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Voyage au Centre de la Terre by Jules Verne
J >> Jules Verne >> Voyage au Centre de la Terre Pages: 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17
--Et si c'est un cratere eteint?
--Eteint?
--Oui. Le nombre des volcans en activite a la surface du globe
n'est actuellement que de trois cents environ; mais il existe une
bien plus grande quantite de volcans eteints. Or le Sneffels
compte parmi ces derniers, et, depuis les temps historiques, il
n'a eu qu'une seule eruption, celle de 1219; a partir de cette
epoque, ses rumeurs se sont apaisees peu a peu, et il n'est plus
au nombre des volcans actifs.>>
A ces affirmations positives je n'avais absolument rien a
repondre; je me rejetai donc sur les autres obscurites que
renfermait le document.
< faire la les calendes de juillet?>>
Mon oncle prit quelques moments de reflexion. J'eus un instant
d'espoir, mais un seul, car bientot il me repondit en ces termes:
<les soins ingenieux avec lesquels Saknussemm a voulu preciser sa
decouverte. Le Sneffels est forme de plusieurs crateres; il y
avait donc necessite d'indiquer celui d'entre eux qui mene au
centre du globe. Qu'a fait le savant Islandais? Il a remarque
qu'aux approches des calendes de juillet, c'est-a-dire vers les
derniers jours du mois de juin, un des pics de la montagne, le
Scartaris, projetait son ombre jusqu'a l'ouverture du cratere en
question, et il a consigne le fait dans son document. Pouvait-il
imaginer une indication plus exacte, et une fois arrives an
sommet du Sneffels, nous sera-t-il possible d'hesiter sur le
chemin a prendre?>>
Decidement mon oncle avait reponse a tout. Je vis bien qu'il
etait inattaquable sur les mots du vieux parchemin. Je cessai
donc de le presser a ce sujet, et, comme il fallait le convaincre
avant tout, je passais aux objections scientifiques, bien
autrement graves, a mon avis.
<Saknussemm est claire et ne peut laisser aucun doute a l'esprit.
J'accorde meme que le document a un air de parfaite authenticite.
Ce savant est alle au fond du Sneffels; il a vu l'ombre du
Scartaris caresser les bords du cratere avant les calendes de
juillet; il a meme entendu raconter dans les recits legendaires
de son temps que ce cratere aboutissait au centre de la terre;
mais quant a y etre parvenu lui-meme, quant a avoir fait le
voyage et a en etre revenu, s'il l'a entrepris, non, cent fois
non!
--Et la raison? dit mon oncle d'un ton singulierement moqueur.
--C'est que toutes les theories de la science demontrent qu'une
pareille entreprise est impraticable!
--Toutes les theories disent cela? repondit le professeur on
prenant un air bonhomme. Ah! les vilaines theories! comme
elles vont nous gener, ces pauvres theories!>>
Je vis qu'il se moquait de moi, mais je continuai neanmoins.
<environ d'un degre par soixante-dix pieds de profondeur
au-dessous de la surface du globe; or, en admettant cette
proportionnalite constante, le rayon terrestre etant de quinze
cents lieues, il existe au centre une temperature de deux
millions de degres. Les matieres de l'interieur de la terre se
trouvent donc a l'etat de gaz incandescent, car les metaux, l'or,
le platine, les roches les plus dures, ne resistent pas a une
pareille chaleur. J'ai donc le droit de demander s'il est
possible de penetrer dans un semblable milieu!
--Ainsi, Axel, c'est la chaleur qui t'embarrasse?
--Sans doute. Si nous arrivions a une profondeur de dix lieues
seulement, nous serions parvenus a la limite de l'ecorce
terrestre, car deja la temperature est superieure a treize cents
degres.
--Et tu as peur d'entrer en fusion?
--Je vous laisse la question a decider, repondis-je avec humeur.
--Voici ce, que je decide, repondit le professeur Lidenbrock en
prenant ses grands airs; c'est que ni toi ni personne ne sait
d'une facon certaine ce qui se passe a l'interieur du globe,
attendu qu'on connait a peine la douze millieme partie de son
rayon; c'est que la science est eminemment perfectible et que
chaque theorie est incessamment detruite par une theorie
nouvelle. N'a-t-on pas cru jusqu'a Fourier que la temperature
des espaces planetaires allait toujours diminuant, et ne sait-on
pas aujourd'hui que les plus grands froids des regions etherees
ne depassent pas quarante ou cinquante degres au-dessous de zero?
Pourquoi n'en serait-il pas ainsi de la chaleur interne?
Pourquoi, a une certaine profondeur, n'atteindrait-elle pas une
limite infranchissable, au lieu de s'elever jusqu'au degre de
fusion des mineraux les plus refractaires?>>
Mon oncle placant la question sur le terrain des hypotheses, je
n'eus rien a repondre.
<autres, ont prouve que, si une chaleur de deux millions de degres
existait a l'interieur du globe, les gaz incandescents provenant
des matieres fondues acquerraient une elasticite telle que
l'ecorce terrestre ne pourrait y resister et eclaterait comme les
parois d'une chaudiere sous l'effort de la vapeur.
--C'est l'avis de Poisson, mon oncle, voila tout.
--D'accord, mais c'est aussi l'avis d'autres geologues
distingues, que l'interieur du globe n'est forme ni de gaz ni
d'eau, ni des plus lourdes pierres que nous connaissions, car,
dans ce cas, la terre aurait un poids deux fois moindre.
--Oh! avec les chiffres on prouve tout ce qu'on veut!
--Et avec les faits, mon garcon, en est-il de meme? N'est-il pas
constant que le nombre des volcans a considerablement diminue
depuis les premiers jours du monde, et, si chaleur centrale il y
a, ne peut-on en conclure qu'elle tend a s'affaiblir?
--Mon oncle, si vous entrez dans le champ des suppositions, je
n'ai plus a discuter.
--Et moi j'ai a dire qu'a mon opinion se joignent les opinions de
gens fort competents. Te souviens-tu d'une visite que me fit le
celebre chimiste anglais Humphry Davy en 1825?
--Aucunement, car je ne suis venu au monde que dix-neuf ans
apres.
--Eh bien, Humphry Davy vint me voir a son passage a Hambourg.
Nous discutames longtemps, entre autres questions, l'hypothese de
la liquidite du noyau interieur de la terre. Nous etions tous
deux d'accord que cette liquidite ne pouvait exister, par une
raison a laquelle la science n'a jamais trouve de reponse.
--Et laquelle? dis-je un peu etonne.
--C'est que cette masse liquide serait sujette comme l'Ocean, a
l'attraction de la lune, et consequemment, deux fois par jour, il
se produirait des marees interieures qui, soulevant l'ecorce
terrestre, donneraient lieu a des tremblements de terre
periodiques!
--Mais il est pourtant evident que la surface du globe a ete
soumise a la combustion, et il est permis de supposer que la
croute exterieure s'est refroidie d'abord, tandis que la chaleur
se refugiait au centre.
--Erreur, repondit mon oncle; la terre a ete echauffee par la
combustion de sa surface, et non autrement. Sa surface etait
composee d'une grande quantite de metaux, tels que le potassium,
le sodium, qui ont la propriete de s'enflammer au seul contact de
l'air et de l'eau; ces metaux prirent feu quand les vapeurs
atmospheriques se precipiterent en pluie sur le sol, et peu a
peu, lorsque les eaux penetrerent dans les fissures de l'ecorce
terrestre, elles determinerent de nouveaux incendies avec
explosions et eruptions. De la les volcans si nombreux aux
premiers jours du monde.
--Mais voila une ingenieuse hypothese! m'ecriai-je un peu malgre
moi.
--Et qu'Humphry Davy me rendit sensible, ici meme, par une
experience bien simple. Il composa une boule metallique faite
principalement des metaux dont je viens de parler, et qui
figurait parfaitement notre globe; lorsqu'on faisait tomber une
fine rosee a sa surface, celle-ci se boursouflait, s'oxydait et
formait une petite montagne; un cratere s'ouvrait a son sommet;
l'eruption avait lieu et communiquait a toute la boule une
chaleur telle qu'il devenait impossible de la tenir a la main.>>
Vraiment, je commencais a etre ebranle par les arguments du
professeur; il les faisait valoir d'ailleurs avec sa passion et
son enthousiasme habituels.
<des hypotheses diverses entre les geologues; rien de moins prouve
que ce fait d'une chaleur interne; suivant moi, elle n'existe
pas; elle ne saurait exister; nous le verrons, d'ailleurs, et,
comme Arne Saknussemm, nous saurons a quoi nous en tenir sur
cette grande question.
Eh bien! oui, repondis-je en me sentant gagner a cet
enthousiasme; oui, nous le verrons, si on y voit toutefois.
--Et pourquoi pas? Ne pouvons-nous compter sur des phenomenes
electriques pour nous eclairer, et meme sur l'atmosphere, que sa
pression peut rendre lumineuse en s'approchant du centre?
--Oui, dis-je, oui! cela est possible, apres tout,
--Cela est certain, repondit triomphalement mon oncle; mais
silence, entends-tu! silence sur tout ceci, et que personne
n'ait idee de decouvrir avant nous le centre de la terre>>
VII
Ainsi se termina cette memorable seance. Cet entretien me donna
la fievre. Je sortis du cabinet de mon oncle comme etourdi, et
il n'y avait pas assez d'air dans les rues de Hambourg pour me
remettre, je gagnai donc les bords de l'Elbe, du cote du bac a
vapeur qui met la ville en communication avec le chemin de fer de
Harbourg
Etais-je convaincu de ce que je venais d'apprendre? N'avais-je
pas subi la domination du professeur Lidenbrock? Devais-je
prendre au serieux sa resolution d'aller au centre du massif
terrestre? Venais-je d'entendre les speculations insensees d'un
fou ou les deductions scientifiques d'un grand genie? En tout
cela, ou s'arretait la verite, ou commencait l'erreur?
Je flottais entre mille hypotheses contradictoires, sans pouvoir
m'accrocher a aucune,
Cependant je me rappelais avoir ete convaincu, quoique mon
enthousiasme commencat a se moderer; mais j'aurais voulu partir
immediatement et ne pas prendre le temps de la reflexion. Oui,
le courage ne m'eut pas manque pour boucler ma valise en ce
moment.
Il faut pourtant l'avouer, une heure apres, cette surexcitation
tomba; mes nerfs se detendirent, et des profonds abimes de la
terre je remontai a sa surface.
<n'est pas une proposition serieuse a faire a un garcon sense.
Rien de tout cela n'existe. J'ai mal dormi, j'ai fait un mauvais
reve.>>
Cependant j'avais suivi les bords de l'Elbe et tourne la ville.
Apres avoir remonte le port, j'etais arrive a la route d'Altona.
Un pressentiment me conduisait, pressentiment justifie, car
j'apercus bientot ma petite Grauben qui, de son pied leste,
revenait bravement a Hambourg.
<> lui criai-je de loin.
La jeune fille s'arreta, un peu troublee, j'imagine, de
s'entendre appeler ainsi sur une grande route. En dix pas je fus
pres d'elle.
<C'est bien cela, monsieur.>>
Mais, en me regardant, Grauben ne put se meprendre a mon air
inquiet, bouleverse.
<
--Ce que j'ai, Grauben!>> m'ecriai-je.
En deux secondes et en trois phrases ma jolie Virlandaise etait
au courant de la situation. Pendant quelques instants elle garda
le silence. Son coeur palpitait-il a l'egal du mien? je
l'ignore, mais sa main ne tremblait pas dans la mienne. Nous
fimes une centaine de pas sans parler.
<
--Ma chere Grauben!
--Ce sera la un beau voyage.>>
Je bondis a ces mots.
<homme se soit distingue par quelque grande entreprise!
--Quoi! Grauben, tu ne me detournes pas de tenter une pareille
expedition?
--Non, cher Axel, et ton oncle et toi, je vous accompagnerais
volontiers, si une pauvre fille ne devait etre un embarras pour
vous.
--Dis-tu vrai?
--Je dis vrai.>>
Ah! femmes, jeunes filles, coeurs feminins toujours
incomprehensibles! Quand vous n'etes pas les plus timides des
etres, vous en etes les plus braves! La raison n'a que faire
aupres de vous. Quoi! cette enfant m'encourageait a prendre
part a cette expedition! Elle n'eut pas craint de tenter
l'aventure. Elle m'y poussait, moi qu'elle aimait cependant!
J'etais deconcerte et, pourquoi ne pas le dire, honteux.
<maniere.
--Demain, cher Axel, je parlerai comme aujourd'hui.>>
Grauben et moi, nous tenant par la main, mais gardant un profond
silence, nous continuames notre chemin, j'etais brise par les
emotions de la journee.
<et, d'ici la, bien des evenements se passeront qui gueriront mon
oncle de sa manie de voyager sous terre.>>
La nuit etait venue quand nous arrivames a la maison de
Konig-strasse. Je m'attendais a trouver la demeure tranquille,
mon oncle couche suivant son habitude et la bonne Marthe donnant
a la salle a manger le dernier coup de plumeau du soir.
Mais j'avais compte sans l'impatience du professeur. Je le
trouvai criant, s'agitant au milieu d'une troupe de porteurs qui
dechargeaient certaines marchandises dans l'allee; la vieille
servante ne savait ou donner de la tete.
<oncle du plus loin qu'il m'apercut, et ta malle qui n'est pas
faite, et mes papiers qui ne sont pas en ordre, et mon sac de
voyage dont je ne trouve pas la clef, et mes guetres qui
n'arrivent pas!>>
Je demeurai stupefait. La voix me manquait pour parler. C'est a
peine si mes levres purent articuler ces mots:
<
--Oui, malheureux garcon, qui vas te promener au lieu d'etre la!
--Nous partons? repetai-je d'une voix affaiblie.
--Oui, apres-demain matin, a la premiere heure.>>
Je ne pus en entendre davantage, et je m'enfuis dans ma petite
chambre.
Il n'y avait plus a en douter; mon oncle venait d'employer son
apres-midi a se procurer une partie des objets et ustensiles
necessaires a son voyage; l'allee etait encombree d'echelles de
cordes a noeuds, de torches, de gourdes, de crampons de fer, de
pics, de batons ferres, de pioches, de quoi charger dix hommes au
moins.
Je passai une nuit affreuse. Le lendemain je m'entendis appeler
de bonne heure. J'etais decide a ne pas ouvrir ma porte. Mais
le moyen de resistera la douce voix qui prononcait ces mots: <cher Axel?>>
Je sortis de ma chambre. Je pensai que mon air defait, ma
paleur, mes yeux rougis par l'insomnie allaient produire leur
effet sur Grauben et changer ses idees.
<et que la nuit t'a calme.
--Calme!>> m'ecriai-je.
Je me precipitai vets mon miroir. Eh bien, j'avais moins
mauvaise mine que je ne le supposais. C'etait a n'y pas croire.
<C'est un hardi savant, un homme de grand courage, et tu te
souviendras que son sang coule dans tes veines. Il m'a raconte
ses projets, ses esperances, pourquoi et comment il espere
atteindre son but. Il y parviendra, je n'en doute pas. Ah!
cher Axel, c'est beau de se devouer ainsi a la science! Quelle
gloire attend M. Lidenbrock et rejaillira sur son compagnon! Au
retour, Axel, tu seras un homme, son egal, libre de parler, libre
d'agir, libre enfin de...>>
La jeune fille, rougissante, n'acheva pas. Ses paroles me
ranimaient. Cependant je ne voulais pas croire encore a notre
depart. J'entrainai Grauben vers le cabinet du professeur.
<
--Comment! tu en doutes?
--Non, dis-je afin de ne pas le contrarier. Seulement, je vous
demanderai ce qui nous presse.
--Mais le temps! le temps qui fuit avec une irreparable vitesse!
--Cependant nous ne sommes qu'au 26 mai, et jusqu'a la fin de
juin ...
--Eh! crois-tu donc, ignorant, qu'on se rende si facilement en
Islande? Si tu ne m'avais pas quitte comme un fou, je t'aurais
emmene au bureau-office de Copenhague, chez Liffender et Co. La,
tu aurais vu que de Copenhague a Reykjawik il n'y a qu'un
service.
--Eh bien?
--Eh bien! si nous attendions au 22 juin, nous arriverions trop
tard pour voir l'ombre du Scartaris caresser le cratere du
Sneffels; il faut donc gagner Copenhague au plus vite pour y
chercher un moyen de transport. Va faire ta malle!>>
Il n'y avait pas un mot a repondre. Je remontai dans ma chambre.
Grauben me suivit. Ce fut elle qui se chargea de mettre en
ordre, dans une petite valise, les objets necessaires a mon
voyage. Elle n'etait pas plus emue que s'il se fut agi d'une
promenade a Lubeck ou a Heligoland; ses petites mains allaient et
venaient sans precipitation; elle causait avec calme; elle me
donnait les raisons les plus sensees en faveur de notre
expedition. Elle m'enchantait, et je me sentais une grosse
colere contre elle. Quelquefois je voulais m'emporter, mais elle
n'y prenait garde et continuait methodiquement sa tranquille
besogne.
Enfin la derniere courroie de la valise fut bouclee. Je
descendis au rez-de-chaussee.
Pendant cette journee les fournisseurs d'instruments de physique,
d'armes, d'appareils electriques s'etaient multiplies. La bonne
Marthe en perdait la tete.
<> me dit-elle.
Je fis un signe affirmatif.
<>
Meme affirmation.
<>
J'indiquai du doigt le centre de la terre.
<
--Non, dis-je enfin, plus bas!>>
Le soir arriva. Je n'avais plus conscience du temps ecoule.
<precises.>>
A dix heures je tombai sur mon lit comme une masse inerte.
Pendant la nuit mes terreurs me reprirent.
Je la passai a rever de gouffres! J'etais en proie au delire.
Je me sentais etreint par la main vigoureuse du professeur,
entraine, abime, enlise! Je tombais au fond d'insondables
precipices avec cette vitesse croissante des corps abandonnes
dans l'espace. Ma vie n'etait plus qu'une chute interminable.
Je me reveillai a cinq heures, brise de fatigue et d'emotion. Je
descendis a la salle a manger. Mon oncle etait a table. Il
devorait. Je le regardai avec un sentiment d'horreur. Mais
Grauben etait la. Je ne dis rien. Je ne pus manger.
A cinq heures et demie, un roulement se fit entendre dans la rue.
Une large voiture arrivait pour nous conduire au chemin de fer
d'Altona. Elle fut bientot encombree des colis de mon oncle.
<
--Elle est prete, repondis-je en defaillant.
--Depeche-toi donc de la descendre, ou tu vas nous faire manquer
le train!>>
Lutter contre ma destinee me parut alors impossible. Je remontai
dans ma chambre, et, laissant glisser ma valise sur les marches
de l'escalier, je m'elancai a sa suite.
En ce moment mon oncle remettait solennellement entre les mains
de Grauben <> de sa maison. Ma jolie Virlandaise
conservait son calme habituel. Elle embrassa son tuteur, mais
elle ne put retenir une larme en effleurant ma joue de ses douces
levres.
<
--Va, mon cher Axel, va, me dit-elle, tu quittes ta fiancee, mais
tu trouveras ta femme au retour.>>
Je serrai Grauben dans mes bras, et pris place dans la voiture.
Marthe et la jeune fille, du seuil de la porte, nous adresserent
un dernier adieu; puis les deux chevaux, excites par le
sifflement de leur conducteur, s'elancerent au galop sur la route
d'Altona.
VIII
Altona, veritable banlieue de Hambourg, est tete de ligne du
chemin de fer de Kiel qui devait nous conduire au rivage des
Belt. En moins de vingt minutes, nous entrions sur le territoire
du Holstein.
A six heures et demie la voiture s'arreta devant la gare; les
nombreux colis de mon oncle, ses volumineux articles de voyage
furent decharges, transportes, peses, etiquetes, recharges dans
le wagon de bagages, et a sept heures nous etions assis l'un
vis-a-vis de l'autre dans le meme compartiment. La vapeur
siffla, la locomotive se mit en mouvement. Nous etions partis.
Etais-je resigne? Pas encore. Cependant l'air frais du matin,
les details de la route rapidement renouveles par la vitesse du
train me distrayaient de ma grande preoccupation.
Quant a la pensee du professeur, elle devancait evidemment ce
convoi trop lent au gre de son impatience. Nous etions seuls
dans le wagon, mais sans parler. Mon oncle revisitait ses poches
et son sac de voyage avec une minutieuse attention. Je vis bien
que rien ne lui manquait des pieces necessaires a l'execution de
ses projets.
Entre autres, une feuille de papier, pliee avec soin, portait
l'entete de la chancellerie danoise, avec la signature de
M. Christiensen, consul a Hambourg et l'ami du professeur. Cela
devait nous donner toute facilite d'obtenir a Copenhague des
recommandations pour le gouverneur de l'Islande.
J'apercus aussi le fameux document precieusement enfoui dans la
plus secrete poche du portefeuille. Je le maudis du fond du
coeur, et je me remis a examiner le pays. C'etait une vaste
suite de plaines peu curieuses, monotones, limoneuses et assez
fecondes: une campagne tres favorable a l'etablissement d'un
railway et propice a ces lignes droites si cheres aux compagnies
de chemins de fer.
Mais cette monotonie n'eut pas le temps de ma fatiguer, car,
trois heures apres notre depart, le train s'arretait a Kiel, a
deux pas de la mer.
Nos bagages etant enregistres pour Copenhague, il n'y eut pas a
s'en occuper. Cependant le professeur les suivit d'un oeil
inquiet pendant leur transport au bateau a vapeur. La ils
disparurent a fond de cale.
Mon oncle, dans sa precipitation, avait si bien calcule les
heures de correspondance du chemin de fer et du bateau, qu'il
nous restait une journee entiere a perdre. Le steamer
l'_Ellenora_, ne partait pas avant la nuit. De la une fievre de
neuf heures, pendant laquelle l'irascible voyageur envoya a tous
les diables l'administration des bateaux et des railways et les
gouvernements qui toleraient de pareils abus. Je dus faire
chorus avec lui quand il entreprit le capitaine de l'_Ellenora_ a
ce sujet. Il voulait l'obliger a chauffer sans perdre un
instant. L'autre l'envoya promener.
A Kiel, comme ailleurs, il faut bien qu'une journee se passe. A
force de nous promener sur les rivages verdoyants de la baie au
fond de laquelle s'eleve la petite ville, de parcourir les bois
touffus qui lui donnent l'apparence d'un nid dans un faisceau de
branches, d'admirer les villas pourvues chacune de leur petite
maison de bain froid, enfin de courir et de maugreer, nous
atteignimes dix heures du soir.
Les tourbillons de la fumee de l'_Ellenora_, se developpaient
dans le ciel; le pont tremblotait sous les frissonnements de la
chaudiere; nous etions a bord et proprietaires de deux couchettes
etagees dans l'unique chambre du bateau.
A dix heures un quart les amarres furent larguees, et le steamer
fila rapidement sur les sombres eaux du grand Belt.
La nuit etait noire; il y avait belle brise et forte mer;
quelques feux de la cote apparurent dans les tenebres; plus tard,
je ne sais, un phare a eclats etincela au-dessus des flots; ce
fut tout ce qui resta dans mon souvenir de cette premiere
traversee.
A sept heures du matin nous debarquions a Korsor, petite ville
situee sur la cote occidentale du Seeland. La nous sautions du
bateau dans un nouveau chemin de fer qui nous emportait a travers
un pays non moins plat que les campagnes du Holstein.
C'etait encore trois heures de voyage avant d'atteindre la
capitale du Danemark. Mon oncle n'avait pas ferme l'oeil de la
nuit. Dans son impatience, je crois qu'il poussait le wagon avec
ses pieds.
Enfin il apercut une echappee de mer.
<> s'ecria-t-il.
Il y avait sur notre gauche une vaste construction qui
ressemblait a un hopital.
<
--Bon, pensai-je, voila un etablissement ou nous devrions finir
nos jours! Et, si grand qu'il fut, cet hopital serait encore
trop petit pour contenir toute la folie du professeur
Lidenbrock!>>
Enfin, a dix heures du matin, nous prenions pied a Copenhague;
les bagages furent charges sur une voiture et conduits avec nous
a l'hotel du Phoenix dans Bred-Gade. Ce fut l'affaire d'une
demi-heure, car la gare est situee en dehors de la ville. Puis
mon oncle, faisant une toilette sommaire, m'entraina a sa suite.
Le portier de l'hotel parlait l'allemand et l'anglais; mais le
professeur, en sa qualite de polyglotte, l'interrogea en bon
danois, et ce fut en bon danois que ce personnage lui indiqua la
situation du Museum des Antiquites du Nord.
Le directeur de ce curieux etablissement, ou sont entassees des
merveilles qui permettraient de reconstruire l'histoire du pays
avec ses vieilles armes de pierre, ses hanaps et ses bijoux,
etait un savant, l'ami du consul de Hambourg, M. le professeur
Thomson.
Mon oncle avait pour lui une chaude lettre de recommandation. En
general, un savant en recoit assez mal un autre. Mais ici ce fut
tout autrement. M. Thomson, en homme serviable, fit un cordial
accueil au professeur Lidenbrock, et meme a son neveu. Dire que
notre secret fut garde vis-a-vis de l'excellent directeur du
Museum, c'est a peine necessaire. Nous voulions tout bonnement
visiter l'Islande en amateurs desinteresses.
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President Obama teams up with one of Marvel's greatest heroes, reports Alison Flood
Here's Michael Wolff, still doing the rounds promoting his Rupert Murdoch biography, The man who owns the news. This interview with Jon Stewart is fun. It starts off with Wolff saying: "You wanna start a rumour, tell Rupert. He's the biggest gossip I've ever met." And there's an amusing pay-off too. (Via Comedy Central/The E&P Pub) guardian.co.uk © Guardian News & Media Limited 2009 | Use of this content is subject to our Terms & Conditions | More Feeds

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For many years my local corner shop displayed a large sign in its window telling local residents to "use us or lose us!" It always looked a rather toothless threat to me. After all, if I didn't use them, what difference would it make to me if they weren't there? And surely a corner shop, one that had been there for years, would have enough customers to survive without recourse to such apocalyptic warning? But it didn't and was soon converted into flats. This community shop was destroyed not so much by the pressures of the supermarkets or people's commuting patterns, but simply by customer apathy. It's something to think about as crime writers and readers across the world mourn the imminent passing of Maxim Jakubowski's celebrated Charing Cross Road bookshop in London, Murder One. Apathy is a strange word to connect to a bookstore that thrives on passion. It's noticeable when you walk through the door, when you speak to the friendly, knowledgeable staff, when you look at the shelves and see the vast range of titles on offer. This isn't your regular kind of bookstore: the first time I visited spent a whole lunch break looking up and down, from floor to ceiling from table to table; it was an hour that changed my perception of both crime writing and of bookselling. Murder One was – and for a few weeks will remain – a shop that took crime seriously. Not in the sense that it intellectualised it, or made unsubstantiated claims for its importance, but in the way that it treated crime writing with the respect it was due. With a genre that has so many off-shoots, branches and sub-genres, it took a shop of Murder One's calibre to show just how diverse, interesting and mentally stimulating crime could be – far more than the guilty pleasure I had, until then, considered it. Thanks to judicious recommendations, enticing table displays and hours of foraging among the stacks, I discovered writers that I would never have picked up, let alone read. You could always get the latest blockbuster, but delve a little deeper and you'd find books that were not stocked anywhere else, novels that, like the perfect crime, were hidden from public view. The Martin Beck novels by Sjöwall & Wahlöö – probably my favourite sequence of novels in any genre – were introduced to me via Murder One, as were Kem Nunn, Sue Grafton, and Henning Mankell. It's also the staff of Murder One who piqued my interest in the inimitable Fred Vargas, and I can't thank them enough for the introduction. Inclusive and without snobbery, Murder One amply demonstrated that the best bookshops are places not just of commerce, but of community; places that make feel you belong. It's the kind of store that bibliophiles dream about: well-stocked, well-staffed and shabby enough to lose days browsing within. It's just unfortunate that such shops don't have enough paying customers to keep them afloat, or that these customers visit all too infrequently – something of which I'm certainly guilty. These kinds of shops are facing a long, bloody battle – and one which, without significant reinforcements, they are likely to lose. As we hear of the travesty of another brilliant independent going down, we'll mourn the loss, wring our hands and damn Amazon and the supermarkets and Waterstone's. Yet perhaps the most important detail we'll probably keep under wraps: the last time we actually spent any money there. Murder One closing its doors for the final time is undoubtedly a .38 shell for independent bookshops, but whether it's body blow or a warning shot all depends upon us, the consumers. No one, no matter how iconic or established, can exist on fond memories alone: just ask Woolworths. Use these shops now, because it doesn't take a master sleuth to deduce what will happen if we don't. guardian.co.uk © Guardian News & Media Limited 2009 | Use of this content is subject to our Terms & Conditions | More Feeds

In focus: Liz Jobey looks at the work of photographic printer Richard Benson
From winged wonders to creepy crawlies, Mark Doty is impressed by the creatures that emerged from his workshop on encountering animals

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