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Robur le Conquerant by Jules Verne

J >> Jules Verne >> Robur le Conquerant

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<< Le progres n'est point aux aerostats, citoyens ballonistes, il est
aux appareils volants. L'oiseau vole, et ce n'est point un ballon,
c'est une mecanique!...

- Oui! il vole, s'ecria le bouillant Bat T. Fyn, mais il vole contre
toutes les regles de la mecanique!

- Vraiment! >> repondit Robur en haussant les epaules.

Puis il reprit :

<< Depuis qu'on a etudie le vol des grands et des petits volateurs,
cette idee si simple a prevalu : c'est qu'il n'y a qu'a imiter la
nature, car elle ne se trompe jamais. Entre l'albatros qui donne a
peine dix coups d'aile par minute, entre le pelican qui en donne
soixante-dix...

- Soixante et onze! dit une voix narquoise.

- Et l'abeille qui en donne cent quatre-vingt-douze par seconde...

- Cent quatre-vingt-treize!... s'ecria-t-on par moquerie.

- Et la mouche commune qui en donne trois cent trente...

- Trois cent trente et demi!

- Et le moustique qui en donne des millions...

- Non!... des milliards! >>

Mais Robur, l'interrompu, n'interrompit pas sa demonstration.

<< Entre ces divers ecarts..., reprit-il.

- Il y a le grand! repliqua une voix.

- ... il y a la possibilite de trouver une solution pratique. Le jour
ou M. de Lucy a pu constater que le cerf-volant, cet insecte qui ne
pese que deux grammes, pouvait enlever un poids de quatre cents
grammes, soit deux cents fois ce qu'il pese, le probleme de
l'aviation etait resolu. En outre, il etait demontre que la surface
de l'aile decroit relativement a mesure qu'augmentent la dimension et
le poids de l'animal. Des lors, on est arrive a imaginer ou
construire plus de Soixante appareils...

- Qui n'ont jamais pu voler! s'ecria le secretaire Phil Evans.

- Qui ont vole ou qui voleront, repondit Rohur, sans se deconcerter.
Et, soit qu'on les appelle des streophores, des helicopteres, des
orthoptheres, ou, a l'imitation du mot nef qui vient de navis, qu'on
les fasse venir de avis pour les nommer des << efs... >> on arrive a
l'appareil dont la creation doit rendre l'homme maitre de l'espace.

- Ah! l'helice! repartit Phil Evans. Mais l'oiseau n'a pas
d'helice... que nous sachions!

- Si, repondit Robur. Comme l'a demontre M. Penaud, en realite
l'oiseau se fait helice, et son vol est helicoptere. Aussi, le moteur
de l'avenir est-il l'helice...

- << D'un pareil malefice,

_Sainte-Helice,_ preservez-nous!... >>

chantonna un des assistants qui, par hasard, avait retenu ce motif du
Zampa d'Herold.

Et tous de reprendre ce refrain en chœur, avec des intonations
a faire fremir le compositeur francais dans sa tombe.

Puis, lorsque les dernieres notes se furent noyees dans un
epouvantable charivari, Uncle Prudent, profitant d'une accalmie
momentanee, crut devoir dire :

<< Citoyen etranger, jusqu'ici on vous a laisse parler sans vous
interrompre... >>

Il parait que, pour le president du Welton-Institute, ces reparties,
ces cris, ces coq-a-l'ane, n'etaient meme pas des interruptions, mais
un simple echange d'arguments.

Toutefois, continua-t-il, je vous rappellerai que la theorie de
l'aviation est condamnee d'avance et repoussee par la plupart des
ingenieurs americains ou etrangers. Un systeme qui a dans son passif
la mort du Sarrasin Volant, a Constantinople, celle du moine Voador,
a Lisbonne, celle de Letur en 1852, celle de Groof en 1864, sans
compter les victimes que j'oublie, ne fut-ce que le mythologique
Icare...

- Ce systeme, riposta Robur, n'est pas plus condamnable que celui
dont le martyrologe contient les noms de Pilatre de Rozier, a Calais,
de Mme Blanchard, a Paris, de Donaldson et Grimwood, tombes dans le
lac Michigan, de Sivel et de Croce-Spinelli, d'Eloy et de tant
d'autres que l'on se gardera bien d'oublier! >>

C'etait une riposte << du tac au tac >>, comme on dit en escrime.

<< D'ailleurs, reprit Robur, avec vos ballons, si perfectionnes qu'ils
soient, vous ne pourriez jamais obtenir une vitesse veritablement
pratique. Vous mettriez dix ans a faire le tour du monde - ce qu'une
machine volante pourra faire en huit jours! >>

Nouveaux cris de protestation et de denegation qui durerent trois
grandes minutes, jusqu'au moment ou Phil Evans put prendre la parole.

<< Monsieur l'aviateur, dit-il, vous qui venez nous vanter les
bienfaits de l'aviation, avez-vous jamais << avie >> ?

- Parfaitement!

- Et fait la conquete de l'air?

- Peut-etre, monsieur!

- Hurrah pour Robur-le-Conquerant! s'ecria une voix ironique.

- Eh bien, oui! Robur-le-Conquerant, et ce nom, je l'accepte, et je
le porterai, car j'y ai droit!

- Nous nous permettons d'en douter! s'ecria Jem Cip.

- Messieurs, reprit Robur, dont les sourcils se froncerent, quand je
viens serieusement discuter une chose serieuse, je n'admets pas qu'on
me reponde par des dementis, et je serais heureux de connaitre le nom
de l'interlocuteur...

- Je me nomme Jem Cip... et suis legumiste...

- Citoyen Jem Cip, repondit Robur, je savais que les legumistes ont
generalement les intestins plus longs que ceux des autres hommes -
d'un bon pied au moins. C'est deja beaucoup... et ne m'obligez pas a
vous les allonger encore en commencant par vos oreilles...

- A la porte!

- A la rue!

- Qu'on le demembre!

- La loi de Lynch!

- Qu'on le torde en helice!...

La fureur des ballonistes etait arrivee a son comble. Ils venaient de
se lever. Ils entouraient la tribune. Robur disparaissait au milieu
d'une gerbe de bras qui s'agitaient comme au souffle de la tempete.
En vain la trompe a vapeur lancait-elle des volees de fanfares sur
l'assemblee! Ce soir-la, Philadelphie dut croire que le feu devorait
un de ses quartiers et que toute l'eau de la Schuylkill-river ne
suffirait pas a l'eteindre.

Soudain, un mouvement de recul se produisit dans le tumulte, Robur,
apres avoir retire ses mains de ses poches, les tendait vers les
premiers rangs de ces acharnes.

A ces deux mains etaient passes deux de ces coups-de-poing a
l'americaine, qui forment en meme temps revolvers, et que la pression
des doigts suffit a faire partir. - de petites mitrailleuses de poche.

Et alors, profitant non seulement du recul des assaillants, mais
aussi du silence qui avait accompagne ce recul :

Decidement, dit-il, ce n'est pas Americ Vespuce qui a decouvert le
Nouveau Monde, c'est Sebastien Cabot! Vous n'etes pas des Americains,
citoyens ballonistes! Vous n'etes que des cabo... >>

A ce moment, quatre ou cinq coups de feu eclaterent, tires dans le
vide. Ils ne blesserent personne. Au milieu de la fumee, l'ingenieur
disparut, et, quand elle se fut dissipee, on ne trouva plus sa trace.
Robur-le-Conquerant s'etait envole, comme si quelque appareil
d'aviation l'eut emporte dans les airs.

IV

Dans lequel, a propos du valet Frycollin, l'auteur essaie de
rehabiliter la lune.

Certes, et plus d'une fois deja, a la suite de discussions orageuses,
au sortir de leurs seances, les membres du Weldon-Institute avaient
rempli de clameurs Walnut-Street et les rues adjacentes. Plus d'une
fois, les habitants de ce quartier s'etaient justement plaints de ces
bruyantes queues de discussions qui les troublaient jusque dans leurs
domiciles. Plus d'une fois, enfin, les policemen avaient du
intervenir pour assurer la circulation des passants, la plupart tres
indifferents a cette question de la navigation aerienne. Mais, avant
cette soiree, jamais ce tumulte n'avait pris de telles proportions,
jamais les plaintes n'eussent ete plus fondees, jamais l'intervention
des policemen plus necessaire.

Toutefois les membres du Weldon-Institute etaient quelque peu
excusables. On n'avait pas craint de venir les attaquer jusque chez
eux. A ces enrages du << Plus leger que l'air >> un non moins enrage du
<< Plus lourd >> avait dit des choses absolument desagreables. Puis, au
moment ou on allait le traiter comme il le meritait, il s'etait
eclipse.

Or, cela criait vengeance. Pour laisser de telles injures impunies,
il ne faudrait pas avoir du sang americain dans les veines! Des fils
d'Americ traites de fils de Cabot! N'etait-ce pas une insulte,
d'autant plus impardonnable qu'elle tombait juste, - historiquement?

Les membres du club se jeterent donc par groupes divers dans
Walnut-street, puis au milieu des rues voisines, puis a travers tout
le quartier. Ils reveillerent les habitants. Ils les obligerent a
laisser fouiller leurs maisons, quitte a les indemniser, plus tard,
du tort fait a la vie privee de chacun, laquelle est particulierement
respectee chez les peuples d'origine anglo-saxonne. Vain deploiement
de tracasseries et de recherches. Robur ne fut apercu nulle part.
Aucune trace de lui. Il serait parti dans le _Go a head_, le ballon
du Weldon-Institute, qu'il n'aurait pas ete plus introuvable. Apres
une heure de perquisitions, il fallut y renoncer, et les collegues se
separerent, non sans s'etre jure d'etendre leurs recherches a tout le
territoire de cette double Amerique qui forme le Nouveau Continent.

Vers onze heures, le calme etait a peu pres retabli dans le quartier.
Philadelphie allait pouvoir se replonger dans ce bon sommeil, dont
les cites, qui ont le bonheur de n'etre point industrielles, ont
l'enviable privilege. Les divers membres du club ne songerent plus
qu'a regagner chacun son chez-soi. Pour n'en nommer que quelques-uns
des plus marquants, William T. Forbes se dirigea du cote de sa grande
chiffonniere a sucre, ou Miss Doll et Miss Mat lui avaient prepare le
the du soir, sucre avec sa propre glucose. Truk Milnor prit le chemin
de sa fabrique, dont la pompe a feu haletait jour et nuit dans le
plus recule des faubourgs. Le tresorier Jem Cip, publiquement accuse
d'avoir un pied de plus d'intestins que n'en comporte la machine
humaine, regagna la salle a manger ou l'attendait son souper vegetal.

Deux des plus importants ballonistes - deux seulement - ne
paraissaient pas songer a reintegrer de sitot leur domicile. Ils
avaient profite de l'occasion pour causer avec plus d'acrimonie
encore. C'etaient les irreconciliables Uncle Prudent et Phil Evans,
le president et le secretaire du Weldon-Institut.

A la porte du club, le valet Frycollin attendait Uncle Prudent, son
maitre.

Il se mit a le suivre, sans s'inquieter du sujet qui mettait aux
prises les deux collegues.

C'est par euphemisme que le verbe causer a ete employe pour exprimer
l'acte auquel se livraient de concert le president et le secretaire
du club. En realite, ils se disputaient avec une energie qui prenait
son origine dans leur ancienne rivalite.

<< Non, monsieur, non! repetait Phil Evans. Si j'avais eu l'honneur de
presider le Weldon-Institute, jamais, non, jamais il ne se serait
produit un tel scandale!

- Et qu'auriez-vous fait, si vous aviez eu cet honneur? demanda Uncle
Prudent.

- J'aurais coupe la parole a cet insulteur public, avant meme qu'il
eut ouvert la bouche!

- Il me semble que pour couper la parole, il faut au moins avoir
laisse parler!

- Pas en Amerique, monsieur, pas en Amerique! >>

Et, tout en se renvoyant des reparties plus aigres que douces, ces
deux personnages enfilaient des rues qui les eloignaient de plus en
plus de leur demeure; ils traversaient des quartiers dont la
situation les obligerait a faire un long detour.

Frycollin suivait toujours; mais il ne se sentait pas rassure a voir
son maitre s'engager au milieu d'endroits deja deserts. Il n'aimait
pas ces endroits-la, le valet

Frycollin, surtout un peu avant minuit. En effet, l'obscurite etait
profonde, et la lune, dans son croissant, commencait a peine << a
faire ses vingt-huit jours >>

Frycollin regardait donc a droite, a gauche, si des ombres suspectes
ne les epiaient point. Et precisement, il crut voir cinq ou six
grands diables qui semblaient ne pas les perdre de vue.

Instinctivement, Frycollin se rapprocha de son maitre; mais, pour
rien au monde, il n'eut ose l'interrompre au milieu d'une
conversation dont il aurait recu quelques eclaboussures.

En somme, le hasard fit que le president et le secretaire du
Weldon-Institute, sans s'en douter, se dirigeaient vers
Fairmont-Park. La, au plus fort de leur dispute, ils traverserent la
Schuylkill-river sur le fameux pont metallique; ils ne rencontrerent
que quelques passants attardes, et se trouverent enfin au milieu de
vastes terrains, les uns se developpant en immenses prairies, les
autres ombrages de beaux arbres, qui font de ce parc un domaine
unique au monde.

La, les terreurs du valet Frycollin l'assaillirent de plus belle, et,
avec d'autant plus de raison que les cinq ou six ombres s'etaient
glissees a sa suite par le pont de la Schuylkill-river. Aussi
avait-il la pupille de ses yeux si largement dilatee qu'elle
s'agrandissait jusqu'a la circonference de l'iris. Et, en meme temps,
tout son corps s amoindrissait, se retirait, comme s'il eut ete doue
de cette contractilite speciale aux mollusques et a certains animaux
articules.

C'est que le valet Frycollin etait un parfait poltron. Un vrai Negre
de la Caroline du Sud, avec une tete betasse sur un corps de
gringalet. Tout juste age de vingt et un ans, c'est dire qu'il
n'avait jamais ete esclave, pas meme de naissance, mais il n'en
valait guere mieux. Grimacier, gourmand, paresseux et surtout d'une
poltronnerie superbe. Depuis trois ans, il etait au service de Uncle
Prudent. Cent fois, il avait failli se faire mettre a la porte; on
l'avait garde, de crainte d'un pire. Et, pourtant, mele a la vie d'un
maitre toujours pret a se lancer dans les plus audacieuses
entreprises, Frycollin devait s'attendre a maintes occasions dans
lesquelles sa couardise aurait ete mise a de rudes epreuves. Mais il
y avait des compensations. On ne le chicanait pas trop sur sa
gourmandise, encore moins sur sa paresse. Ah! valet Frycollin, si tu
avais pu lire dans l'avenir!

Aussi pourquoi Frycollin n'etait-il pas reste a Boston, au service
d'une certaine famille Sneffel qui, sur le point de faire un voyage
en Suisse, y avait renonce a cause des eboulements? N'etait-ce pas la
maison qui convenait a Frycollin, et non celle de Uncle Prudent, ou
la temerite etait en permanence?

Enfin, il y etait, et son maitre avait meme fini par s'habituer a ses
defauts. Il avait une qualite, d'ailleurs. Bien qu'il fut negre
d'origine, il ne parlait pas negre, - ce qui est a considerer, car
rien de desagreable comme cet odieux jargon dans lequel l'emploi du
pronom possessif et des infinitifs est pousse jusqu'a l'abus.

Donc, il est bien etabli que le valet Frycollin etait poltron, et,
ainsi qu'on le dit, << poltron comme la lune >>.

Or, a ce propos, il n'est que juste de protester contre cette
comparaison insultante pour la blonde Phebe, la douce Helene, la
chaste sœur du radieux Apollon. De quel droit accuser de
poltronnerie un astre qui, depuis que le monde est monde, a toujours
regarde la terre en face, sans jamais lui tourner le dos?

Quoi qu'il en soit, a cette heure - il etait bien pres de minuit - le
croissant de la << pale calomniee >> commencait a disparaitre a l'ouest
derriere les hautes ramures du parc. Ses rayons, glissant a travers
les branches, semaient quelques decoupures sur le sol. Les dessous du
bois en paraissaient moins sombres.

Cela permit a Frycollin de porter un regard plus inquisiteur.

<< Brr! fit-il. Ils sont toujours la, ces coquins! Positivement, ils
se rapprochent! >>

Il n'y tint plus, et, allant vers son maitre :

<< Master Uncle >>, dit-il.

C'est ainsi qu'il le nommait et que le president du Weldon-Institute
voulait etre nomme.

En ce moment, la dispute des deux rivaux etait arrivee au plus haut
degre. Et, comme ils s'envoyaient promener l'un l'autre, Frycollin
fut brutalement prie de prendre sa part de cette promenade.

Puis, tandis qu'ils se parlaient les yeux dans les yeux, Uncle
Prudent s'enfoncait plus avant a travers les prairies desertes de
Fairmont-Park, s'eloignant toujours de la Schuylkill-river et du pont
qu'il fallait reprendre pour rentrer dans la ville.

Tous trois se trouverent alors au centre d'une haute futaie d'arbres,
dont la cime s'impregnait des dernieres lueurs lunaires. A la limite
de cette futaie s'ouvrait une large clairiere, vaste champ ovale,
merveilleusement dispose pour les luttes d'un ring. Pas un accident
de terrain n'y eut gene le galop des chevaux, pas un bouquet d'arbres
n'aurait arrete le regard des spectateurs le long d'une piste
circulaire de plusieurs milles.

Et cependant, si Uncle Prudent et Phil Evans n'eussent pas ete
occupes de leurs disputes, s'ils avaient regarde avec quelque
attention, ils n'auraient plus retrouve a la clairiere son aspect
habituel. Etait-ce donc une minoterie qui s'y etait fondee depuis la
veille? En verite, on eut dit une minoterie, avec l'ensemble de ses
moulins a vent, dont les ailes, immobiles alors, grimacaient dans la
demi-ombre?

Mais ni le president ni le secretaire du Weldon-Institute ne
remarquerent cette etrange modification apportee au paysage de
Fairmont-Park. Frycollin n'en vit rien non plus. Il lui semblait que
les rodeurs s'approchaient, se resserraient comme au moment d'un
mauvais coup. Il en etait a la peur convulsive, paralyse dans ses
membres, herisse dans son systeme pileux, - enfin au dernier degre de
l'epouvante.

Toutefois, pendant que ses genoux flechissaient, il eut encore la
force de crier une derniere fois :

<< Master Uncle!... Master Uncle!

- Eh! qu'y a-t-il donc a la fin! repondit Uncle Prudent. >>

Peut-etre Phil Evans et lui n'auraient-ils pas ete faches de soulager
leur colere en rossant d'importance le malheureux valet. Mais il n'en
eurent pas le temps, pas plus que celui-ci n'eut le temps de leur
repondre.

Un coup de sifflet venait d'etre lance sous bois. A l'instant, une
sorte d'etoile electrique s'alluma au milieu de la clairiere.

Un signal, sans doute, et, dans ce cas, c'est que le moment etait
venu d'executer quelque œuvre de violence.

En moins de temps qu'il n'en faut pour l'imaginer, six hommes
bondirent a travers la futaie, deux sur Uncle Prudent, deux sur Phil
Evans, deux sur le valet Frycollin, - ces deux derniers de trop,
evidemment, car le Negre etait incapable de se defendre.

Le president et le secretaire du Weldon-Institute, quoique surpris
par cette attaque, voulurent resister. Ils n'en eurent ni le temps ni
la force. En quelques secondes, rendus aphones par un baillon,
aveugles par un bandeau, maitrises, ligotes, ils furent emportes
rapidement a travers la clairiere. Que devaient-ils penser, sinon
qu'ils avaient affaire a cette race de gens peu scrupuleux, qui
n'hesitent point a depouiller les gens attardes au fond des bois? Il
n'en fut rien, cependant. On ne les fouilla meme pas, bien que Uncle
Prudent eut toujours sur lui, suivant son habitude, quelques milliers
de dollars-papier.

Bref, une minute apres cette agression, sans qu'aucun mot eut ete
echange entre les agresseurs, Uncle Prudent, Phil Evans et Frycollin
sentaient qu'on les deposait doucement, non sur l'herbe de la
clairiere, mais sur une sorte de plancher que leur poids fit gemir.
La, ils furent accotes l'un pres de l'autre. Une porte se referma sur
eux. Puis, le grincement d'un pene dans une gache leur apprit qu'ils
etaient prisonniers.

Il se fit alors un bruissement continu, comme un fremissement, un
frrrr, dont les rrr se prolongeaient a l'infini, sans qu'aucun autre
bruit fut perceptible au milieu de cette nuit si calme.

.................................

Quel emoi, le lendemain, dans Philadelphie! Des les premieres heures,
on savait ce qui s'etait passe la veille a la seance du
Weldon-Institute : l'apparition d'un mysterieux personnage, un
certain ingenieur nomme Robur - Robur-le-Conquerant! - la lutte qu'il
semblait vouloir engager contre les ballonistes, puis sa disparition
inexplicable.

Mais ce fut bien une autre affaire, lorsque toute la ville apprit que
le president et le secretaire du club, eux aussi, avaient disparu
pendant la nuit du 12 au 13 juin.

Ce que l'on fit de recherches dans toute la cite et aux environs!
Inutilement, d'ailleurs. Les feuilles publiques de Philadelphie, puis
les journaux de la Pennsylvanie, puis ceux de toute l'Amerique,
s'emparerent du fait et l'expliquerent de cent facons, dont aucune ne
devait etre la vraie. Des sommes considerables furent promises par
annonces et affiches - non seulement a qui retrouverait les
honorables disparus, mais a quiconque pourrait produire quelque
indice de nature a mettre sur leurs traces. Rien n'aboutit. La terre
se serait entrouverte pour les engloutir, que le president et le
secretaire du Weldon-Institute n'auraient pas ete plus supprimes de
la surface du globe.

A ce propos, les journaux du gouvernement demanderent que le
personnel de la police fut augmente dans une forte proportion,
puisque de pareils attentats pouvaient se produire contre les
meilleurs citoyens des Etats-Unis - et ils avaient raison...

Il est vrai, les journaux de l'opposition demanderent que ce
personnel fut licencie comme inutile, puisque de pareils attentats
pouvaient se produire, sans qu'il fut possible d'en retrouver les
auteurs - et peut-etre n'avaient-ils pas tort.

En somme, la police resta ce qu'elle etait, ce qu'elle sera toujours
dans le meilleur des mondes qui n'est pas parfait et ne saurait
l'etre.

V

Dans lequel une suspension d'hostilites est consentie entre le
president et le secretaire du Weldon-Institute.

Un bandeau sur les yeux, un baillon dans la bouche, une corde aux
poignets, une corde aux pieds, donc impossible de voir, de parler, de
se deplacer. Cela n'etait pas fait pour rendre plus acceptable la
situation de Uncle Prudent, de Phil Evans et du valet Frycollin. En
outre, ne point savoir quels sont les auteurs d'un pareil rapt, en
quel endroit on a ete jete comme de simples colis dans un wagon de
bagages, ignorer ou l'on est, a quel sort on est reserve, il y avait
la de quoi exasperer les plus patients de l'espece ovine, et l'on
sait que les membres du Weldon-Institute ne sont pas precisement des
moutons pour la patience. Etant donne sa violence de caractere, on
imagine aisement dans quel etat Uncle Prudent devait etre.

En tout cas, Phil Evans et lui devaient penser qu'il leur serait
difficile de prendre place, le lendemain soir, au bureau du club.

Quant a Frycollin, yeux fermes, bouche close, il lui etait impossible
de songer a quoi que ce fut. Il etait plus mort que vif.

Pendant une heure, la situation des prisonniers ne se modifia pas.
Personne ne vint les visiter ni leur rendre la liberte de mouvement
et de parole, dont ils auraient eu si grand besoin. Ils etaient
reduits a des soupirs etouffes, a des << heins! >> pousses a travers
leurs baillons, a des soubresauts de carpes qui se pament hors de
leur bassin natal. Ce que cela indiquait de colere muette, de fureur
rentree ou plutot ficelee, on le comprend de reste. Puis, apres ces
infructueux efforts, ils demeurerent quelque temps inertes. Et alors,
puisque le sens de la vue leur manquait, ils s'essayerent a tirer,
par le sens de l'ouie, quelque indice de ce qu'etait cet inquietant
etat de choses. Mais en vain cherchaient-ils a surprendre d'autre
bruit que l'interminable et inexplicable frrrr qui semblait les
envelopper d'une atmosphere frissonnante.

Cependant, il arriva ceci : c'est que Phil Evans, procedant avec
calme, parvint a relacher la corde qui lui liait les poignets. Puis,
peu a peu, le nœud se desserra, ses doigts glisserent les uns
sur les autres, ses mains reprirent leur aisance habituelle.

Un vigoureux frottement retablit la circulation, genee par le
ligotement. Un instant apres, Phil Evans avait enleve le bandeau qui
lui couvrait les yeux, arrache le baillon de sa bouche, coupe les
cordes avec la fine lame de son << bowie-knife >>. Un Americain qui
n'aurait pas toujours son bowie-knife en poche ne serait plus un
Americain.

Du reste, si Phil Evans y gagna de pouvoir remuer et parler, ce fut
tout. Ses yeux ne trouverent pas a s'exercer utilement, - en ce
moment, du moins. Obscurite complete dans cette cellule. Toutefois,
un peu de clarte filtrait a travers une sorte de meurtriere, percee
dans la paroi a six ou sept pieds de hauteur.

On le pense bien, quoi qu'il en eut, Phil Evans n'hesita pas un
instant a delivrer son rival. Quelques coups de bowie-knife suffirent
a trancher les nœuds qui le serraient aux pieds et aux mains.
Aussitot Uncle Prudent, a demi enrage, de se redresser sur les
genoux, d'arracher bandeau et baillon; puis, d'une voix etranglee :

<< Merci! dit-il.

- Non!... Pas de remerciements, repondit l'autre.

- Phil Evans?

- Uncle Prudent?...

- Ici, plus de president ni de secretaire du WeldonInstitute, plus
d'adversaires!

- Vous avez raison, repondit Phil Evans. Il n'y a plus que deux
hommes qui ont a se venger d'un troisieme, dont l'attentat exige de
severes represailles. Et ce troisieme...

- C'est Robur !...

- C'est Robur! >>

Voila donc un point sur lequel les deux ex-concurrents furent
absolument d'accord. A ce sujet, aucune dispute a craindre.

<< Et votre valet? fit observer Phil Evans, montrant Frycollin qui
soufflait comme un phoque, il faut le deficeler.

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Theatre review: Three Women, Jermyn Street, London
Obituary: Prolific crime novelist, Oscar-nominated screenwriter and man of many pseudonyms

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"Ya hear that, Chameleon?" Spider-Man says as he thwacks the villain in the face. "The president-elect here just appointed me ... secretary of shuttin' you up."

He tells Obama: "This is your day, and I know it wouldn't look good to be seen palling around with me" - in a nod to Sarah Palin's comment that Obama had been "palling around with terrorists".

"When we heard that president-elect Obama is a collector of Spider-Man comics, we knew that these two historic figures had to meet in our comics' Marvel Universe," said the publisher's editor-in-chief, Joe Quesada.

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