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Robur le Conquerant by Jules Verne

J >> Jules Verne >> Robur le Conquerant

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Cette perspective n'etait pas pour apaiser les deux collegues, dont
les chances de fuite deviendraient nulles alors.

Cependant l'_Albatros_ faisait petite route, comme s'il hesitait au
moment de quitter la terre africaine. Est-ce que l'ingenieur songeait
a revenir en arriere? Non! Mais son attention etait particulierement
attiree sur ce pays qu'il traversait alors.

On sait - et il le savait aussi -ce qu'est le royaume du Dahomey,
l'un des plus puissants du littoral ouest de l'Afrique. Assez fort
pour avoir pu lutter avec son voisin, le royaume des Aschantis, ses
limites sont restreintes cependant, puisqu'il ne compte que cent
vingt lieues du sud au nord et soixante de l'est a l'ouest; mais sa
population comprend de sept a huit cent mille habitants, depuis qu'il
s'est adjoint les territoires independants d'Ardrah et de Wydah.

S'il n'est pas grand, ce royaume de Dahomey, il a souvent fait parler
de lui. Il est celebre par les cruautes effroyables qui marquent ses
fetes annuelles, par ses sacrifices humains, epouvantables
hecatombes, destinees a honorer le souverain qui s'en va et le
souverain qui le remplace. Il est meme de bonne politesse, lorsque le
roi de Dahomey recoit la visite de quelque haut personnage ou d'un
ambassadeur etranger, qu'il lui fasse la surprise d'une douzaine de
tetes coupees en son honneur, - et coupees par le ministre de la
Justice, le << minghan >>, qui s'acquitte a merveille de ces fonctions
de bourreau.

Or, a l'epoque ou l'_Albatros_ passait la frontiere du Dahomey, le
souverain Bahadou venait de mourir, et toute la population allait
proceder a l'intronisation de son successeur. De la, un grand
mouvement dans tout le pays, mouvement qui n'avait pas echappe a
Robur.

En effet, de longues files de Dahomiens des campagnes se dirigeaient
alors vers Abomey, la capitale du royaume. Routes bien entretenues,
qui rayonnent entre de vastes plaines couvertes d'herbes geantes,
immenses champs de manioc, forets magnifiques de palmiers, de
cocotiers, de mimosas, d'orangers, de manguiers, tel etait le pays,
dont les parfums montaient jusqu'a l'_Albatros,_ tandis que, par
milliers, perruches et cardinaux s'envolaient de toute cette verdure.

L'ingenieur, penche au-dessus de la rambarde, absorbe dans ses
reflexions, n'echangeait que peu de mots avec Tom Turner.

Il ne semblait pas, d'ailleurs, que l'_Albatros_ eut le privilege
d'attirer l'attention de ces masses mouvantes, le plus souvent
invisibles sous le dome impenetrable des arbres. Cela venait, sans
doute, de ce qu'il se tenait a une assez grande altitude au milieu de
legers nuages.

Vers onze heures du matin, la capitale apparut dans sa ceinture de
murailles, defendue par un fosse mesurant douze milles de tour, rues
larges et regulierement tracees sur un sol plat, grande place dont le
cote nord est occupe par le palais du roi. Ce vaste ensemble de
constructions est domine par une terrasse, non loin de la case des
sacrifices. Pendant les jours de fete, c'est du haut de cette
terrasse qu'on jette au peuple des prisonniers attaches dans des
corbeilles d'osier, et on s'imaginerait malaisement avec quelle furie
ces malheureux sont mis en pieces.

Dans une partie des cours qui divisent le palais du souverain, sont
logees quatre mille guerrieres, un des contingents de l'armee royale,
-non le moins courageux.

S'il est contestable qu'il y ait des Amazones sur le fleuve de ce
nom, ce n'est plus douteux au Dahomey. Les unes portent la chemise
bleue, l'echarpe bleue ou rouge, le calecon blanc raye de bleu, la
calotte blanche, la cartouchiere attachee a la ceinture; les autres,
chasseresses d'elephants, sont armees de la lourde carabine, du
poignard a lame courte, et de deux cornes d'antilope fixees a leur
tete par un cercle de fer; celles-ci, les artilleuses, ont la tunique
mi-partie bleue et rouge, et pour arme le tromblon, avec de vieux
canons de fonte; celles-la, enfin, bataillon de jeunes filles, a
tuniques bleues, a culottes blanches, sont de veritables vestales,
pures comme Diane, et, comme elle, armees d'arcs et de fleches.

Qu'on ajoute a ces Amazones cinq a six mille hommes en calecons, en
chemises de cotonnade, avec une etoffe nouee a la taille, et on aura
passe en revue l'armee dahomienne.

Abomey etait, ce jour-la, absolument deserte. Le souverain, le
personnel royal, l'armee masculine et feminine, la population,
avaient quitte la capitale pour envahir, a quelques milles de la, une
vaste plaine entouree de bois magnifiques.

C'est sur cette plaine que devait s'accomplir la reconnaissance du
nouveau roi. C'est la que des milliers de prisonniers, faits dans les
dernieres razzias, allaient etre immoles en son honneur.

Il etait deux heures environ, lorsque l'_Albatros,_ arrive au-dessus
de la plaine commenca a descendre au milieu de quelques vapeurs qui
le derobaient encore aux yeux des Dahomiens.

Ils etaient la soixante mille, au moins, venus de tous les points du
royaume, de Widah, de Kerapay, d'Ardrah, de Tombory, des villages les
plus eloignes.

Le nouveau roi - un vigoureux gaillard, nomme Bou-Nadi -, age de
vingt-cinq ans, occupait un tertre ombrage d'un groupe d'arbres a
large ramure. Devant lui se pressait sa nouvelle cour, son armee
male, ses amazones, tout son peuple.

Au pied du tertre, une cinquantaine de musiciens jouaient de leurs
instruments barbares, defenses d'elephants qui rendent un son rauque,
tambours tendus d'une peau de biche, calebasses, guitares, clochettes
frappees d'une languette de fer, flutes de bambou dont l'aigre
sifflet dominait tout l'ensemble. Puis, a chaque instant, decharges
de fusils et de tromblons, decharges des canons dont les affuts
tressautaient au risque d'ecraser les artilleuses, enfin brouhaha
general et clameurs si intenses qu'elles auraient domine les eclats
de la foudre.

Dans un coin de la plaine, sous la garde des soldats, etaient
entasses les captifs charges d'accompagner dans l'autre monde le roi
defunt, auquel la mort ne doit rien faire perdre des privileges de la
souverainete. Aux obseques de Ghozo, pere de Bahadou, son fils lui en
avait envoye trois mille. Bou-Nadi rie pouvait faire moins pour son
predecesseur. Ne faut-il pas de nombreux messagers pour rassembler
non seulement les Esprits, mais tous les hotes du ciel, convies a
faire cortege au monarque divinise?

Pendant une heure, il n'y eut que discours, harangues, palabres,
coupes de danses executees, non seulement par les bayaderes
attitrees, mais aussi par les amazones qui y deployerent une grace
toute belliqueuse.

Mais le moment de l'hecatombe approchait. Robur, qui connaissait les
sanglantes coutumes du Dahomey, ne perdait pas de vue les captifs,
hommes, femmes, enfants, reserves a cette boucherie.

Le minghan se tenait au pied du tertre. Il brandissait son sabre
d'executeur a lame courbe, surmonte d'un oiseau de metal, dont le
poids rend la volte plus assuree.

Cette fois, il n'etait pas seul. Il n'aurait pu suffire a la besogne.
Aupres de lui etaient groupes une centaine de bourreaux, habiles a
trancher les tetes d'un seul coup. Cependant l'_Albatros_ se
rapprochait peu a peu, obliquement, en moderant ses helices
suspensives et propulsives. Bientot il sortit de la couche des nuages
qui le cachaient a moins de cent metres de terre, et, pour la
premiere fois, il apparut.

Contrairement a ce qui se passait d'habitude, ces feroces indigenes
ne virent en lui qu'un etre celeste descendu tout expres pour rendre
hommage au roi Bahadou.

Alors enthousiasme indescriptible, appels interminables,
supplications bruyantes, prieres generales, adressees a ce surnaturel
hippogriffe qui venait sans doute prendre le corps du roi defunt afin
de le transporter dans les hauteurs du ciel dahomien.

En ce moment, la premiere tete vola sous le sabre du minghan. Puis,
d'autres prisonniers furent amenes par centaines devant leurs
horribles bourreaux.

Soudain, un coup de fusil partit de l'_Albatros._ Le ministre de la
Justice tomba, la face contre terre.

<< Bien vise, Tom! dit Robur.

- Bah!... Dans le tas! >> repondit le contremaitre.

Ses camarades, armes comme lui, etaient prets a tirer au premier
signal de l'ingenieur.

Mais un revirement s'etait fait dans la foule. Elle avait compris. Ce
monstre aile, ce n'etait point un Esprit favorable, c'etait un Esprit
hostile a ce bon peuple du Dahomey. Aussi, apres la chute du minghan,
des cris de represailles s'eleverent-ils de toutes parts. Presque
aussitot, une fusillade eclata au-dessus de la plaine.

Ces menaces n'empecherent pas l'_Albatros_ de descendre
audacieusement a moins de cent cinquante pieds du sol. Uncle Prudent
et Phil Evans, quels que fussent leurs sentiments envers Robur, ne
pouvaient que s'associer a une pareille œuvre d'humanite.

<< Oui! delivrons les prisonniers! s'ecrierent-ils.

- C'est mon intention! >> repondit l'ingenieur. Et les fusils a
repetition de l'_Albatros,_ entre les mains des deux collegues comme
entre les mains de l'equipage, commencerent un feu de mousqueterie,
dont pas une balle n'etait perdue au milieu de cette masse humaine.
Et meme la petite piece d'artillerie du bord, braquee sous son angle
le plus ferme, envoya a propos quelques boites a mitraille qui firent
merveille.

Aussitot les prisonniers, sans rien comprendre a ce secours venu d'en
haut, rompirent leurs liens, pendant que les soldats ripostaient aux
feux de l'aeronef. L'helice anterieure fut traversee d'une balle,
tandis que quelques autres, projectiles l'atteignaient en pleine
coque. Frycollin, cache au fond de sa cabine, faillit meme etre
touche a travers la paroi du roufle.

<< Ah! ils veulent en gouter! >> s'ecria Tom Turner.

Et, s'affalant dans la soute aux munitions, il revint avec une
douzaine de cartouches de dynamite qu'il distribua a ses camarades. A
un signe de Robur, ces cartouches furent lancees au-dessus du tertre,
et, en heurtant le sol, elles eclaterent comme de petits obus.

Quelle deroute du roi, de la cour, de l'armee, du peuple, en proie a
une epouvante que ne justifiait que trop une pareille intervention!
Tous avaient cherche refuge sous les arbres, pendant que les
prisonniers s'enfuyaient, sans que personne songeat a les poursuivre.

Ainsi furent troublees les fetes en l'honneur du nouveau roi de
Dahomey. Ainsi Uncle Prudent et Phil Evans durent reconnaitre de
quelle puissance disposait un tel appareil, et quels services il
pouvait rendre a l'humanite.

Ensuite, l'_Albatros_ remonta tranquillement dans la zone moyenne; il
passa au-dessus de Wydah, et il eut bientot perdu de vue cette cote
sauvage que les vents de sud-ouest entourent d'un inabordable ressac.

Il planait sur l'Atlantique.

XIII

Dans lequel Uncle Prudent et Phil Evans traversent tout un ocean,
sans avoir le mal de mer.

Oui, l'Atlantique! Les craintes des deux collegues s'etaient
realisees. Il ne semblait pas, d'ailleurs, que Robur eprouvat la
moindre inquietude a s'aventurer au-dessus de ce vaste Ocean. Cela
n'etait pas pour le preoccuper, ni ses hommes, qui devaient avoir
l'habitude de pareilles traversees. Deja ils etaient tranquillement
rentres dans le poste. Aucun cauchemar ne dut troubler leur sommeil.

Ou allait l'_Albatros?_ Ainsi que l'avait dit l'ingenieur, devait-il
donc faire plus que le tour du monde? En tout cas, il faudrait bien
que ce voyage se terminat quelque part. Que Robur passat sa vie dans
les airs, a bord de l'aeronef et n'atterrit jamais, cela n'etait pas
admissible. Comment eut-il pu renouveler ses approvisionnements en
vivres et munitions, sans parler des substances necessaires au
fonctionnement des machines? Il fallait, de toute necessite, qu'il
eut une retraite, un port de relache, si l'on veut, en quelque
endroit ignore et inaccessible du globe, ou l'_Albatros_ pouvait se
reapprovisionner. Qu'il eut rompu toute relation avec les habitants
de la terre, soit! mais avec tout point de la surface terrestre, non!

S'il en etait ainsi, ou gisait ce point? Comment l'ingenieur avait-il
ete amene a le choisir? Y etait-il attendu par une petite colonie
dont il etait le chef? Pouvait-il y recruter un nouveau personnel? Et
d'abord, pourquoi ces gens, d'origines diverses, s'etaient-ils
attaches a sa fortune? Puis, de quelles ressources disposait-il pour
avoir pu fabriquer un aussi couteux appareil, dont la construction
avait ete tenue si secrete? Il est vrai, son entretien ne semblait
pas etre dispendieux. A bord, on vivait d'une existence commune,
d'une vie de famille, en gens heureux qui ne se cachaient pas de
l'etre. Mais enfin, quel etait ce Robur? D'ou venait-il? Quel avait
ete son passe? Autant d'enigmes impossibles a resoudre, et celui qui
en etait l'objet ne consentirait jamais, sans doute, a en donner le
mot.

Qu'on ne s'etonne donc pas si cette situation, toute faite de
problemes insolubles, devait surexciter les deux collegues. Se sentir
ainsi emportes dans l'inconnu, ne pas entrevoir l'issue d'une
pareille aventure, douter meme si jamais elle aurait une fin, etre
condamnes a l'aviation perpetuelle, n'y avait-il pas de quoi pousser
a quelque extremite terrible le president et le secretaire du
Weldon-Institute?

En attendant, depuis cette soiree du ii juillet, l'_Albatros_ filait
au-dessus de l'Atlantique. Le lendemain, lorsque le soleil apparut,
il se leva sur cette ligne circulaire ou viennent se confondre le
ciel et l'eau. Pas une seule terre en vue, si vaste que fut le champ
de vision. L'Afrique avait' disparu sous l'horizon du nord.

Lorsque Frycollin se fut hasarde hors de sa cabine, lorsqu'il vit
toute cette mer au-dessous de lui, la peur le reprit au galop.
Au-dessous n'est pas le mot juste, mieux vaudrait dire autour de lui,
car, pour un observateur place dans ces zones elevees, l'abime semble
l'entourer de toutes parts, et l'horizon, releve a son niveau, semble
reculer, sans qu'on puisse jamais en atteindre les bords.

Sans doute, Frycollin ne s'expliquait pas physiquement cet effet,
mais il le sentait moralement. Cela suffisait pour provoquer en lui <<
cette horreur de l'abime >>, dont certaines natures, braves cependant,
ne peuvent se degager. En tout cas, par prudence, le Negre ne se
repandit pas en recriminations. Les yeux fermes, les bras tatonnants,
il rentra dans sa cabine avec la perspective d'y rester longtemps.

En effet, sur les trois cent soixante-quatorze millions
cinquante-sept mille neuf cent douze kilometres carres _[La surface
des terres est de 136051 371 kilometres carres]_ qui representent la
superficie des mers, l'Atlantique en occupe plus du quart. Or, il ne
semblait pas que l'ingenieur fut presse dorenavant. Aussi n'avait-il
pas donne ordre de pousser l'appareil a toute vitesse. D'ailleurs,
l'_Albatros_ n'aurait pu retrouver la rapidite qui l'avait emporte
au-dessus de l'Europe a raison de deux cents kilometres a l'heure. En
cette region ou dominent les courants du sud-ouest, il avait le vent
debout, et, bien que ce vent fut faible encore, il ne laissait pas de
lui donner prise.

Dans cette zone intertropicale, les plus recents travaux des
meteorologistes, appuyes sur un grand nombre d'observations, ont
permis de reconnaitre qu'il y a une convergence des alizes, soit vers
le Sahara, soit vers le golfe du Mexique. En dehors de la region. des
calmes, ou ils viennent de l'ouest et portent vers l'Afrique, ou ils
viennent de l'est et portent vers le Nouveau Monde, -au moins durant
la saison chaude.

L'_Albatros_ ne chercha donc point a lutter contre les brises
contraires de toute la puissance de ses propulseurs. Il se contenta
d'une allure moderee, qui depassait, d'ailleurs, celle des plus
rapides transatlantiques.

Le 13 juillet, l'aeronef traversa la ligne equinoxiale, -ce qui fut
annonce a tout le personnel.

C'est ainsi que Uncle Prudent et Phil Evans apprirent qu'ils venaient
de quitter l'hemisphere boreal pour l'hemisphere austral. Ce passage
de la ligne n'entraina aucune des epreuves et ceremonies dont il est
accompagne a bord de certains navires de guerre ou de commerce.

Seul, Francois Tapage se contenta de verser une pinte d'eau dans le
cou de Frycollin; mais, comme ce bapteme fut suivi de quelques verres
de gin, le Negre se declara pret a passer la ligne autant de fois
qu'on le voudrait, pourvu que ce ne fut pas sur le dos d'un oiseau
mecanique qui ne lui inspirait aucune confiance.

Dans la matinee du 15, l'_Albatros_ fila entre les iles de
l'Ascension et de Sainte-Helene, - toutefois plus pres de cette
derniere, dont les hautes terres se montrerent a l'horizon pendant
quelques heures.

Certes, a l'epoque ou Napoleon etait au pouvoir des Anglais, s'il eut
existe un appareil analogue a celui de l'ingenieur Robur, Hudson
Lowe, en depit de ses insultantes precautions, aurait bien pu voir
son illustre prisonnier lui echapper par la voie des airs!

Pendant les soirees des 16 et 17 juillet, un curieux phenomene de
lueurs crepusculaires se produisit a la tombee du jour. Sous une
latitude plus elevee, on aurait pu croire a l'apparition d'une aurore
boreale. Le soleil, a son coucher, projeta des rayons multicolores,
dont quelques-uns s'impregnaient d'une ardente couleur verte.

Etait-ce un nuage de poussieres cosmiques que la terre traversait
alors et qui reflechissaient les dernieres clartes du jour? Quelques
observateurs ont donne cette explication aux lueurs crepusculaires.
Mais cette explication n'aurait pas ete maintenue, si ces savants se
fussent trouves a bord de l'aeronef.

Examen fait, il fut constate qu'il y avait en suspension dans l'air
de petits cristaux de pyroxene, des globules vitreux, de fines
particules de fer magnetique, analogues aux matieres que rejettent
certaines montagnes ignivomes. Des lors, nul doute qu'un volcan en
eruption n'eut projete dans l'espace ce nuage, dont les corpuscules
cristallins produisaient le phenomene observe -nuage que les courants
aeriens tenaient alors en suspension au-dessus de l'Atlantique.

Au surplus, pendant cette partie du voyage plusieurs autres
phenomenes furent encore observes. A diverses reprises, certaines
nuees donnaient au ciel une teinte grise d'un singulier aspect; puis,
si l'_on_ depassait ce rideau de vapeurs, sa surface apparaissait
toute mamelonnee de volutes eblouissantes d'un blanc cru, semees de
petites paillettes solidifiees - ce qui, sous cette latitude, ne peut
s'expliquer que par une formation identique a celle de la grele.

Dans la nuit du 17 au 18, apparition d'un arc-en-ciel lunaire d'un
jaune verdatre, par suite de la position de l'aeronef entre la pleine
lune et un reseau de pluie fine qui se volatilisait avant d'avoir
atteint la mer.

De ces divers phenomenes, pouvait-on conclure a un prochain
changement de temps? Peut-etre. Quoi qu'il en soit, le vent, qui
soufflait du sud-ouest depuis le depart de la cote d'Afrique, avait
commence a calmir dans les regions de l'Equateur. En cette zone
tropicale, il faisait extremement chaud. Robur alla donc chercher la
fraicheur dans des couches plus elevees. Encore fallait-il s'abriter
contre les rayons du soleil dont la projection directe n'eut pas ete
supportable.

Cette modification dans les courants aeriens faisait certainement
pressentir que d'autres conditions climateriques se presenteraient
au-dela des regions equinoxiales. Il faut, d'ailleurs, observer que
le mois de juillet de l'hemisphere austral, c'est le mois de janvier
de l'hemisphere boreal, c'est-a-dire le cœur de l'hiver.
L'_Albatros,_ s'il descendait plus au sud, allait bientot en eprouver
les effets.

Du reste, la mer << sentait cela >>, comme disent les marins. Le 18
juillet, au-dela du tropique du Capricorne, un autre phenomene se
manifesta, dont un navire eut pu prendre quelque effroi.

Une etrange succession de lames lumineuses se propageait a la surface
de l'Ocean avec une rapidite telle qu'on ne pouvait l'estimer a moins
de soixante milles a l'heure. Ces lames chevauchaient a une distance
de quatre-vingts pieds l'une de l'autre, en tracant de longs sillons
de lumiere. Avec la nuit qui commencait a venir, un intense reflet
montait jusqu'a l'_Albatros._ Cette fois, il aurait pu etre pris pour
quelque bolide enflamme. Jamais Robur n'avait eu l'occasion de planer
sur une mer de feu, - feu sans chaleur qu'il n'eut pas besoin de fuir
en s elevant dans les hauteurs du ciel.

L'electricite devait etre la cause de ce phenomene, car on ne pouvait
l'attribuer a la presence d'un banc de frai de poissons ou d'une
nappe de ces animalcules dont l'accumulation produit la
phosphorescence.

Cela donnait a supposer que la tension electrique de l'atmosphere
devait etre alors tres considerable.

Et, en effet, le lendemain, 19 juillet, un batiment se fut peut-etre
trouve en perdition sur cette mer. Mais l'_Albatros_ se jouait des
vents et des lames, semblable au puissant oiseau dont il portait le
nom. S'il ne lui plaisait pas de se promener a leur surface comme les
petrels, il pouvait, connue les aigles, trouver dans les hautes
couches le calme et le soleil.

A ce moment, le quarante-septieme parallele sud avait ete depasse. Le
jour ne durait pas plus de sept a huit heures. Il devait diminuer a
mesure qu'on approcherait des regions antarctiques.

Vers une heure de l'apres-midi, l'_Albatros_ s'etait sensiblement
abaisse pour chercher un courant plus favorable. Il volait au-dessus
de la mer a moins de cent pieds de sa surface.

Le temps etait calme. En de certains endroits du ciel, de gros nuages
noirs, mamelonnes a leur partie superieure, se terminaient par une
ligne rigide, absolument horizontale. De ces nuages s'echappaient des
protuberances allongees, dont la pointe semblait attirer l'eau qui
bouillonnait au-dessous en forme de buisson liquide.

Tout a coup, cette eau s'elanca, affectant la forme d'une enorme
ampoulette.

En un instant, l'_Albatros_ fut enveloppe dans le tourbillon d'une
gigantesque trombe, a laquelle une vingtaine d'autres, d'un noir
d'encre, vinrent faire cortege. Par bonheur, le mouvement giratoire
de cette trombe etait inverse de celui des helices suspensives, sans
quoi celles-ci n'auraient plus eu d'action, et l'aeronef eut ete
precipite dans la mer; mais il se mit a tourner sur, lui-meme avec
une effroyable rapidite.

Cependant le danger etait immense et peut-etre impossible a conjurer,
puisque l'ingenieur ne pouvait se degager de la trombe dont
l'aspiration le retenait en depit des propulseurs. Les hommes,
projetes par la force centrifuge aux deux bouts de la plate-forme,
durent se retenir. aux montants pour ne point etre emportes.

<< Du sang-froid! cria Robur.

Il en fallait, - de la patience aussi.

Uncle Prudent et Phil Evans, qui venaient de quitter leur cabine,
furent repousses a l'arriere, au risque d'etre lances par-dessus le
bord.

En meme temps qu'il tournait, l'_Albatros_ suivait le deplacement de
ces trombes qui pivotaient avec une vitesse dont ses helices auraient
pu etre jalouses. Puis, s'il echappait a l'une, il etait repris par
une autre, avec menace d'etre disloque ou mis en pieces.

Un coup de canon! ... cria l'ingenieur.

Cet ordre s'adressait a Tom Turner. Le contremaitre s'etait accroche
a. la petite piece d'artillerie, montee au milieu de la plate-forme,
ou les effets de la force centrifuge etaient peu sensibles. Il
comprit la pensee de Robur. En un instant, il eut ouvert la culasse
du canon dans laquelle il glissa une gargousse qu'il tira du caisson
fixe a l'affut. Le coup partit, et soudain se fit l'effondrement des
trombes, avec le plafond de nuages qu'elles semblaient porter sur
leur faite. -

L'ebranlement de l'air avait suffi a rompre le meteore, et l'enorme
nuee, se resolvant en pluie, raya l'horizon de stries verticales,
immense filet liquide tendu de la mer au ciel.

L'_Albatros,_ libre enfin, se hata de remonter de quelques centaines
de metres.

<< Rien de brise a bord? demanda l'ingenieur.

- Non, repondit Tom Turner; mais voila un jeu de toupie hollandaise
et de raquette qu'il ne faudrait pas recommencer! >>

En effet, pendant une dizaine de minutes, l'_Albatros_ avait ete en
perdition. N'eut ete sa solidite extraordinaire, il aurait peri dans
ce tourbillon des trombes.

Pendant cette traversee de l'Atlantique, combien les heures etaient
longues, quand aucun phenomene n'en venait rompre la monotonie!
D'ailleurs, les jours diminuaient sans cesse, et le froid devenait
vif. Uncle Prudent et Phil Evans voyaient peu Robur. Enferme dans sa
cabine, l'ingenieur s'occupait a relever sa route, a pointer sur ses
cartes la direction suivie, a reconnaitre sa position toutes les fois
qu'il le pouvait, a noter les indications des barometres, des
thermometres, des chronometres, enfin a porter sur le livre de bord
tous les incidents du voyage.

Quant aux deux collegues, bien encapuchonnes, ils cherchaient sans
cesse a apercevoir quelque terre dans le sud.

De son cote, sur la recommandation expresse de Uncle Prudent,
Frycollin essayait de tater le maitre coq a l'endroit de l'ingenieur.
Mais comment faire fonds sur ce que disait ce Gascon de Francois
Tapage? Tantot Robur etait un ancien ministre de la Republique
Argentine, un chef de l'Amiraute, un president des Etats-Unis mis a
la retraite, un general espagnol en disponibilite, un vice-roi des
Indes qui avait recherche une plus haute position dans les airs.
Tantot il possedait des millions, grace aux razzias operees avec sa
machine, et il etait signale a la vindicte publique. Tantot il
s'etait ruine a confectionner cet appareil et serait force de faire
des ascensions publiques pour rattraper son argent. Quant a la
question de savoir s'il s'arretait jamais quelque part, non! Mais il
avait l'intention d'aller dans la lune, et, la, s'il trouvait quelque
localite a sa convenance, il s'y fixerait.

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"Ya hear that, Chameleon?" Spider-Man says as he thwacks the villain in the face. "The president-elect here just appointed me ... secretary of shuttin' you up."

He tells Obama: "This is your day, and I know it wouldn't look good to be seen palling around with me" - in a nod to Sarah Palin's comment that Obama had been "palling around with terrorists".

"When we heard that president-elect Obama is a collector of Spider-Man comics, we knew that these two historic figures had to meet in our comics' Marvel Universe," said the publisher's editor-in-chief, Joe Quesada.

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