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Voyage au Centre de la Terre by Jules Verne

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Malgre les tenebres, le bruit, la surprise, l'emotion, je compris
ce qui venait de se passer.

Au dela du roc qui venait de sauter, il existait un abime.
L'explosion avait determine une sorte de tremblement de terre
dans ce sol coupe de fissures, le gouffre s'etait ouvert, et la
mer, changee en torrent, nous y entrainait avec elle

Je me sentis perdu.

Une heure, deux heures, que sais-je! se passerent ainsi. Nous
nous serrions les coudes, nous nous tenions les mains afin de
n'etre pas precipites hors du radeau; des chocs d'une extreme
violence se produisaient, quand il heurtait la muraille.
Cependant ces heurts etaient rares, d'ou je conclus que la
galerie s'elargissait considerablement. C'etait, a n'en pas
douter, le chemin de Saknussemm; mais, au lieu de le descendre
seul, nous avions, par notre imprudence, entraine toute une mer
avec nous.

Ces idees, on le comprend, se presenterent a mon esprit sous une
forme vague et obscure. Je les associais difficilement pendant
cette course vertigineuse qui ressemblait a une chute. A en
juger par l'air qui me fouettait le visage, elle devait surpasser
celle des trains les plus rapides. Allumer une torche dans ces
conditions etait donc impossible, et notre dernier appareil
electrique avait ete brise au moment de l'explosion.

Je fus donc fort surpris de voir une lumiere, briller tout a coup
pres de moi. La figure calme de Hans s'eclaira. L'adroit
chasseur etait parvenu a allumer la lanterne, et, bien que sa
flamme vacillat a s'eteindre, elle jeta quelques lueurs dans
l'epouvantable obscurite.

La galerie etait large. J'avais eu raison de la juger telle.
Notre insuffisante lumiere ne nous permettait pas d'apercevoir
ses deux murailles a la fois. La pente des eaux qui nous
emportaient depassait celle des plus insurmontables rapides de
l'Amerique; leur surface semblait faite d'un faisceau de fleches
liquides decochees avec une extreme puissance. Je ne puis rendre
mon impression par une comparaison plus juste. Le radeau, pris
par certains remous, filait parfois en tournoyant Lorsqu'il
s'approchait des parois de la galerie, j'y projetais la lumiere
de la lanterne, et je pouvais juger de sa vitesse a voir les
saillies du roc se changer en traits continus, de telle sorte que
nous etions enserres dans un reseau de lignes mouvantes.
J'estimai que notre vitesse devait atteindre trente lieues a
l'heure.

Mon oncle et moi, nous regardions d'un oeil hagard, accotes au
troncon du mat, qui, au moment de la catastrophe, s'etait rompu
net. Nous tournions le dos a l'air, afin de ne pas etre etouffes
par la rapidite d'un mouvement que nulle puissance humaine ne
pouvait enrayer.

Cependant les heures s'ecoulerent. La situation ne changeait
pas, mais un incident vint la compliquer.

En cherchant a mettre un peu d'ordre dans la cargaison, je vis
que la plus grande partie des objets embarques avaient disparu au
moment de l'explosion, lorsque la mer nous assaillit si
violemment! Je voulus savoir exactement a quoi m'en tenir sur
nos ressources, et, la lanterne a la main, je commencai mes
recherches. De nos instruments, il ne restait plus que la
boussole et le chronometre. Les echelles et les cordes se
reduisaient a un bout de cable enroule autour du troncon de mat.
Pas une pioche, pas un pic, pas un marteau, et, malheur
irreparable, nous n'avions pas de vivres pour un jour!

Je me mis a fouiller les interstices du radeau, les moindres
coins formes par les poutres et la jointure des planches. Rien!
nos provisions consistaient uniquement en un morceau de viande
seche et quelques biscuits.

Je regardais d'un air stupide! Je ne voulais pas comprendre! Et
cependant de quel danger me preoccupais-je? Quand les vivres
eussent ete suffisants pour des mois, pour des annees, comment
sortir des abimes ou nous entrainait cet irresistible torrent? A
quoi bon craindre les tortures de la faim, quand la mort
s'offrait deja sous tant d'autres formes? Mourir d'inanition,
est-ce que nous en aurions le temps?

Pourtant, par une inexplicable bizarrerie de l'imagination,
j'oubliai le peril immediat pour les menaces de l'avenir qui
m'apparurent dans toute leur horreur. D'ailleurs, peut-etre
pourrions-nous echapper aux fureurs du torrent et revenir a la
surface du globe. Comment? je l'ignore. Ou? Qu'importe! Une
chance sur mille est toujours une chance, tandis que la mort par
la faim ne nous laissait d'espoir dans aucune proportion, si
petite qu'elle fut.

La pensee me vint de tout dire a mon oncle, de lui montrer a quel
denument nous etions reduits, et de faire l'exact calcul du temps
qui nous restait a vivre. Mais j'eus le courage de me taire. Je
voulais lui laisser tout son sang-froid.

En ce moment, la lumiere de la lanterne baissa peu a peu et
s'eteignit entierement. La meche avait brule jusqu'au bout.
L'obscurite redevint absolue. Il ne fallait plus songer a
dissiper ces impenetrables tenebres. Il restait encore une
torche, mais elle n'aurait pu se maintenir allumee. Alors, comme
un enfant, je fermai les yeux pour ne pas voir toute cette
obscurite.

Apres un laps de temps assez long, la vitesse de notre course
redoubla. Je m'en apercus a la reverberation de l'air sur mon
visage. La pente des eaux devenait excessive. Je crois
veritablement que nous ne glissions plus. Nous tombions.
J'avais en moi l'impression d'une chute presque verticale. La
main de mon oncle et celle de Hans, cramponnees a mes bras, me
retenaient avec vigueur.

Tout a coup, apres un temps inappreciable, je ressentis comme un
choc; le radeau n'avait pas heurte un corps dur, mais il s'etait
subitement arrete dans sa chute. Une trombe d'eau, une immense
colonne liquide s'abattit a sa surface. Je fus suffoque. Je me
noyais.

Cependant, cette inondation soudaine ne dura pas. En quelques
secondes je me trouvai a l'air libre que j'aspirai a pleins
poumons. Mon oncle et Hans me serraient le bras a le briser, et
le radeau nous portait encore tous les trois.



XLII


Je suppose qu'il devait etre alors dix heures du soir. Le
premier de mes sens qui fonctionna apres ce dernier assaut fut le
sens de l'ouie. J'entendis presque aussitot, car ce fut acte
d'audition veritable, j'entendis le silence se faire dans la
galerie, et succeder a ces mugissements qui, depuis de longues
heures, remplissaient mes oreilles. Enfin ces paroles de mon
oncle m'arriverent comme un murmure:

<
--Que voulez-vous dire? m'ecriai-je.

--Oui, nous montons! nous montons!>>

J'etendis le bras; je touchai la muraille; ma main fut mise en
sang. Nous remontions avec une extreme rapidite.

<> s'ecria le professeur.

Hans, non sans difficultes, parvint a l'allumer, et, bien que la
flamme se rabattit de haut en bas, par suite du mouvement
ascensionnel, elle jeta assez de clarte pour eclairer toute la
scene.

<un puits etroit, qui n'a pas quatre toises de diametre. L'eau,
arrivee au fond du gouffre, reprend son niveau et nous monte avec
elle.

--Oui

--Je l'ignore, mais il faut se tenir prets a tout evenement.
Nous montons avec une vitesse que j'evalue a deux toises par
secondes, soit cent vingt toises par minute, ou plus de trois
lieues et demie a l'heure. De ce train-la, on fait du chemin.

--Oui, si rien ne nous arrete, si ce puits a une issue! Mais
s'il est bouche, si l'air se comprime peu a peu sous la pression
de la colonne d'eau, si nous allons etre ecrases!

--Axel, repondit le professeur avec un grand calme, la situation
est presque desesperee, mais il y a quelques chances de salut, et
ce sont celles-la que j'examine. Si a chaque instant nous
pouvons perir, a chaque instant aussi nous pouvons etre sauves,
Soyons donc on mesure de profiter des moindres circonstances.

--Mais que faire?

--Reparer nos forces en mangeant.>>

A ces mots, je regardai mon oncle d'un oeil hagard. Ce que je
n'avais pas voulu avouer, il fallait enfin le dire;

<
--Oui, sans retard.>>

Le professeur ajouta quelques mots en danois. Hans secoua la
tete.

<
--Oui, voila ce qui reste de vivres! un morceau de viande seche
pour nous trois!>>

Mon oncle me regardait sans vouloir comprendre mes paroles.

<sauves?>>

Ma demande n'obtint aucune reponse.

Une heure se passa. Je commencais a eprouver une faim violente.
Mes compagnons souffraient aussi, et pas un de nous n'osait
toucher a ce miserable reste d'aliments.

Cependant nous montions toujours avec rapidite; parfois l'air
nous coupait la respiration comme aux aeronautes dont l'ascension
est trop rapide. Mais si ceux-ci eprouvent un froid
proportionnel a mesure qu'ils s'elevent dans les couches
atmospheriques, nous subissions un effet absolument contraire.
La chaleur s'accroissait d'une inquietante facon et devait
certainement atteindre quarante degres.

Que signifiait un pareil changement? Jusqu'alors les faits
avaient donne raison aux theories de Davy et de Lidenbrock;
jusqu'alors des conditions particulieres de roches refractaires,
d'electricite, de magnetisme avaient modifie les lois generales
de la nature, en nous faisant une temperature moderee, car la
theorie du feu central restait, a mes yeux, la seule vraie, la
seule explicable. Allions-nous donc revenir a un milieu ou ces
phenomenes s'accomplissaient dans toute leur rigueur et dans
lequel la chaleur reduisait les roches a un complet etat de
fusion? Je le craignais, et je dis au professeur:

<faim, il nous reste toujours la chance d'etre brules vifs.>>

Il se contenta de hausser les epaules et retomba dans ses
reflexions.

Une heure s'ecoula. Et, sauf un leger accroissement dans la
temperature, aucun incident ne modifia la situation. Enfin mon
oncle rompit le silence.

<
--Prendre un parti? repliquai-je.

--Oui. Il faut reparer nos forces, si nous essayons, en
menageant ce reste de nourriture, de prolonger notre existence de
quelques heures, nous serons faibles jusqu'a la fin.

--Oui, jusqu'a la fin, qui ne se fera pas attendre.

--Eh bien! qu'une chance de salut se presente, qu'un moment
d'action soit necessaire, ou trouverons-nous la force d'agir, si
nous nous laissons affaiblir par l'inanition?

--Eh! mon oncle, ce morceau de viande devore, que nous
restera-t-il?

--Rien, Axel, rien; mais te nourrira-t-il davantage a le manger
de tes yeux? Tu fais la les raisonnements d'homme sans volonte,
d'un etre sans energie!

--Ne desesperez-vous donc pas? m'ecriai-je avec irritation.

--Non! repliqua fermement le professeur.

--Quoi! vous croyez encore a quelque chance de salut?

--Oui! certes oui! et tant que son coeur bat, tant que sa chair
palpite, je n'admets pas qu'un etre doue de volonte laisse en lui
place au desespoir.>>

Quelles paroles! L'homme qui les prononcait en de pareilles
circonstances etait certainement d'une trempe peu commune.

<
--Manger ce qui reste de nourriture jusqu'a la derniere miette et
reparer nos forces perdues. Ce repas sera notre dernier, soit!
mais au moins, au lieu d'etre epuises, nous serons redevenus des
hommes.

--Eh bien! devorons!>> m'ecriai-je.

Mon oncle prit le morceau de viande et les quelques biscuits
echappes au naufrage; il fit trois portions egales et les
distribua. Cela faisait environ une livre d'aliments pour
chacun. Le professeur mangea avidement, avec une sorte
d'emportement febrile; moi, sans plaisir, malgre ma faim, et
presque avec degout; Hans, tranquillement, moderement, machant
sans bruit de petites bouchees et les savourant avec le calme
d'un homme que les soucis de l'avenir ne pouvaient inquieter. Il
avait, en furetant bien, retrouve une gourde a demi pleine de
genievre; il nous l'offrit, et cette bienfaisante liqueur eut la
force de me ranimer un peu.

<
--Excellent!>> riposta mon oncle.

J'avais repris quelque espoir. Mais notre dernier repas venait
d'etre acheve. Il etait alors cinq heures du matin.

L'homme est ainsi fait, que sa sante est un effet purement
negatif; une fois le besoin de manger satisfait, on se figure
difficilement les horreurs de la faim; il faut les eprouver, pour
les comprendre. Aussi, au sortir d'un long jeune, quelques
bouchees de biscuit et de viande triompherent de nos douleurs
passees.

Cependant, apres ce repas, chacun se laissa aller a ses
reflexions. A quoi songeait Hans, cet homme de l'extreme
Occident, que dominait la resignation fataliste des Orientaux?
Pour mon compte, mes pensees n'etaient faites que de souvenirs,
et ceux-ci me ramenaient a la surface de ce globe que je n'aurais
jamais du quitter. La maison de Konig-strasse, ma pauvre
Grauben, la bonne Marthe, passerent comme des visions devant mes
yeux, et, dans les grondements lugubres qui couraient a travers
le massif, je croyais surprendre le bruit des cites de la terre.

Pour mon oncle, <>, la torche a la main, il
examinait avec attention la nature des terrains; il cherchait a
reconnaitre sa situation par l'observation des couches
superposees. Ce calcul, ou mieux cette estime, ne pouvait etre
que fort approximative; mais un savant est toujours un savant,
quand il parvient a conserver son sang-froid, et certes, le
professeur Lidenbrock possedait cette qualite a un degre peu
ordinaire.

Je l'entendais murmurer des mots de la science geologique; je les
comprenais, et je m'interessais malgre moi a cette etude supreme.

<primitive; mais nous montons! nous montons! Qui sait?>>

Qui sait? Il esperait toujours. De sa main il tatait la paroi
verticale, et, quelques instants plus tard, il reprenait ainsi:

<terrains de l'epoque de transition, et alors...>>

Que voulait dire le professeur? Pouvait-il mesurer l'epaisseur
de l'ecorce terrestre suspendue sur notre tete? Possedait-il un
moyen quelconque de faire ce calcul? Non. Le manometre lui
manquait, et nulle estime ne pouvait le suppleer.

Cependant la temperature s'accroissait dans une forte proportion
et je me sentais baigne au milieu d'une atmosphere brulante. Je
ne pouvais la comparer qu'a la chaleur renvoyee par les fourneaux
d'une fonderie a l'heure des coulees. Peu a peu, Hans, mon oncle
et moi, nous avions du quitter nos vestes et nos gilets; le
moindre vetement devenait une cause de malaise, pour ne pas dire
de souffrances.

<moment ou la chaleur redoublait.

--Non, repondit mon oncle, c'est impossible! c'est impossible!

--Cependant, dis-je en tatant la paroi, cette muraille est
brulante!>>

Au moment ou je prononcai ces paroles, ma main ayant effleure
l'eau, je dus la retirer au plus vite.

<> m'ecriai-je.

Le professeur, cette fois, ne repondit que par un geste de
colere.

Alors, une invincible epouvante s'empara de mon cerveau et ne le
quitta plus. J'avais le sentiment d'une catastrophe prochaine,
et telle que la plus audacieuse imagination n'aurait pu la
concevoir. Une idee, d'abord vague, incertaine, se changeait en
certitude dans mon esprit. Je la repoussai, mais elle revint
avec obstination. Je n'osais la formuler. Cependant quelques
observations involontaires determinerent ma conviction; a la
lueur douteuse de la torche, je remarquai des mouvements
desordonnes dans les couches granitiques; un phenomene allait
evidemment se produire, dans lequel l'electricite jouait un role;
puis cette chaleur excessive, cette eau bouillonnante!... Je
resolus d'observer la boussole.

Elle etait affolee!



XLIII


Oui, affolee! L'aiguille sautait d'un pole a l'autre avec de
brusques secousses, parcourait tous les points du cadran, et
tournait, comme si elle eut ete prise de vertige.

Je savais bien que, d'apres les theories les plus acceptees,
l'ecorce minerale du globe, n'est jamais dans un etat de repos
absolu; les modifications amenees par la decomposition des
matieres internes, l'agitation provenant des grands courants
liquides, l'action du magnetisme, tendent a l'ebranler
incessamment, alors meme que les etres dissemines a sa surface ne
soupconnent pas son agitation. Ce phenomene ne m'aurait donc pas
autrement effraye, ou du moins il n'eut pas fait naitre dans mon
esprit une idee terrible.

Mais d'autres faits, certains details _sui generis_, ne purent me
tromper plus longtemps; les detonations se multipliaient avec une
effrayante intensite; je ne pouvais les comparer qu'au bruit que
feraient un grand nombre de chariots entraines rapidement sur le
pave. C'etait un tonnerre continu.

Puis, la boussole affolee, secouee par les phenomenes
electriques, me confirmait dans mon opinion; l'ecorce minerale
menacait de se rompre, les massifs granitiques de se rejoindre,
la fissure de se combler, le vide de se remplir, et nous, pauvres
atomes, nous allions etre ecrases dans cette formidable etreinte.

<
--Quelle est celle nouvelle terreur? me repondit-il avec un
calme surprenant. Qu'as-tu donc?

--Ce que j'ai! Observez ces murailles qui s'agitent, ce massif
qui se disloque, cette chaleur torride, cette eau qui bouillonne,
ces vapeurs qui s'epaississent, cette aiguille folle, tous les
indices d'un tremblement de terre!>>

Mon oncle secoua doucement la tete

<
--Oui!

--Mon garcon, je crois que tu te trompes!

--Quoi! vous ne reconnaissez pas ces symptomes?

--D'un tremblement de terre? non! J'attends mieux que cela!

--Que voulez-vous dire?

--Une eruption, Axel.

--Une eruption! dis-je; nous sommes dans la cheminee d'un volcan
en activite!

--Je le pense, dit le professeur en souriant, et c'est ce qui
peut nous arriver de plus heureux!>>

De plus heureux! Mon oncle etait-il donc devenu fou? Que
signifiaient ces paroles? pourquoi ce calme et ce sourire?

<fatalite nous a jetes sur le chemin des laves incandescentes, des
roches en feu, des eaux bouillonnantes, de toutes les matieres
eruptives! nous allons etre repousses, expulses, rejetes, vomis,
lances dans les airs avec les quartiers de rocs, les pluies de
cendres et de scories, dans un tourbillon de flammes! et c'est
ce qui peut nous arriver de plus heureux!

--Oui, repondit le professeur en me regardant par-dessus ses
lunettes, car c'est la seule chance que nous ayons de revenir a
la surface de la terre!>>

Je passe rapidement sur les mille idees qui se croiserent dans
mon cerveau. Mon oncle avait raison, absolument raison, et
jamais il ne me parut ni plus audacieux ni plus convaincu qu'en
ce moment, ou il attendait et supputait avec calme les chances
d'une eruption.

Cependant nous montions toujours; la nuit se passa dans ce
mouvement ascensionnel; les fracas environnants redoublaient;
j'etais presque suffoque, je croyais toucher a ma derniere heure,
et, pourtant, l'imagination est si bizarre, que je me livrai a
une recherche veritablement enfantine. Mais je subissais mes
pensees, je ne les dominais pas!

Il etait evident que nous etions rejetes par une poussee
eruptive; sous le radeau, il y avait des eaux bouillonnantes, et
sous ces eaux toute une pate de lave, un agregat de roches qui,
au sommet du cratere, se disperseraient en tous les sens. Nous
etions donc dans la cheminee d'un volcan. Pas de doute a cet
egard.

Mais cette fois, au lieu du Sneffels, volcan eteint, il
s'agissait d'un volcan en pleine activite. Je me demandai donc
quelle pouvait etre cette montagne et dans quelle partie du monde
nous allions etre expulses.

Dans les regions septentrionales, cela ne faisait aucun doute.
Avant ses affolements, la boussole n'avait jamais varie a cet
egard. Depuis le cap Saknussemm, nous avions ete entraines
directement au nord pendant des centaines de lieues. Or,
etions-nous revenus sous l'Islande? Devions-nous etre rejetes
par le cratere de l'Hecla ou par ceux des sept autres monts
ignivomes de l'ile? Dans un rayon de 500 lieues, a l'ouest, je
ne voyais sous ce parallele que les volcans mal connus de la cote
nord-ouest de l'Amerique. Dans l'est un seul existait sous le
quatre-vingtieme degre de latitude, l'Esk, dans l'ile de Jean
Mayen, non loin du Spitzberg! Certes, les crateres ne manquaient
pas, et ils se trouvaient assez spacieux pour vomir une armee
tout entiere! Mais lequel nous servirait d'issue, c'est ce que
je cherchais a deviner.

Vers le matin, le mouvement d'ascension s'accelera. Si la
chaleur s'accrut, au lieu de diminuer, aux approches de la
surface du globe, c'est quelle etait toute locale et due a une
influence volcanique. Notre genre de locomotion ne pouvait plus
me laisser aucun doute dans l'esprit; une force enorme, une force
de plusieurs centaines d'atmospheres, produite par les vapeurs
accumulees dans le sein de la terre, nous poussait
irresistiblement. Mais a quels dangers innombrables elle nous
exposait!

Bientot des reflets fauves penetrerent dans la galerie verticale
qui s'elargissait; j'apercevais a droite et a gauche des couloirs
profonds semblables a d'immenses tunnels d'ou s'echappaient des
vapeurs epaisses; des langues de flammes en lechaient les parois
en petillant.

<
--Eh bien! ce sont des flammes sulfureuses Rien de plus naturel
dans une eruption.

--Mais si elles nous enveloppent?

--Elles ne nous envelopperont pas.

--Mais si nous etouffons?

--Nous n'etoufferons pas; la galerie s'elargit et, s'il le faut,
nous abandonnerons le radeau pour nous abriter dans quelque
crevasse.

--Et l'eau! et l'eau montante?

--Il n'y a plus d'eau, Axel, mais une sorte de pate lavique qui
nous souleve avec elle jusqu'a l'orifice du cratere.>>

La colonne liquide avait effectivement disparu pour faire place a
des matieres eruptives assez denses, quoique bouillonnantes. La
temperature devenait insoutenable, et un thermometre expose dans
cette atmosphere eut marque plus de soixante-dix degres! La
sueur m'inondait. Sans la rapidite de l'ascension, nous aurions
ete certainement etouffes.

Cependant le professeur ne donna pas suite a sa proposition
d'abandonner le radeau, et il fit bien. Ces quelques poutres mal
jointes offraient une surface solide, un point d'appui qui nous
eut manque partout ailleurs.

Vers huit heures du matin, un nouvel incident se produisit pour
la premiere fois. Le mouvement ascensionnel cessa tout a coup.
Le radeau demeura absolument immobile.

<par un choc.

--Une halte, repondit mon oncle.

--Est-ce l'eruption qui se calme?

--J'espere bien que non.>>

Je me levai. J'essayai de voir autour de moi. Peut-etre le
radeau, arrete par une saillie de roc, opposait-il une resistance
momentanee a la masse eruptive. Dans ce cas, il fallait se hater
de le degager au plus vite.

Il n'en etait rien. La colonne de cendres, de scories et de
debris pierreux avait elle-meme cesse de monter.

<
--Ah! fit mon oncle les dents serrees, tu le crains, mon garcon;
mais rassure-toi, ce moment de calme ne saurait se prolonger;
voila deja cinq minutes qu'il dure, et avant peu nous reprendrons
notre ascension vers l'orifice du cratere.>>

Le professeur, en parlant ainsi, ne cessait de consulter son
chronometre, et il devait avoir encore raison dans ses
pronostics. Bientot le radeau fut repris d'un mouvement rapide
et desordonne qui dura deux minutes a peu pres, et il s'arreta de
nouveau.

<remettra en route.

--Dix minutes?

--Oui. Nous avons affaire a un volcan dont l'eruption est
intermittente. Il nous laisse respirer avec lui.>>

Rien n'etait plus vrai. A la minute assignee, nous fumes lances
de nouveau avec une extreme rapidite; il fallait se cramponner
aux poutres pour ne pas etre rejete hors du radeau. Puis la
poussee s'arreta.

Depuis, j'ai reflechi a ce singulier phenomene sans en trouver
une explication satisfaisante. Toutefois il me parait evident
que nous n'occupions pas la cheminee principale du volcan, mais
bien un conduit accessoire, ou se faisait sentir un effet de
contre-coup.

Combien de fois se reproduisit cette manoeuvre, je ne saurais le
dire; tout ce que je puis affirmer, c'est qu'a chaque reprise du
mouvement, nous etions lances avec une force croissante et comme
emportes par un veritable projectile. Pendant les instants de
halte, on etouffait; pendant les moments de projection, l'air
brulant me coupait la respiration. Je pensai un instant a cette
volupte de me retrouver subitement dans les regions
hyperboreennes par un froid de trente degres au-dessous de zero.
Mon imagination surexcitee se promenait sur les plaines de neige
des contrees arctiques, et j'aspirais au moment ou je me
roulerais sur les tapis glaces du pole! Peu a peu, d'ailleurs,
ma tete, brisee par ces secousses reiterees, se perdit. Sans les
bras de Hans, plus d'une fois je me serais brise le crane contre
la paroi de granit.

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Here's Michael Wolff, still doing the rounds promoting his Rupert Murdoch biography, The man who owns the news. This interview with Jon Stewart is fun. It starts off with Wolff saying: "You wanna start a rumour, tell Rupert. He's the biggest gossip I've ever met." And there's an amusing pay-off too. (Via Comedy Central/The E&P Pub)

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For many years my local corner shop displayed a large sign in its window telling local residents to "use us or lose us!" It always looked a rather toothless threat to me. After all, if I didn't use them, what difference would it make to me if they weren't there? And surely a corner shop, one that had been there for years, would have enough customers to survive without recourse to such apocalyptic warning? But it didn't and was soon converted into flats.

This community shop was destroyed not so much by the pressures of the supermarkets or people's commuting patterns, but simply by customer apathy. It's something to think about as crime writers and readers across the world mourn the imminent passing of Maxim Jakubowski's celebrated Charing Cross Road bookshop in London, Murder One.

Apathy is a strange word to connect to a bookstore that thrives on passion. It's noticeable when you walk through the door, when you speak to the friendly, knowledgeable staff, when you look at the shelves and see the vast range of titles on offer. This isn't your regular kind of bookstore: the first time I visited spent a whole lunch break looking up and down, from floor to ceiling from table to table; it was an hour that changed my perception of both crime writing and of bookselling.

Murder One was – and for a few weeks will remain – a shop that took crime seriously. Not in the sense that it intellectualised it, or made unsubstantiated claims for its importance, but in the way that it treated crime writing with the respect it was due. With a genre that has so many off-shoots, branches and sub-genres, it took a shop of Murder One's calibre to show just how diverse, interesting and mentally stimulating crime could be – far more than the guilty pleasure I had, until then, considered it.

Thanks to judicious recommendations, enticing table displays and hours of foraging among the stacks, I discovered writers that I would never have picked up, let alone read. You could always get the latest blockbuster, but delve a little deeper and you'd find books that were not stocked anywhere else, novels that, like the perfect crime, were hidden from public view. The Martin Beck novels by Sjöwall & Wahlöö – probably my favourite sequence of novels in any genre – were introduced to me via Murder One, as were Kem Nunn, Sue Grafton, and Henning Mankell. It's also the staff of Murder One who piqued my interest in the inimitable Fred Vargas, and I can't thank them enough for the introduction.

Inclusive and without snobbery, Murder One amply demonstrated that the best bookshops are places not just of commerce, but of community; places that make feel you belong. It's the kind of store that bibliophiles dream about: well-stocked, well-staffed and shabby enough to lose days browsing within. It's just unfortunate that such shops don't have enough paying customers to keep them afloat, or that these customers visit all too infrequently – something of which I'm certainly guilty.

These kinds of shops are facing a long, bloody battle – and one which, without significant reinforcements, they are likely to lose. As we hear of the travesty of another brilliant independent going down, we'll mourn the loss, wring our hands and damn Amazon and the supermarkets and Waterstone's. Yet perhaps the most important detail we'll probably keep under wraps: the last time we actually spent any money there.

Murder One closing its doors for the final time is undoubtedly a .38 shell for independent bookshops, but whether it's body blow or a warning shot all depends upon us, the consumers. No one, no matter how iconic or established, can exist on fond memories alone: just ask Woolworths. Use these shops now, because it doesn't take a master sleuth to deduce what will happen if we don't.

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