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Voyage au Centre de la Terre by Jules Verne

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M. Thomson se mit entierement a notre disposition, et nous
courumes les quais afin do chercher un navire en partance.

J'esperais que les moyens de transport manqueraient absolument;
mais il n'en fut rien. Une petite goelette danoise, la
_Valkyrie_, devait mettre a la voile le 2 juin pour Reykjawik.
Le capitaine, M. Bjarne, se trouvait a bord; son futur passager,
dans sa joie, lui serra les mains a les briser. Ce brave homme
fut un peu etonne d'une pareille etreinte. Il trouvait tout
simple d'aller en Islande, puisque c'etait son metier. Mon oncle
trouvait cela sublime. Le digne capitaine profita de cet
enthousiasme pour nous faire payer double le passage sur son
batiment. Mais nous n'y regardions pas de si pres.

<> dit M. Bjarne apres
avoir empoche un nombre respectable de species-dollars.

Nous remerciames alors M. Thomson de ses bons soins, et nous
revinmes a l'hotel du Phoenix.

<heureux hasard d'avoir trouve ce batiment pret a partir!
Maintenant dejeunons, et allons visiter la ville.>>

Nous nous rendimes a Kongens-Nye-Torw, place irreguliere ou se
trouve un poste avec deux innocents canons braques qui ne font
peur a personne. Tout pres, au ndeg. 5, il y avait une
<> francaise, tenue par un cuisinier nomme Vincent;
nous y dejeunames suffisamment pour le prix modere de quatre
marks chacun[1].

[1] 2fr. 75c. environ.

Puis je pris un plaisir d'enfant a parcourir la ville; mon oncle
se laissait promener; d'ailleurs il ne vit rien, ni
l'insignifiant palais du roi, ni le joli pont du dix-septieme
siecle qui enjambe le canal devant le Museum, ni cet immense
cenotaphe de Torwaldsen, orne de peintures murales horribles et
qui contient a l'interieur les oeuvres de ce statuaire, ni, dans
un assez beau parc, le chateau bonbonniere de Rosenborg, ni
l'admirable edifice renaissance de la Bourse, ni son clocher fait
avec les queues entrelacees de quatre dragons de bronze, ni les
grands moulins des remparts, dont les vastes ailes s'enflaient
comme les voiles d'un vaisseau au vent de la mer.

Quelles delicieuses promenades nous eussions faites, ma jolie
Virlandaise et moi, du cote du port ou les deux-ponts et les
fregates dormaient paisiblement sous leur toiture rouge, sur les
bords verdoyants du detroit, a travers ces ombrages touffus au
sein desquels se cache la citadelle, dont les canons allongent
leur gueule noiratre entre les branches des sureaux et des
saules!

Mais, helas! elle etait loin, ma pauvre Grauben, et pouvais-je
esperer de la revoir jamais!

Cependant, si mon oncle ne remarqua rien de ces sites
enchanteurs, il fut vivement frappe par la vue d'un certain
clocher situe dans l'ile d'Amak, qui forme le quartier sud-ouest
de Copenhague.

Je recus l'ordre de diriger nos pas de ce cote; je montai dans
une petite embarcation a vapeur qui faisait le service des
canaux, et, en quelques instants, elle accosta le quai de
Dock-Yard.

Apres avoir traverse quelques rues etroites ou des galeriens,
vetus de pantalons mi-partie jaunes et gris, travaillaient sous
le baton des argousins, nous arrivames devant Vor-Frelsers-Kirk.
Cette eglise n'offrait rien de remarquable. Mais voici pourquoi
son clocher assez eleve avait attire l'attention du professeur: a
partir de la plate-forme, un escalier exterieur circulait autour
de sa fleche, et ses spirales se deroulaient en plein ciel.

<
--Mais, le vertige? repliquai-je.

--Raison de plus, il faut s'y habituer.

--Cependant...

--Viens, te dis-je, ne perdons pas de temps.>> Il fallut obeir.
Un gardien, qui demeurait de l'autre cote de la rue, nous remit
une clef, et l'ascension commenca.

Mon oncle me precedait d'un pas alerte. Je le suivais non sans
terreur, car la tete me tournait avec une deplorable facilite.
Je n'avais ni l'aplomb des aigles ni l'insensibilite de leurs
nerfs.

Tant que nous fumes emprisonnes dans la vis interieure, tout alla
bien; mais apres cent cinquante marches l'air vint me frapper au
visage; nous etions parvenus a la plate-forme du clocher. La
commencait l'escalier aerien, garde par une frele rampe, et dont
les marches, de plus en plus etroites, semblaient monter vers
l'infini.

<
--Serais-tu poltron, par hasard? Monte!>> repondit
impitoyablement le professeur.

Force fut de le suivre en me cramponnant. Le grand air
m'etourdissait; je sentais le clocher osciller sous les rafales;
mes jambes se derobaient; je grimpai bientot sur les genoux, puis
sur le ventre; je fermais les yeux; j'eprouvais le mal de
l'espace.

Enfin, mon oncle me tirant par le collet, j'arrivai pres de la
boule.

<lecons d'abime!_>>

Je dus ouvrir les yeux. J'apercevais les maisons aplaties et
comme ecrasees par une chute, au milieu du brouillard des fumees.
Au-dessus de ma tete passaient des nuages echeveles, et, par un
renversement d'optique, ils me paraissaient immobiles, tandis que
le clocher, la boule, moi, nous etions entraines avec une
fantastique vitesse. Au loin, d'un cote s'etendait la campagne
verdoyante; de l'autre etincelait la mer sous un faisceau de
rayons. Le Sund se deroulait a la pointe d'Elseneur, avec
quelques voiles blanches, veritables ailes de goeland, et dans la
brume de l'est ondulaient les cotes a peine estompees de la
Suede. Toute cette immensite tourbillonnait a mes regards.

Neanmoins il fallut me lever, me tenir droit et regarder. Ma
premiere lecon de vertige dura une heure. Quand enfin il me fut
permis de redescendre et de toucher du pied le pave solide des
rues, j'etais courbature.

<> dit mon professeur.

Et en effet, pendant cinq jours, je repris cet exercice
vertigineux, et, bon gre mal gre, je fis des progres sensibles
dans l'art <>.



IX


Le jour du depart arriva. La veille, le complaisant M. Thomson
nous avait apporte des lettres de recommandations pressantes pour
le comte Trampe, gouverneur de l'Islande, M. Pietursson, le
coadjuteur de l'eveque, et M. Finsen, maire de Reykjawik. En
retour, mon oncle lui octroya les plus chaleureuses poignees de
main.

Le 2, a six heures du matin, nos precieux bagages etaient rendus
a bord de la _Valkyrie_. Le capitaine nous conduisit a des
cabines assez etroites et disposees sous une espece de rouf.

<
--Excellent, repondit le capitaine Bjarne. Un vent de sud-est.
Nous allons sortir du Sund grand largue et toutes voiles dehors.>>

Quelques instants plus tard, la goelette, sous sa misaine, sa
brigantine, son hunier et son perroquet, appareilla et donna a
pleine toile dans le detroit. Une heure apres la capitale du
Danemark semblait s'enfoncer dans les flots eloignes et la
_Valkyrie_ rasait la cote d'Elseneur. Dans la disposition
nerveuse ou je me trouvais, je m'attendais a voir l'ombre
d'Hamlet errant sur la terrasse legendaire.

<tu nous suivrais peut-etre pour venir au centre du globe chercher
une solution a ton doute eternel!>>

Mais rien ne parut sur les antiques murailles; le chateau est,
d'ailleurs, beaucoup plus jeune que l'heroique prince de
Danemark. Il sert maintenant de loge somptueuse au portier de ce
detroit du Sund ou passent chaque annee quinze mille navires de
toutes les nations.

Le chateau de Krongborg disparut bientot dans la brume, ainsi que
la tour d'Helsinborg, elevee sur la rive suedoise, et la goelette
s'inclina legerement sous les brises du Cattegat.

La _Valkyrie_ etait fine voiliere, mais avec un navire a voiles
on ne sait jamais trop sur quoi compter. Elle transportait a
Reykjawik du charbon, des ustensiles de menage, de la poterie,
des vetements de laine et une cargaison de ble; cinq hommes
d'equipage, tous Danois, suffisaient a la manoeuvrer.

<capitaine.

--Une dizaine de jours, repondit ce dernier, si nous ne
rencontrons pas trop de grains de nord-ouest par le travers des
Feroe.

--Mais, enfin, vous n'etes pas sujet a eprouver des retards
considerables?

--Non, monsieur Lidenbrock; soyez tranquille, nous arriverons.>>

Vers le soir la goelette doubla le cap Skagen a la pointe nord du
Danemark, traversa pendant la nuit le Skager-Rak, rangea
l'extremite de la Norvege par le travers du cap Lindness et donna
dans la mer du Nord.

Deux jours apres, nous avions connaissance des cotes d'Ecosse a
la hauteur de Peterheade, et la _Valkyrie_ se dirigea vers les
Feroe en passant entre les Orcades et les Seethland.

Bientot notre goelette fut battue par les vagues de l'Atlantique;
elle dut louvoyer contre le vent du nord et n'atteignit pas sans
peine les Feroe. Le 3, le capitaine reconnut Myganness, la plus
orientale de ces iles, et, a partir de ce moment, il marcha droit
au cap Portland, situe sur la cote meridionale de l'Islande.

La traversee n'offrit aucun incident remarquable. Je supportai
assez bien les epreuves de la mer; mon oncle, a son grand depit,
et a sa honte plus grande encore, ne cessa pas d'etre malade.

Il ne put donc entreprendre le capitaine Bjarne sur la question
du Sneffels, sur les moyens de communication, sur les facilites
de transport; il dut remettra ses explications a son arrivee et
passa tout son temps etendu dans sa cabine, dont les cloisons
craquaient par les grands coups de tangage. Il faut l'avouer, il
meritait un peu son sort.

Le 11, nous relevames le cap Portland; le temps, clair alors,
permit d'apercevoir le Myrdals Yocul, qui le domine. Le cap se
compose d'un gros morne a pentes roides, et plante tout seul sur
la plage.

La _Valkyrie_ se tint a une distance raisonnable des cotes, en
les prolongeant vers l'ouest, au milieu de nombreux troupeaux de
baleines et de requins. Bientot apparut un immense rocher perce
a jour, au travers duquel la mer ecumeuse donnait avec furie.
Les ilots de Westman semblerent sortir de l'Ocean, comme une
semee de rocs sur la plaine liquide. A partir de ce moment, la
goelette prit du champ pour tourner a bonne distance le cap
Reykjaness, qui ferme l'angle occidental de l'Islande.

La mer, tres forte, empechait mon oncle de monter sur le pont
pour admirer ces cotes dechiquetees et battues par les vents du
sud-ouest.

Quarante-huit heures apres, en sortant d'une tempete qui forca la
goelette de fuir a sec de toile, on releva dans l'est la balise
de la pointe de Skagen, dont les roches dangereuses se prolongent
a une grande distance sous les flots. Un pilote islandais vint a
bord, et, trois heures plus tard, la _Valkyrie_ mouillait devant
Reykjawik, dans la baie de Faxa.

Le professeur sortit enfin de sa cabine, un peu pale, un peu
defait, mais toujours enthousiaste, et avec un regard de
satisfaction dans les yeux.

La population de la ville, singulierement interessee par
l'arrivee d'un navire dans lequel chacun a quelque chose a
prendre, se groupait sur le quai.

Mon oncle avait hate d'abandonner sa prison flottante, pour ne
pas dire son hopital. Mais avant de quitter le pont de la
goelette, il m'entraina a l'avant, et la, du doigt, il me montra,
a la partie septentrionale de la baie, une haute montagne a deux
pointes, un double cone couvert de neiges eternelles.

<>

Puis, apres m'avoir recommande du geste un silence absolu, il
descendit dans le canot qui l'attendait. Je le suivis, et
bientot nous foulions du pied le sol de l'Islande.

Tout d'abord apparut un homme de bonne figure et revetu d'un
costume de general. Ce n'etait cependant qu'un simple magistrat,
le gouverneur de l'ile, M. le baron Trampe en personne. Le
professeur reconnut a qui il avait affaire. Il remit au
gouverneur ses lettres de Copenhague, et il s'etablit en danois
une courte conversation a laquelle je demeurai absolument
etranger, et pour cause. Mais de ce premier entretien il resulta
ceci: que le baron Trampe se mettait entierement a la disposition
du professeur Lidenbrock.

Mon oncle recut un accueil fort aimable du maire, M. Finson, non
moins militaire par le costume que le gouverneur, mais aussi
pacifique par temperament et par etat.

Quant au coadjuteur, M. Pictursson, il faisait actuellement une
tournee episcopale dans le Bailliage du nord; nous devions
renoncer provisoirement a lui etre presentes. Mais un charmant
homme, et dont le concours nous devint fort precieux, ce fut
M. Fridriksson, professeur de sciences naturelles a l'ecole de
Reykjawik. Ce savant modeste ne parlait que l'islandais et le
latin; il vint m'offrir ses services dans la langue d'Horace, et
je sentis que nous etions faits pour nous comprendre. Ce fut, en
effet, le seul personnage avec lequel je pus m'entretenir pendant
mon sejour en Islande.

Sur trois chambres dont se composait sa maison, cet excellent
homme en mit deux a notre disposition, et bientot nous y fumes
installes avec nos bagages, dont la quantite etonna un peu les
habitants de Reykjawik.

<est fait.

--Comment, le plus difficile? m'ecriai-je:

--Sans doute, nous n'avons plus qu'a descendre!

--Si vous le prenez ainsi, vous avez raison; mais enfin, apres
avoir descendu, il faudra remonter, j'imagine?

--Oh! cela ne m'inquiete guere! Voyons! il n'y a pas de temps
a perdre. Je vais me rendre a la bibliotheque. Peut-etre s'y
trouve-t-il quelque manuscrit de Saknussemm, et je serais bien
aise de le consulter.

--Alors, pendant ce temps, je vais visiter la ville. Est-ce que
vous n'en ferez pas autant?

--Oh! cela m'interesse mediocrement. Ce qui est curieux dans
cette terre d'Islande n'est pas dessus, mais dessous.

Je sortis et j'errai au hasard.

S'egarer dans les deux rues de Reykjawik n'eut pas ete chose
facile. Je ne fus donc pas oblige de demander mon chemin, ce
qui, dans la langue des gestes, expose a beaucoup de mecomptes.

La ville s'allonge sur un sol assez bas et marecageux, entre deux
collines. Une immense coulee de laves la couvre d'un cote et
descend en rampes assez douces vers la mer. De l'autre s'etend
cette vaste baie de Faxa bornee au nord par l'enorme glacier du
Sneffels, et dans laquelle la _Valkyrie_ se trouvait seule a
l'ancre en ce moment. Ordinairement les gardes-peche anglais et
francais s'y tiennent mouilles au large; mais ils etaient alors
en service sur les cotes orientales de l'ile.

La plus longue des deux rues de Reykjawik est parallele au
rivage; la demeurent les marchands et les negociants, dans des
cabanes de bois faites de poutres rouges horizontalement
disposees; l'autre rue, situee plus a l'ouest, court vers un
petit lac, entre les maisons de l'eveque et des autres
personnages etrangers au commerce. J'eus bientot arpente ces
voies mornes et tristes; j'entrevoyais parfois un bout de gazon
decolore, comme un vieux tapis de laine rape par l'usage, ou bien
quelque apparence de verger, dont les rares legumes, pommes de
terre, choux et laitues, eussent figure a l'aise sur une table
lilliputienne; quelques giroflees maladives essayaient aussi de
prendre un petit air de soleil.

Vers le milieu de la rue non commercante, je trouvai le cimetiere
public enclos d'un mur en terre, et dans lequel la place ne
manquait pas. Puis, en quelques enjambees, j'arrivai a la maison
du gouverneur, une masure comparee a l'hotel de ville de
Hambourg, un palais aupres des huttes de la population
islandaise.

Entre le petit lac et la ville s'elevait l'eglise, batie dans le
gout protestant et construite en pierres calcinees dont les
volcans font eux-memes les frais d'extraction; par les grands
vents d'ouest, son toit de tuiles rouges devait evidemment se
disperser dans les airs au grand dommage des fideles.

Sur une eminence voisine, j'apercus l'Ecole Nationale, ou, comme
je l'appris plus tard de notre hote, on professait: l'hebreu,
l'anglais, le francais et le danois, quatre langues dont, a ma
honte, je ne connaissais pas le premier mot. J'aurais ete le
dernier des quarante eleves que comptait ce petit college, et
indigne de coucher avec eux dans ces armoires a deux
compartiments ou de plus delicats etoufferaient des la premiere
nuit.

En trois heures j'eus visite non seulement la villa, mais ses
environs. L'aspect general en etait singulierement triste. Pas
d'arbres, pas de vegetation, pour ainsi dire. Partout les aretes
vives des roches volcaniques. Les huttes des Islandais sont
faites de terre et de tourbe, et leurs murs inclines en dedans;
elles ressemblent a des toits poses sur le sol. Seulement ces
toits sont des prairies relativement fecondes. Grace a la
chaleur de l'habitation, l'herbe y pousse avec assez de
perfection, et on la fauche soigneusement a l'epoque de la
fenaison, sans quoi les animaux domestiques viendraient paitre
sur ces demeures verdoyantes.

Pendant mon excursion, je rencontrai peu d'habitants; en revenant
de la rue commercante, je vis la plus grande partie de la
population occupee a secher, saler et charger des morues,
principal article d'exportation. Les hommes paraissaient
robustes, mais lourds, des especes d'Allemands blonds, a l'oeil
pensif, qui se sentent un peu en dehors de l'humanite, pauvres
exiles relegues sur cette terre de glace, dont la nature aurait
bien du faire des Esquimaux, puisqu'elle les condamnait a vivre
sur la limite du cercle polaire! J'essayais en vain de
surprendre un sourire sur leur visage; ils riaient quelquefois
par une sorte de contraction involontaire des muscles, mais ils
ne souriaient jamais.

Leur costume consistait en une grossiere vareuse de laine noire
connue dans tous les pays scandinaves sous le nom de <>, un
chapeau a vastes bords, un pantalon a lisere rouge et un morceau
de cuir replie en maniere de chaussure.

Les femmes, a figure triste et resignee, d'un type assez
agreable, mais sans expression, etaient vetues d'un corsage et
d'une jupe de <> sombre: filles, elles portaient sur leurs
cheveux tresses en guirlandes un petit bonnet de tricot brun;
mariees, elles entouraient leur tete d'un mouchoir de couleur,
surmonte d'un cimier de toile blanche.

Apres une bonne promenade, lorsque je rentrai dans la maison de
M. Fridriksson, mon oncle s'y trouvait deja en compagnie de son
hote.



X


Le diner etait pret; il fut devore avec avidite par le professeur
Lidenbrock, dont la diete forcee du bord avait change l'estomac
en un gouffre profond. Ce repas, plus danois qu'islandais, n'eut
rien de remarquable en lui-meme; mais notre hote, plus islandais
que danois, me rappela les heros de l'antique hospitalite. Il me
parut evident que nous etions chez lui plus que lui-meme.

La conversation se fit en langue indigene, que mon oncle
entremelait d'allemand et M. Fridriksson de latin, afin que je
pusse la comprendre. Elle roula sur des questions scientifiques,
comme il convient a des savants; mais le professeur Lidenbrock se
tint sur la plus excessive reserve, et ses yeux me
recommandaient, a chaque phrase, un silence absolu touchant nos
projets a venir.

Tout d'abord, M. Fridriksson s'enquit aupres de mon oncle du
resultat de ses recherches a la bibliotheque

<de livres depareilles sur des rayons presque deserts.

--Comment! repondit M. Fridriksson, nous possedons huit mille
volumes dont beaucoup sont precieux et rares, des ouvrages en
vieille langue Scandinave, et toutes les nouveautes dont
Copenhague nous approvisionne chaque annee.

--Ou prenez-vous ces huit mille volumes? Pour mon compte...

--Oh! monsieur Lidenbrock, ils courent le pays; on a le gout de
l'etude dans notre vieille ile de glace! Pas un fermier, pas un
pecheur qui ne sache lire et ne lise. Nous pensons que des
livres, au lieu de moisir derriere une grille de fer, loin des
regards curieux, sont destines a s'user sous les yeux des
lecteurs. Aussi ces volumes passent-ils de main en main,
feuilletes, lus et relus, et souvent ils ne reviennent a leur
rayon qu'apres un an ou deux d'absence.

--En attendant, repondit mon oncle avec un certain depit, les
etrangers...

--Que voulez-vous! les etrangers ont chez eux leurs bibliotheques,
et, avant tout, il faut que nos paysans s'instruisent. Je vous
le repete, l'amour de l'etude est dans le sang islandais. Aussi,
en 1816, nous avons fonde une Societe Litteraire qui va bien; des
savants etrangers s'honorent d'en faire partie; elle publie des
livres destines a l'education de nos compatriotes et rend de
veritables services au pays. Si vous voulez etre un de nos
membres correspondants, monsieur Lidenbrock, vous nous ferez le
plus grand plaisir.>>

Mon oncle, qui appartenait deja a une centaine de societes
scientifiques, accepta avec une bonne grace dont fut touche
M. Fridriksson.

<vous esperiez trouver a notre bibliotheque, et je pourrai
peut-etre vous renseigner a leur egard.>>

Je regardai mon oncle. Il hesita a repondre. Cela touchait
directement a ses projets. Cependant, apres avoir reflechi, il
se decida a parler.

<ouvrages anciens, vous possediez ceux d'Arne Saknussemm?

--Arne Saknussemm! repondit le professeur de Reykjawik; vous
voulez parler de ce savant du seizieme siecle, a la fois grand
naturaliste, grand alchimiste et grand voyageur?

--Precisement

--Une des gloires de la litterature et de la science islandaises?

--Comme vous dites.

--Un homme illustre entre tous?

--Je vous l'accorde.

--Et dont l'audace egalait le genie?

--Je vois que vous le connaissez bien.>> Mon oncle nageait dans la
joie a entendre parler ainsi de son heros. Il devorait des yeux
M. Fridriksson.

<
--Ah! ses ouvrages, nous ne les avons pas!

--Quoi! en Islande?

--Ils n'existent ni en Islande ni ailleurs.

--Et pourquoi?

--Parce que Arne Saknussemm fut persecute pour cause d'heresie,
et qu'en 1573 ses ouvrages furent brules a Copenhague par la main
du bourreau.

--Tres bien! Parfait! s'ecria mon oncle, au grand scandale du
professeur de sciences naturelles,

--Hein? fit ce dernier.

--Oui! tout s'explique, tout s'enchaine, tout est clair, et je
comprends pourquoi Saknussemm, mis a l'index et force de cacher
les decouvertes de son genie, a du enfouir dans un
incomprehensible cryptogramme le secret...

--Quel secret? demanda vivement M. Fridriksson.

--Un secret qui... dont..., repondit mon oncle en balbutiant.

--Est-ce que vous auriez quelque document particulier? reprit
notre hote.

--Non. Je faisais une pure supposition.

--Bien, repondit M. Fridriksson, qui eut la bonte de ne pas
insister en voyant le trouble de son interlocuteur. J'espere,
ajouta-t-il, que vous ne quitterez pas notre ile sans avoir puise
a ses richesses mineralogiques?

--Certes, repondit mon oncle; mais j'arrive un peu tard; des
savants ont deja passe par ici?

--Oui, monsieur Lidenbrock; les travaux de MM. Olafsen et
Povelsen executes par ordre du roi, les etudes de Troil, la
mission scientifique de MM. Gaimard et Robert, a bord de la
corvette francaise _la Recherche_[1], et dernierement, les
observations des savants embarques sur la fregate _la
Reine-Hortense_, ont puissamment contribue a la reconnaissance de
l'Islande. Mais, croyez-moi, il y a encore a faire.

[1] _La Recherche_ fut envoyee en 1835 par l'amiral Duperre
pour retrouver les traces d'une expedition perdue, celle de
M. de Blosseville et de _la Lilloise_, dont on n'a jamais eu de
nouvelles.

--Vous pensez? demanda mon oncle d'un air bonhomme, en essayant
de moderer l'eclair de ses yeux.

--Oui. Que de montagnes, de glaciers, de volcans a etudier, qui
sont peu connus! Et tenez, sans aller plus loin, voyez ce mont
qui s'eleve a l'horizon; c'est le Sneffels.

--Ah! fit mon oncle, le Sneffels.

--Oui, l'un des volcans les plus curieux et dont on visite
rarement le cratere.

--Eteint?

--Oh! eteint depuis cinq cents ans.

--Eh bien! repondit mon oncle, qui se croisait frenetiquement
les jambes pour ne pas sauter en l'air, j'ai envie de commencer
mes etudes geologiques par ce Seffel... Fessel... comment
dites-vous?

--Sneffels, reprit l'excellent M. Fridriksson.>>

Cette partie de la conversation avait eu lieu en latin; j'avais
tout compris, et je gardais a peine mon serieux a voir mon oncle
contenir sa satisfaction qui debordait de toutes parts; il
prenait un petit air innocent qui ressemblait a la grimace d'un
vieux diable.

<ce Sneffels, peut-etre meme d'etudier son cratere!

--Je regrette bien, repondit M. Fridriksson, que mes occupations
ne me permettent pas de m'absenter; je vous aurais accompagne
avec plaisir et profit.

--Oh! non, oh! non, repondit vivement mon oncle; nous ne
voulons deranger personne, monsieur Fridriksson; je vous remercie
de tout mon coeur. La presence d'un savant tel que vous eut ete
tres utile, mais les devoirs de votre profession...>>

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President Obama teams up with one of Marvel's greatest heroes, reports Alison Flood

Here's Michael Wolff, still doing the rounds promoting his Rupert Murdoch biography, The man who owns the news. This interview with Jon Stewart is fun. It starts off with Wolff saying: "You wanna start a rumour, tell Rupert. He's the biggest gossip I've ever met." And there's an amusing pay-off too. (Via Comedy Central/The E&P Pub)

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For many years my local corner shop displayed a large sign in its window telling local residents to "use us or lose us!" It always looked a rather toothless threat to me. After all, if I didn't use them, what difference would it make to me if they weren't there? And surely a corner shop, one that had been there for years, would have enough customers to survive without recourse to such apocalyptic warning? But it didn't and was soon converted into flats.

This community shop was destroyed not so much by the pressures of the supermarkets or people's commuting patterns, but simply by customer apathy. It's something to think about as crime writers and readers across the world mourn the imminent passing of Maxim Jakubowski's celebrated Charing Cross Road bookshop in London, Murder One.

Apathy is a strange word to connect to a bookstore that thrives on passion. It's noticeable when you walk through the door, when you speak to the friendly, knowledgeable staff, when you look at the shelves and see the vast range of titles on offer. This isn't your regular kind of bookstore: the first time I visited spent a whole lunch break looking up and down, from floor to ceiling from table to table; it was an hour that changed my perception of both crime writing and of bookselling.

Murder One was – and for a few weeks will remain – a shop that took crime seriously. Not in the sense that it intellectualised it, or made unsubstantiated claims for its importance, but in the way that it treated crime writing with the respect it was due. With a genre that has so many off-shoots, branches and sub-genres, it took a shop of Murder One's calibre to show just how diverse, interesting and mentally stimulating crime could be – far more than the guilty pleasure I had, until then, considered it.

Thanks to judicious recommendations, enticing table displays and hours of foraging among the stacks, I discovered writers that I would never have picked up, let alone read. You could always get the latest blockbuster, but delve a little deeper and you'd find books that were not stocked anywhere else, novels that, like the perfect crime, were hidden from public view. The Martin Beck novels by Sjöwall & Wahlöö – probably my favourite sequence of novels in any genre – were introduced to me via Murder One, as were Kem Nunn, Sue Grafton, and Henning Mankell. It's also the staff of Murder One who piqued my interest in the inimitable Fred Vargas, and I can't thank them enough for the introduction.

Inclusive and without snobbery, Murder One amply demonstrated that the best bookshops are places not just of commerce, but of community; places that make feel you belong. It's the kind of store that bibliophiles dream about: well-stocked, well-staffed and shabby enough to lose days browsing within. It's just unfortunate that such shops don't have enough paying customers to keep them afloat, or that these customers visit all too infrequently – something of which I'm certainly guilty.

These kinds of shops are facing a long, bloody battle – and one which, without significant reinforcements, they are likely to lose. As we hear of the travesty of another brilliant independent going down, we'll mourn the loss, wring our hands and damn Amazon and the supermarkets and Waterstone's. Yet perhaps the most important detail we'll probably keep under wraps: the last time we actually spent any money there.

Murder One closing its doors for the final time is undoubtedly a .38 shell for independent bookshops, but whether it's body blow or a warning shot all depends upon us, the consumers. No one, no matter how iconic or established, can exist on fond memories alone: just ask Woolworths. Use these shops now, because it doesn't take a master sleuth to deduce what will happen if we don't.

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