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Voyage au Centre de la Terre by Jules Verne
J >> Jules Verne >> Voyage au Centre de la Terre Pages: 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17
Je revins dejeuner avec un bel appetit. Hans s'entendait a
cuisiner notre petit menu; il avait de l'eau et du feu a sa
disposition, de sorte qu'il put varier un peu notre ordinaire.
Au dessert, il nous servit quelques tasses de cafe, et jamais ce
delicieux breuvage ne me parut plus agreable a deguster.
< faut pas manquer l'occasion d'etudier ce phenomene,
--Comment, la maree! m'ecriai-je.
--Sans doute.
--L'influence de la lune et du soleil se fait sentir jusqu'ici!
--Pourquoi pas! Les corps ne sont-ils pas soumis dans leur
ensemble a l'attraction universelle? Cette masse d'eau ne peut
donc echapper a cette loi generale? Aussi, malgre la pression
atmospherique qui s'exerce a sa surface, tu vas la voir se
soulever comme l'Atlantique lui-meme.>>
En ce moment nous foulions le sable du rivage et les vagues
gagnaient peu a peu sur la greve.
<
--Oui, Axel, et d'apres ces relais d'ecume, tu peux voir que la
mer s'eleve d'une dizaine de pieds environ.
--C'est merveilleux!
--Non: c'est naturel.
--Vous avez beau dire, tout cela me parait extraordinaire, et
c'est a peine si j'en crois mes yeux. Qui eut jamais imagine
dans cette ecorce terrestre un ocean veritable, avec ses flux et
ses reflux, avec ses brises, avec ses tempetes!
--Pourquoi pas? Y a-t-il une raison physique qui s'y oppose?
--Je n'en vois pas, du moment qu'il faut abandonner le systeme de
la chaleur centrale.
--Donc, jusqu'ici la theorie de Davy se trouve justifiee?
--Evidemment, et des lors rien ne contredit l'existence de mers
ou de contrees a l'interieur du globe.
--Sans doute, mais inhabitees.
--Bon! pourquoi ces eaux ne donneraient-elles pas asile a
quelques poissons d'une espece inconnue?
--En tout cas, nous n'en avons pas apercu un seul jusqu'ici.
--Eh bien, nous pouvons fabriquer des lignes et voir si l'hamecon
aura autant de succes ici-bas que dans les oceans sublunaires.
--Nous essayerons, Axel, car il faut penetrer tous les secrets de
ces regions nouvelles.
--Mais ou sommes-nous, mon oncle? car je ne vous ai point encore
pose cette question a laquelle vos instruments ont du repondre?
--Horizontalement, a trois cent cinquante lieues de l'Islande.
--Tout autant?
--Je suis sur de ne pas me tromper de cinq cents toises.
--Et la boussole indique toujours le sud-est?
--Oui, avec une declinaison occidentale de dix-neuf degres et
quarante-deux minutes, comme sur terre, absolument. Pour son
inclinaison, il se passe un fait curieux que j'ai observe avec le
plus grand soin.
--Et lequel?
--C'est que l'aiguille, au lieu de s'incliner vers le pole, comme
elle le fait dans l'hemisphere boreal, se releve au contraire.
--Il faut donc en conclure que le point d'attraction magnetique
se trouve compris entre la surface du globe et l'endroit ou nous
sommes parvenus?
--Precisement, et il est probable que, si nous arrivions sous les
regions polaires, vers ce soixante-dixieme degre ou James Ross a
decouvert le pole magnetique, nous verrions l'aiguille se dresser
verticalement. Donc, ce mysterieux centre d'attraction ne se
trouve pas situe a une grande profondeur.
--En effet, et voila un fait que la science n'a pas soupconne.
--La science, mon garcon, est faite d'erreurs, mais d'erreurs
qu'il est bon de commettre, car elles menent peu a peu a la
verite.
--Et a quelle profondeur sommes-nous?
--A une profondeur de trente-cinq lieues
--Ainsi, dis-je en considerant la carte, la partie montagneuse de
l'Ecosse est au-dessus de nous, et, la, les monts Grampians
elevent a une prodigieuse hauteur leur cime couverte de neige.
--Oui, repondit le professeur en riant; c'est un peu lourd a
porter, mais la voute est solide; le grand architecte de
l'univers l'a construite on bons materiaux, et jamais l'homme
n'eut pu lui donner une pareille portee! Que sont les arches des
ponts et les arceaux des cathedrales aupres de cette nef d'un
rayon de trois lieues, sous laquelle un ocean et des tempetes
peuvent se developper a leur aise?
--Oh! Je ne crains pas que le ciel me tombe sur la tete.
Maintenant, mon oncle, quels sont vos projets? Ne comptez-vous
pas retourner a la surface du globe?
--Retourner! Par exemple! Continuer notre voyage, au contraire,
puisque tout a si bien marche jusqu'ici.
--Cependant je ne vois pas comment nous penetrerons sous cette
plaine liquide.
--Aussi je ne pretends point m'y precipiter la tete la premiere.
Mais si les oceans ne sont, a proprement parler, que des lacs,
puisqu'ils sont entoures de terre, a plus forte raison cette mer
interieure se trouve-t-elle circonscrite par le massif
granitique.
--Cela n'est pas douteux.
--Eh bien! sur les rivages opposes, je suis certain de trouver
de nouvelles issues.
--Quelle longueur supposez-vous donc a cet ocean?
--Trente ou quarante lieues.
--Ah! fis-je, tout en imaginant que cette estime pouvait bien
etre inexacte.
--Ainsi nous n'avons pas de temps a perdre, et des demain nous
prendrons la mer.>>
Involontairement je cherchai des yeux le navire qui devait nous
transporter.
<batiment prendrons-nous passage?
--Ce ne sera pas sur un batiment, mon garcon, mais sur un bon et
solide radeau.
--Un radeau! m'ecriai-je; un radeau est aussi impossible a
construire qu'un navire, et je ne vois pas trop...
--Tu ne vois pas, Axel, mais, si tu ecoutais, tu pourrais
entendre!
--Entendre?
--Oui, certains coups de marteau qui t'apprendraient que Hans est
deja a l'oeuvre.
--Il construit un radeau?
--Oui.
--Comment! il a deja fait tomber des arbres sous sa hache?
--Oh! les arbres etaient tout abattus. Viens, et tu le verras a
l'ouvrage.>>
Apres un quart d'heure de marche, de l'autre cote du promontoire
qui formait le petit port naturel, j'apercus Hans au travail;
quelques pas encore, et je fus pres de lui. A ma grande
surprise, un radeau a demi termine s'etendait sur le sable; il
etait fait de poutres d'un bois particulier, et un grand nombre
de madriers, de courbes, de couples de toute espece, jonchaient
litteralement le sol. Il y avait la de quoi construire une
marine entiere.
<
--C'est du pin, du sapin, du bouleau, toutes les especes des
coniferes du Nord, mineralisees sous l'action des eaux de la mer.
--Est-il possible?
--C'est ce qu'on appelle du <> ou bois fossile.
--Mais alors, comme les lignites, il doit avoir la durete de la
pierre, et il ne pourra flotter?
--Quelquefois cela arrive; il y a de ces bois qui sont devenus de
veritables anthracites; mais d'autres, tels que ceux-ci, n'ont
encore subi qu'un commencement de transformation fossile.
Regarde plutot,>> ajouta mon oncle en jetant a la mer une de ces
precieuses epaves.
Le morceau de bois, apres avoir disparu, revint a la surface des
flots et oscilla au gre de leurs ondulations.
<
--Convaincu surtout que cela n'est pas croyable!>>
Le lendemain soir, grace a l'habilete du guide, le radeau etait
termine; il avait dix pieds de long sur cinq de large; les
poutres de surtarbrandur, reliees entre elles par de fortes
cordes, offraient une surface solide, et une fois lancee, cette
embarcation improvisee flotta tranquillement sur les eaux de la
mer Lidenbrock.
XXXII
Le 13 aout, on se reveilla de bon matin. Il s'agissait
d'inaugurer un nouveau genre de locomotion rapide et peu
fatigant.
Un mat fait de deux batons jumeles, une vergue formee d'un
troisieme, une voile empruntee a nos couvertures, composaient
tout le greement du radeau. Les cordes ne manquaient pas. Le
tout etait solide.
A six heures, le professeur donna le signal d'embarquer. Les
vivres, les bagages, les instruments, les armes et une notable
quantite d'eau douce se trouvaient en place.
Hans avait installe un gouvernail qui lui permettait de diriger
son appareil flottant. Il se mit a la barre. Je detachai
l'amarre qui nous retenait au rivage; la voile fut orientee et
nous debordames rapidement.
Au moment de quitter le petit port, mon oncle, qui tenait a sa
nomenclature geographique, vou lut lui donner un nom, le mien,
entre autres.
<
--Lequel?
--Le nom de Grauben, Port-Grauben, cela fera tres bien sur la
carte.
--Va pour Port-Grauben.>>
Et voila comment le souvenir de ma chere Virlandaise se rattacha
a notre heureuse expedition.
La brise soufflait du nord-est; nous filions vent arriere avec
une extreme rapidite. Les couches tres denses de l'atmosphere
avaient une poussee considerable et agissaient sur la voile comme
un puissant ventilateur.
Au bout d'une heure, mon oncle avait pu se rendre compte de notre
vitesse.
<trente lieues par vingt-quatre heures et nous ne tarderons pas a
reconnaitre les rivages opposes.
Je ne repondis pas, et j'allai prendre place a l'avant du radeau.
Deja la cote septentrionale s'abaissait a l'horizon; les deux
bras du rivage s'ouvraient largement comme pour faciliter notre
depart. Devant mes yeux s'etendait une mer immense; de grands
nuages promenaient rapidement a sa surface leur ombre grisatre,
qui semblait peser sur cette eau morne. Les rayons argentes de
la lumiere electrique, reflechis ca et la par quelque
gouttelette, faisaient eclore des points lumineux sur les cotes
de l'embarcation. Bientot toute terre fut perdue de vue, tout
point de repere disparut, et, sans le sillage ecumeux du radeau,
j'aurais pu croire qu'il demeurait dans une parfaite immobilite.
Vers midi, des algues immenses vinrent onduler a la surface des
flots. Je connaissais la puissance vegetative de ces plantes,
qui rampent a une profondeur de plus de douze mille pieds au fond
des mers, se reproduisent sous une pression de pres de quatre
cents atmospheres et forment souvent des bancs assez
considerables pour entraver la marche des navires; mais jamais,
je crois, algues ne furent plus gigantesques que celles de la mer
Lidenbrock.
Notre radeau longea des fucus longs de trois et quatre mille
pieds, immenses serpents qui se developpaient hors de la portee
de la vue; je m'amusais a suivre du regard leurs rubans infinis,
croyant toujours en atteindre l'extremite, et pendant des heures
entieres ma patience etait trompee, sinon mon etonnement.
Quelle force naturelle pouvait produire de telles plantes, et
quel devait etre l'aspect de la terre aux premiers siecles de sa
formation, quand, sous l'action de la chaleur et de l'humidite,
le regne vegetal se developpait seul a sa surface!
Le soir arriva, et, ainsi que je l'avais remarque la veille,
l'etat lumineux de l'air ne subit aucune diminution. C'etait un
phenomene constant sur la duree duquel on pouvait compter.
Apres le souper je m'etendis au pied du mat, et je ne tardai pas
a m'endormir au milieu d'indolentes reveries.
Hans, immobile au gouvernail, laissait courir le radeau, qui,
d'ailleurs, pousse vent arriere, ne demandait meme pas a etre
dirige.
Depuis notre depart de Port-Grauben, le professeur Lidenbrock
m'avait charge de tenir le <>, de noter les
moindres observations, de consigner les phenomenes interessants,
la direction du vent, la vitesse acquise, le chemin parcouru, en
un mot, tous les incidents de cette etrange navigation.
Je me bornerai donc a reproduire ici ces notes quotidiennes,
ecrites pour ainsi dire sous la dictee des evenements, afin de
donner un recit plus exact de notre traversee.
_Vendredi 14 aout._--Brise egale du N.-O. Le radeau marche avec
rapidite et en ligne droite. La cote reste a trente lieues sous
le vent. Rien a l'horizon. L'intensite de la lumiere ne varie
pas. Beau temps, c'est-a-dire que les nuages sont fort eleves,
peu epais et baignes dans une atmosphere blanche, comme serait de
l'argent en fusion.
Thermometre: + 32deg. centigr.
A midi Mans prepare un hamecon a l'extremite d'une corde; il
l'amorce avec un petit morceau de viande et le jette a la mer.
Pendant deux heures il ne prend rien. Ces eaux sont donc
inhabitees? Non. Une secousse se produit. Hans tire sa ligne
et ramene un poisson qui se debat vigoureusement.
<
--C'est un esturgeon! m'ecriai-je a mon tour, un esturgeon de
petite taille!>>
Le professeur regarde attentivement l'animal et ne partage pas
mon opinion. Ce poisson a la tete plate, arrondie et la partie
anterieure du corps couverte de plaques osseuses; sa bouche est
privee de dents; des nageoires pectorales assez developpees sont
ajustees a son corps depourvu de queue. Cet animal appartient
bien a un ordre ou les naturalistes ont classe l'esturgeon, mais
il en differe par des cotes assez essentiels.
Mon oncle ne s'y trompe pas, car, apres un assez court examen, il
dit:
<et dont on retrouve des traces fossiles dans le terrain devonien.
-Comment! dis-je, nous aurions pu prendre vivant un de ces
habitants des mers primitives?
--Oui, repond le professeur en continuant ses observations, et tu
vois que ces poissons fossiles n'ont aucune identite avec les
especes actuelles. Or, tenir un de ces etres vivant c'est un
veritable bonheur de naturaliste.
--Mais a quelle famille appartient-il?
--A l'ordre des Ganoides, famille des Cephalaspides, genre...
--Eh bien?
--Genre des Pterychtis, j'en jurerais; mais celui-ci offre une
particularite qui, dit-on, se rencontre chez les poissons des
eaux souterraines.
--Laquelle?
--Il est aveugle!
--Aveugle!
--Non seulement aveugle, mais l'organe de la vue lui manque
absolument.>>
Je regarde. Rien n'est plus vrai. Mais ce peut etre un cas
particulier. La ligne est donc amorcee de nouveau et rejetee a
la mer. Cet ocean, a coup sur, est fort poissonneux, car en deux
heures nous prenons une grande quantite de Pterychtis, ainsi que
des poissons appartenant a une famille egalement eteinte, les
Dipterides, mais dont mon oncle ne peut reconnaitre le genre.
Tous sont depourvus de l'organe de la vue. Cette peche inesperee
renouvelle avantageusement nos provisions.
Ainsi donc, cela parait constant, cette mer ne renferme que des
especes fossiles, dans lesquelles les poissons comme les reptiles
sont d'autant plus parfaits que leur creation est plus ancienne.
Peut-etre rencontrerons-nous quelques-uns de ces sauriens que la
science a su refaire avec un bout d'ossement ou de cartilage.
Je prends la lunette et j'examine la mer. Elle est deserte.
Sans doute nous sommes encore trop rapproches des cotes.
Je regarde dans les airs. Pourquoi quelques-uns de ces oiseaux
reconstruits par l'immortel Cuvier ne battraient-ils pas de leurs
ailes ces lourdes couches atmospheriques? Les poissons leur
fourniraient une suffisante nourriture. J'observe l'espace, mais
les airs sont inhabites comme les rivages.
Cependant mon imagination m'emporte dans les merveilleuses
hypotheses de la paleontologie. Je reve tout eveille. Je crois
voir a la surface des eaux ces enormes Chersites, ces tortues
antediluviennes, semblables a des ilots flottants. Il me semble
que sur les greves assombries passent les grands mammiferes des
premiers jours, le Leptotherium, trouve dans les cavernes du
Bresil, le mericotherium, venu des regions glacees de la Siberie.
Plus loin, le pachyderme Lophiodon, ce tapir gigantesque, se
cache derriere les rocs, pret a disputer sa proie a
l'Anoplotherium, animal etrange, qui tient du rhinoceros, du
cheval, de l'hippopotame et du chameau, comme si le Createur,
presse aux premieres heures du monde, eut reuni plusieurs animaux
en un seul. Le Mastodonte geant fait tournoyer sa trompe et
broie sous ses defenses les rochers du rivage, tandis que le
Megatherium, arc-boute sur ses enormes pattes, fouille la terre
en eveillant par ses rugissements l'echo des granits sonores.
Plus haut, le Protopitheque, le premier singe apparu a la surface
du globe, gravit les cimes ardues. Plus haut encore, le
Pterodactyle, a la main ailee, glisse comme une large
chauve-souris sur l'air comprime. Enfin, dans les dernieres
couches, des oiseaux immenses, plus puissants que le casoar, plus
grands que l'autruche, deploient leurs vastes ailes et vont
donner de la tete contre la paroi de la voute granitique.
Tout ce monde fossile renait dans mon imagination. Je me reporte
aux epoques bibliques de la creation, bien avant la naissance de
l'homme, lorsque la terre incomplete ne pouvait lui suffire
encore. Mon reve alors devance l'apparition des etres animes.
Les mammiferes disparaissent, puis les oiseaux, puis les reptiles
de l'epoque secondaire, et enfin les poissons, les crustaces, les
mollusques, les articules. Les zoophytes de la periode de
transition retournent au neant a leur tour. Toute la vie de la
terre se resume en moi. et mon coeur est seul a battre dans ce
monde depeuple. Il n'y plus de saisons; il n'y a plus de
climats; la chaleur propre du globe s'accroit sans cesse et
neutralise celle de l'astre radieux. La vegetation s'exagere; je
passe comme une ombre au milieu des fougeres arborescentes,
foulant de mon pas incertain les marnes irisees et les gres
bigarres du sol; je m'appuie au tronc des coniferes immenses; je
me couche a l'ombre des Sphenophylles, des Asterophylles et des
Lycopodes hauts de cent pieds.
Les siecles s'ecoulent comme des jours; je remonte la serie des
transformations terrestres; les plantes disparaissent; les roches
granitiques perdent leur durete; l'etat liquide va remplacer
l'etat solide sous l'action d'une chaleur plus intense; les eaux
courent a la surface du globe; elles bouillonnent, elles se
volatilisent; les vapeurs enveloppent la terre, qui peu a peu ne
forme plus qu'une masse gazeuse, portee au rouge blanc, grosse
comme le soleil et brillante comme lui!
Au centre de cette nebuleuse, quatorze cent mille fois plus
considerable que ce globe qu'elle va former un jour, je suis
entraine dans les espaces planetaires; mon corps se subtilise, se
sublime a son tour et se melange comme un atome imponderable a
ces immenses vapeurs qui tracent dans l'infini leur orbite
enflammee!
Quel reve! Ou m'emporte-t-il? Ma main fievreuse en jette sur le
papier les etranges details.
J'ai tout oublie, et le professeur, et le guide, et le radeau!
Une hallucination s'est emparee de mon esprit...
<> dit mon oncle.
Mes yeux tout ouverts se fixent sur lui sans le voir.
<>
En meme temps, je me sens saisir vigoureusement par la main de
Hans. Sans lui, sous l'empire de mon reve, je me precipitais
dans les flots.
<
--Qu'y a-t-il? dis-je enfin, en revenant a moi.
--Es-tu malade?
--Non, j'ai eu un moment d'hallucination, mais il est passe.
Tout va bien, d'ailleurs?
--Oui! bonne brise, belle mer! nous filons rapidement, et si
mon estime ne m'a pas trompe, nous ne pouvons tarder a atterrir.>>
A ces paroles, je me leve, je consulte l'horizon; mais la ligne
d'eau se confond toujours avec la ligne des nuages.
XXXIII
_Samedi 15 aout._--La mer conserve sa monotone uniformite.
Nulle terre n'est en vue. L'horizon parait excessivement recule.
J'ai la tete encore alourdie par la violence de mon reve.
Mon oncle n'a pas reve, lui, mais il est de mauvaise humeur; il
parcourt tous les points de l'espace avec sa lunette et se croise
les bras d'un air depite.
Je remarque que le professeur Lidenbrock tend a redevenir l'homme
impatient du passe, et je consigne le fait sur mon journal. Il a
fallu mes dangers et mes souffrances pour tirer de lui quelque
etincelle d'humanite; mais, depuis ma guerison, la nature a
repris le dessus. Et cependant, pourquoi s'emporter? Le voyage
ne s'accomplit-il pas dans les circonstances les plus favorables?
Est-ce que le radeau ne file pas avec une merveilleuse rapidite?
<porter la lunette a ses yeux.
--Inquiet? Non.
--Impatient, alors?
--On le serait a moins!
--Cependant nous marchons avec vitesse...
--Que m'importe? Ce n'est pas la vitesse qui est trop petite,
c'est la mer qui est trop grande!>>
Je me souviens alors que le professeur, avant notre depart,
estimait a une trentaine de lieues la longueur de ce souterrain.
Or nous avons parcouru un chemin trois fois plus long, et les
rivages du sud n'apparaissent pas encore.
<du temps perdu, et, en somme, je ne suis pas venu si loin pour
faire une partie de bateau sur un etang!
Il appelle cette traversee une partie de bateau, et cette mer un
etang!
<Saknussemm...
--C'est la question. Avons-nous suivi cette route? Saknussemm
a-t-il rencontre cette etendue d'eau? L'a-t-il traversee? Ce
ruisseau que nous avons pris pour guide ne nous a-t-il pas
completement egares?
--En tout cas, nous ne pouvons regretter, d'etre venus jusqu'ici.
Ce spectacle est magnifique, et...
--Il ne s'agit pas de voir. Je me suis propose un but, et je
veux l'atteindre! Ainsi ne me parle pas d'admirer!>>
Je me le tiens pour dit, et je laisse le professeur se ronger les
levres d'impatience. A six heures du soir, Hans reclame sa paye,
et ses trois rixdales lui sont comptes.
_Dimanche 16 aout._--Rien de nouveau. Meme temps. Le vent a
une legere tendance a fraichir. En me reveillant, mon premier
soin est de constater l'intensite de la lumiere. Je crains
toujours que le phenomene electrique ne vienne a s'obscurcir,
puis a s'eteindre. Il n'en est rien: l'ombre du radeau est
nettement dessinee a la surface des flots.
Vraiment cette mer est infinie! Elle doit avoir la largeur de la
Mediterranee, ou meme de l'Atlantique. Pourquoi pas?
Mon oncle sonde a plusieurs reprises; il attache un des plus
lourds pics a l'extremite d'une corde qu'il laisse filer de deux
cents brasses. Pas de fond. Nous avons beaucoup de peine a
ramener notre sonde.
Quand le pic est remonte a bord, Hans me fait remarquer a sa
surface des empreintes fortement accusees. On dirait que ce
morceau de fer a ete vigoureusement serre entre deux corps durs.
Je regarde le chasseur.
<> fait-il.
Je ne comprends pas. Je me tourne vers mon oncle, qui est
entierement absorbe dans ses reflexions. Je ne me soucie pas de
le deranger. Je reviens vers l'Islandais. Celui-ci, ouvrant et
refermant plusieurs fois la bouche, me fait comprendre sa pensee.
<> dis-je avec stupefaction en considerant plus
attentivement la barre de fer.
Oui! ce sont bien des dents dont l'empreinte s'est incrustee
dans le metal! Les machoires qu'elles garnissent doivent
posseder une force prodigieuse! Est-ce un monstre des especes
perdues qui s'agite sous la couche profonde des eaux, plus vorace
que le squale, plus redoutable que la baleine! Je ne puis
detacher mes regards de cette barre a demi rongee! Mon reve de
la nuit derniere va-t-il devenir une realite?
Ces pensees m'agitent pendant tout le jour, et mon imagination se
calme a peine dans un sommeil de quelques heures.
_Lundi 17 aout._--Je cherche a me rappeler les instincts
particuliers a ces animaux antediluviens de l'epoque secondaire,
qui, succedant aux mollusques, aux crustaces et aux poissons,
precederent l'apparition des mammiferes sur le globe. Le monde
appartenait alors aux reptiles. Ces monstres regnaient en
maitres dans les mers jurassiques[1]. La nature leur avait
accorde la plus complete organisation. Quelle gigantesque
structure! quelle force prodigieuse! Les sauriens actuels,
alligators ou crocodiles, les plus gros et les plus redoutables,
ne sont que des reductions affaiblies de leurs peres des premiers
ages!
[1] Mers de la periode secondaire qui ont forme les terrains
dont se composent les montagnes du Jura.
Je frissonne a l'evocation que je fais de ces monstres. Nul oeil
humain ne les a vus vivants. Ils apparurent sur la terre mille
siecles avant l'homme, mais leurs ossements fossiles, retrouves
dans ce calcaire argileux que les Anglais nomment le lias, ont
permis de les reconstruire anatomiquement et de connaitre leur
colossale conformation.
J'ai vu au Museum de Hambourg le squelette de l'un de ces
sauriens qui mesurait trente pieds de longueur. Suis-je donc
destine, moi, habitant de la terre, a me trouver face a face avec
ces representants d'une famille antediluvienne? Non! c'est
impossible. Cependant la marque des dents puissantes est gravee
sur la barre de fer, et a leur empreinte je reconnais qu'elles
sont coniques comme celles du crocodile.
Mes yeux se fixent avec effroi sur la mer; je crains de voir
s'elancer l'un de ces habitants des cavernes sous-marines.
Je suppose que le professeur Lidenbrock partage mes idees, sinon
mes craintes, car, apres avoir examine le pic, il parcourt
l'ocean du regard.
<Il a trouble quelque animal marin dans sa retraite, et si nous ne
sommes pas attaques en route!...>>
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President Obama teams up with one of Marvel's greatest heroes, reports Alison Flood
Here's Michael Wolff, still doing the rounds promoting his Rupert Murdoch biography, The man who owns the news. This interview with Jon Stewart is fun. It starts off with Wolff saying: "You wanna start a rumour, tell Rupert. He's the biggest gossip I've ever met." And there's an amusing pay-off too. (Via Comedy Central/The E&P Pub) guardian.co.uk © Guardian News & Media Limited 2009 | Use of this content is subject to our Terms & Conditions | More Feeds

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For many years my local corner shop displayed a large sign in its window telling local residents to "use us or lose us!" It always looked a rather toothless threat to me. After all, if I didn't use them, what difference would it make to me if they weren't there? And surely a corner shop, one that had been there for years, would have enough customers to survive without recourse to such apocalyptic warning? But it didn't and was soon converted into flats. This community shop was destroyed not so much by the pressures of the supermarkets or people's commuting patterns, but simply by customer apathy. It's something to think about as crime writers and readers across the world mourn the imminent passing of Maxim Jakubowski's celebrated Charing Cross Road bookshop in London, Murder One. Apathy is a strange word to connect to a bookstore that thrives on passion. It's noticeable when you walk through the door, when you speak to the friendly, knowledgeable staff, when you look at the shelves and see the vast range of titles on offer. This isn't your regular kind of bookstore: the first time I visited spent a whole lunch break looking up and down, from floor to ceiling from table to table; it was an hour that changed my perception of both crime writing and of bookselling. Murder One was – and for a few weeks will remain – a shop that took crime seriously. Not in the sense that it intellectualised it, or made unsubstantiated claims for its importance, but in the way that it treated crime writing with the respect it was due. With a genre that has so many off-shoots, branches and sub-genres, it took a shop of Murder One's calibre to show just how diverse, interesting and mentally stimulating crime could be – far more than the guilty pleasure I had, until then, considered it. Thanks to judicious recommendations, enticing table displays and hours of foraging among the stacks, I discovered writers that I would never have picked up, let alone read. You could always get the latest blockbuster, but delve a little deeper and you'd find books that were not stocked anywhere else, novels that, like the perfect crime, were hidden from public view. The Martin Beck novels by Sjöwall & Wahlöö – probably my favourite sequence of novels in any genre – were introduced to me via Murder One, as were Kem Nunn, Sue Grafton, and Henning Mankell. It's also the staff of Murder One who piqued my interest in the inimitable Fred Vargas, and I can't thank them enough for the introduction. Inclusive and without snobbery, Murder One amply demonstrated that the best bookshops are places not just of commerce, but of community; places that make feel you belong. It's the kind of store that bibliophiles dream about: well-stocked, well-staffed and shabby enough to lose days browsing within. It's just unfortunate that such shops don't have enough paying customers to keep them afloat, or that these customers visit all too infrequently – something of which I'm certainly guilty. These kinds of shops are facing a long, bloody battle – and one which, without significant reinforcements, they are likely to lose. As we hear of the travesty of another brilliant independent going down, we'll mourn the loss, wring our hands and damn Amazon and the supermarkets and Waterstone's. Yet perhaps the most important detail we'll probably keep under wraps: the last time we actually spent any money there. Murder One closing its doors for the final time is undoubtedly a .38 shell for independent bookshops, but whether it's body blow or a warning shot all depends upon us, the consumers. No one, no matter how iconic or established, can exist on fond memories alone: just ask Woolworths. Use these shops now, because it doesn't take a master sleuth to deduce what will happen if we don't. guardian.co.uk © Guardian News & Media Limited 2009 | Use of this content is subject to our Terms & Conditions | More Feeds

In focus: Liz Jobey looks at the work of photographic printer Richard Benson
From winged wonders to creepy crawlies, Mark Doty is impressed by the creatures that emerged from his workshop on encountering animals

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