camarade n'est pas venu a la fete
d'Irvine ? >>

Et, sans prendre le temps d'informer par lettre le president de Royal
Institution de ce qu'il savait relativement a James Starr, le brave
garcon sauta dans le train, avec l'intention bien arretee de se rendre
tout d'abord au puits Yarow. Cela fait, il descendrait jusqu'au fond de
la fosse Dochart, s'il le fallait, pour retrouver Harry, et avec lui
l'ingenieur James Starr.

Trois heures apres, il quittait le train a la gare de Callander, et se
dirigeait rapidement vers le puits Yarow.

<< Ils n'ont pas reparu, se disait-il. Pourquoi ? Est-ce quelque
obstacle qui les en a empeches ? Est-ce un travail dont l'importance
les retient encore au fond de la houillere ? Je le saurai ! >>

Et Jack Ryan, allongeant le pas, arriva en moins d'une heure au puits
Yarow.

Exterieurement, rien de change. Meme silence aux abords de la fosse.
Pas un etre vivant dans ce desert.

Jack Ryan penetra sous l'appentis en ruine qui recouvrait l'orifice du
puits. Il plongea son regard dans ce gouffre... Il ne vit rien. Il
ecouta... Il n'entendit rien.

<< Et ma lampe ! s'ecria-t-il. Ne serait-elle donc plus a sa place ? >>

La lampe, dont Jack Ryan se servait pendant ses visites a la fosse,
etait ordinairement deposee dans un coin, pres du palier de l'echelle
superieure.

Cette lampe avait disparu.

<< Voila une premiere complication ! >> dit Jack Ryan, qui commenca a
devenir tres inquiet.

Puis, sans hesiter, tout superstitieux qu'il fut :

<< J'irai, dit-il, quand il devrait faire plus noir dans la fosse que
dans le trefonds de l'enfer ! >>

Et il commenca a descendre la longue suite d'echelles, qui
s'enfoncaient dans le sombre puits.

Il fallait que Jack Ryan n'eut point perdu de ses anciennes habitudes
de mineur, et qu'il connut bien la fosse Dochart, pour se hasarder
ainsi. Il descendait prudemment d'ailleurs. Son pied tatait chaque
echelon, dont quelques-uns etaient vermoulus. Tout faux pas eut
entraine une chute mortelle, dans ce vide de quinze cents pieds. Jack
Ryan comptait donc chacun des paliers qu'il quittait successivement
pour atteindre un etage inferieur. Il savait que son pied ne toucherait
la semelle de la fosse qu'apres avoir depasse le trentieme. Une fois
la, il ne serait pas gene, pensait-il, de retrouver le cottage, bati,
comme on sait, a l'extremite de la galerie principale.

Jack Ryan arriva ainsi au vingt-sixieme palier, et, par consequent,
deux cents pieds, au plus, le separaient alors du fond.

A cet endroit, il baissa la jambe pour chercher le premier echelon de
la vingt-septieme echelle. Mais sa jambe, se balancant dans le vide, ne
trouva aucun point d'appui.

Jack Ryan s'agenouilla sur le palier. Il voulut saisir avec la main
l'extremite de l'echelle... Ce fut en vain.

Il etait evident que la vingt-septieme echelle ne se trouvait pas a sa
place, et, par consequent, qu'elle avait ete retiree.

<< Il faut que le vieux Nick ait passe par la ! >> se dit-il, non sans
eprouver un certain sentiment d'effroi.

Debout, les bras croises, voulant toujours percer cette ombre
impenetrable, Jack Ryan attendit. Puis, il lui vint a la pensee que, si
lui ne pouvait descendre, les habitants de la houillere, eux, n'avaient
pu remonter. Il n'existait plus, en effet, aucune communication entre
le sol du comte et les profondeurs de la fosse. Si cet enlevement des
echelles inferieures du puits Yarow avait ete pratique depuis sa
derniere visite au cottage, qu'etaient devenus Simon Ford, sa femme,
son fils et l'ingenieur ? L'absence prolongee de James Starr prouvait
evidemment qu'il n'avait pas quitte la fosse depuis le jour ou Jack
Ryan s'etait croise avec lui dans le puits Yarow. Comment, depuis lors,
s'etait fait le ravitaillement du cottage ? Les vivres n'avaient-ils
pas manque a ces malheureux, emprisonnes a quinze cents pieds sous
terre ?

Toutes ces pensees traverserent l'esprit de Jack Ryan. Il vit bien
qu'il ne pouvait rien par lui-meme pour arriver jusqu'au cottage. Y
avait-il eu malveillance dans ce fait que les communications etaient
interrompues ? cela ne lui paraissait pas douteux. En tout cas, les
magistrats aviseraient, mais il fallait les prevenir au plus vite.

Jack Ryan se pencha au-dessus du palier.

<< Harry ! Harry ! >> cria-t-il de sa voix puissante.

Les echos se renvoyerent a plusieurs reprises le nom d'Harry, qui
s'eteignit enfin dans les dernieres profondeurs du puits Yarow.

Jack Ryan remonta rapidement les echelles superieures, et revit la
lumiere du jour. Il ne perdit pas un instant. Tout d'une traite, il
regagna la gare de Callander. Il ne lui fallut attendre que quelques
minutes le passage de l'express d'Edimbourg, et, a trois heures de
l'apres-midi, il se presentait chez le lord-prevot de la capitale.

La, sa declaration fut recue. Les details precis qu'il donna ne
permettaient pas de soupconner sa veracite. Sir W. Elphiston, president
de Royal Institution, non seulement collegue, mais ami particulier de
James Starr, fut aussitot averti, et il demanda a diriger les
recherches qui allaient etre faites sans delai a la fosse Dochart. On
mit a sa disposition plusieurs agents, qui se munirent de lampes, de
pics, de longues echelles de corde, sans oublier vivres et cordiaux.
Puis, conduits par Jack Ryan, tous prirent immediatement le chemin des
houilleres d'Aberfoyle.

Le soir meme, Sir W. Elphiston, Jack Ryan et les agents arriverent a
l'orifice du puits Yarow, et ils descendirent jusqu'au vingt-septieme
palier, sur lequel Jack s'etait arrete, quelques heures auparavant.

Les lampes, attachees au bout de longues cordes, furent envoyees dans
les profondeurs du puits, et l'on put alors constater que les quatre
dernieres echelles manquaient.

Nul doute que toute communication entre le dedans et le dehors de la
fosse Dochart n'eut ete intentionnellement rompue.

<< Qu'attendons-nous, monsieur ? demanda l'impatient Jack Ryan.

-- Nous attendons que ces lampes soient remontees, mon garcon, repondit
Sir W. Elphiston. Puis, nous descendrons jusqu'au sol de la derniere
galerie, et tu nous conduiras...

-- Au cottage, s'ecria Jack Ryan, et, s'il le faut, jusque dans les
derniers abimes de la fosse ! >>

Des que les lampes eurent ete retirees, les agents fixerent au palier
les echelles de corde, qui se deroulerent dans le puits. Les paliers
inferieurs subsistaient encore. On put descendre de l'un a l'autre.

Cela ne se fit pas sans de grandes difficultes. Jack Ryan, le premier,
s'etait suspendu a ces echelles vacillantes, et, le premier, il
atteignit le fond de la houillere.

Sir W. Elphiston et les agents l'eurent bientot rejoint.

Le rond-point, forme par le fond du puits Yarow, etait absolument
desert, mais Sir W. Elphiston ne fut pas mediocrement surpris
d'entendre Jack Ryan s'ecrier :

<< Voici quelques fragments des echelles, et ce sont des fragments a
demi brules !

-- Brules ! repeta Sir W. Elphiston. En effet, voila des cendres
refroidies depuis longtemps !

-- Pensez-vous, monsieur, demanda Jack Ryan, que l'ingenieur James
Starr ait eu interet a bruler ces echelles et a interrompre toute
communication avec le dehors ?

-- Non, repondit Sir W. Elphiston, qui demeura pensif. Allons, mon
garcon, au cottage ! C'est la que nous saurons la verite. >>

Jack Ryan hocha la tete, en homme peu convaincu. Mais, prenant une
lampe des mains d'un agent, il s'avanca rapidement a travers la galerie
principale de la fosse Dochart.

Tous le suivaient.

Un quart d'heure plus tard, Sir W. Elphiston et ses compagnons avaient
atteint l'excavation au fond de laquelle etait bati le cottage de Simon
Ford. Aucune lumiere n'en eclairait les fenetres.

Jack Ryan se precipita vers la porte, qu'il repoussa vivement.

Le cottage etait abandonne.

On visita les chambres de la sombre habitation. Nulle trace de violence
a l'interieur. Tout etait en ordre, comme si la vieille Madge eut
encore ete la. La reserve de vivres etait meme abondante, et eut suffi
pendant plusieurs jours a la famille Ford.

L'absence des hotes du cottage etait donc inexplicable. Mais pouvait-on
constater d'une maniere precise a quelle epoque ils l'avaient quitte ?
-- Oui, car, dans ce milieu ou ne se succedaient ni les nuits, ni les
jours, Madge avait coutume de marquer d'une croix chaque quantieme de
son calendrier.

Ce calendrier etait suspendu au mur de la salle. Or, la derniere croix
avait ete faite a la date du 6 decembre, c'est-a-dire un jour apres
l'arrivee de James Starr, -- ce que Jack Ryan fut en mesure d'affirmer.
Il etait donc manifeste que depuis le 6 decembre, c'est-a-dire depuis
dix jours, Simon Ford, sa femme, son fils et son hote avaient quitte le
cottage. Une nouvelle exploration de la fosse, entreprise par
l'ingenieur, pouvait-elle donner la raison d'une si longue absence ?
Non, evidemment.

Ainsi, du moins, le pensa Sir W. Elphiston. Apres avoir minutieusement
inspecte le cottage, il fut tres embarrasse sur ce qu'il convenait de
faire.

L'obscurite etait profonde. L'eclat des lampes, balancees aux mains des
agents, etoilait seulement ces impenetrables tenebres.

Soudain, Jack Ryan poussa un cri.

<< La ! la ! >> dit-il.

Et son doigt montrait une assez vive lueur, qui s'agitait dans l'obscur
lointain de la galerie.

<< Mes amis, courons sur ce feu ! repondit Sir W. Elphiston.

-- Un feu de brawnie ! s'ecria Jack Ryan. A quoi bon ? Nous ne
l'atteindrons jamais ! >>

Le president de Royal Institution et les agents, peu enclins a la
credulite, s'elancerent dans la direction indiquee par la lueur
mouvante. Jack Ryan, prenant bravement son parti, ne resta pas le
dernier en route.

Ce fut une longue et fatigante poursuite. Le falot lumineux semblait
porte par un etre de petite taille, mais singulierement agile. A chaque
instant, cet etre disparaissait derriere quelque remblai; puis, on le
revoyait au fond d'une galerie transversale. De rapides crochets le
mettaient ensuite hors de vue. Il semblait avoir definitivement
disparu, et, soudain, la lueur de son falot jetait de nouveau un vif
eclat. En somme, on gagnait peu sur lui, et Jack Ryan persistait a
croire, non sans raison, qu'on ne l'atteindrait pas.

Pendant une heure de cette inutile poursuite, Sir W. Elphiston et ses
compagnons s'enfoncerent dans la portion sud-ouest de la fosse Dochart.
Ils en arrivaient, eux aussi, a se demander s'ils n'avaient pas affaire
a quelque follet insaisissable.

A ce moment, cependant, il sembla que la distance commencait a diminuer
entre le follet et ceux qui cherchaient a l'atteindre. Etait-ce fatigue
de l'etre quelconque qui fuyait, ou cet etre voulait-il attirer Sir W.
Elphiston et ses compagnons la ou les habitants du cottage avaient
peut-etre ete attires eux-memes ? Il eut ete malaise de resoudre la
question.

Toutefois, les agents, voyant s'amoindrir cette distance redoublerent
leurs efforts. La lueur, qui avait toujours brille a plus de deux cents
pas en avant d'eux, se tenait maintenant a moins de cinquante. Cet
intervalle diminua encore. Le porteur du falot devint plus visible.
Quelquefois, lorsqu'il retournait la tete, on pouvait reconnaitre le
vague profil d'une figure humaine, et, a moins qu'un lutin n'eut pris
cette forme, Jack Ryan etait force de convenir qu'il ne s'agissait
point la d'un etre surnaturel.

Et alors, tout en courant plus vite :

<< Hardi, camarades ! criait-il. Il se fatigue ! Nous l'atteindrons
bientot, et, s'il parle aussi bien qu'il detale, il pourra nous en dire
long ! >>

Cependant, la poursuite devenait plus difficile alors. En effet, au
milieu des dernieres profondeurs de la fosse, d'etroits tunnels
s'entrecroisaient comme les allees d'un labyrinthe. Dans ce dedale, le
porteur du falot pouvait aisement echapper aux agents.

Il lui suffisait d'eteindre sa lanterne et de se jeter de cote au fond
de quelque refuge obscur.

<< Et, au fait, pensait Sir W. Elphiston, s'il veut nous echapper,
pourquoi ne le fait-il pas ? >>

Cet etre insaisissable ne l'avait pas fait jusqu'alors; mais, au moment
ou cette pensee traversait l'esprit de Sir W. Elphiston, la lueur
disparut subitement, et les agents, continuant leur poursuite,
arriverent presque aussitot devant une etroite ouverture que les roches
schisteuses laissaient entre elles, a l'extremite d'un etroit boyau.

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Theatre review: Three Women, Jermyn Street, London
Obituary: Prolific crime novelist, Oscar-nominated screenwriter and man of many pseudonyms

Climbing the walls

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"Ya hear that, Chameleon?" Spider-Man says as he thwacks the villain in the face. "The president-elect here just appointed me ... secretary of shuttin' you up."

He tells Obama: "This is your day, and I know it wouldn't look good to be seen palling around with me" - in a nod to Sarah Palin's comment that Obama had been "palling around with terrorists".

"When we heard that president-elect Obama is a collector of Spider-Man comics, we knew that these two historic figures had to meet in our comics' Marvel Universe," said the publisher's editor-in-chief, Joe Quesada.

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Maggie O'Farrell hails the reissue of The Yellow Wallpaper, a tale of marriage and madness

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