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Voyage au Centre de la Terre by Jules Verne

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Personne ne souriait, mais le professeur avait une telle habitude
de voir les visages s'epanouir pendant ses savantes
dissertations!

<fossile, et contemporain des Mastodontes dont les ossements
emplissent cet amphitheatre. Mais de vous dire par quelle route
il est arrive la, comment ces couches ou il etait enfoui ont
glisse, jusque dans cette enorme cavite du globe, c'est ce que je
ne me permettrai pas. Sans doute, a l'epoque quaternaire, des
troubles considerables se manifestaient encore dans l'ecorce
terrestre: le refroidissement continu du globe produisait des
cassures, des fentes, des failles, ou devalait vraisemblablement
une partie du terrain superieur. Je ne me prononce pas, mais
enfin l'homme est la, entoure des ouvrages de sa main, de ces
haches, de ces silex tailles qui ont constitue l'age de pierre,
et a moins qu'il n'y soit venu comme moi en touriste, en pionnier
de la science, je ne puis mettre en doute l'authenticite de son
antique origine.>>

Le professeur se tut, et j'eclatai en applaudissements unanimes.
D'ailleurs mon oncle avait raison, et de plus savants que son
neveu eussent ete fort empeches de le combattre.

Autre indice. Ce corps fossilise n'etait pas le seul de
l'immense ossuaire. D'autres corps se rencontraient a chaque pas
que nous faisions dans cette poussiere, et mon oncle pouvait
choisir le plus merveilleux de ces echantillons pour convaincre
les incredules.

En verite, c'etait un etonnant spectacle que celui de ces
generations d'hommes et d'animaux confondus dans ce cimetiere.
Mais une question grave se presentait, que nous n'osions
resoudre. Ces etres animes avaient-ils glisse par une convulsion
du sol vers les rivages de la mer Lidenbrock, alors qu'ils
etaient deja reduits en poussiere? Ou plutot vecurent-ils ici,
dans ce monde souterrain, sous ce ciel factice, naissant et
mourant comme les habitants de la terre? Jusqu'ici, les monstres
marins, les poissons seuls, nous etaient apparus vivants!
Quelque homme de l'abime errait-il encore sur ces greves
desertes?



XXXIX


Pendant une demi-heure encore, nos pieds foulerent ces couches
d'ossements. Nous allions en avant, pousses par une ardente
curiosite. Quelles autres merveilles renfermait cette caverne,
quels tresors pour la science? Mon regard s'attendait a toutes
les surprises, mon imagination a tous les etonnements.

Les rivages de la mer avaient depuis longtemps disparu derriere
les collines de l'ossuaire. L'imprudent professeur, s'inquietant
peu de d'egarer, m'entrainait au loin. Nous avancions
silencieusement, baignes dans les ondes electriques. Par un
phenomene que je ne puis expliquer, et grace a sa diffusion,
complete alors, la lumiere eclairait uniformement les diverses
faces des objets. Son foyer n'existait plus en un point
determine de l'espace et elle ne produisait aucun effet d'ombre.
On aurait pu se croire en plein midi et on plein ete, au milieu
des regions equatoriales, sous les rayons verticaux du soleil.
Toute vapeur avait disparu. Les rochers, les montagnes
lointaines, quelques masses confuses de forets eloignees,
prenaient un etrange aspect sous l'egale distribution du fluide
lumineux. Nous ressemblions a ce fantastique personnage
d'Hoffmann qui a perdu son ombre.

Apres une marche d'un mille, apparut la lisiere d'une foret
immense, mais non plus un de ces bois de champignons qui
avoisinaient Port-Grauben.

C'etait la vegetation de l'epoque tertiaire dans toute sa
magnificence. De grands palmiers, d'especes aujourd'hui
disparues, de superbes palmacites, des pins, des ifs, des cypres,
des thuyas, representaient la famille des coniferes, et se
reliaient entre eux par un reseau de lianes inextricables. Un
tapis de mousses et d'hepathiques revetait moelleusement le sol.
Quelques ruisseaux murmuraient sous ces ombrages, peu dignes de
ce nom, puisqu'ils ne produiraient pas d'ombre. Sur leurs bords
croissaient des fougeres arborescentes semblables a celles des
serres chaudes du globe habite. Seulement, la couleur manquait a
ces arbres, a ces arbustes, a ces plantes, prives de la
vivifiante chaleur du soleil. Tout se confondait dans une teinte
uniforme, brunatre et comme passee. Les feuilles etaient
depourvues de leur verdeur, et les fleurs elles-memes, si
nombreuses a cette epoque tertiaire qui les vit naitre, alors
sans couleurs et sans parfums, semblaient faites d'un papier
decolore sous l'action de l'atmosphere.

Mon oncle Lidenbrock s'aventura sous ces gigantesques taillis.
Je le suivis, non sans une certaine apprehension. Puisque la
nature avait fait la les frais d'une alimentation vegetale,
pourquoi les redoutables mammiferes ne s'y rencontreraient-ils
pas? J'apercevais dans ces larges clairieres que laissaient les
arbres abattus et ronges par le temps, des legumineuses, des
acerines, des rubiacees, et mille arbrisseaux comestibles, chers
aux ruminants de toutes les periodes. Puis apparaissaient,
confondus et entremeles, les arbres des contrees si differentes
de la surface du globe, le chene croissant pres du palmier,
l'eucalyptus australien s'appuyant au sapin de la Norwege, le
bouleau du Nord confondant ses branches avec les branches du
kauris zelandais. C'etait a confondre la raison des
classificateurs les plus ingenieux de la botanique terrestre.

Soudain je m'arretai, De la main, je retins mon oncle.

La lumiere diffuse permettait d'apercevoir les moindres objets
dans la profondeur des taillis. J'avais cru voir... non?
reellement, de mes yeux, je voyais des formes immenses s'agiter
sous les arbres! En effet, c'etaient des animaux gigantesques,
tout un troupeau de Mastodontes, non plus fossiles, mais vivants,
et semblables a ceux dont les restes furent decouverts en 1801
dans les marais de l'Ohio! J'apercevais ces grands elephants
dont les trompes grouillaient sous les arbres comme une legion de
serpents. J'entendais le bruit de leurs longues defenses dont
l'ivoire taraudait les vieux troncs. Les branches craquaient, et
les feuilles arrachees par masses considerables s'engouffraient
dans la vaste gueule de ces monstres.

Ce reve, ou j'avais vu renaitre tout ce monde des temps
antehistoriques, des epoques ternaire et quaternaire, se
realisait donc enfin! Et nous etions la, seuls, dans les
entrailles du globe, a la merci de ses farouches habitants!

Mon oncle regardait.

<avant, en avant!

--Non! m'ecriai-je, non! Nous sommes sans armes! Que
ferions-nous au milieu de ce troupeau de quadrupedes geants?
Venez, mon oncle, venez! Nulle creature humaine ne peut braver
impunement la colere de ces monstres.

--Nulle creature humaine! repondit mon oncle, en baissant la
voix! Tu te trompes, Axel! Regarde, regarde, la-bas! Il me
semble que j'apercois un etre vivant! un etre semblable a nous!
un homme!>>

Je regardai, haussant les epaules, et decide a pousser
l'incredulite jusqu'a ses dernieres limites. Mais, quoique j'en
eus, il fallut bien me rendre a l'evidence.

En effet, a moins d'un quart de mille, appuye au tronc d'un
kauris enorme, un etre humain, un Protee de ces contrees
souterraines, un nouveau fils de Neptune, gardait cet innombrable
troupeau de Mastodontes!

_Immanis pecoris custos, immanior ipse!_

Oui! _immanior ipse!_ Ce n'etait plus l'etre fossile dont nous
avions releve le cadavre dans l'ossuaire, c'etait un geant
capable de commander a ces monstres. Sa taille depassait douze
pieds. Sa tete grosse comme la tete d'un buffle, disparaissait
dans les broussailles d'une chevelure inculte. On eut dit une
veritable criniere, semblable a celle de l'elephant des premiers
ages. Il brandissait de la main une branche enorme, digne
houlette de ce berger antediluvien.

Nous etions restes immobiles, stupefaits. Mais nous pouvions
etre apercus. Il fallait fuir.

<premiere fois se laissa faire!

Un quart d'heure plus tard, nous etions hors de la vue de ce
redoutable ennemi.

Et maintenant que j'y songe tranquillement, maintenant que le
calme s'est refait dans mon esprit, que des mois se sont ecoules
depuis cette etrange et surnaturelle rencontre, que penser, que
croire? Non! c'est impossible! Nos sens ont ete abuses, nos
yeux n'ont pas vu ce qu'ils voyaient! Nulle creature humaine
n'existe dans ce monde subterrestre! Nulle generation d'hommes
n'habite ces cavernes inferieures du globe, sans se soucier des
habitants de sa surface, sans communication avec eux! C'est
insense, profondement insense!

J'aime mieux admettre l'existence de quelque animal dont la
structure se rapproche de la structure humaine, de quelque singe
des premieres epoques geologiques, de quelque Protopitheque, de
quelque Mesopitheque semblable a celui que decouvrit M. Lartet
dans le gite ossifere de Sansan! Mais celui-ci depassait par sa
taille toutes les mesures donnees par la paleontologie!
N'importe! Un singe, oui, un singe, si invraisemblable qu'il
soit! Mais un homme, un homme vivant, et avec lui toute une
generation enfouie dans les entrailles de la terre! Jamais!

Cependant nous avions quitte la foret claire et lumineuse, muets
d'etonnement, accables sous une stupefaction qui touchait a
l'abrutissement. Nous courions malgre nous. C'etait une vraie
fuite, semblable a ces entrainements effroyables que l'on subit
dans certains cauchemars. Instinctivement, nous revenions vers
la mer Lidenbrock, et je ne sais dans quelles divagations mon
esprit se fut emporte, sans une preoccupation qui me ramena a des
observations plus pratiques.

Bien que je fusse certain de fouler un sol entierement vierge de
nos pas, j'apercevais souvent des agregations de rochers dont la
forme rappelait ceux de Port-Grauben. C'etait parfois a s'y
meprendre. Des ruisseaux et des cascades tombaient par centaines
des saillies de rocs, je croyais revoir la couche de
surtarbrandur, notre fidele Hans-bach et la grotte ou j'etais
revenu a la vie; puis, quelques pas plus loin, la disposition des
contre-forts, l'apparition d'un ruisseau, le profil surprenant
d'un rocher venaient me rejeter dans le doute.

Le professeur partageait mon indecision; il ne pouvait s'y
reconnaitre au milieu de ce panorama uniforme. Je le compris a
quelques mots qui lui echapperent.

<depart, mais certainement, en contournant le rivage, nous nous
rapprocherons de Port-Grauben.

--Dans ce cas, repondit mon oncle, il est inutile de continuer
cette exploration, et le mieux est de retourner au radeau. Mais
ne te trompes-tu pas, Axel?

--Il est difficile de se prononcer, car tous ces rochers se
ressemblent. Il me semble pourtant reconnaitre le promontoire au
pied duquel Hans a construit son embarcation. Nous devons etre
pres du petit port, si meme ce n'est pas ici, ajoutai-je en
examinant une crique que je crus reconnaitre.

--Mais non, Axel, nous retrouverions au moins nos propres traces,
et je ne vois rien...

--Mais je vois, moi! m'ecriai-je, en m'elancant vers un objet
qui brillait sur le sable.

--Qu'est-ce donc?

--Voila! repondis-je, et je montrai a mon oncle un poignard que
je venais de ramasser.

--Tiens! dit-il, tu avais donc emporte cette arme avec toi?

--Moi, aucunement, mais vous, je suppose?

--Non pas, que je sache; je n'ai jamais eu cet objet en ma
possession.

--Et moi encore moins, mon oncle.

--Voila qui est particulier.

--Mais non, c'est bien simple; les Islandais ont souvent des
armes de ce genre, et Hans, a qui celle-ci appartient, l'a perdue
sur cette plage...

--Hans!>> fit mon oncle en secouant la tete.

Puis il examina l'arme avec attention.

<seizieme siecle, une veritable dague, de celles que les
gentilshommes portaient a leur ceinture pour donner le coup de
grace; elle est d'origine espagnole; elle n'appartient ni a toi,
ni a moi, ni au chasseur!

--Oserez-vous dire?...

--Vois, elle ne s'est pas ebrechee ainsi a s'enfoncer dans la
gorge des gens; sa lame est couverte d'une couche de rouille qui
ne date ni d'un jour, ni d'un an, ni d'un siecle!>>

Le professeur s'animait, suivant son habitude, en se laissant
emporter par son imagination.

<decouverte! Cette lame est restee abandonnee sur le sable depuis
cent, deux cents, trois cents ans, et s'est ebrechee sur les rocs
de cette mer souterraine!

--Mais elle n'est pas venue seule! m'ecriai-je; elle n'a pas ete
se tordre d'elle-meme! quelqu'un nous a precedes!...

--Oui, un homme.

--Et cet homme?

--Cet homme a grave son nom avec ce poignard! Cet homme a voulu
encore une fois marquer de sa main la route du centre!
Cherchons, cherchons!>>

Et, prodigieusement interesses, nous voila longeant la haute
muraille, interrogeant les moindres fissures qui pouvaient se
changer en galerie.

Nous arrivames ainsi a un endroit ou le rivage se resserrait. La
mer venait presque baigner le pied des contre-forts, laissant un
passage large d'une toise au plus. Entre deux avancees de roc,
on apercevait l'entree d'un tunnel obscur.

La, sur une plaque de granit, apparaissaient deux lettres
mysterieuses a demi rongees, les deux initiales du hardi et
fantastique voyageur:

* _D0_ * _BC_ *

<Saknussemm!>>



XL


Depuis le commencement du voyage, j'avais passe par bien des
etonnements; je devais me croire a l'abri des surprises et blase
sur tout emerveillement. Cependant, a la vue de ces deux lettres
gravees la depuis trois cents ans, je demeurai dans un
ebahissement voisin de la stupidite. Non seulement la signature
du savant alchimiste se lisait sur le roc, mais encore le stylet
qui l'avait tracee etait entre mes mains. A moins d'etre d'une
insigne mauvaise foi, je ne pouvais plus mettre en doute
l'existence du voyageur et la realite de son voyage.

Pendant que ces reflexions tourbillonnaient dans ma tete, le
professeur Lidenbrock se laissait aller a un acces un peu
dithyrambique a l'endroit d'Arne Saknussemm.

<pouvait ouvrir a d'autres mortels les routes de l'ecorce
terrestre, et tes semblables peuvent retrouver les traces que tes
pieds ont laissees, il y trois siecles, au fond de ces
souterrains obscurs! A d'autres regards que les tiens, tu as
reserve la contemplation de ces merveilles! Ton nom grave
d'etapes en etapes conduit droit a son but le voyageur assez
audacieux pour te suivre, et, au centre meme de notre planete, il
se trouvera encore inscrit de ta propre main. Eh bien! moi
aussi, j'irai signer de mon nom cette derniere page de granit!
Mais que, des maintenant, ce cap vu par toi pres de cette mer
decouverte par toi, soit a jamais appele le cap Saknussemm!>>

Voila ce que j'entendis, ou a peu pres, et je me sentis gagne par
l'enthousiasme que respiraient ces paroles. Un feu interieur se
ranima dans ma poitrine! J'oubliai tout, et les dangers du
voyage, et les perils du retour. Ce qu'un autre avait fait, je
voulais le faire aussi, et rien de ce qui etait humain ne me
paraissait impossible!

<> m'ecriai-je.

Je m'elancais deja vers la sombre galerie, quand le professeur
m'arreta, et lui, l'homme des emportements, il me conseilla la
patience et le sang-froid.

<cette place.>>

J'obeis a cet ordre, non sans peine, et je me glissai rapidement
au milieu des roches du rivage.

<singulierement servis par les circonstances jusqu'ici!

--Ah! tu trouves, Axel?

--Sans doute, et il n'est pas jusqu'a la tempete qui ne nous ait
remis dans le droit chemin. Beni soit l'orage! Il nous a
ramenes a cette cote d'ou le beau temps nous eut eloignes!
Supposez un instant que nous eussions touche de notre proue (la
proue d'un radeau!) les rivages meridionaux de la mer Lidenbrock,
que serions-nous devenus? Le nom de Saknussemm n'aurait pas
apparu a nos yeux, et maintenant nous serions abandonnes sur une
plage sans issue.

--Oui, Axel, il y a quelque chose de providentiel a ce que,
voguant vers le sud, nous soyons precisement revenus au nord et
au cap Saknussemm. Je dois dire que c'est plus qu'etonnant, et
il y a la un fait dont l'explication m'echappe absolument.

--Eh! qu'importe! il n'y a pas a expliquer les faits, mais a en
profiter!

--Sans doute, mon garcon, mais...

--Mais nous allons reprendre la route du nord, passer sous les
contrees septentrionales de l'Europe, la Suede, la Russie, la
Siberie, que sais-je! au lieu de nous enfoncer sous les deserts
de l'Afrique ou les flots de l'Ocean, et je ne veux pas en savoir
davantage!

--Oui, Axel, tu as raison, et tout est pour le mieux, puisque
nous abandonnons cette mer horizontale qui ne pouvait mener a
rien. Nous allons descendre, encore descendre, et toujours
descendre! Sais-tu bien que, pour arriver au centre du globe, il
n'y a plus que quinze cents lieues a franchir!

--Bah! m'ecriai-je, ce n'est vraiment pas la peine d'en parler!
En route! en route!>>

Ces discours insenses duraient encore quand nous rejoignimes le
chasseur. Tout etait prepare pour un depart immediat; pas un
colis qui ne fut embarque; noua primes place sur le radeau, et la
voile hissee, Hans se dirigea en suivant la cote vers le cap
Saknussemm.

Le vent n'etait pas favorable a un genre d'embarcation qui ne
pouvait tenir le plus pres. Aussi, en maint endroit, il fallut
avancer a l'aide des batons ferres. Souvent les rochers,
allonges a fleur d'eau, nous forcerent de faire des detours assez
longs. Enfin, apres trois heures de navigation, c'est-a-dire
vers six heures du soir, on atteignait un endroit propice au
debarquement.

Je sautai a terre, suivi de mon oncle et de l'Islandais. Cette
traversee ne m'avait pas calme. Au contraire, je proposai meme
de bruler <>, afin de nous couper toute retraite.
Mais mon oncle s'y opposa. Je le trouvai singulierement tiede.

<
--Oui, mon garcon; mais auparavant, examinons cette nouvelle
galerie, afin de savoir s'il faut preparer nos echelles.>>

Mon oncle mit son appareil de Ruhmkorff en activite; le radeau,
attache au rivage, fut laisse seul; d'ailleurs, l'ouverture de la
galerie n'etait pas a vingt pas de la, et notre petite troupe,
moi en tete, s'y rendit sans retard.

L'orifice, a peu pres circulaire, presentait un diametre de cinq
pieds environ; le sombre tunnel etait taille dans le roc vif et
soigneusement alese par les matieres eruptives auxquelles il
donnait autrefois passage; sa partie inferieure affleurait le
sol, de telle facon que l'on put y penetrer sans aucune
difficulte.

Nous suivions un plan presque horizontal, quand, au bout de six
pas, notre marche fut interrompue par l'interposition d'un bloc
enorme.

<> m'ecriai-je avec colere, en me voyant subitement
arrete par un obstacle infranchissable.

Nous eumes beau chercher a droite et a gauche, en bas et en haut,
il n'existait aucun passage, aucune bifurcation. J'eprouvai un
vif desappointement, et je ne voulais pas admettre la realite de
l'obstacle. Je me baissai. Je regardai au-dessous du bloc. Nul
interstice. Au-dessus. Meme barriere de granit. Hans porta la
lumiere de la lampe sur tous les points de la paroi; mais
celle-ci n'offrait aucune solution de continuite.

Il fallait renoncer a tout espoir de passer.

Je m'etais assis sur le sol; mon oncle arpentait le couloir a
grands pas.

<
--Oui, fit mon oncle, a-t-il donc ete arrete par cette porte de
pierre?

--Non! non! Repris-je avec vivacite. Ce quartier de roc, par
suite d'une secousse quelconque, ou l'un de ces phenomenes
magnetiques qui agitent l'ecorce terrestre, a brusquement ferme
ce passage. Bien des annees se sont ecoulees entre le retour de
Saknussemm et la chute de ce bloc. N'est-il pas evident que
cette galerie a ete autrefois le chemin des laves, et qu'alors
les matieres eruptives y circulaient librement. Voyez, il y a
des fissures recentes qui sillonnent ce plafond de granit; il est
fait de morceaux rapportes, de pierres enormes, comme si la main
de quelque geant eut travaille a cette substruction; mais, un
jour, la poussee a ete plus forte, et ce bloc, semblable a une
clef de voute qui manque, a glisse jusqu'au sol en obstruant tout
passage. Voila un obstacle accidentel que Saknussemm n'a pas
rencontre, et si nous ne le renversons pas, nous sommes indignes
d'arriver au centre du monde!>>

Voila comment je parlais! L'ame du professeur avait passe tout
entiere en moi. Le genie des decouvertes m'inspirait.
J'oubliais le passe, je dedaignais l'avenir. Rien n'existait
plus pour moi a la surface de ce spheroide au sein duquel je
m'etais engouffre, ni les villes, ni les campagnes, ni Hambourg,
ni Konig-strasse, ni ma pauvre Grauben, qui devait me croire a
jamais perdu dans les entrailles de la terre.

<faisons notre route et renversons ces murailles!

--C'est trop dur pour le pic, m'ecriai-je.

--Alors la pioche!

--C'est trop long pour la pioche!

--Mais!...

--Eh bien! la poudre! la mine! minons, et faisons sauter
l'obstacle!,

--La poudre!

--Oui! il ne s'agit que d'un bout de roc a briser!

--Hans, a l'ouvrage!>> s'ecria mon oncle.

L'Islandais retourna au radeau, et revint bientot avec un pic
dont il se servit pour creuser un fourneau de mine. Ce n'etait
pas un mince travail. Il s'agissait de faire un trou assez
considerable pour contenir cinquante livres de fulmicoton, dont
la puissance expansive est quatre fois plus grande que celle de
la poudre a canon.

J'etais dans une prodigieuse surexcitation d'esprit. Pendant que
Hans travaillait, j'aidai activement mon oncle a preparer une
longue meche faite avec de la poudre mouillee et renfermee dans
un boyau de toile.

<
--Nous passerons,>> repetait mon oncle.

A minuit, notre travail de mineurs fut entierement termine; la
charge de fulmi-coton se trouvait enfouie dans le fourneau, et la
meche, se deroulant a travers la galerie, venait aboutir au
dehors.

Une etincelle suffisait maintenant pour mettre ce formidable
engin en activite.

<> dit le professeur.

Il fallut bien me resigner et attendre encore pendant six grandes
heures!



XLI


Le lendemain, jeudi, 27 aout, fut une date celebre de ce voyage
subterrestre. Elle ne me revient pas a l'esprit sans que
l'epouvante ne fasse encore battre mon coeur, A partir de ce
moment, notre raison, notre jugement, notre ingeniosite, n'ont
plus voix au chapitre, et nous allons devenir le jouet des
phenomenes de la terre.

A six heures, nous etions sur pied. Le moment approchait de nous
frayer par la poudre un passage a travers l'ecorce de granit.

Je sollicitai l'honneur de mettre le feu a la mine. Cela fait,
je devais rejoindre mes compagnons sur le radeau qui n'avait
point ete decharge; puis nous prendrions au large, afin de parer
aux dangers de l'explosion, dont les effets pouvaient ne pas se
concentrer a l'interieur du massif.

La meche devait bruler pondant dix minutes, selon nos calculs,
avant de porter le feu a la chambre des poudres. J'avais donc le
temps necessaire pour regagner le radeau.

Je me preparai a remplir mon role, non sans une certaine emotion.

Apres un repas rapide, mon oncle et le chasseur s'embarquerent,
tandis que je restais sur le rivage. J'etais muni d'une lanterne
allumee qui devait me servir a mettre le fou a la moche.

<rejoindre.

--Soyez tranquille, mon oncle, je ne m'amuserai point en route.>>

Aussitot je me dirigeai vers l'orifice de la galerie, j'ouvris ma
lanterne, et je saisis l'extremite de la meche.

Le professeur tenait son chronometre a la main.

<
--Je suis pret.

--Eh bien! feu, mon garcon!>>

Je plongeai rapidement dans la flamme la meche, qui petilla a son
contact, et, tout en courant, je revins au rivage.

<>

Hans, d'une vigoureuse poussee, nous rejeta en mer. Le radeau
s'eloigna d'une vingtaine de toises.

C'etait un moment palpitant, Le professeur suivait de l'oeil
l'aiguille du chronometre.

<>

Mon pouls battait des demi-secondes.

<>

Que se passa-t-il alors? Le bruit de la detonation, je crois que
je ne l'entendis pas. Mais la forme des rochers se modifia
subitement a mes regards; ils s'ouvrirent comme un rideau.
J'apercus un insondable abime qui se creusait en plein rivage.
La mer, prise de vertige, ne fut plus qu'une vague enorme, sur le
dos de laquelle le radeau s'eleva perpendiculairement.

Nous fumes renverses tous les trois. En moins d'une seconde, la
lumiere fit place a la plus profonde obscurite. Puis je sentis
l'appui solide manquer, non a mes pieds, mais au radeau. Je crus
qu'il coulait a pic. Il n'en etait rien. J'aurais voulu
adresser la parole a mon oncle; mais le mugissement des eaux,
l'eut empeche de m'entendre.

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President Obama teams up with one of Marvel's greatest heroes, reports Alison Flood

Here's Michael Wolff, still doing the rounds promoting his Rupert Murdoch biography, The man who owns the news. This interview with Jon Stewart is fun. It starts off with Wolff saying: "You wanna start a rumour, tell Rupert. He's the biggest gossip I've ever met." And there's an amusing pay-off too. (Via Comedy Central/The E&P Pub)

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For many years my local corner shop displayed a large sign in its window telling local residents to "use us or lose us!" It always looked a rather toothless threat to me. After all, if I didn't use them, what difference would it make to me if they weren't there? And surely a corner shop, one that had been there for years, would have enough customers to survive without recourse to such apocalyptic warning? But it didn't and was soon converted into flats.

This community shop was destroyed not so much by the pressures of the supermarkets or people's commuting patterns, but simply by customer apathy. It's something to think about as crime writers and readers across the world mourn the imminent passing of Maxim Jakubowski's celebrated Charing Cross Road bookshop in London, Murder One.

Apathy is a strange word to connect to a bookstore that thrives on passion. It's noticeable when you walk through the door, when you speak to the friendly, knowledgeable staff, when you look at the shelves and see the vast range of titles on offer. This isn't your regular kind of bookstore: the first time I visited spent a whole lunch break looking up and down, from floor to ceiling from table to table; it was an hour that changed my perception of both crime writing and of bookselling.

Murder One was – and for a few weeks will remain – a shop that took crime seriously. Not in the sense that it intellectualised it, or made unsubstantiated claims for its importance, but in the way that it treated crime writing with the respect it was due. With a genre that has so many off-shoots, branches and sub-genres, it took a shop of Murder One's calibre to show just how diverse, interesting and mentally stimulating crime could be – far more than the guilty pleasure I had, until then, considered it.

Thanks to judicious recommendations, enticing table displays and hours of foraging among the stacks, I discovered writers that I would never have picked up, let alone read. You could always get the latest blockbuster, but delve a little deeper and you'd find books that were not stocked anywhere else, novels that, like the perfect crime, were hidden from public view. The Martin Beck novels by Sjöwall & Wahlöö – probably my favourite sequence of novels in any genre – were introduced to me via Murder One, as were Kem Nunn, Sue Grafton, and Henning Mankell. It's also the staff of Murder One who piqued my interest in the inimitable Fred Vargas, and I can't thank them enough for the introduction.

Inclusive and without snobbery, Murder One amply demonstrated that the best bookshops are places not just of commerce, but of community; places that make feel you belong. It's the kind of store that bibliophiles dream about: well-stocked, well-staffed and shabby enough to lose days browsing within. It's just unfortunate that such shops don't have enough paying customers to keep them afloat, or that these customers visit all too infrequently – something of which I'm certainly guilty.

These kinds of shops are facing a long, bloody battle – and one which, without significant reinforcements, they are likely to lose. As we hear of the travesty of another brilliant independent going down, we'll mourn the loss, wring our hands and damn Amazon and the supermarkets and Waterstone's. Yet perhaps the most important detail we'll probably keep under wraps: the last time we actually spent any money there.

Murder One closing its doors for the final time is undoubtedly a .38 shell for independent bookshops, but whether it's body blow or a warning shot all depends upon us, the consumers. No one, no matter how iconic or established, can exist on fond memories alone: just ask Woolworths. Use these shops now, because it doesn't take a master sleuth to deduce what will happen if we don't.

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