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Voyage au Centre de la Terre by Jules Verne

J >> Jules Verne >> Voyage au Centre de la Terre

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.............................

<t'avons cherche en remontant et en descendant la galerie.
Impossible de te trouver. Ah! je t'ai bien pleure, mon enfant!
Enfin, te supposant toujours sur le chemin du Hans-bach, nous
sommes redescendus en tirant des coups de fusil. Maintenant, si
nos voix peuvent se reunir, pur effet d'acoustique! nos mains ne
peuvent se toucher! Mais ne te desespere pas, Axel! C'est deja
quelque chose de s'entendre!>>

.............................

Pendant ce temps j'avais reflechi. Un certain espoir, vague
encore, me revenait au coeur. Tout d'abord, une chose
m'importait a connaitre. J'approchai donc mes levres de la
muraille, et je dis:

<>

.............................

<> me fut-il repondu apres quelques instants.

.............................

<>

.............................

<>

.............................


<>

.............................

<>

.............................

<seconde ou vous parlerez. Je le repeterai, et vous observerez
egalement le moment precis auquel vous arrivera ma reponse.>>

.............................

<reponse indiquera celui que ma voix emploie pour arriver jusqu'a
toi.>>

.............................

<>

.............................

<>

.............................

<>

.............................


<>

.............................

J'appliquai mon oreille sur la paroi, et des que le mot <> me
parvint, je repondis immediatement <> puis j'attendis.

.............................

<> dit alors mon oncle; il s'est ecoule
quarante secondes entre les deux mots; le son met donc vingt
secondes a monter. Or, a mille vingt pieds par seconde, cela
fait vingt mille quatre cents pieds, ou une lieue et demie et un
huitieme.>>

.............................

<> murmurai-je.

.............................

<>

.............................

<>

.............................

<espace, auquel aboutissent un grand nombre de galeries. Celle
que tu as suivie ne peut manquer de t'y conduire, car il semble
que toutes ces fentes, ces fractures du globe rayonnent autour de
l'immense caverne que nous occupons. Releve-toi donc et reprends
ta route; marche, traine-toi, s'il le faut, glisse sur les pentes
rapides, et tu trouveras nos bras pour te recevoir au bout du
chemin. En route, mon enfant, en route!>>

.............................

Ces paroles me ranimerent.

<plus communiquer entre elles, du moment que j'aurai quitte cette
place! Adieu donc!>>

.............................

<>

.............................

Telles furent les dernieres paroles que j'entendis. Cette
surprenante conversation faite au travers de la masse terrestre,
echangee a plus d'une lieue de distance, se termina sur ces
paroles d'espoir! Je fis une priere de reconnaissance a Dieu,
car il m'avait conduit parmi ces immensites sombres au seul point
peut-etre ou la voix de mes compagnons pouvait me parvenir.

Cet effet d'acoustique tres etonnant s'expliquait facilement par
les seules lois physiques; il provenait de la forme du couloir et
de la conductibilite de la roche; il y a bien des exemples de
cette propagation de sons non perceptibles aux espaces
intermediaires. Je me souvins qu'en maint endroit ce phenomene
fut observe, entre autres, dans la galerie interieure du dome de
Saint-Paul a Londres, et surtout au milieu de curieuses cavernes
de Sicile, ces latomies situees pres de Syracuse, dont la plus
merveilleuse en ce genre est connue sous le nom d'Oreille de
Denys.

Ces souvenirs me revinrent a l'esprit, et je vis clairement que,
puisque la voix de mon oncle arrivait jusqu'a moi, aucun obstacle
n'existait entre nous. En suivant le chemin du son, je devais
logiquement arriver comme lui, si les forces ne me trahissaient
pas en route.

Je me levai donc. Je me trainai plutot que je ne marchai. La
pente etait assez rapide; je me laissai glisser.

Bientot la vitesse de ma descente s'accrut dans une effrayante
proportion, et menacait de ressembler a une chute. Je n'avais
plus la force de m'arreter.

Tout a coup le terrain manqua sous mes pieds. Je me sentis
rouler en rebondissant sur les asperites d'une galerie verticale,
un veritable puits; ma tete porta sur un roc aigu, et je perdis
connaissance.



XXIX


Lorsque je revins a moi, j'etais dans une demi-obscurite, etendu
sur d'epaisses couvertures. Mon oncle veillait, epiant sur mon
visage un reste d'existence. A mon premier soupir il me prit la
main; a mon premier regard il poussa un cri de joie.

<
--Oui, repondis-je d'une voix faible.

--Mon enfant, fit mon oncle en me serrant sur sa poitrine, te
voila sauve!>>

Je fus vivement touche de l'accent dont furent prononcees ces
paroles, et plus encore des soins qui les accompagnerent. Mais
il fallait de telles epreuves pour provoquer chez le professeur
un pareil epanchement.

En ce moment Hans arriva. Il vit ma main dans celle de mon
oncle; j'ose affirmer que ses yeux exprimerent un vif
contentement.

<> dit-il.

--Bonjour, Hans, bonjour, murmurai-je. Et maintenant, mon oncle,
apprenez-moi ou nous sommes en ce moment?

--Demain, Axel, demain; aujourd'hui tu es encore trop faible;
j'ai entoure ta tete de compresses qu'il ne faut pas deranger;
dors donc, mon garcon, et demain tu sauras tout.

---Mais au moins, repris-je, quelle heure, quel jour est-il?

---Onze heures du soir; c'est aujourd'hui dimanche, 9 aout, et je
ne te permets plus de m'interroger avant le 10 du present mois.>>

En verite, j'etais bien faible; mes yeux se fermerent
involontairement. Il me fallait une nuit de repos; je me laissai
donc assoupir sur cette pensee que mon isolement avait dure
quatre longs jours.

Le lendemain, a mon reveil, je regardai autour de moi. Ma
couchette, faite de toutes les couvertures de voyage, se trouvait
installee dans une grotte charmante, ornee de magnifiques
stalagmites, dont le sol etait recouvert d'un sable fin. Il y
regnait une demi-obscurite. Aucune torche, aucune lampe n'etait
allumee, et cependant certaines clartes inexplicables venaient du
dehors en penetrant par une etroite ouverture de la grotte.
J'entendais aussi un murmure vague et indefini, semblable a celui
des flots qui se brisent sur une greve, et parfois les
sifflements de la brise.

Je me demandai si j'etais bien eveille, si je revais encore, si
mon cerveau, fele dans ma chute, ne percevait pas des bruits
purement imaginaires. Cependant ni mes yeux ni mes oreilles ne
pouvaient se tromper a ce point.

<de rochers! Voila bien le murmure des vagues! Voila le
sifflement de la brise! Est-ce que je me trompe, ou sommes-nous
revenus a la surface de la terre? Mon oncle a-t-il donc renonce
a son expedition, ou l'aurait-il heureusement terminee?>>

Je me posais ces insolubles questions, quand le professeur entra.

<tu te portes bien!

---Mais oui, dis-je on me redressant sur les couvertures.

--Cela devait etre, car tu as tranquillement dormi. Hans et moi,
nous t'avons veille tour a tour, et nous avons vu ta guerison
faire des progres sensibles.

---En effet, je me sens ragaillardi, et la preuve, c'est que je
ferai honneur au dejeuner que vous voudrez bien me servir!

---Tu mangeras, mon garcon: la fievre t'a quitte. Hans a frotte
tes plaies avec je ne sais quel onguent dont les Islandais ont le
secret, et elles se sont cicatrisees a merveille. C'est un fier
homme que notre chasseur!>>

Tout en parlant, mon oncle appretait quelques aliments que je
devorai, malgre ses recommandations. Pendant ce temps, je
l'accablai de questions auxquelles il s'empressa de repondre.

J'appris alors que ma chute providentielle m'avait precisement
amene a l'extremite d'une galerie presque perpendiculaire; comme
j'etais arrive au milieu d'un torrent de pierres, dont la moins
grosse eut suffi a m'ecraser, il fallait en conclure qu'une
partie du massif avait glisse avec moi. Cet effrayant vehicule
me transporta ainsi jusque dans les bras de mon oncle, ou je
tombai sanglant et inanime.

<tue mille fois. Mais, pour Dieu! ne nous separons plus, car
nous risquerions de ne jamais nous revoir.>>

<> Le voyage n'etait donc pas fini?
J'ouvrais de grands yeux etonnes, ce qui provoqua immediatement
cette question:

<
--Une demande a vous adresser.. Vous dites que me voila sain et
sauf?

--Sans doute.

---J'ai tous mes membres intacts?

---Certainement.

--Et ma tete?

--Ta tete, sauf quelques contusions, est parfaitement a sa place
sur tes epaules.

---Eh bien, j'ai peur que mon cerveau ne soit derange,

--Derange?

--Oui. Nous ne sommes pas revenus a la surface du globe?

---Non certes!

--Alors il faut que je sois fou, car j'apercois la lumiere du
jour, j'entends le bruit du vent qui souffle et de la mer qui se
brise!

---Ah! n'est-ce que cela?

--M'expliquerez-vous?

--Je ne t'expliquerai rien, car c'est inexplicable; mais tu
verras et tu comprendras que la science geologique n'a pas encore
dit son dernier mot.

--Sortons donc! m'ecriai-je en me levant brusquement.

---Non, Axel, non! le grand air pourrait te faire du mal.

---Le grand air?

--Oui, le vent est assez violent. Je ne veux pas que tu
t'exposes ainsi.

--Mais je vous assure que je me porte a merveille.

---Un peu de patience, mon garcon. Une rechute nous mettrait
dans l'embarras, et il ne faut pas perdre de temps, car la
traversee peut etre longue.

---La traversee?

--Oui, repose-toi encore aujourd'hui, et nous nous embarquerons
demain.

--Nous embarquer!>>

Ce dernier mot me fit bondir.

Quoi! nous embarquer! Avions-nous donc un fleuve, un lac, une
mer a notre disposition? Un batiment etait-il mouille dans
quelque port interieur?

Ma curiosite fut excitee au plus haut point. Mon oncle essaya
vainement de me retenir. Quand il vit que mon impatience me
ferait plus de mal que la satisfaction de mes desirs, il ceda.

Je m'habillai rapidement; par surcroit de precaution, je
m'enveloppai dans une des couvertures et je sortis de la grotte.



XXX


D'abord je ne vis rien; mes yeux, deshabitues de la lumiere, se
fermerent brusquement. Lorsque je pus les rouvrir, je demeurai
encore plus stupefait qu'emerveille.

<
--Oui, repondit mon oncle, la mer Lidenbrock; et, j'aime a le
penser, aucun navigateur ne me disputera l'honneur de l'avoir
decouverte et le droit de la nommer de mon nom!>>

Une vaste nappe d'eau, le commencement d'un lac ou d'un ocean,
s'etendait au dela des limites de la vue. Le rivage, largement
echancre, offrait aux dernieres ondulations des vagues un sable
fin, dore et parseme de ces petits coquillages ou vecurent les
premiers etres de la creation. Les flots s'y brisaient avec ce
murmure sonore particulier aux milieux clos et immenses; une
legere ecume s'envolait au souffle d'un vent modere, et quelques
embruns m'arrivaient au visage. Sur cette greve legerement
inclinee; a cent toises environ de la lisiere des vagues,
venaient mourir les contreforts de rochers enormes qui montaient
en s'evasant a une incommensurable hauteur. Quelques-uns,
dechirant le rivage de leur arete aigue, formaient des caps et
des promontoires ronges par la dent du ressac. Plus loin, l'oeil
suivait leur masse nettement profilee sur les fonds brumeux de
l'horizon.

C'etait un ocean veritable, avec le contour capricieux des
rivages terrestres, mais desert et d'un aspect effroyablement
sauvage.

Si mes regards pouvaient se promener au loin sur cette mer, c'est
qu'une lumiere <> en eclairait les moindres details. Non
pas la lumiere du soleil avec ses faisceaux eclatants et
l'irradiation splendide de ses rayons, ni la lueur pale et vague
de l'astre des nuits, qui n'est qu'une reflexion sans chaleur.
Non. Le pouvoir eclairant de cette lumiere, sa diffusion
tremblante, sa blancheur claire et seche, le peu d'elevation de
sa temperature, son eclat superieur en realite a celui de la
lune, accusaient evidemment une origine purement electrique.
C'etait comme une aurore boreale, un phenomene cosmique continu,
qui remplissait cette caverne capable de contenir un ocean.

La voute suspendue au-dessus de ma tete, le ciel, si l'on veut,
semblait fait de grands nuages, vapeurs mobiles et changeantes,
qui, par l'effet de la condensation, devaient, a de certains
jours, se resoudre en pluies torrentielles. J'aurais cru que,
sous une pression aussi forte de l'atmosphere, l'evaporation de
l'eau ne pouvait se produire, et cependant, par une raison
physique qui m'echappait, il y avait de larges nuees etendues
dans l'air. Mais alors <>. Les nappes
electriques produisaient d'etonnants jeux de lumiere sur les
nuages tres eleves; des ombres vives se dessinaient a leurs
volutes inferieures, et souvent, entre deux couches disjointes,
un rayon se glissait jusqu'a nous avec une remarquable intensite.
Mais, en somme, ce n'etait pas le soleil, puisque la chaleur
manquait a sa lumiere. L'effet en etait triste et souverainement
melancolique. Au lieu d'un firmament brillant d'etoiles, je
sentais par-dessus ces nuages une voute de granit qui m'ecrasait
de tout son poids, et cet espace n'eut pas suffi, tout immense
qu'il fut, a la promenade du moins ambitieux des satellites.

Je me souvins alors de cette theorie d'un capitaine anglais qui
assimilait la terre a une vaste sphere creuse, a l'interieur de
laquelle l'air se maintenait lumineux par suite de sa pression,
tandis que deux astres, Pluton et Proserpine, y tracaient leurs
mysterieuses orbites. Aurait-il dit vrai?

Nous etions reellement emprisonnes dans une enorme excavation.
Sa largeur, on ne pouvait la juger, puisque le rivage allait
s'elargissant a perte de vue, ni sa longueur, car le regard etait
bientot arrete par une ligne d'horizon un peu indecise. Quant a
sa hauteur, elle devait depasser plusieurs lieues. Ou cette
voute s'appuyait-elle sur ses contreforts de granit? L'oeil ne
pouvait l'apercevoir; mais il y avait tel nuage suspendu dans
l'atmosphere, dont l'elevation devait etre estimee a deux mille
toises, altitude superieure a celle des vapeurs terrestres, et
due sans doute a la densite considerable de l'air.

Le mot <> ne rend evidemment pas ma pensee pour peindre
cet immense milieu. Mais les mots de la langue humaine ne
peuvent suffire a qui se hasarde dans les abimes du globe.

Je ne savais pas, d'ailleurs, par quel fait geologique expliquer
l'existence d'une pareille excavation. Le refroidissement du
globe avait-il donc pu la produire? Je connaissais bien, par les
recits des voyageurs, certaines cavernes celebres, mais aucune ne
presentait de telles dimensions.

Si la grotte de Guachara, en Colombie, visitee par M. de
Humboldt, n'avait pas livre le secret de sa profondeur au savant
qui la reconnut sur un espace de deux mille cinq cents pieds,
elle ne s'etendait vraisemblablement pas beaucoup au dela.
L'immense caverne du Mammouth, dans le Kentucky, offrait bien des
proportions gigantesques, puisque sa voute s'elevait a cinq cents
pieds au-dessus d'un lac insondable, et que des voyageurs la
parcoururent pendant plus de dix lieues sans en rencontrer la
fin. Mais qu'etaient ces cavites aupres de celle que j'admirais
alors, avec son ciel de vapeurs, ses irradiations electriques et
une vaste mer renfermee dans ses flancs? Mon imagination se
sentait impuissante devant cette immensite.

Toutes ces merveilles, je les contemplais en silence. Les
paroles me manquaient pour rendre mes sensations. Je croyais
assister, dans quelque planete lointaine, Uranus ou Neptune, a
des phenomenes dont ma nature <> n'avait pas
conscience. A des sensations nouvelles il fallait des mots
nouveaux, et mon imagination ne me les fournissait pas. Je
regardais, je pensais, j'admirais avec une stupefaction melee
d'une certaine quantite d'effroi.

L'imprevu de ce spectacle avait rappele sur mon visage les
couleurs de la sante; j'etais en train de me traiter par
l'etonnement et d'operer ma guerison au moyen de cette nouvelle
therapeutique; d'ailleurs la vivacite d'un air tres dense me
ranimait, en fournissant plus d'oxygene a mes poumons.

On concevra sans peine qu'apres un emprisonnement de
quarante-sept jours dans une etroite galerie, c'etait une
jouissance infinie que d'aspirer cette brise chargee d'humides
emanations salines.

Aussi n'eus-je point a me repentir d'avoir quitte ma grotte
obscure. Mon oncle, deja fait a ces merveilles, ne s'etonnait
plus.

<
---Oui, certes, repondis-je, et rien ne me sera plus agreable.

---Eh bien, prends mon bras, Axel, et suivons les sinuosites du
rivage.>>

J'acceptai avec empressement, et nous commencames a cotoyer cet
ocean nouveau. Sur la gauche, des rochers abrupts, grimpes les
uns sur les autres, formaient un entassement titanesque d'un
prodigieux effet. Sur leurs flancs se deroulaient d'innombrables
cascades, qui s'en allaient en nappes limpides et retentissantes;
quelques legeres vapeurs, sautant d'un roc a l'autre, marquaient
la place des sources chaudes, et des ruisseaux coulaient
doucement vers le bassin commun, en cherchant dans les pentes
l'occasion de murmurer plus agreablement.

Parmi ces ruisseaux; je reconnus notre fidele compagnon de route,
le Hans-bach, qui venait se perdre tranquillement dans la mer,
comme s'il n'eut jamais fait autre chose depuis le commencement
du monde.

<
---Bah! repondit le professeur, lui ou un autre, qu'importe?>>

Je trouvai la reponse un peu ingrate.

Mais en ce moment mon attention fut attiree par un spectacle
inattendu. A cinq cents pas, au detour d'un haut promontoire,
une foret haute, touffue, epaisse, apparut a nos yeux. Elle
etait faite d'arbres de moyenne grandeur, tailles en parasols
reguliers, a contours nets et geometriques; les courants de
l'atmosphere ne semblaient pas avoir prise sur leur feuillage,
et, au milieu des souffles, ils demeuraient immobiles comme un
massif de cedres petrifies.

Je hatai le pas. Je ne pouvais mettre un nom a ces essences
singulieres. Ne faisaient-elles point partie des deux cent mille
especes vegetales connues jusqu'alors, et fallait-il leur
accorder une place speciale dans la flore des vegetations
lacustres? Non. Quand nous arrivames sous leur ombrage, ma
surprise ne fut plus que de l'admiration.

En effet, je me trouvais en presence de produits de la terre,
mais tailles sur un patron gigantesque. Mon oncle les appela
immediatement de leur nom.

<> dit-il.

Et il ne se trompait pas. Que l'on juge du developpement acquis
par ces plantes cheres aux milieux chauds et humides. Je savais
que le <> atteint, suivant Bulliard, huit a
neuf pieds de circonference; mais il s'agissait ici de
champignons blancs, hauts de trente a quarante pieds, avec une
calotte d'un diametre egal. Ils etaient la par milliers; la
lumiere ne parvenait pas a percer leur epais ombrage, et une
obscurite complete regnait sous ces domes juxtaposes comme les
toits ronds d'une cite africaine.

Cependant je voulus penetrer plus avant. Un froid mortel
descendait de ces voutes charnues. Pendant une demi-heure, nous
errames dans ces humides tenebres, et ce fut avec un veritable
sentiment de bien-etre que je retrouvai les bords de la mer.

Mais la vegetation de cette contree souterraine ne s'en tenait
pas a ces champignons. Plus loin s'elevaient par groupes un
grand nombre d'autres arbres au feuillage decolore. Ils etaient
faciles a reconnaitre; c'etaient les humbles arbustes de la
terre, avec des dimensions phenomenales, des lycopodes hauts de
cent pieds, des sigillaires geantes, des fougeres arborescentes,
grandes comme les sapins des hautes latitudes, des lepidodendrons
a tiges cylindriques bifurquees, terminees par de longues
feuilles et herissees de poils rudes comme de monstrueuses
plantes grasses.

<toute la flore de la seconde epoque du monde, de l'epoque de
transition. Voila ces humbles plantes de nos jardins qui se
faisaient arbres aux premiers siecles du globe! Regarde, Axel,
admire! Jamais botaniste ne s'est trouve a pareille fete!

--Vous avez raison, mon oncle; la Providence semble avoir voulu
conserver dans cette serre immense ces plantes antediluviennes
que la sagacite des savants a reconstruites avec tant de bonheur.

---Tu dis bien, mon garcon, c'est une serre; mais tu dirais mieux
encore en ajoutant que c'est peut-etre une menagerie.

--Une menagerie!

--Oui, sans doute. Vois cette poussiere que nous foulons aux
pieds, ces ossements epars sur le sol.

--Des ossements! m'ecriai-je. Oui, des ossements d'animaux
antediluviens!>>

Je m'etais precipite sur ces debris seculaires faits d'une
substance minerale indestructible[1]. Je mettais sans hesiter un
nom a ces os gigantesques qui ressemblaient a des troncs d'arbres
desseches.

[1] Phosphate de chaux.

<molaires du Dinotherium, voila un femur qui ne peut avoir
appartenu qu'au plus grand de ces animaux, au Megatherium. Oui,
c'est bien une menagerie, car ces ossements n'ont certainement
pas ete transportes jusqu'ici par un cataclysme; les animaux
auxquels ils appartiennent ont vecu sur les rivages de cette mer
souterraine, a l'ombre de ces plantes arborescentes. Tenez,
j'apercois des squelettes entiers. Et cependant...

--Cependant? dit mon oncle.

--Je ne comprends pas la presence de pareils quadrupedes dans
cette caverne de granit.

--Pourquoi?

--Parce que la vie animale n'a existe sur la terre qu'aux
periodes secondaires, lorsque le terrain sedimentaire a ete forme
par les alluvions, et a remplace les roches incandescentes de
l'epoque primitive.

--Eh bien! Axel, il y a une reponse bien simple a faire a ton
objection, c'est que ce terrain-ci est un terrain sedimentaire.

--Comment! a une pareille profondeur au-dessous de la surface de
la terre?

--Sans doute, et ce fait peut s'expliquer geologiquement. A une
certaine epoque, la terre n'etait formee que d'une ecorce
elastique, soumise a des mouvements alternatifs de haut et de
bas, en vertu des lois de l'attraction. Il est probable que des
affaissements du sol se sont produits, et qu'une partie des
terrains sedimentaires a ete entrainee au fond des gouffres
subitement ouverts.

--Cela doit etre. Mais, si des animaux antediluviens ont vecu
dans ces regions souterraines, qui nous dit que l'un de ces
monstres n'erre pas encore au milieu de ces forets sombres ou
derriere ces rocs escarpes?>>

A cette idee j'interrogeai, non sans effroi, les divers points de
l'horizon; mais aucun etre vivant n'apparaissait sur ces rivages
deserts.

J'etais un peu fatigue: j'allai m'asseoir alors a l'extremite
d'un promontoire au pied duquel les flots venaient se briser avec
fracas. De la mon regard embrassait toute cette baie formee par
une echancrure de la cote. Au fond, un petit port s'y trouvait
menage entre les roches pyramidales. Ses eaux calmes dormaient a
l'abri du vent. Un brick et deux ou trois goelettes auraient pu
y mouiller a l'aise. Je m'attendais presque a voir quelque
navire sortant toutes voiles dehors et prenant le large sous la
brise du sud.

Mais cette illusion se dissipa rapidement. Nous etions bien les
seules creatures vivantes de ce monde souterrain. Par certaines
accalmies du vent, un silence plus profond que les silences du
desert, descendait sur les rocs arides et pesait a la surface de
l'ocean. Je cherchais alors a percer les brumes lointaines, a
dechirer ce rideau jete sur le fond mysterieux de l'horizon.
Quelles demandes se pressaient sur mes levres? Ou finissait
cette mer? Ou conduisait-elle? Pourrions-nous jamais en
reconnaitre les rivages opposes?

Mon oncle n'en doutait pas, pour son compte. Moi, je le desirais
et je le craignais a la fois.

Apres une heure passee dans la contemplation de ce merveilleux
spectacle, nous reprimes le chemin de la greve pour regagner la
grotte, et ce fut sous l'empire des plus etranges pensees que je
m'endormis d'un profond sommeil.



XXXI


Le lendemain je me reveillai completement gueri. Je pensai qu'un
bain me serait tres salutaire, et j'allai me plonger pendant
quelques minutes dans les eaux de cette Mediterranee. Ce nom, a
coup sur, elle le meritait entre tous.

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For many years my local corner shop displayed a large sign in its window telling local residents to "use us or lose us!" It always looked a rather toothless threat to me. After all, if I didn't use them, what difference would it make to me if they weren't there? And surely a corner shop, one that had been there for years, would have enough customers to survive without recourse to such apocalyptic warning? But it didn't and was soon converted into flats.

This community shop was destroyed not so much by the pressures of the supermarkets or people's commuting patterns, but simply by customer apathy. It's something to think about as crime writers and readers across the world mourn the imminent passing of Maxim Jakubowski's celebrated Charing Cross Road bookshop in London, Murder One.

Apathy is a strange word to connect to a bookstore that thrives on passion. It's noticeable when you walk through the door, when you speak to the friendly, knowledgeable staff, when you look at the shelves and see the vast range of titles on offer. This isn't your regular kind of bookstore: the first time I visited spent a whole lunch break looking up and down, from floor to ceiling from table to table; it was an hour that changed my perception of both crime writing and of bookselling.

Murder One was – and for a few weeks will remain – a shop that took crime seriously. Not in the sense that it intellectualised it, or made unsubstantiated claims for its importance, but in the way that it treated crime writing with the respect it was due. With a genre that has so many off-shoots, branches and sub-genres, it took a shop of Murder One's calibre to show just how diverse, interesting and mentally stimulating crime could be – far more than the guilty pleasure I had, until then, considered it.

Thanks to judicious recommendations, enticing table displays and hours of foraging among the stacks, I discovered writers that I would never have picked up, let alone read. You could always get the latest blockbuster, but delve a little deeper and you'd find books that were not stocked anywhere else, novels that, like the perfect crime, were hidden from public view. The Martin Beck novels by Sjöwall & Wahlöö – probably my favourite sequence of novels in any genre – were introduced to me via Murder One, as were Kem Nunn, Sue Grafton, and Henning Mankell. It's also the staff of Murder One who piqued my interest in the inimitable Fred Vargas, and I can't thank them enough for the introduction.

Inclusive and without snobbery, Murder One amply demonstrated that the best bookshops are places not just of commerce, but of community; places that make feel you belong. It's the kind of store that bibliophiles dream about: well-stocked, well-staffed and shabby enough to lose days browsing within. It's just unfortunate that such shops don't have enough paying customers to keep them afloat, or that these customers visit all too infrequently – something of which I'm certainly guilty.

These kinds of shops are facing a long, bloody battle – and one which, without significant reinforcements, they are likely to lose. As we hear of the travesty of another brilliant independent going down, we'll mourn the loss, wring our hands and damn Amazon and the supermarkets and Waterstone's. Yet perhaps the most important detail we'll probably keep under wraps: the last time we actually spent any money there.

Murder One closing its doors for the final time is undoubtedly a .38 shell for independent bookshops, but whether it's body blow or a warning shot all depends upon us, the consumers. No one, no matter how iconic or established, can exist on fond memories alone: just ask Woolworths. Use these shops now, because it doesn't take a master sleuth to deduce what will happen if we don't.

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