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Voyage au Centre de la Terre by Jules Verne
J >> Jules Verne >> Voyage au Centre de la Terre Pages: 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 Carlo Traverso, Robert Rowe, Charles Franks and the Online Distributed
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Nous remercions la Bibliotheque Nationale de France qui a mis a
dispositions les images dans www://gallica.bnf.fr, et a donne
l'authorization a les utilizer pour preparer ce texte.
Editorial note: the runes in the text are represented by the last two
hexadecimal digits of their Unicode encoding (from 16A0 to 16F0). We
emphasize with _XY_ the runes that Verne emphasizes with serifs, and
tanslitterates with uppecase.
Note de l'editeur: les runes qui sont dans le texte sont representees
par les deux dernieres chiffes hexadecimales de leur codage Unicode
(de 16A0 a 16F0). On represente avec _XY_ les runes que Verne releve
avec des serifs, et transcrit avec des majuscules.
Jules Verne
VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE
I
Le 24 mai 1863, un dimanche, mon oncle, le professeur Lidenbrock,
revint precipitamment vers sa petite maison situee au numero 19
de Konig-strasse, l'une des plus anciennes rues du vieux quartier
de Hambourg.
La bonne Marthe dut se croire fort en retard, car le diner
commencait a peine a chanter sur le fourneau de la cuisine.
< impatient des hommes, va pousser des cris de detresse.
--Deja M. Lidonbrock! s'ecria la bonne Marthe stupefaite, en
entre-baillant la porte de la salle a manger.
--Oui, Marthe; mais le diner a le droit de ne point etre cuit,
car il n'est pas deux heures. La demie vient a peine de sonner a
Saint-Michel.
--Alors pourquoi M. Lidenbrock rentre-t-il?
--Il nous le dira vraisemblablement.
--Le voila! je me sauve. Monsieur Axel, vous lui ferez
entendre raison.>>
Et la bonne Marthe regagna son laboratoire culinaire.
Je restai seul. Mais de faire entendre raison au plus irascible
des professeurs, c'est ce que mon caractere un peu indecis ne me
permettait pas. Aussi je me preparais a regagner prudemment ma
petite chambre du haut, quand la porte de la rue cria sur ses
gonds; de grands pieds firent craquer l'escalier de bois, et le
maitre de la maison, traversant la salle a manger, se precipite
aussitot dans son cabinet de travail.
Mais, pendant ce rapide passage, il avait jete dans un coin sa
canne a tete de casse-noisette, sur la table son large chapeau a
poils rebrousses et a son neveu ces paroles retentissantes:
<>
Je n'avais pas eu le temps de bouger que le professeur me criait
deja avec un vif accent d'impatience:
<>
Je m'elancai dans le cabinet de mon redoutable maitre.
Otto Lidenbrock n'etait pas un mechant homme, j'en conviens
volontiers; mais, a moins de changements improbables, il mourra
dans la peau d'un terrible original.
Il etait professeur au Johannaeum, et faisait un cours de
mineralogie pendant lequel il se mettait regulierement en colere
une fois ou deux. Non point qu'il se preoccupat d'avoir des
eleves assidus a ses lecons, ni du degre d'attention qu'ils
lui accordaient, ni du succes qu'ils pouvaient obtenir par la
suite; ces details ne l'inquietaient guere. Il professait
<>, suivant une expression de la philosophie
allemande, pour lui et non pour les autres. C'etait un savant
egoiste, un puits de science dont la poulie grincait quand on en
voulait tirer quelque chose. En un mot, un avare.
Il y a quelques professeurs de ce genre en Allemagne.
Mon oncle, malheureusement, ne jouissait pas d'une extreme
facilite de prononciation, sinon dans l'intimite, au moins quand
il parlait en public, et c'est un defaut regrettable chez un
orateur. En effet, dans ses demonstrations au Johannaeum,
souvent le professeur s'arretait court; il luttait contre un mot
recalcitrant qui ne voulait pas glisser entre ses levres, un de
ces mots qui resistent, se gonflent et finissent par sortir sous
la forme peu scientifique d'un juron. De la, grande colere.
Il y a en mineralogie bien des denominations semi-grecques,
semi-latines, difficiles a prononcer, de ces rudes appellations
qui ecorcheraient les levres d'un poete. Je ne veux pas dire du
mal de cette science. Loin de moi. Mais lorsqu'on se trouve en
presence des cristallisations rhomboedriques, des resines
retinasphaltes, des ghelenites, des tangasites, des molybdates de
plomb, des tungstates de manganese et des titaniates de zircone,
il est permis a la langue la plus adroite de fourcher.
Or, dans la ville, on connaissait cette pardonnable infirmite de
mon oncle, et on, en abusait, et on l'attendait aux passages
dangereux, et il se mettait en fureur, et l'on riait, ce qui
n'est pas de bon gout, meme pour des Allemands. S'il y avait
donc toujours grande affluence d'auditeurs aux cours de
Lidenbrock, combien les suivaient assidument qui venaient surtout
pour se derider aux belles coleres du professeur!
Quoi qu'il en soit, mon oncle, je ne saurais trop le dire, etait
un veritable savant. Bien qu'il cassat parfois ses echantillons
a les essayer trop brusquement, il joignait au genie du geologue
l'oeil du mineralogiste. Avec son marteau, sa pointe d'acier,
son aiguille aimantee, son chalumeau et son flacon d'acide
nitrique, c'etait un homme tres fort. A la cassure, a l'aspect,
a la durete, a la fusibilite, au son, a l'odeur, au gout d'un
mineral quelconque, il le classait sans hesiter parmi les six
cents especes que la science compte aujourd'hui.
Aussi le nom de Lidenbrock retentissait avec honneur dans les
gymnases et les associations nationales. MM. Humphry Davy, de
Humboldt, les capitaines Franklin et Sabine, ne manquerent pas de
lui rendre visite a leur passage a Hambourg. MM. Becquerel,
Ebelmen, Brewater, Dumas, Milne-Edwards, aimaient a le consulter
sur des questions les plus palpitantes de la chimie. Cette
science lui devait d'assez belles decouvertes, et, en 1853,
il avait paru a Leipzig un _Traite de Cristallographie
transcendante_, par le professeur Otto Lidenbrock, grand in-folio
avec planches, qui cependant ne fit pas ses frais.
Ajoutez a cela que mon oncle etait conservateur du musee
mineralogique de M. Struve, ambassadeur de Russie, precieuse
collection d'une renommee europeenne.
Voila donc le personnage qui m'interpellait avec tant
d'impatience. Representez-vous un homme grand, maigre, d'une
sante de fer, et d'un blond juvenile qui lui otait dix bonnes
annees de sa cinquantaine. Ses gros yeux roulaient sans cesse
derriere des lunettes considerables; son nez, long et mince,
ressemblait a une lame affilee; les mechants pretendaient meme
qu'il etait aimante et qu'il attirait la limaille de fer. Pure
calomnie; il n'attirait que le tabac, mais en grande abondance,
pour ne point mentir.
Quand j'aurai ajoute que mon oncle faisait des enjambees
mathematiques d'une demi-toise, et si je dis qu'en marchant il
tenait ses poings solidement fermes, signe d'un temperament
impetueux, on le connaitra assez pour ne pas se montrer friand
de sa compagnie.
Il demeurait dans sa petite maison de Konigstrasse, une
habitation moitie bois, moitie brique, a pignon dentele; elle
donnait sur l'un de ces canaux sinueux qui se croisent au milieu
du plus ancien quartier de Hambourg que l'incendie de 1842 a
heureusement respecte.
La vieille maison penchait un peu, il est vrai, et tendait le
ventre aux passants; elle portait son toit incline sur l'oreille,
comme la casquette d'un etudiant de la Tugendbund; l'aplomb de
ses lignes laissait a desirer; mais, en somme, elle se tenait
bien, grace a un vieil orme vigoureusement encastre dans la
facade, qui poussait au printemps ses bourgeons en fleurs a
travers les vitraux des fenetres.
Mon oncle ne laissait pas d'etre riche pour un professeur
allemand. La maison lui appartenait en toute propriete,
contenant et contenu. Le contenu, c'etait sa filleule Grauben,
jeune Virlandaise de dix-sept ans, la bonne Marthe et moi. En ma
double qualite de neveu et d'orphelin, je devins son
aide-preparateur dans ses experiences.
J'avouerai que je mordis avec appetit aux sciences geologiques;
j'avais du sang de mineralogiste dans les veines, et je ne
m'ennuyais jamais en compagnie de mes precieux cailloux.
En somme, on pouvait vivre heureux dans cette maisonnette de
Konig-strasse, malgre les impatiences de son proprietaire, car,
tout en s'y prenant d'une facon un peu brutale, celui-ci ne m'en
aimait pas moins. Mais cet homme-la ne savait pas attendre, et
il etait plus presse que nature.
Quand, en avril, il avait plante dans les pots de faience de son
salon des pieds de reseda ou de volubilis, chaque matin il allait
regulierement les tirer par les feuilles afin de hater leur
croissance.
Avec un pareil original, il n'y avait qu'a obeir. Je me
precipitai donc dans son cabinet.
II
Ce cabinet etait un veritable musee. Tous les echantillons du
regne mineral s'y trouvaient etiquetes avec l'ordre le plus
parfait, suivant les trois grandes divisions des mineraux
inflammables, metalliques et lithoides.
Comme je les connaissais, ces bibelots de la science mineralogique!
Que de fois, au lieu de muser avec des garcons de mon age, je
m'etais plu a epousseter ces graphites, ces anthracites, ces
houilles, ces lignites, ces tourbes! Et les bitumes, les
resines, les sels organiques qu'il fallait preserver du moindre
atome de poussiere! Et ces metaux, depuis le fer jusqu'a l'or,
dont la valeur relative disparaissait devant l'egalite absolue
des specimens scientifiques! Et toutes ces pierres qui eussent
suffi a reconstruire la maison de Konig-strasse, meme avec une
belle chambre de plus, dont je me serais si bien arrange!
Mais, en entrant dans le cabinet, je ne songeais guere a ces
merveilles. Mon oncle seul occupait ma pensee. Il etait enfoui
dans son large fauteuil garni de velours d'Utrecht, et tenait
entre les mains un livre qu'il considerait avec la plus profonde
admiration.
<> s'ecriait-il.
Cette exclamation me rappela que le professeur Lidenbrock etait
aussi bibliomane a ses moments perdus; mais un bouquin n'avait de
prix a ses yeux qu'a la condition d'etre introuvable, ou tout au
moins illisible.
<inestimable que j'ai rencontre ce matin en furetant dans la
boutique du juif Hevelius.
--Magnifique!>> repondis-je avec un enthousiasme de commande.
En effet, a quoi bon ce fracas pour un vieil in-quarto dont le
dos et les plats semblaient faits d'un veau grossier, un bouquin
jaunatre auquel pendait un signet decolore?
Cependant les interjections admiratives du professeur ne
discontinuaient pas.
<est-ce assez beau? Oui, c'est admirable! Et quelle reliure! Ce
livre s'ouvre-t-il facilement? Oui, car il reste ouvert a
n'importe quelle page! Mais se ferme-t-il bien? Oui, car la
couverture et les feuilles forment un tout bien uni, sans se
separer ni bailler en aucun endroit. Et ce dos qui n'offre pas
une seule brisure apres sept cents ans d'existence! Ah! voila
une reliure dont Bozerian, Closs ou Purgold eussent ete fiers!>>
En parlant ainsi, mon oncle ouvrait et fermait successivement le
vieux bouquin, Je ne pouvais faire moins que de l'interroger sur
son contenu, bien que cela ne m'interessat aucunement.
<avec un empressement trop enthousiaste pour n'etre pas feint.
--Cet ouvrage! repondit mon oncle en s'animant, c'est
l'_Heims-Kringla_ de Snorre Turleson, le fameux auteur islandais
du douzieme siecle; c'est la Chronique des princes norvegiens qui
regnerent en Islande.
--Vraiment! m'ecriai-je de mon mieux, et, sans doute, c'est une
traduction en langue allemande?
--Bon! riposta vivement le professeur, une traduction! Et qu'en
ferais-je de ta traduction! Qui se soucie de ta traduction!
Ceci est l'ouvrage original en langue islandaise, ce magnifique
idiome, riche et simple a la fois, qui autorise les combinaisons
grammaticales les plus variees et de nombreuses modifications de
mots!
--Comme l'allemand, insinuai-je avec assez de bonheur.
--Oui, repondit mon oncle en haussant les epaules; mais avec
cette difference que la langue islandaise admet les trois genres
comme le grec et decline les noms propres comme le latin!
--Ah! fis-je un peu ebranle dans mon indifference, et les
caracteres de ce livre sont-ils beaux?
--Des caracteres! qui te parle de caracteres, malheureux Axel!
Il s'agit bien de caracteres! Ah! tu prends cela pour un
imprime! Mais, ignorant, c'est un manuscrit, et un manuscrit
runique!...
--Runique?
--Oui! Vas-tu me demander maintenant de t'expliquer ce mot?
--Je m'en garderai bien,>> repliquai-je avec l'accent d'un homme
blesse dans son amour-propre.
Mais mon oncle continua de plus belle, et m'instruisit, malgre
moi, de choses que je ne tenais guere a savoir.
<autrefois en Islande, et, suivant la tradition, ils furent
inventes par Odin lui-meme! Mais regarde donc, admire donc,
impie, ces types qui sont sortis de l'imagination d'un dieu!>>
Ma foi, faute de replique, j'allais me prosterner, genre de
reponse qui doit plaire aux dieux comme aux rois, car elle a
l'avantage de ne jamais les embarrasser, quand un incident vint
detourner le cours de la conversation.
Ce fut l'apparition d'un parchemin crasseux qui glissa du bouquin
et tomba a terre.
Mon oncle se precipita sur ce brimborion avec une avidite facile
a comprendra. Un vieux document, enferme peut-etre depuis un
temps immemorial dans un vieux livre, ne pouvait manquer d'avoir
un haut prix a ses yeux.
<> s'ecria-t-il.
Et, en meme temps, il deployait soigneusement sur sa table un
morceau de parchemin long de cinq pouces, large de trois, et sur
lequel s'allongeaient, en lignes transversales, des caracteres de
grimoire.
En voici le fac-simile exact. Je tiens a faire connaitre ces
signes bizarres, car ils amenerent le professeur Lidenbrock et
son neveu a entreprendre la plus etrange expedition du
dix-neuvieme siecle:
EF . E6 B3 DA DA BC C5 BC E6 C5 A2 C5 DA BC C5 C5 B4 C1 A6 C5
BC CE CF BC BC D8 A0 A2 B3 CF C5 C1 C5 A0 B3 C1 C5 A6 E6 B4 C5
B4 CF , BC D0 D8 B3 D0 CF E6 D0 CF C5_BC_ _BC_D0 AD A6 E6 E6 B3
C5 D8 CF B3 D0 C5_C1_ B3 A2 D0 C5 B4 CF E6 E6 C1 DA_BC_D0
_D0_CF A2 D0 D0 E6 . B3 BC B4 E6 B4 C1 C5 D0 D0 B2 BC
B4 B4 A6 E6 D8 C1 C5 C5 A2 CF A2 DA A0 E6 D0 B3 CF A2
A6 CF , C1 D0 B4 AD BC C5 C1 B2 AD _B4_C5 A6 C1 C1_E6_
Le professeur considera pendant quelques instants cette serie de
caracteres; puis il dit en relevant ses lunettes:
<manuscrit de Snorre Turleson! Mais... qu'est-ce que cela peut
signifier?>>
Comme le runique me paraissait etre une invention de savants pour
mystifier le pauvre monde, je ne fus pas fache de voir que mon
oncle n'y comprenait rien. Du moins, cela me sembla ainsi au
mouvement de ses doigts qui commencaient a s'agiter terriblement.
<> murmurait-il entre ses
dents.
Et le professeur Lidenbrock devait bien s'y connaitre, car il
passait pour etre un veritable polyglotte. Non pas qu'il parlat
couramment les deux mille langues et les quatre mille idiomes
employes a la surface du globe, mais enfin il en savait sa bonne
part.
Il allait donc, en presence de cette difficulte, se livrer a
toute l'impetuosite de son caractere, et je prevoyais une scene
violente, quand deux heures sonnerent au petit cartel de la
cheminee.
Aussitot la bonne Marthe ouvrit la porte du cabinet en disant:
<
--Au diable la soupe, s'ecria mon oncle, et celle qui l'a faite,
et ceux qui la mangeront!>>
Marthe s'enfuit; je volai sur ses pas, et, sans savoir comment,
je me trouvai assis a ma place habituelle dans la salle a manger.
J'attendis quelques instants. Le professeur ne vint pas.
C'etait la premiere fois, a ma connaissance, qu'il manquait a la
solennite du diner. Et quel diner, cependant! une soupe au
persil, une omelette au jambon relevee d'oseille a la muscade,
une longe de veau a la compote de prunes, et, pour dessert, des
crevettes au sucre, le tout arrose d'un joli vin de la Moselle.
Voila ce qu'un vieux papier allait couter a mon oncle. Ma foi,
en qualite de neveu devoue, je me crus oblige de manger pour lui,
et meme pour moi. Ce que je fis en conscience.
<servant. M. Lidenbrock qui n'est pas a table!
--C'est a ne pas le croire.
--Cela presage quelque evenement grave!>> reprenait la vieille
servante en hochant la tete.
Dans mon opinion, cela ne presageait rien, sinon une scene
epouvantable, quand mon oncle trouverait son diner devore.
J'en etais a ma derniere crevette, lorsqu'une voix retentissante
m'arracha aux voluptes du dessert. Je ne fis qu'un bond de la
salle dans le cabinet.
III
<sourcil. Mais il y a un secret, et je le decouvrirai, sinon...>>
Un geste violent acheva sa pensee.
<ecris.>>
En un instant je fus pret.
<qui correspond a l'un de ces caracteres islandais. Nous verrons
ce que cela donnera. Mais, par saint Michel! garde-toi bien de
te tromper!>>
La dictee commenca. Je m'appliquai de mon mieux; chaque lettre
fut appelee l'une apres l'autre, et forma l'incomprehensible
succession des mots suivants:
mm . r n l l s e s r e u e l s e e c J d e
s g t s s m f u n t e i e f n i e d r k e
k t , s a m n a t r a t e S S a o d r r n
e m t n a e I n u a e c t r r i l S a
A t u a a r . n s c r c i e a a b s
c c d r m i e e u t u l f r a n t u
d t , i a c o s e i b o K e d i i Y
Quand ce travail fut termine, mon oncle prit vivement la feuille
sur laquelle je venais d'ecrire, et il l'examina longtemps avec
attention.
<> repetait-il machinalement.
Sur l'honneur, je n'aurais pas pu le lui apprendre. D'ailleurs
il ne m'interrogea pas a cet egard, et il continua de se parler a
lui-meme:
<lequel le sens est cache sous des lettres brouillees a dessein,
et qui, convenablement disposees, formeraient une phrase
intelligible! Quand je pense qu'il y a la peut-etre
l'explication ou l'indication d'une grande decouverte!>>
Pour mon compte, je pensais qu'il n'y avait absolument rien, mais
je gardai prudemment mon opinion.
Le professeur prit alors le livre et le parchemin, et les compara
tous les deux.
<cryptogramme est posterieur au livre, et j'en vois tout d'abord
une preuve irrefragable. En effet, la premiere lettre est une
double M qu'on chercherait, vainement dans le livre de Turleson,
car elle ne fut ajoutee a l'alphabet islandais qu'au quatorzieme
siecle. Ainsi donc, il y a au moins deux cents ans entre le
manuscrit et le document.>>
Cela j'en conviens, me parut assez logique.
<possesseurs de ce livre aura trace ces caracteres mysterieux.
Mais qui diable etait ce possesseur? N'aurait-il point mis son
nom a quelque endroit de ce manuscrit?>>
Mon oncle releva ses lunettes, prit une forte loupe, et passa
soigneusement en revue les premieres pages du livre. Au verso de
la seconde, celle du faux titre, il decouvrit une sorte de
macule, qui faisait a l'oeil l'effet d'une tache d'encre.
Cependant, en y regardant de pres, on distinguait quelques
caracteres a demi effaces. Mon oncle comprit que la etait le
point interessant; il s'acharna donc sur la macule et, sa grosse
loupe aidant, il finit par reconnaitre les signes que voici,
caracteres runiques qu'il lut sans hesiter:
D0 E6 B3 C5 BC D0 B4 B3 A2 BC BC C5 EF
<nom cela, et un nom islandais encore! celui d'un savant du
seizieme siecle, d'un alchimiste celebre!>>
Je regardai mon oncle avec une certaine admiration.
<etaient les veritables, les seuls savants de leur epoque. Ils
ont fait des decouvertes dont nous avons le droit d'etre etonnes.
Pourquoi, ce Saknussemm n'aurait-il pas enfoui sous cet
incomprehensible cryptogramme quelque surprenante invention?
Cela doit etre ainsi. Cela est.>>
L'imagination du professeur s'enflammait a cette hypothese.
<savant a cacher ainsi quelque merveilleuse decouverte?
--Pourquoi? pourquoi? Eh! le sais-je? Galilee n'en a-t-il pas
agi ainsi pour Saturne? D'ailleurs, nous verrons bien; j'aurai
le secret de ce document, et je ne prendrai ni nourriture ni
sommeil avant de l'avoir devine.
--Oh! pensai-je.
--Ni toi, non plus, Axel, reprit-il.
--Diable! me dis-je, il est heureux que j'aie dine pour deux!
--Et d'abord, fit mon oncle, il faut trouver la langue de ce
<> Cela ne doit pas etre difficile.>>
A ces mots, je relevai vivement la tete. Mon oncle reprit son
soliloque:
<lettres qui donnent soixante-dix-neuf consonnes contre
cinquante-trois voyelles. Or, c'est a peu pres suivant cette
proportion que sont formes les mots des langues meridionales,
tandis que les idiomes du nord sont infiniment plus riches en
consonnes. Il s'agit donc d'une langue du midi.>>
Ces conclusions etaient fort justes.
<>
C'est la que j'attendais mon savant, chez lequel cependant je
decouvrais un profond analyste.
<n'ecrivait pas dans sa langue maternelle, il devait choisir de
preference la langue courante entre les esprits cultives du
seizieme siecle, je veux dire le latin. Si je me trompe, je
pourrai essayer de l'espagnol, du francais, de l'italien, du
grec, de l'hebreu. Mais les savants du seizieme siecle
ecrivaient generalement en latin. J'ai donc le droit de dire _a
priori_: ceci est du latin.>>
Je sautai sur ma chaise. Mes souvenirs de latiniste se
revoltaient contre la pretention que cette suite de mots baroques
put appartenir a la douce langue de Virgile.
<
--A la bonne heure! pensai-je. Si tu le debrouilles, tu seras
fin, mon oncle.
--Examinons bien, dit-il, en reprenant la feuille sur laquelle
j'avais ecrit. Voila une serie de cent trente-deux lettres qui
se presentent sous un desordre apparent. Il y a des mots ou les
consonnes se rencontrent seules comme le premier <>
d'autres ou les voyelles, au contraire, abondent, le cinquieme,
par exemple, <> ou l'avant-dernier <> Or, cette
disposition n'a evidemment pas ete combinee; elle est donnee
_mathematiquement_ par la raison inconnue qui a preside a la
succession de ces lettres. Il me parait certain que la phrase
primitive a ete ecrite regulierement, puis retournee suivant une
loi qu'il faut decouvrir. Celui qui possederait la clef de ce
<> le lirait couramment. Mais quelle est cette clef?
Axel, as-tu cette clef?>>
A cette question je ne repondis rien, et pour cause. Mes regards
s'etaient arretes sur un charmant portrait suspendu au mur, le
portrait de Grauben. La pupille de mon oncle se trouvait alors a
Altona, chez une de ses parentes, et son, absence me rendait fort
triste, car, je puis l'avouer maintenant, la jolie Virlandaise et
le neveu du professeur s'aimaient avec toute la patience et toute
la tranquillite allemandes; nous nous etions fiances a l'insu de
mon oncle, trop geologue pour comprendre de pareils sentiments.
Grauben etait une charmante jeune fille blonde aux yeux bleus,
d'un caractere un peu grave, d'un esprit un peu serieux; mais
elle ne m'en aimait pas moins; pour mon compte, je l'adorais, si
toutefois ce verbe existe dans la langue tudesque! L'image de ma
petite Virlandaise me rejeta donc, en un instant, du monde des
realites dans celui des chimeres, dans celui des souvenirs.
Je revis la fidele compagne de mes travaux et de mes plaisirs.
Elle m'aidait a ranger chaque jour les precieuses pierres de mon
oncle; elle les etiquetait avec moi. C'etait une tres forte
mineralogiste que mademoiselle Grauben! Elle aimait a
approfondir les questions ardues de la science. Que de douces
heures nous avions passees a etudier ensemble, et combien
j'enviai souvent le sort de ces pierres insensibles qu'elle
maniait de ses charmantes mains.
Puis, l'instant de la recreation venue, nous sortions tous les
deux; nous prenions par les allees touffues de l'Alsser, et nous
nous rendions de compagnie au vieux moulin goudronne qui fait si
bon effet a l'extremite du lac; chemin faisant, on causait en se
tenant par la main; je lui racontais des choses dont elle riait
de son mieux; on arrivait ainsi jusqu'au bord de l'Elbe, et,
apres avoir dit bonsoir aux cygnes qui nagent parmi les grands
nenuphars blancs, nous revenions au quai par la barque a vapeur.
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Saba Salman on a living library project showing why you shouldn't judge a book by its cover
The original manuscript of one of the most important American novels of the last century, Jack Kerouac's On the Road, went on display in the UK for the first time yesterday. Kerouac wrote it in just three weeks, furiously tapping away on his typewriter on 3.6-metre (12ft) reels of paper. The scroll, of eight reels taped together, was unfurled at the Barber Institute in Birmingham, 50 years after the novel was published in Britain. "We're very excited," said the exhibition's curator Dick Ellis. He said there had been a lot of competition to get the scroll, which is on something of a world tour. "This is an iconic manuscript. It is a record of the huge effort Kerouac put into composing it." About six metres of the scroll will be on display in a cabinet and while visitors will have to tilt their heads, Ellis believes they will get a much deeper knowledge of Kerouac. It comes to Birmingham courtesy of Jim Irsay, owner of the Indianapolis Colts football team, who bought it for $2.4m in 2001. In the published novel, there are paragraph breaks but in the scroll, there are none. Kerouac did not have the time. The exhibition runs until January 28. guardian.co.uk © Guardian News & Media Limited 2008 | Use of this content is subject to our Terms & Conditions | More Feeds

If you think books have dumbed down …
Alison Flood: Today we can take our laptops on the road, but could we use them to produce On The Road?

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