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Voyage au Centre de la Terre by Jules Verne

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Or, j'en etais la de mon reve, quand mon oncle, frappant la table
du poing, me ramena violemment a la realite.

<l'esprit pour brouiller les lettres d'une phrase, c'est, il me
semble, d'ecrire les mots verticalement au lieu de les tracer
horizontalement.

--Tiens! pensai-je.

--Il faut voir ce que cela produit, Axel, jette une phrase
quelconque sur ce bout de papier; mais, au lieu de disposer les
lettres a la suite les unes des autres, mets-les successivement
par colonnes verticales, de maniere a les grouper en nombre de
cinq ou six.>>

Je compris ce dont il s'agissait, et immediatement j'ecrivis de
haut en bas:

J m n e , b
e e , t G e
t' b m i r n
a i a t a !
i e p e u

<mots sur une ligne horizontale.

J'obeis, et j'obtins la phrase suivante:

Jmne,b ee,tGe t'bmirn aiata! iepeu

<voila qui a deja la physionomie du vieux document; les voyelles
sont groupees ainsi que les consonnes dans le meme desordre; il y
a meme des majuscules au milieu des mots, ainsi que des virgules,
tout comme dans le parchemin de Saknussemm!>>

Je ne puis m'empecher de trouver ces remarques fort ingenieuses.

<la phrase que tu viens d'ecrire, et que je ne connais pas, il me
suffira de prendre successivement la premiere lettre de chaque
mot, puis la seconde, puis la troisieme, ainsi de suite.

Et mon oncle, a son grand etonnement, et surtout au mien, lut:

_Je t'aime bien, ma petite Grauben_!

<> fit le professeur.

Oui, sans m'en douter, en amoureux maladroit, j'avais trace cette
phrase compromettante!

<tuteur!

--Oui ... Non ... balbutiai-je!

--Ah! tu aimes Grauben, reprit-il machinalement. Eh bien,
appliquons mon procede au document en question!>>

Mon oncle, retombe dans son absorbante contemplation, oubliait
deja mes imprudentes paroles. Je dis imprudentes, car la tete du
savant ne pouvait comprendre les choses du coeur. Mais,
heureusement, la grande affaire du document l'emporta.

Au moment de faire son experience capitale, les yeux du
professeur Lidenbrock lancerent des eclairs a travers ses
lunettes; ses doigts tremblerent, lorsqu'il reprit le vieux
parchemin; il etait serieusement emu. Enfin il toussa fortement,
et d'une voix grave, appelant successivement la premiere lettre,
puis la seconde de chaque mot; il me dicta la serie suivante:

_mmessunkaSenrA.icefdoK.segnittamurtn
ecertserrette,rotaivsadua,ednecsedsadne
lacartniiiluJsiratracSarbmutabiledmek
meretarcsilucoYsleffenSnI_

En finissant, je l'avouerai, j'etais emotionne, ces lettres,
nommees une a une, ne m'avaient presente aucun sens a l'esprit;
j'attendais donc que le professeur laissat se derouler
pompeusement entre ses levres une phrase d'une magnifique
latinite.

Mais, qui aurait pu le prevoir! Un violent coup de poing ebranla
la table. L'encre rejaillit, la plume me sauta des mains.

<commun!>>

Puis, traversant le cabinet comme un boulet, descendant
l'escalier comme une avalanche, il se precipita dans
Konig-strasse, et s'enfuit a toutes jambes.



IV


<de la rue qui, violemment refermee, venait d'ebranler la maison
tout entiere.

--Oui! repondis-je, completement parti!

--Eh bien? et son diner? fit la vieille servante.

--Il ne dinera pas!

--Et son souper?

--Il ne soupera pas!

--Comment? dit Marthe en joignant les mains.

--Non, bonne Marthe, il ne mangera plus, ni personne dans la
maison! Mon oncle Lidenbrock nous met tous a la diete jusqu'au
moment ou il aura dechiffre un vieux grimoire qui est absolument
indechiffrable!

--Jesus! nous n'avons donc plus qu'a mourir de faim!>>

Je n'osai pas avouer qu'avec un homme aussi absolu que mon oncle,
c'etait un sort inevitable.

La vieille servante, serieusement alarmee, retourna dans sa
cuisine en gemissant.

Quand je fus seul, l'idee me vint d'aller tout conter a Grauben;
mais comment quitter la maison? Et s'il m'appelait? Et s'il
voulait recommencer ce travail logogriphique, qu'on eut vainement
propose au vieil OEdipe! Et si je ne repondais pas a son appel,
qu'adviendrait-il?

Le plus sage etait de rester. Justement, un mineralogiste de
Besancon venait de nous adresser une collection de geodes
siliceuses qu'il fallait classer. Je me mis au travail. Je
triai, j'etiquetai, je disposai dans leur vitrine toutes ces
pierres creuses au-dedans desquelles s'agitaient de petits
cristaux.

Mais cette occupation ne m'absorbait pas; l'affaire du vieux
document ne laissait point de me preoccuper etrangement. Ma tete
bouillonnait, et je me sentais pris d'une vague inquietude.
J'avais le pressentiment d'une catastrophe prochaine.

Au bout d'une heure, mes geodes etaient etagees avec ordre. Je
me laissai aller alors dans le grand fauteuil d'Utrecht, les bras
ballants et la tete renversee. J'allumai ma pipe a long tuyau
courbe, dont le fourneau sculpte representait une naiade
nonchalamment etendue; puis, je m'amusai a suivre les progres de
la carbonisation, qui de ma naiade faisait peu a peu une negresse
accomplie. De temps en temps, j'ecoutais si quelque pas
retentissait dans l'escalier. Mais non. Ou pouvait etre mon
oncle en ce moment? Je me le figurais courant sous les beaux
arbres de la route d'Altona, gesticulant, tirant au mur avec sa
canne, d'un bras violent battant les herbes, decapitant les
chardons et troublant dans leur repos les cigognes solitaires.

Rentrerait-il triomphant ou decourage? Qui aurait raison l'un de
l'autre, du secret ou de lui? Je m'interrogeais ainsi, et,
machinalement, je pris entre mes doigts la feuille de papier sur
laquelle s'allongeait l'incomprehensible serie des lettres
tracees par moi. Je me repetais:

<>

Je cherchai a grouper ces lettres de maniere a former des mots.
Impossible. Qu'on les reunit par deux, trois, ou cinq, ou six,
cela ne donnait absolument rien d'intelligible; il y avait bien
les quatorzieme; quinzieme et seizieme lettres qui faisaient le
mot anglais <>, et la quatre-vingt-quatrieme, la
quatre-vingt-cinquieme et la quatre-vingt-sixieme formaient le
mot <>. Enfin, dans le corps du document, et a la deuxieme et
a la troisieme ligne, je remarquai aussi les mots latins <>,
<>, <>, <>, <>.

<a mon oncle sur la langue du document! Et meme, a la quatrieme
ligne, j'apercois encore le mot <> qui se traduit par <sacre>>. Il est vrai qu'a la troisieme, on lit le mot <>
de tournure parfaitement hebraique, et a la derniere, les
vocables <>, <>, <>, qui sont purement francais.>>

Il y avait la de quoi perdre la tete! Quatre idiomes differents
dans cette phrase absurde! Quel rapport pouvait-il exister entre
les mots <mere, arc ou mer?>> Le premier et le dernier seuls se
rapprochaient facilement; rien d'etonnant que, dans un document
ecrit en Islande, il fut question d'une <>. Mais de
la a comprendre le reste du cryptogramme, c'etait autre chose.

Je me debattais donc contre une insoluble difficulte; mon cerveau
s'echauffait; mes yeux clignaient sur la feuille de papier; les
cent trente-deux lettres semblaient voltiger autour de moi, comme
ces larmes d'argent qui glissent dans l'air autour de notre tete,
lorsque le sang s'y est violemment porte.

J'etais en proie a une sorte d'hallucination; j'etouffais; il me
fallait de l'air. Machinalement, je m'eventai avec la feuille de
papier, dont le verso et le recto se presenterent successivement
a mes regards.

Quelle fut ma surprise, quand, dans l'une de ces voltes rapides,
au moment ou le verso se tournait vers moi, je crus voir
apparaitre des mots parfaitement lisibles, des mots latins, entre
autres <> et <>

Soudain une lueur se fit dans mon esprit; ces seuls indices me
firent entrevoir la verite; j'avais decouvert la loi du chiffre.
Pour lire ce document, il n'etait pas meme necessaire de le lire
a travers la feuille retournee! Non. Tel il etait, tel il
m'avait ete dicte, tel il pouvait etre epele couramment. Toutes
les ingenieuses combinaisons du professeur se realisaient; il
avait eu raison pour la disposition des lettres, raison pour la
langue du document! Il s'en fallut d'un <> qu'il put lire
d'un bout a l'autre cette phrase latine, et ce <>, le hasard
venait de me le donner!

On comprend si je fus emu! Mes yeux se troublerent. Je ne
pouvais m'en servir. J'avais etale la feuille de papier sur la
table. Il me suffisait d'y jeter un regard pour devenir
possesseur du secret.

Enfin je parvins a calmer mon agitation. Je m'imposai la loi de
faire deux fois le tour de la chambre pour apaiser mes nerfs, et
je revins m'engouffrer dans le vaste fauteuil.

<>, m'ecriai-je, apres avoir refait dans mes poumons une
ample provision d'air.

Je me penchai sur la table; je posai mon doigt successivement sur
chaque lettre, et, sans m'arreter, sans hesiter, un instant, je
prononcai a haute voix la phrase tout entiere.

Mais quelle stupefaction, quelle terreur m'envahit! Je restai
d'abord comme frappe d'un coup subit. Quoi! ce que je venais
d'apprendre s'etait accompli! un homme avait eu assez d'audace
pour penetrer! ...

<ne le saura pas! Il ne manquerait plus qu'il vint a connaitre un
semblable voyage! Il voudrait en gouter aussi! Rien ne pourrait
l'arreter! Un geologue si determine! il partirait quand meme,
malgre tout, en depit de tout! Et il m'emmenerait avec lui, et
nous n'en reviendrions pas! Jamais! jamais!>>

J'etais dans une surexcitation difficile a peindre.

<peux empecher qu'une pareille idee vienne a l'esprit de mon
tyran, je le ferai. A tourner et a retourner ce document, il
pourrait par hasard en decouvrir la clef! Detruisons-le.>>

Il y avait un reste de feu dans la cheminee. Je saisis non
seulement la feuille de papier, mais le parchemin de Saknussem;
d'une main febrile j'allais precipiter le tout sur les charbons
et aneantir ce dangereux secret, quand la porte du cabinet
s'ouvrit. Mon oncle parut.



V

Je n'eus que le temps de replacer sur la table le malencontreux
document.

Le professeur Lidenbrock paraissait profondement absorbe. Sa
pensee dominante ne lui laissait pas un instant de repit; il
avait evidemment scrute, analyse l'affaire, mis en oeuvre toutes
les ressources de son imagination pendant sa promenade, et il
revenait appliquer quelque combinaison nouvelle.

En effet, il s'assit dans son fauteuil, et, la plume a la main,
il commenca a etablir des formules qui ressemblaient a un calcul
algebrique.

Je suivais du regard sa main fremissante; je ne perdais pas un
seul de ses mouvements. Quelque resultat inespere allait-il donc
inopinement se produire? Je tremblais, et sans raison, puisque
la vraie combinaison, la <> etant deja trouvee, toute autre
recherche devenait forcement vaine.

Pendant trois longues heures, mon oncle travailla sans parler,
sans lever la tete, effacant, reprenant, raturant, recommencant
mille fois.

Je savais bien que, s'il parvenait a arranger des lettres suivant
toutes les positions relatives qu'elles pouvaient occuper, la
phrase se trouverait faite. Mais je savais aussi que vingt
lettres seulement peuvent former deux quintillions, quatre cent
trente-deux quatrillions, neuf cent deux trillions, huit
milliards, cent soixante-seize millions, six cent quarante mille
combinaisons. Or, il y avait cent trente-deux lettres dans la
phrase, et ces cent trente-deux lettres donnaient un nombre de
phrases differentes compose de cent trente-trois chiffres au
moins, nombre presque impossible a enumerer et qui echappe a
toute appreciation.

J'etais rassure sur ce moyen heroique de resoudre le probleme.

Cependant le temps s'ecoulait; la nuit se fit; les bruits de la
rue s'apaiserent; mon oncle, toujours courbe sur sa tache, ne vit
rien, pas meme la bonne Marthe qui entr'ouvrit la porte; il
n'entendit rien, pas meme la voix de cette digne servante,
disant:

<>

Aussi Marthe dut-elle s'en aller sans reponse: pour moi, apres
avoir resiste pendant quelque temps, je fus pris d'un invincible
sommeil, et je m'endormis sur un bout du canape, tandis que mon
oncle Lidenbrock calculait et raturait toujours.

Quand je me reveillai, le lendemain, l'infatigable piocheur etait
encore au travail. Ses yeux rouges, son teint blafard, ses
cheveux entremeles sous sa main fievreuse, ses pommettes
empourprees indiquaient assez sa lutte terrible avec
l'impossible, et, dans quelles fatigues de l'esprit, dans quelle
contention du cerveau, les heures durent s'ecouler pour lui.

Vraiment, il me fit pitie. Malgre les reproches que je croyais
etre en droit de lui faire, une certaine emotion me gagnait. Le
pauvre homme etait tellement possede de son idee, qu'il oubliait
de se mettre en colere; toutes ses forces vives se concentraient
sur un seul point, et, comme elles ne s'echappaient pas par leur
exutoire ordinaire, on pouvait craindre que leur tension ne le
fit eclater d'un instant a l'autre.

Je pouvais d'un geste desserrer cet etau de fer qui lui serrait
le crane, d'un mot seulement! Et je n'en fis rien.

Cependant j'avais bon coeur. Pourquoi restai-je muet en pareille
circonstance? Dans l'interet meme de mon oncle.

<aller, je le connais; rien ne saurait l'arreter. C'est une
imagination volcanique, et, pour faire ce que d'autres geologues
n'ont point fait, il risquerait sa vie. Je me tairai; je
garderai ce secret dont le hasard m'a rendu maitre; le decouvrir,
ce serait tuer le professeur Lidenbrock. Qu'il le devine, s'il
le peut; je ne veux pas me reprocher un jour de l'avoir conduit a
sa perte.

Ceci bien resolu, je me croisai les bras, et j'attendis. Mais
j'avais compte sans un incident qui se produisit a quelques
heures de la.

Lorsque la bonne Marthe voulut sortir de la maison pour se rendre
au marche, elle trouva la porte close; la grosse clef manquait a
la serrure.

Qui l'avait otee? Mon oncle evidemment, quand il rentra la
veille apres son excursion precipitee.

Etait-ce a dessein? Etait-ce par megarde? Voulait-il nous
soumettre aux rigueurs de la faim? Cela m'eut paru un peu fort.
Quoi! Marthe et moi, nous serions victimes d'une situation qui
ne nous regardait pas le moins du monde? Sans doute, et je me
souvins d'un precedent de nature a nous effrayer. En effet, il y
a quelques annees, a l'epoque ou mon oncle travaillait a sa
grande classification mineralogique, il demeura quarante-huit
heures sans manger, et toute sa maison dut se conformer a cette
diete scientifique. Pour mon compte, j'y gagnai des crampes
d'estomac fort peu recreatives chez un garcon d'un naturel assez
vorace.

Or, il me parut que le dejeuner allait faire defaut comme le
souper de la veille. Cependant je resolus d'etre heroique et de
ne pas ceder devant les exigences de la faim. Marthe prenait
cela tres au serieux et se desolait, la bonne femme. Quant a
moi, l'impossibilite de quitter la maison me preoccupait
davantage et pour cause. On me comprend bien.

Mon oncle travaillait toujours; son imagination se perdait dans
le monde ideal des combinaisons; il vivait loin de la terre, et
veritablement en dehors des besoins terrestres.

Vers midi, la faim m'aiguillonna serieusement; Marthe, tres
innocemment, avait devore la veille les provisions du
garde-manger; il ne restait plus rien a la maison, Cependant je
tins bon. J'y mettais une sorte de point d'honneur.

Deux heures sonnerent. Cela devenait ridicule, intolerable meme;
j'ouvrais des yeux demesures. Je commencai a me dire que
j'exagerais l'importance du document; que mon oncle n'y
ajouterait pas foi; qu'il verrait la une simple mystification;
qu'au pis aller on le retiendrait malgre lui, s'il voulait tenter
l'aventure; qu'enfin il pouvait decouvrit lui-meme la clef du
<>, et que j'en serais alors pour mes frais d'abstinence.

Ces raisons, que j'eusse rejetees la veille avec indignation, me
parurent excellentes; je trouvai meme parfaitement absurde
d'avoir attendu si longtemps, et mon parti fut pris de tout dire.

Je cherchais donc une entree en matiere, pas trop brusque, quand
le professeur se leva, mit son chapeau et se prepara a sortir.

Quoi, quitter la maison, et nous enfermer encore! Jamais.

<> dis-je.

Il ne parut pas m'entendre.

<
--Hein? fit-il comme un homme subitement reveille.

--Eh bien! cette clef?

--Quelle clef? La clef de la porte?

--Mais non, m'ecriai-je, la clef du document!>>

Le professeur me regarda par-dessus ses lunettes; il remarqua
sans doute quelque chose d'insolite dans ma physionomie, car il
me saisit vivement le bras, et, sans pouvoir parler, il
m'interrogea du regard. Cependant jamais demande ne fut formulee
d'une facon plus nette.

Je remuai la tete de haut en bas.

Il secoua la sienne avec une sorte de pitie, comme s'il avait
affaire a un fou.

Je fis un geste plus affirmatif.

Ses yeux brillerent d'un vif eclat; sa main devint menacante.

Cette conversation muette dans ces circonstances eut interesse le
spectateur le plus indifferent. Et vraiment j'en arrivais a ne
plus oser parler, tant je craignais que mon oncle ne m'etouffat
dans les premiers embrassements de sa joie. Mais il devint si
pressant qu'il fallut repondre.

<
--Que dis-tu? s'ecria-t-il avec une indescriptible emotion.

--Tenez, dis-je en lui presentant la feuille de papier sur
laquelle j'avais ecrit, lisez.

--Mais cela ne signifie rien! repondit-il en froissant la
feuille.

--Rien, en commencant a lire par le commencement, mais par la
fin...>>

Je n'avais pas acheve ma phrase que le professeur poussait un
cri, mieux qu'un cri, un veritable rugissement! Une revelation
venait de se faire, dans son esprit. Il etait transfigure.

<ecrit ta phrase a l'envers!>>

Et se precipitant sur la feuille de papier, l'oeil trouble, la
voix emue, il lut le document tout entier, en remontant de la
derniere lettre a la premiere.

Il etait concu en ces termes:

_In Sneffels Yoculis craterem kem delibat umbra Scartaris Julii
intra calendas descende, audas viator, et terrestre centrum
attinges. Kod feci. Arne Saknussem_.

Ce qui, de ce mauvais latin, peut etre traduit ainsi:

_Descends dans le cratere du Yocul de Sneffels que l'ombre du
Scartaris vient caresser avant les calendes de Juillet,
voyageur audacieux, et tu parviendras au centre de la Terre.
Ce que j'ai fait. Arne Saknussemm_,

Mon oncle, a cette lecture, bondit comme s'il eut inopinement
touche une bouteille de Leyde. Il etait magnifique d'audace, de
joie et de conviction. Il allait et venait; il prenait sa tete a
deux mains; il deplacait les sieges; il empilait ses livres; il
jonglait, c'est a ne pas le croire, avec ses precieuses geodes;
il lancait un coup de poing par-ci, une tape par-la. Enfin ses
nerfs se calmerent et, comme un homme epuise par une trop grande
depense de fluide, il retomba dans son fauteuil.

<de silence.

--Trois heures, repondis-je.

--Tiens! mon diner a passe vite, Je meurs de faim. A table.
Puis ensuite...

--Ensuite?

--Tu feras ma malle.

--Hein! m'ecriai-je.

--Et la tienne!>> repondit l'impitoyable professeur en entrant
dans la salle a manger.



VI


A ces paroles, un frisson me passa par tout le corps. Cependant
je me contins. Je resolus meme de faire bonne figure. Des
arguments scientifiques pouvaient seuls arreter le professeur
Lidenbrock; or, il y en avait, et de bons, contre la possibilite
d'un pareil voyage. Aller au centre de la terre! Quelle folie!
Je reservai ma dialectique pour le moment opportun, et je
m'occupai du repas.

Inutile de rapporter les imprecations de mon oncle devant la
table desservie. Tout s'expliqua. La liberte fut rendue a la
bonne Marthe. Elle courut au marche et fit si bien, qu'une heure
apres ma faim etait calmee, et je revenais au sentiment de la
situation.

Pendant le repas, mon oncle fut presque gai; il lui echappait de
ces plaisanteries de savant qui ne sont jamais bien dangereuses.
Apres le dessert, il me fit signe de le suivre dans son cabinet.

J'obeis. Il s'assit a un bout de sa table de travail, et moi a
l'autre.

<ingenieux; tu m'as rendu la un fier service, quand, de guerre
lasse, j'allais abandonner cette combinaison. Ou me serais-je
egare? Nul ne peut le savoir! Je n'oublierai jamais cela, mon
garcon, et de la gloire que nous allons acquerir tu auras ta
part.

<de discuter cette gloire.

--Avant tout, reprit mon oncle, je te recommande le secret le
plus absolu, tu m'entends? Je ne manque pas d'envieux dans le
monde des savants, et beaucoup voudraient entreprendre ce voyage,
qui ne s'en douteront qu'a notre retour.

--Croyez-vous, dis-je, que le nombre de ces audacieux fut si
grand?

--Certes! qui hesiterait a conquerir une telle renommee? Si ce
document etait connu, une armee entiere de geologues se
precipiterait sur les traces d'Arne Saknussemm!

--Voila ce dont je ne suis pas persuade, mon oncle, car rien ne
prouve l'authenticite de ce document.

--Comment! Et le livre dans lequel nous l'avons decouvert!

--Bon! j'accorde que ce Saknussemm ait ecrit ces lignes, mais
s'ensuit-il qu'il ait reellement accompli ce voyage, et ce vieux
parchemin ne peut-il renfermer une mystification?>>

Ce dernier mot, un peu hasarde, je regrettai presque de l'avoir
prononce; le professeur fronca son epais sourcil, et je craignais
d'avoir compromis les suites de cette conversation. Heureusement
il n'en fut rien. Mon severe interlocuteur ebaucha une sorte de
sourire sur ses levres et repondit:

<
--Ah! fis-je un peu vexe; mais permettez-moi d'epuiser la serie
des objections relatives a ce document.

--Parle, mon garcon, ne te gene pas. Je te laisse toute liberte
d'exprimer ton opinion. Tu n'es plus mon neveu, mais mon
collegue. Ainsi, va.

--Eh bien, je vous demanderai d'abord ce que sont ce Yocul, ce
Sneffels et ce Scartaris, dont je n'ai jamais entendu parler?

--Rien n'est plus facile. J'ai precisement recu, il y a quelque
temps, une carte de mon ami Peterman, de Leipzig; elle ne pouvait
arriver plus a propos. Prends le troisieme atlas dans la seconde
travee de la grande bibliotheque, serie Z, planche 4.>>

Je me levai, et, grace a ces indications precises, je trouvai
rapidement l'atlas demande. Mon oncle l'ouvrit et dit:

<Handerson, et je crois qu'elle va nous donner la solution de
toutes tes difficultes.>>

Je me penchai sur la carte.

<remarque qu'ils portent tous le nom de Yocul. Ce mot veut dire
<> en islandais, et, sous la latitude elevee de l'Islande,
la plupart des eruptions se font jour a travers les couches de
glace. De la cette denomination de Yocul appliquee a tous les
monts ignivomes de l'ile.

--Bien, repondis-je, mais qu'est-ce que le Sneffels?>>

J'esperais qu'a cette demande il n'y aurait pas de reponse. Je
me trompais. Mon oncle reprit:

<Reykjawik, sa capitale? Oui. Bien. Remonte les fjords
innombrables de ces rivages ronges par la mer, et arrete-toi un
peu au-dessous du soixante-cinquieme degre de latitude. Que
vois-tu la?

--Une sorte de presqu'ile semblable a un os decharne, que termine
une enorme rotule.

--La comparaison est juste, mon garcon; maintenant, n'apercois-tu
rien sur cette rotule?

--Si, un mont qui semble avoir pousse en mer.

--Bon! c'est le Sneffels.

--Le Sneffels?

--Lui-meme, une montagne haute de cinq mille pieds, l'une des
plus remarquables de l'ile, et a coup sur la plus celebre du
monde entier, si son cratere aboutit au centre du globe.

--Mais c'est impossible! m'ecriai-je en haussant les epaules et
revolte contre une pareille supposition.

--Impossible! repondit le professeur Lidenbrock d'un ton severe.
Et pourquoi cela?

--Parce que ce cratere, est evidemment obstrue par les laves, les
roches brulantes, et qu'alors...

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Here's Michael Wolff, still doing the rounds promoting his Rupert Murdoch biography, The man who owns the news. This interview with Jon Stewart is fun. It starts off with Wolff saying: "You wanna start a rumour, tell Rupert. He's the biggest gossip I've ever met." And there's an amusing pay-off too. (Via Comedy Central/The E&P Pub)

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For many years my local corner shop displayed a large sign in its window telling local residents to "use us or lose us!" It always looked a rather toothless threat to me. After all, if I didn't use them, what difference would it make to me if they weren't there? And surely a corner shop, one that had been there for years, would have enough customers to survive without recourse to such apocalyptic warning? But it didn't and was soon converted into flats.

This community shop was destroyed not so much by the pressures of the supermarkets or people's commuting patterns, but simply by customer apathy. It's something to think about as crime writers and readers across the world mourn the imminent passing of Maxim Jakubowski's celebrated Charing Cross Road bookshop in London, Murder One.

Apathy is a strange word to connect to a bookstore that thrives on passion. It's noticeable when you walk through the door, when you speak to the friendly, knowledgeable staff, when you look at the shelves and see the vast range of titles on offer. This isn't your regular kind of bookstore: the first time I visited spent a whole lunch break looking up and down, from floor to ceiling from table to table; it was an hour that changed my perception of both crime writing and of bookselling.

Murder One was – and for a few weeks will remain – a shop that took crime seriously. Not in the sense that it intellectualised it, or made unsubstantiated claims for its importance, but in the way that it treated crime writing with the respect it was due. With a genre that has so many off-shoots, branches and sub-genres, it took a shop of Murder One's calibre to show just how diverse, interesting and mentally stimulating crime could be – far more than the guilty pleasure I had, until then, considered it.

Thanks to judicious recommendations, enticing table displays and hours of foraging among the stacks, I discovered writers that I would never have picked up, let alone read. You could always get the latest blockbuster, but delve a little deeper and you'd find books that were not stocked anywhere else, novels that, like the perfect crime, were hidden from public view. The Martin Beck novels by Sjöwall & Wahlöö – probably my favourite sequence of novels in any genre – were introduced to me via Murder One, as were Kem Nunn, Sue Grafton, and Henning Mankell. It's also the staff of Murder One who piqued my interest in the inimitable Fred Vargas, and I can't thank them enough for the introduction.

Inclusive and without snobbery, Murder One amply demonstrated that the best bookshops are places not just of commerce, but of community; places that make feel you belong. It's the kind of store that bibliophiles dream about: well-stocked, well-staffed and shabby enough to lose days browsing within. It's just unfortunate that such shops don't have enough paying customers to keep them afloat, or that these customers visit all too infrequently – something of which I'm certainly guilty.

These kinds of shops are facing a long, bloody battle – and one which, without significant reinforcements, they are likely to lose. As we hear of the travesty of another brilliant independent going down, we'll mourn the loss, wring our hands and damn Amazon and the supermarkets and Waterstone's. Yet perhaps the most important detail we'll probably keep under wraps: the last time we actually spent any money there.

Murder One closing its doors for the final time is undoubtedly a .38 shell for independent bookshops, but whether it's body blow or a warning shot all depends upon us, the consumers. No one, no matter how iconic or established, can exist on fond memories alone: just ask Woolworths. Use these shops now, because it doesn't take a master sleuth to deduce what will happen if we don't.

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