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Voyage au Centre de la Terre by Jules Verne
J >> Jules Verne >> Voyage au Centre de la Terre Pages: 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17
J'aime a penser que notre hote, dans l'innocence de son ame
islandaise, ne comprit pas les grosses malices de mon oncle.
< par ce volcan; vous ferez la une ample moisson d'observations
curieuses. Mais, dites-moi, comment comptez-vous gagner la
presqu'ile de Sneffels!
--Par mer, en traversant la baie. C'est la route la plus rapide.
--Sans doute; mais elle est impossible a prendre.
--Pourquoi?
--Parce que nous n'avons pas un seul canot a Reykjawik.
--Diable!
--Il faudra aller par terre, en suivant la cote. Ce sera plus
long, mais plus interessant.
--Bon. Je verrai a me procurer un guide.
--J'en ai precisement un a vous offrir.
--Un homme sur, intelligent?
--Oui, un habitant de la presqu'ile. C'est un chasseur d'eider,
fort habile, et dont vous serez content. Il parle parfaitement
le danois.
--Et quand pourrai-je le voir?
--Demain, si cela vous plait.
--Pourquoi pas aujourd'hui?
--C'est qu'il n'arrive que demain.
--A demain donc,>> repondit mon oncle avec un soupir.
Cette importante conversation se termina quelques instants plus
tard par de chaleureux remerciments du professeur allemand au
professeur islandais. Pendant ce diner, mon oncle venait
d'apprendre des choses importantes, entre autres l'histoire de
Saknussemm, la raison de son document mysterieux, comme quoi son
hote ne l'accompagnerait pas dans son expedition, et que des le
lendemain un guide serait a ses ordres.
XI
Le soir, je fis une courte promenade sur les rivages de
Reykjawik, et je revins de bonne heure me coucher dans mon lit de
grosses planches, ou je dormis d'un profond sommeil.
Quand je me reveillai, j'entendis mon oncle parler abondamment
dans la salle voisine. Je me levai aussitot et je me hatai
d'aller le rejoindre.
Il causait en danois avec un homme de haute taille,
vigoureusement decouple. Ce grand gaillard devait etre d'une
force peu commune. Ses yeux, perces dans une tete tres grosse et
assez naive, me parurent intelligents. Ils etaient d'un bleu
reveur. De longs cheveux, qui eussent passe pour roux, meme en
Angleterre, tombaient sur ses athletiques epaules. Cet indigene
avait les mouvements souples, mais il remuait peu les bras, en
homme qui ignorait ou dedaignait la langue des gestes. Tout en
lui revelait un temperament d'un calme parfait, non pas indolent,
mais tranquille. On sentait qu'il ne demandait rien a personne,
qu'il travaillait a sa convenance, et que, dans ce monde, sa
philosophie ne pouvait etre ni etonnee ni troublee.
Je surpris les nuances de ce caractere, a la maniere dont
l'Islandais ecouta le verbiage passionne de son interlocuteur.
Il demeurait les bras croises, immobile au milieu des gestes
multiplies de mon oncle; pour nier, sa tete tournait de gauche a
droite; elle s'inclinait pour affirmer, et cela si peu, que ses
longs cheveux bougeaient a peine; c'etait l'economie du mouvement
poussee jusqu'a l'avarice.
Certes, a voir cet homme, je n'aurais jamais devine sa profession
de chasseur; celui-la ne devait pas effrayer le gibier, a coup
sur, mais comment pouvait-il l'atteindre?
Tout s'expliqua quand M. Fridriksson m'apprit que ce tranquille
personnage n'etait qu'un <>, oiseau dont le duvet
constitue la plus grande richesse de l'ile. En effet, ce duvet
s'appelle l'edredon, et il ne faut pas une grande depense de
mouvement pour le recueillir.
Aux premiers jours de l'ete, la femelle de l'eider, sorte de joli
canard, va batir son nid parmi les rochers des fjords[1] dont la
cote est toute frangee; ce nid bati, elle le tapisse avec de
fines plumes qu'elle s'arrache du ventre. Aussitot le chasseur,
ou mieux le negociant, arrive, prend le nid, et la femelle de
recommencer son travail; cela dure ainsi tant qu'il lui reste
quelque duvet. Quand elle s'est entierement depouillee, c'est au
male de se deplumer a son tour. Seulement, comme la depouille
dure et grossiere de ce dernier n'a aucune valeur commerciale, le
chasseur ne prend pas la peine de lui voler le lit de sa couvee;
le nid s'acheve donc; la femelle pond ses oeufs; les petits
eclosent, et, l'annee suivante, la recolte de l'edredon
recommence.
[1] Nom donne aux golfes etroits dans les pays scandinaves.
Or, comme l'eider ne choisit pas les rocs escarpes pour y batir
son nid, mais plutot des roches faciles et horizontales qui vont
se perdre en mer, le chasseur islandais pouvait exercer son
metier sans grande agitation. C'etait un fermier qui n'avait ni
a semer ni a couper sa moisson, mais a la recolter seulement.
Ce personnage grave, flegmatique et silencieux, se nommait Hans
Bjelke; il venait a la recommandation de M. Fridriksson. C'etait
notre futur guide.
Ses manieres contrastaient singulierement avec celles de mon
oncle.
Cependant ils s'entendirent facilement. Ni l'un ni l'autre ne
regardaient au prix; l'un pret a accepter ce qu'on lui offrait,
l'autre pret a donner ce qui lui serait demande. Jamais marche
ne fut plus facile a conclure.
Or, des conventions il resulta que Hans s'engageait a nous
conduire au village de Stapi, situe sur la cote meridionale de la
presqu'ile du Sneffels, au pied meme du volcan. Il fallait
compter par terre vingt-deux milles environ, voyage a faire en
deux jours, suivant l'opinion de mon oncle.
Mais quand il apprit qu'il s'agissait de milles danois de
vingt-quatre mille pieds, il dut rabattre de son calcul et
compter, vu l'insuffisance des chemins, sur sept ou huit jours de
marche.
Quatre chevaux devaient etre mis a sa disposition, deux pour le
porter, lui et moi, deux autres destines a nos bagages. Hans,
suivant son habitude, irait a pied. Il connaissait parfaitement
cette partie de la cote, et il promit de prendre par le plus
court.
Son engagement avec mon oncle n'expirait pas a notre arrivee a
Stapi; il demeurait a son service pendant tout le temps
necessaire a nos excursions scientifiques au prix de trois
rixdales par semaine[1]. Seulement, il fut expressement convenu
que cette somme serait comptee au guide chaque samedi soir,
condition _sine qua non_ de son engagement.
[1] 16fr. 08 c.
Le depart fut fixe au 16 juin. Mon oncle voulut remettre au
chasseur les arrhes du marche, mais celul-ci refusa d'un seul
mot.
<> fit-il.
Apres,>> me dit le professeur pour mon edification.
Hans, le traite conclu, se retira tout d'une piece.
<merveilleux role que l'avenir lui reserve de jouer.
--Il nous accompagne donc jusqu'au...
--Oui, Axel, jusqu'au centre de la terre.>>
Quarante-huit heures restaient encore a passer; a mon grand
regret, je dus les employer a nos preparatifs; toute notre
intelligence fut employee a disposer chaque objet de la facon la
plus avantageuse, les instruments d'un cote, les armes d'un
autre, les outils dans ce paquet, les vivres dans celui-la. En
tout quatre groupes.
Les instruments comprenaient:
1deg. Un thermometre centigrade de Eigel, gradue jusqu'a cent
cinquante degres, ce qui me paraissait trop ou pas assez. Trop,
si la chaleur ambiante devait monter la, auquel cas nous aurions
cuit. Pas assez, s'il s'agissait de mesurer la temperature de
sources ou toute autre matiere en fusion.
2deg. Un manometre a air comprime, dispose de maniere a indiquer des
pressions superieures a celles de l'atmosphere au niveau de
l'Ocean. En effet, le barometre ordinaire n'eut pas suffi, la
pression atmospherique devant augmenter proportionnellement a
notre descente au-dessous de la surface de la terre.
3deg. Un chronometre de Boissonnas jeune de Geneve, parfaitement
regle au meridien de Hambourg.
4deg. Deux boussoles d'inclinaison et de declinaison.
5deg. Une lunette de nuit.
6deg. Deux appareils de Ruhmkorff, qui, au moyen d'un courant
electrique, donnaient une lumiere tres portative, sure et peu
encombrante.[1]
[1] L'appareil de M. Ruhnmkorff consiste en une pile de Bunzen,
mise en activite au moyen du bichromate de potasse qui ne donne
aucune odeur. Une bobine d'induction met l'electricite
produite par la pile en communication avec une lanterne d'une
disposition particuliere; dans cette lanterne se trouve un
serpentin de verre ou le vide a ete fait, et dans lequel reste
seulement un residu de gaz carbonique ou d'azote. Quand
l'appareil fonctionne, ce gaz devient lumineux en produisant
une lumiere blanchatre et continue. La pile et la bobine sont
placees dans un sac de cuir que le voyageur porte en
bandouliere. La lanterne, placee exterieurement, eclaire tres
suffisamment dans les profondes obscurites; elle permet de
s'aventurer, sans craindre aucune explosion, au milieu des gaz
les plus inflammables, et ne s'eteint pas meme au sein des plus
profonds cours d'eau. M. Ruhmkorff est un savant et habile
physicien. Sa grande decouverte, c'est sa bobine d'induction
qui permet de produire de l'electricite a haute tension. Il a
obtenu, en 1864, le prix quinquennal de 50,000 fr. que la
France reservait a la plus ingenieuse application de
l'electricite.
Les armes consistaient en deux carabines de Purdley More et Co,
et de deux revolvers Colt. Pourquoi des armes? Nous n'avions ni
sauvages ni betes feroces a redouter, je suppose. Mais mon oncle
paraissait tenir a son arsenal comme a ses instruments, surtout a
une notable quantite de fulmi-coton inalterable a l'humidite, et
dont la force expansive est fort superieure a celle de la poudre
ordinaire.
Les outils comprenaient deux pics, deux pioches, une echelle de
soie, trois batons ferres, une hache, un marteau, une douzaine de
coins et pitons de fer, et de longues cordes a noeuds. Cela ne
laissait pas de faire un fort colis, car l'echelle mesurait trois
cents pieds de longueur.
Enfin, il y avait les provisions; le paquet n'etait pas gros,
mais rassurant, car je savais qu'en viande concentree et en
biscuits secs il contenait pour six mois de vivres. Le genievre
en formait toute la partie liquide, et l'eau manquait totalement;
mais nous avions des gourdes, et mon oncle comptait sur les
sources pour les remplir; les objections que j'avais pu faire sur
leur qualite, leur temperature, et meme leur absence, etaient
restees sans succes.
Pour completer la nomenclature exacte de nos articles de voyage,
je noterai une pharmacie portative contenant des ciseaux a lames
mousses, des attelles pour fracture, une piece de ruban en fil
ecru, des bandes et compresses, du sparadrap, une palette pour
saignee, toutes choses effrayantes; de plus, une serie de flacons
contenant de la dextrine, de l'alcool vulneraire, de l'acetate de
plomb liquide, de l'ether, du vinaigre et de l'ammoniaque, toutes
drogues d'un emploi peu rassurant; enfin les matieres necessaires
aux appareils de Ruhmkorff.
Mon oncle n'avait eu garde d'oublier la provision de tabac, de
poudre de chasse et d'amadou, non plus qu'une ceinture de cuir
qu'il portait autour des reins et ou se trouvait une suffisante
quantite de monnaie d'or, d'argent et de papier. De bonnes
chaussures, rendues impermeables par un enduit de goudron et de
gomme elastique, se trouvaient au nombre de six paires dans le
groupe des outils.
<pas aller loin,>> me dit mon oncle.
La journee du 14 fut employee tout entiere a disposer ces
differents objets. Le soir, nous dinames chez le baron Trampe,
en compagnie du maire de Reykjawik et du docteur Hyaltalin, le
grand medecin du pays. M. Fridriksson n'etait pas au nombre des
convives; j'appris plus tard que le gouverneur et lui se
trouvaient en desaccord sur une question d'administration et ne
se voyaient pas. Je n'eus donc pas l'occasion de comprendre un
mot de ce qui se dit pendant ce diner semi-officiel. Je
remarquai seulement que mon oncle parla tout le temps.
Le lendemain 15, les preparatifs furent acheves. Notre hote fit
un sensible plaisir au professeur en lui remettant une carte de
l'Islande, incomparablement plus parfaite que celle d'Henderson,
la carte de M. Olaf Nikolas Olsen, reduite au 1/400000, et
publiee par la Societe litteraire islandaise, d'apres les travaux
geodesiques de M. Scheel Frisac, et le leve topographique de
M. Bjorn Gumlaugsonn. C'etait un precieux document pour un
mineralogiste.
La derniere soiree se passa dans une intime causerie avec
M. Fridrikssonn, pour lequel je me sentais pris d'une vive
sympathie; puis, a la conversation succeda un sommeil assez
agite, de ma part du moins.
A cinq heures du matin, le hennissement de, quatre chevaux qui
piaffaient sous ma fenetre me reveilla. Je m'habillai a la hate
et je descendis dans la rue. La, Hans achevait de charger nos
bagages sans se remuer, pour ainsi dire. Cependant il operait
avec une adresse peu commune. Mon oncle faisait plus de bruit
que de besogne, et le guide paraissait se soucier fort peu de ses
recommandations.
Tout fut termine a six heures, M, Fridriksson nous serra les
mains. Mon oncle le remercia en islandais de sa bienveillante
hospitalite, et avec beaucoup de coeur. Quant a moi, j'ebauchai
dans mon meilleur latin quelque salut cordial; puis nous nous
mimes en selle, et M. Fridriksson me lanca avec son dernier adieu
ce vers que Virgile semblait avoir fait pour nous, voyageurs
incertains de la route:
Et quacunque viam dederit fortuna sequamur.
XII
Nous etions partis par un temps couvert, mais fixe. Pas de
fatigantes chaleurs a redouter, ni pluies desastreuses. Un temps
de touristes.
Le plaisir de courir a cheval a travers un pays inconnu me
rendait de facile composition sur le debut de l'entreprise.
J'etais tout entier au bonheur de l'excursionniste fait de desirs
et de liberte. Je commencais a prendre mon parti de l'affaire.
<au milieu du pays le plus curieux! de gravir une montagne fort
remarquable! au pis-aller de descendre au fond d'un cratere
eteint? Il est bien evident que ce Saknussemm n'a pas fait autre
chose. Quant a l'existence d'une galerie qui aboutisse au centre
du globe, pure imagination! pure impossibilite! Donc, ce qu'il
y a de bon a prendre de cette expedition, prenons-le, et sans
marchander!>>
Ce raisonnement a peine acheve, nous avions quitte Reykjawik.
Hans marchait en tete, d'un pas rapide, egal et continu. Les
deux chevaux charges de nos bagages le suivaient, sans qu'il fut
necessaire de les diriger. Mon oncle et moi, nous venions
ensuite, et vraiment sans faire trop mauvaise figure sur nos
betes petites, mais vigoureuses.
L'Islande est une des grandes iles de l'Europe; elle mesure
quatorze cents milles de surface, et ne compte que soixante mille
habitants. Les geographes l'ont divisee en quatre quartiers, et
nous avions a traverser presque obliquement celui qui porte le
nom de Pays du quart du Sud-Ouest, <>
Hans, en laissant Reykjawik, avait immediatement suivi les bords
de la mer; nous traversions de maigres paturages qui se donnaient
bien du mal pour etre verts; le jaune reussissait mieux. Les
sommets rugueux des masses trachytiques s'estompaient a l'horizon
dans les brumes de l'est; par moments quelques plaques de neige,
concentrant la lumiere diffuse, resplendissaient sur le versant
des cimes eloignees; certains pics, plus hardiment dresses,
trouaient les nuages gris et reapparaissaient au-dessus des
vapeurs mouvantes, semblables a des ecueils emerges en plein
ciel.
Souvent ces chaines de rocs arides faisaient une pointe vers la
mer et mordaient sur le paturage; mais il restait toujours une
place suffisante pour passer. Nos chevaux, d'ailleurs,
choisissaient d'instinct les endroits propices sans jamais
ralentir leur marche. Mon oncle n'avait pas meme la consolation
d'exciter sa monture de la voix ou du fouet; il ne lui etait pas
permis d'etre impatient. Je ne pouvais m'empecher de sourire en
le voyant si grand sur son petit cheval, et, comme ses longues
jambes rasaient le sol, il ressemblait a un centaure a six pieds.
<un animal ne l'emporte en intelligence sur le cheval islandais;
neiges, tempetes, chemins impraticables, rochers, glaciers, rien
ne l'arrete. Il est brave, il est sobre, il est sur. Jamais un
faux pas, jamais une reaction. Qu'il se presente quelque
riviere, quelque fjord a traverser, et il s'en presentera, tu le
verras sans hesiter se jeter a l'eau, comme un amphibie, et
gagner le bord oppose! Mais ne le brusquons pas, laissons-le
agir, et nous ferons, l'un portant l'autre, nos dix lieues par
jour.
--Nous, sans doute, repondis-je, mais le guide?
--Oh! il ne m'inquiete guere. Ces gens-la, cela marche sans
s'en apercevoir; celui-ci se remue si peu qu'il ne doit pas se
fatiguer. D'ailleurs, au besoin, je lui cederai ma monture. Les
crampes me prendraient bientot, si je ne me donnais pas quelque
mouvement. Les bras vont bien, mais il faut songer aux jambes.>>
Cependant nous avancions d'un pas rapide; le pays etait deja a
peu pres desert. Ca et la une ferme isolee, quelque boer[1]
solitaire, fait de bois, de terre, de morceaux de lave,
apparaissait comme un mendiant au bord d'un chemin creux. Ces
huttes delabrees avaient l'air d'implorer la charite des
passants, et, pour un peu, on leur eut fait l'aumone. Dans ce
pays, les routes, les sentiers meme manquaient absolument, et la
vegetation, si lente qu'elle fut, avait vite fait d'effacer le
pas des rares voyageurs.
[1] Maison du paysan islandais
Pourtant cette partie de la province, situee a deux pas de sa
capitale, comptait parmi les portions habitees et cultivees de
l'Islande. Qu'etaient alors les contrees plus desertes que ce
desert? Un demi-mille franchi, nous n'avions encore rencontre ni
un fermier sur la porte de sa chaumiere, ni un berger sauvage
paissant un troupeau moins sauvage que lui; seulement quelques
vaches et des moutons abandonnes a eux-memes. Que seraient donc
les regions convulsionnees, bouleversees par les phenomenes
eruptifs, nees des explosions volcaniques et des commotions
souterraines?
Nous etions destines a les connaitre plus tard; mais, en
consultant la carte d'Olsen, je vis qu'on les evitait en longeant
la sinueuse lisiere du rivage; en effet, le grand mouvement
plutonique s'est concentre surtout a l'interieur de l'ile; la les
couches horizontales de roches superposees, appelees trapps en
langue Scandinave, les bandes trachytiques, les eruptions de
basalte, de tufs et de tous les conglomerats volcaniques, les
coulees de lave et de porphyre en fusion, ont fait un pays d'une
surnaturelle horreur. Je ne me doutais guere alors du spectacle
qui nous attendait a la presqu'ile du Sneffels, ou ces degats
d'une nature fougueuse forment un formidable chaos.
Deux heures apres avoir quitte Reykjawik, nous arrivions au bourg
de Gufunes, appele <> ou Eglise principale. Il
n'offrait rien de remarquable. Quelques maisons seulement. A
peine de quoi faire un hameau de l'Allemagne.
Hans s'y arreta une demi-heure; il partagea notre frugal
dejeuner, repondit par oui et par non aux questions de mon oncle
sur la nature de la route, et lorsqu'on lui demanda en quel
endroit il comptait passer la nuit:
<> dit-il seulement.
Je consultai la carte pour savoir ce qu'etait Gardar. Je vis une
bourgade de ce nom sur les bords du Hvaljord, a quatre milles de
Reykjawik. Je la montrai a mon oncle.
<Voila une jolie promenade.>>
Il voulut faire une observation au guide, qui, sans lui repondre,
reprit la tete des cheveux et se remit en marche.
Trois heures plus tard, toujours en foulant le gazon decolore des
paturages, il fallut contourner le Kollafjord, detour plus facile
et moins long qu'une traversee de ce golfe; bientot nous entrions
dans un <>, lieu de juridiction communale, nomme
Ejulberg, et dont le clocher eut sonne midi, si les eglises
islandaises avaient ete assez riches pour posseder une horloge;
mais elles ressemblent fort a leurs paroissiens, qui n'ont pas de
montres, et qui s'en passent.
La les chevaux furent rafraichis; puis, prenant par un rivage
resserre entre une chaine de collines et la mer, ils nous
porterent d'une traite a l' <> de Brantar, et un mille
plus loin a Saurboer <>, eglise annexe, situee sur la rive
meridionale du Hvalfjord.
Il etait alors quatre heures du soir; nous avions franchi quatre
milles [1].
[1] Huit lieues.
Le fjord etait large en cet endroit d'un demi-mille au moins; les
vagues deferlaient avec bruit sur les rocs aigus; ce golfe
s'evasait entre des murailles de rochers, sorte d'escarpe a pic
haute de trois mille pieds et remarquable par ses couches brunes
que separaient des lits de tuf d'une nuance rougeatre. Quelle
que fut l'intelligence de nos chevaux, je n'augurais pas bien de
la traversee d'un veritable bras de mer operee sur le dos d'un
quadrupede.
<passer. En tout cas, je me charge d'etre intelligent pour eux.>>
Mais mon oncle ne voulait pas attendre; il piqua des deux vers le
rivage. Sa monture vint flairer la derniere ondulation des
vagues et s'arreta; mon oncle, qui avait son instinct a lui, la
pressa d'avancer. Nouveau refus de l'animal, qui secoua la tete.
Alors jurons et coups de fouet, mais ruades de la bete, qui
commenca a desarconner son cavalier; enfin le petit cheval,
ployant ses jarrets, se retira des jambes du professeur et le
laissa tout droit plante sur deux pierres du rivage, comme le
colosse de Rhodes.
<en pieton et honteux comme un officier de cavalerie qui passerait
fantassin.
--<> fit le guide en lui touchant l'epaule.
--Quoi! un bac?
--<> repondit Hans en montrant un bateau.
--Oui, m'ecriai-je, il y a un bac.
--Il fallait donc le dire! Eh bien, en route!
--<> reprit le guide.
--Que dit-il?
--Il dit maree, repondit mon oncle en me traduisant le mot
danois.
--Sans doute, il faut attendre la maree?
--<> demanda mon oncle.
--<> repondit Hans.
Mon oncle frappa du pied, tandis que les chevaux se dirigeaient
vers le bac.
Je compris parfaitement la necessite d'attendre un certain
instant de la maree pour entreprendre la traversee du fjord,
celui ou la mer, arrivee a sa plus grande hauteur, est etale.
Alors le flux et le reflux n'ont aucune action sensible, et le
bac ne risque pas d'etre entraine, soit au fond du golfe, soit en
plein Ocean.
L'instant favorable n'arriva qu'a six heures du soir; mon oncle,
moi, le guide, deux passeurs et les quatre chevaux, nous avions
pris place dans une sorte de barque plate assez fragile. Habitue
que j'etais aux bacs a vapeur de l'Elbe, je trouvai les rames des
bateliers un triste engin mecanique. Il fallut plus d'une heure
pour traverser le fjord; mais enfin le passage se fit sans
accident.
Une demi-heure apres, nous atteignions l'<> de Gardar.
XIII
Il aurait du faire nuit, mais sous le soixante cinquieme
parallele, la clarte diurne des regions polaires ne devait pas
m'etonner; en Islande, pendant les mois de juin et juillet, le
soleil ne se couche pas.
Neanmoins la temperature s'etait abaissee; j'avais froid, et
surtout faim. Bienvenu fut le <> qui s'ouvrit
hospitalierement pour nous recevoir.
C'etait la maison d'un paysan, mais, en fait d'hospitalite, elle
valait celle d'un roi. A notre arrivee, le maitre vint nous
tendre la main, et, sans plus de ceremonie, il nous fit signe de
le suivre.
Le suivre, en effet, car l'accompagner eut ete impossible. Un
passage long, etroit, obscur, donnait acces dans cette habitation
construite en poutres a peine equarries et permettait d'arriver a
chacune des chambres; celles-ci etaient au nombre de quatre: la
cuisine, l'atelier de tissage, la <>, chambre a coucher
de la famille, et, la meilleure entre toutes, la chambre des
etrangers. Mon oncle, a la taille duquel on n'avait pas songe en
batissant la maison, ne manqua pas de donner trois ou quatre fois
de la tete contre les saillies du plafond.
On nous introduisit dans notre chambre, sorte de grande salle
avec un sol de terre battue et eclairee d'une fenetre dont les
vitres etaient faites de membranes de mouton assez peu
transparentes. La literie se composait de fourrage sec jete dans
deux cadres de bois peints en rouge et ornes de sentences
islandaises. Je ne m'attendais pas a ce confortable; seulement,
il regnait dans cette maison une forte odeur de poisson sec, de
viande maceree et de lait aigre dont mon odorat se trouvait assez
mal.
Lorsque nous eumes mis de cote notre harnachement de voyageurs,
la voix de l'hote se fit entendre, qui nous conviait a passer
dans la cuisine, seule piece ou l'on fit du feu, meme par les
plus grands froids.
Mon oncle se hata d'obeir a cette amicale injonction. Je le
suivis.
La cheminee de la cuisine etait d'un modele antique; au milieu de
la chambre, une pierre pour tout foyer; au toit, un trou par
lequel s'echappait la fumee. Cette cuisine servait aussi de
salle a manger.
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President Obama teams up with one of Marvel's greatest heroes, reports Alison Flood
Here's Michael Wolff, still doing the rounds promoting his Rupert Murdoch biography, The man who owns the news. This interview with Jon Stewart is fun. It starts off with Wolff saying: "You wanna start a rumour, tell Rupert. He's the biggest gossip I've ever met." And there's an amusing pay-off too. (Via Comedy Central/The E&P Pub) guardian.co.uk © Guardian News & Media Limited 2009 | Use of this content is subject to our Terms & Conditions | More Feeds

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For many years my local corner shop displayed a large sign in its window telling local residents to "use us or lose us!" It always looked a rather toothless threat to me. After all, if I didn't use them, what difference would it make to me if they weren't there? And surely a corner shop, one that had been there for years, would have enough customers to survive without recourse to such apocalyptic warning? But it didn't and was soon converted into flats. This community shop was destroyed not so much by the pressures of the supermarkets or people's commuting patterns, but simply by customer apathy. It's something to think about as crime writers and readers across the world mourn the imminent passing of Maxim Jakubowski's celebrated Charing Cross Road bookshop in London, Murder One. Apathy is a strange word to connect to a bookstore that thrives on passion. It's noticeable when you walk through the door, when you speak to the friendly, knowledgeable staff, when you look at the shelves and see the vast range of titles on offer. This isn't your regular kind of bookstore: the first time I visited spent a whole lunch break looking up and down, from floor to ceiling from table to table; it was an hour that changed my perception of both crime writing and of bookselling. Murder One was – and for a few weeks will remain – a shop that took crime seriously. Not in the sense that it intellectualised it, or made unsubstantiated claims for its importance, but in the way that it treated crime writing with the respect it was due. With a genre that has so many off-shoots, branches and sub-genres, it took a shop of Murder One's calibre to show just how diverse, interesting and mentally stimulating crime could be – far more than the guilty pleasure I had, until then, considered it. Thanks to judicious recommendations, enticing table displays and hours of foraging among the stacks, I discovered writers that I would never have picked up, let alone read. You could always get the latest blockbuster, but delve a little deeper and you'd find books that were not stocked anywhere else, novels that, like the perfect crime, were hidden from public view. The Martin Beck novels by Sjöwall & Wahlöö – probably my favourite sequence of novels in any genre – were introduced to me via Murder One, as were Kem Nunn, Sue Grafton, and Henning Mankell. It's also the staff of Murder One who piqued my interest in the inimitable Fred Vargas, and I can't thank them enough for the introduction. Inclusive and without snobbery, Murder One amply demonstrated that the best bookshops are places not just of commerce, but of community; places that make feel you belong. It's the kind of store that bibliophiles dream about: well-stocked, well-staffed and shabby enough to lose days browsing within. It's just unfortunate that such shops don't have enough paying customers to keep them afloat, or that these customers visit all too infrequently – something of which I'm certainly guilty. These kinds of shops are facing a long, bloody battle – and one which, without significant reinforcements, they are likely to lose. As we hear of the travesty of another brilliant independent going down, we'll mourn the loss, wring our hands and damn Amazon and the supermarkets and Waterstone's. Yet perhaps the most important detail we'll probably keep under wraps: the last time we actually spent any money there. Murder One closing its doors for the final time is undoubtedly a .38 shell for independent bookshops, but whether it's body blow or a warning shot all depends upon us, the consumers. No one, no matter how iconic or established, can exist on fond memories alone: just ask Woolworths. Use these shops now, because it doesn't take a master sleuth to deduce what will happen if we don't. guardian.co.uk © Guardian News & Media Limited 2009 | Use of this content is subject to our Terms & Conditions | More Feeds

In focus: Liz Jobey looks at the work of photographic printer Richard Benson
From winged wonders to creepy crawlies, Mark Doty is impressed by the creatures that emerged from his workshop on encountering animals

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