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Voyage au Centre de la Terre by Jules Verne
J >> Jules Verne >> Voyage au Centre de la Terre Pages: 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17
A notre entree, l'hote, comme s'il ne nous avait pas encore vus,
nous salua du mot < > qui signifie <>, et
il vint nous baiser sur la joue.
Sa femme, apres lui, prononca les memes paroles, accompagnees du
meme ceremonial; puis les deux epoux, placant la main droite sur
leur coeur, s'inclinerent profondement.
Je me hate de dire que l'Islandaise etait mere de dix-neuf
enfants, tous, grands et petits, grouillant pele-mele au milieu
des volutes de fumee dont le foyer remplissait la chambre. A
chaque instant j'apercevais une petite tete blonde et un peu
melancolique sortir de ce brouillard. On eut dit une guirlande
d'anges insuffisamment debarbouilles.
Mon oncle et moi, nous fimes tres bon accueil a cette <>,
et bientot il y eut trois ou quatre de ces marmots sur nos
epaules, autant sur nos genoux et le reste entre nos jambes.
Ceux qui parlaient repetaient <> dans tous les tons
imaginables. Ceux qui ne parlaient pas n'en criaient que mieux.
Ce concert fut interrompu par l'annonce du repas. En ce moment
rentra le chasseur, qui venait de pourvoir a la nourriture des
chevaux, c'est-a-dire qu'il les avait economiquement laches a
travers champs; les pauvres betes devaient se contenter de
brouter la mousse rare des rochers, quelques fucus peu
nourrissants, et le lendemain elles ne manqueraient pas de venir
d'elles-memes reprendre le travail de la veille.
<> fit Hans en entrant.
Puis tranquillement, automatiquement, sans qu'un baiser fut plus
accentue que l'autre, il embrassa l'hote, l'hotesse et leurs
dix-neuf enfants.
La ceremonie terminee, on se mit a table, au nombre de
vingt-quatre, et par consequent les uns sur les autres, dans le
veritable sens de l'expression. Les plus favorises n'avaient que
deux marmots sur les genoux.
Cependant le silence se fit dans ce petit monde a l'arrivee de la
soupe, et la taciturnite naturelle, meme aux gamins islandais,
reprit son empire. L'hote nous servit une soupe au lichen et
point desagreable, puis une enorme portion de poisson sec nageant
dans du beurre aigri depuis vingt ans, et par consequent bien
preferable au beurre frais, d'apres les idees gastronomiques de
l'Islande. Il y avait avec cela du <>, sorte de lait caille,
accompagne de biscuit et releve par du jus de baies de genievre;
enfin, pour boisson, du petit lait mele d'eau, nomme <>
dans le pays. Si cette singuliere nourriture etait bonne ou non,
c'est ce dont je ne pus juger. J'avais faim, et, au dessert,
j'avalai jusqu'a la derniere bouchee une epaisse bouillie de
sarrasin.
Le repas termine, les enfants disparurent; les grandes personnes
entourerent le foyer ou brulaient de la tourbe, des bruyeres, du
fumier de vache et des os de poissons desseches. Puis, apres
cette <>, les divers groupes regagnerent leurs
chambres respectives. L'hotesse offrit de nous retirer, suivant
la coutume, nos bas et nos pantalons; mais, sur un refus des plus
gracieux de notre part, elle n'insista pas, et je pus enfin me
blottir dans ma couche de fourrage.
Le lendemain, a cinq heures, nous faisions nos adieux au paysan
islandais; mon oncle eut beaucoup de peine a lui faire accepter
une remuneration convenable, et Hans donna le signal du depart.
A cent pas de Gardar, le terrain commenca a changer d'aspect; le
sol devint marecageux et moins favorable a la marche. Sur la
droite, la serie des montagnes se prolongeait indefiniment comme
un immense systeme de fortifications naturelles, dont nous
suivions la contrescarpe; souvent des ruisseaux se presentaient a
franchir qu'il fallait necessairement passer a gue et sans trop
mouiller les bagages.
Le desert se faisait de plus en plus profond; quelquefois,
cependant, une ombre humaine semblait fuir au loin; si les
detours de la route nous rapprochaient inopinement de l'un de ces
spectres, j'eprouvais un degout soudain a la vue d'une tete
gonflee, a peau luisante, depourvue de cheveux, et de plaies
repoussantes que trahissaient les dechirures de miserables
haillons.
La malheureuse creature ne venait pas tendre sa main deformee;
elle se sauvait, au contraire, mais pas si vite que Hans ne l'eut
saluee du <> habituel.
--<> disait-il.
--Un lepreux!>> repetait mon oncle.
Et ce mot seul produisait son effet repulsif. Cette horrible
affection de la lepre est assez commune en Islande; elle n'est
pas contagieuse, mais hereditaire; aussi le mariage est-il
interdit a ces miserables.
Ces apparitions n'etaient pas de nature e egayer le paysage qui
devenait profondement triste; les dernieres touffes d'herbes
venaient mourir sous nos pieds. Pas un arbre, si ce n'est
quelques bouquets de bouleaux nains semblables a des
broussailles. Pas un animal, sinon quelques chevaux, de ceux que
leur maitre ne pouvait nourrir, et qui erraient sur les mornes
plaines. Parfois un faucon planait dans les nuages gris et
s'enfuyait a tire-d'aile vers les contrees du sud; je me laissais
aller a la melancolie de cette nature sauvage, et mes souvenirs
me ramenaient a mon pays natal.
II fallut bientot traverser plusieurs petits fjords sans
importance, et enfin un veritable golfe; la maree, etale alors,
nous permit de passer sans attendre et de gagner le hameau
d'Alftanes, situe un mille au dela.
Le soir, apres avoir coupe a gue deux rivieres riches en truites
et en brochets, l'Alfa et l'Heta, nous fumes obliges de passer la
nuit dans une masure abandonnee, digne d'etre hantee par tous les
lutins de la mythologie Scandinave; a coup sur le genie du froid
y avait elu domicile, et il fit des siennes pendant toute la
nuit.
La journee suivante ne presenta aucun incident particulier.
Toujours meme sol marecageux, meme uniformite, meme physionomie
triste. Le soir, nous avions franchi la moitie de la distance a
parcourir, et nous couchions a <> de Krosolbt.
Le 19 juin, pendant un mille environ, un terrain de lave
s'etendit sous nos pieds; cette disposition du sol est appelee
<> dans le pays; la lave ridee a la surface affectait des
formes de cables tantot allonges, tantot roules sur eux-memes;
une immense coulee descendait des montagnes voisines, volcans
actuellement eteints, mais dont ces debris attestaient la
violence passee. Cependant quelques fumees de source chaudes
rampaient ca et la.
Le temps nous manquait pour observer ces phenomenes; il fallait
marcher; bientot le sol marecageux reparut sous le pied de nos
montures; de petits lacs l'entrecoupaient. Notre direction etait
alors a l'ouest; nous avions en effet tourne la grande baie de
Faxa, et la double cime blanche du Sneffels se dressait dans les
nuages a moins de cinq milles.
Les chevaux marchaient bien; les difficultes du sol ne les
arretaient pas; pour mon compte, je commencais a devenir tres
fatigue; mon oncle demeurait ferme et droit comme au premier
jour; je ne pouvais m'empecher de l'admirer a l'egal du chasseur,
qui regardait cette expedition comme une simple promenade.
Le samedi 20 juin, a six heures du soir, nous atteignions Budir,
bourgade situee sur le bord de la mer, et le guide reclamait sa
paye convenue. Mon oncle regla avec lui. Ce fut la famille meme
de Hans, c'est-a-dire ses oncles et cousins germains, qui nous
offrit l'hospitalite; nous fumes bien recus, et sans abuser des
bontes de ces braves gens, je me serais volontiers refait chez
eux des fatigues du voyage. Mais mon oncle, qui n'avait rien a
refaire, ne l'entendait pas ainsi, et le lendemain il fallut
enfourcher de nouveau nos bonnes betes.
Le sol se ressentait du voisinage de la montagne dont les racines
de granit sortaient de terre: comme celles d'un vieux chene.
Nous contournions l'immense base du volcan. Le professeur ne le
perdait pas des yeux; il gesticulait, il semblait le prendre au
defi et dire: <> Enfin,
apres vingt-quatre heures de marche, les chevaux s'arreterent
d'eux-memes a la porte du presbytere de Stapi.
XIV
Stapi est une bourgade formee d'une trentaine de huttes, et batie
en pleine lave sous les rayons du soleil reflechis par le volcan.
Elle s'etend au fond d'un petit fjord encaisse dans une muraille
du plus etrange effet.
On sait que le basalte est une roche brune d'origine ignee; elle
affecte des formes regulieres qui surprennent par leur
disposition. Ici la nature procede geometriquement et travaille
a la maniere humaine, comme si elle eut manie l'equerre, le
compas et le fil a plomb. Si partout ailleurs elle fait de l'art
avec ses grandes masses jetees sans ordre, ses cones a peine
ebauches, ses pyramides imparfaites, avec la bizarre succession
de ses lignes, ici, voulant donner l'exemple de la regularite, et
precedant les architectes des premiers ages, elle a cree un ordre
severe, que ni les splendeurs de Babylone ni les merveilles de la
Grece n'ont jamais depasse.
J'avais bien entendu parler de la Chaussee dos Geants en Irlande,
et de la Grotte de Fingal dans l'une des Hebrides, mais le
spectacle d'une substruction basaltique ne s'etait pas encore
offert a mes regards.
Or, a Stapi, ce phenomene apparaissait dans toute sa beaute.
La muraille du fjord, comme toute la cote de la presqu'ile, se
composait d'une suite de colonnes verticales, hautes de trente
pieds. Ces futs droits et d'une proportion pure supportaient une
archivolte, faite de colonnes horizontales dont le surplombement
formait demi-voute au-dessus de la mer. A de certains
intervalles, et sous cet impluvium naturel, l'oeil surprenait des
ouvertures ogivales d'un dessin admirable, a travers lesquelles
les flots du large venaient se precipiter en ecumant. Quelques
troncons de basalte, arraches par les fureurs de l'Ocean,
s'allongeaient sur le sol comme les debris d'un temple antique,
ruines eternellement jeunes, sur lesquelles passaient les siecles
sans les entamer.
Telle etait la derniere etape de notre voyage terrestre. Hans
nous y avait conduits avec intelligence, et je me rassurais un
peu en songeant qu'il devait nous accompagner encore.
En arrivant a la porte de la maison du recteur, simple cabane
basse, ni plus belle, ni plus confortable que ses voisines, je
vis un homme en train de ferrer un cheval, le marteau a la main,
et le tablier de cuir aux reins.
<> lui dit le chasseur.
--<> repondit le marechal-ferrant en parfait danois.
--<> fit Hans en se retournant vers mon oncle.
--Le recteur! repeta ce dernier. Il parait, Axel, que ce brave
homme est le recteur.>>
Pendant ce temps, le guide mettait le <> au courant de
la situation; celui-ci, suspendant son travail, poussa une sorte
de cri en usage sans doute entre chevaux et maquignons, et
aussitot une grande megere sortit de la cabane. Si elle ne
mesurait pas six pieds de haut, il ne s'en fallait guere.
Je craignais qu'elle ne vint offrir aux voyageurs le baiser
islandais; mais il n'en fut rien, et meme elle mit assez peu de
bonne grace a nous introduire dans sa maison.
La chambre des etrangers me parut etre la plus mauvaise du
presbytere, etroite, sale et infecte. Il fallut s'en contenter;
le recteur ne semblait pas pratiquer l'hospitalite antique. Loin
de la. Avant la fin du jour, je vis que nous avions affaire a un
forgeron, a un pecheur, a un chasseur, a un charpentier, et pas
du tout a un ministre du Seigneur. Nous, etions en semaine, il
est vrai. Peut-etre se rattrapait-il le dimanche.
Je ne veux pas dire du mal de ces pauvres pretres qui, apres
tout, sont fort miserables; ils recoivent du gouvernement danois
un traitement ridicule et percoivent le quart de la dime de leur
paroisse, ce qui ne fait pas une somme de soixante marks
courants[1]. De la, necessite de travailler pour vivre; mais a
pecher, a chasser, a ferrer des chevaux, on finit par prendre les
manieres, le ton et les moeurs des chasseurs, des pecheurs et
autres gens un peu rudes; le soir meme je m'apercus que notre
hote ne comptait pas la sobriete au nombre de ses vertus.
[1] Monnaie de Hambourg, 30 fr. environ.
Mon oncle comprit vite a quel genre d'homme il avait affaire; au
lieu d'un brave et digne savant, il trouvait un paysan lourd et
grossier; il resolut donc de commencer au plus tot sa grande
expedition et de quitter cette cure peu hospitaliere. Il ne
regardait pas a ses fatigues et resolut d'aller passer quelques
jours dans la montagne.
Les preparatifs de depart furent donc faits des le lendemain de
notre arrivee a Stapi. Hans loua les services de trois Islandais
pour remplacer les chevaux dans le transport des bagages; mais,
une fois arrives au fond du cratere, ces indigenes devaient
rebrousser chemin et nous abandonner a nous-memes. Ce point fut
parfaitement arrete.
A cette occasion, mon oncle dut apprendre au chasseur que son
intention etait de poursuivre la reconnaissance du volcan jusqu'a
ses dernieres limites.
Hans se contenta d'incliner la tete. Aller la ou ailleurs,
s'enfoncer dans les entrailles de son ile ou la parcourir, il n'y
voyait aucune difference; quant a moi, distrait jusqu'alors par
les incidents du voyage, j'avais un peu oublie l'avenir, mais
maintenant je sentais l'emotion me reprendre de plus belle. Qu'y
faire? Si j'avais pu tenter de resister au professeur
Lidenbrock, c'etait a Hambourg et non au pied du Sneffels.
Une idee, entre toutes, me tracassait fort, idee effrayante et
faite pour ebranler des nerfs moins sensibles que les miens.
<Nous allons visiter son cratere. Bon. D'autres l'ont fait qui
n'en sont pas morts. Mais ce n'est pas tout. S'il se presente
un chemin pour descendre dans les entrailles du sol, si ce
malencontreux Saknussemm a dit vrai, nous allons nous perdre au
milieu des galeries souterraines du volcan. Or, rien n'affirme
que le Sneffels soit eteint? Qui prouve qu'une eruption ne se
prepare pas? De ce que le monstre dort depuis 1229, s'ensuit-il
qu'il ne puisse se reveiller? Et, s'il se reveille, qu'est-ce
que nous deviendrons?>>
Cela demandait la peine d'y reflechir, et j'y reflechissais. Je
ne pouvais dormir sans rever d'eruption; or, le role de scorie me
paraissait assez brutal a jouer.
Enfin je n'y tins plus; je resolus de soumettre le cas a mon
oncle le plus adroitement possible, et sous la forme d'une
hypothese parfaitement irrealisable.
J'allai le trouver. Je lui fis part de mes craintes, et je me
reculai pour le laisser eclater a son aise.
<> repondit-il simplement.
Que signifiaient ces paroles! Allait-il donc entendre la voix de
la raison? Songeait-il a suspendre ses projets? C'eut ete trop
beau pour etre possible..
Apres quelques instants de silence, pendant lesquels je n'osais
l'interroger, il reprit en disant:
<de la grave question que tu viens de me soumettre, car il ne faut
pas agir en imprudents.
--Non, repondis-je avec force.
--Il y a six cents ans que le Sneffels est muet; mais il peut
parler. Or les eruptions sont toujours precedees par des
phenomenes parfaitement connus; j'ai donc interroge les habitants
du pays, j'ai etudie le sol, et je puis te le dire, Axel, il n'y
aura pas d'eruption.>>
A cette affirmation je restai stupefait, et je ne pus repliquer.
<>
J'obeis machinalement. En sortant du presbytere, le professeur
prit un chemin direct qui, par une ouverture de la muraille
basaltique, s'eloignait de la mer. Bientot nous etions en rase
campagne, si l'on peut donner ce nom a un amoncellement immense
de dejections volcaniques; le pays paraissait comme ecrase sous
une pluie de pierres enormes, de trapp, de basalte, de granit et
de toutes les roches pyroxeniques.
Je voyais ca et la des fumerolles monter dans les airs; ces
vapeurs blanches nommees <> en langue islandaise, venaient
des sources thermales, et elles indiquaient, par leur violence,
l'activite volcanique du sol. Cela me paraissait justifier mes
craintes. Aussi je tombai de mon haut quand mon oncle me dit:
<nous n'avons rien a redouter des fureurs du volcan!
--Par exemple! m'ecriai-je.
--Retiens bien ceci, reprit le professeur: aux approches d'une
eruption, ces fumerolles redoublent d'activite pour disparaitre
completement pendant la duree du phenomene, car les fluides
elastiques, n'ayant plus la tension necessaire, prennent le
chemin des crateres au lieu de s'echapper a travers les fissures
du globe. Si donc ces vapeurs se maintiennent dans leur etat
habituel, si leur energie ne s'accroit pas, si tu ajoutes a cette
observation que le vent, la pluie ne sont pas remplaces par un
air lourd et calme, tu peux affirmer qu'il n'y aura pas
d'eruption prochaine.
--Mais...
--Assez. Quand la science a prononce, il n'y a plus qu'a se
taire,>>
Je revins a la cure l'oreille basse; mon oncle m'avait battu avec
des arguments scientifiques. Cependant j'avais encore un espoir,
c'est qu'une fois arrives au fond du cratere, il serait
impossible, faute de galerie, de descendre plus profondement, et
cela en depit de tous les Saknussemm du monde.
Je passai la nuit suivante en plein cauchemar au milieu d'un
volcan et des profondeurs de la terre, je me sentis lance dans
les espaces planetaires sous la forme de roche eruptive.
Le lendemain, 23 juin, Hans nous attendait avec ses compagnons
charges des vivres, des outils et des instruments. Deux batons
ferres, deux fusils, deux cartouchieres, etaient reserves a mon
oncle et a moi. Hans, en homme de precaution, avait ajoute a nos
bagages une outre pleine qui, jointe a nos gourdes, nous assurait
de l'eau pour huit jours.
Il etait neuf heures du matin. Le recteur et sa haute megere
attendaient devant leur porte. Ils voulaient sans doute nous
adresser l'adieu supreme de l'hote au voyageur. Mais cet adieu
prit la forme inattendue d'une note formidable, ou l'on comptait
jusqu'a l'air de la maison pastorale, air infect, j'ose le dire.
Ce digne couple nous ranconnait comme un aubergiste suisse et
portait a un beau prix son hospitalite surfaite.
Mon oncle paya sans marchander. Un homme qui partait pour le
centre de la terre ne regardait pas a quelques rixdales.
Ce point regle, Hans donna le signal du depart, et quelques
instants apres nous avions quitte Stapi.
XV
Le Sneffels est haut de cinq mille pieds; il termine, par son
double cone, une bande trachytique qui se detache du systeme
orographique de l'ile. De notre point de depart on ne pouvait
voir ses deux pics se profiler sur le fond grisatre du ciel.
J'apercevais seulement une enorme calotte de neige abaissee sur
le front du geant.
Nous marchions en file, precedes du chasseur; celui-ci remontait
d'etroits sentiers ou deux personnes n'auraient pas pu aller de
front. Toute conversation devenait donc a peu pres impossible.
Au dela de la muraille basaltique du fjord de Stapi, se presenta
d'abord un sol de tourbe herbacee et fibreuse, residu de
l'antique vegetation des marecages de la presqu'ile; la masse de
ce combustible encore inexploite suffirait a chauffer pendant un
siecle toute la population de l'Islande; cette vaste tourbiere,
mesuree du fond de certains ravins, avait souvent soixante-dix
pieds de haut et presentait des couches successives de detritus
carbonises, separees par des feuillets de tuf ponceux.
En veritable neveu du professeur Lidenbrock et malgre mes
preoccupations, j'observais avec interet les curiosites
mineralogiques etalees dans ce vaste cabinet d'histoire
naturelle; en meme temps je refaisais dans mon esprit toute
l'histoire geologique de l'Islande.
Cette ile, si curieuse, est evidemment sortie du fond des eaux a
une epoque relativement moderne; peut-etre meme s'eleve-t-elle
encore par un mouvement insensible. S'il en est ainsi, on ne
peut attribuer son origine qu'a l'action des feux souterrains.
Donc, dans ce cas, la theorie de Humphry Davy, le document de
Saknussemm, les pretentions de mon oncle, tout s'en allait en
fumee. Cette hypothese me conduisit a examiner attentivement la
nature du sol, et je me rendis bientot compte de la succession
des phenomenes qui presiderent a la formation de l'ile.
L'Islande, absolument privee de terrain sedimentaire, se compose
uniquement de tuf volcanique, c'est-a-dire d'un agglomerat de
pierres et de roches d'une texture poreuse. Avant l'existence
des volcans; elle etait faite d'un massif trappeen, lentement
souleve au-dessus des flots par la poussee des forces centrales.
Les feux interieurs n'avaient pas encore fait irruption au
dehors.
Mais, plus tard, une large fente se creusa diagonalement du
sud-ouest au nord-ouest de l'ile, par laquelle s'epancha peu a
peu toute la pate trachytique. Le phenomene s'accomplissait
alors sans violence; l'issue etait enorme, et les matieres
fondues, rejetees des entrailles du globe, s'etendirent
tranquillement en vastes nappes ou en masses mamelonnees. A
cette epoque apparurent les fedspaths, les syenites et les
porphyres.
Mais, grace a cet epanchement, l'epaisseur de l'ile s'accrut
considerablement, et, par suite, sa force de resistance. On
concoit quelle quantite de fluides elastiques s'emmagasina dans
son sein, lorsqu'elle n'offrit plus aucune issue, apres le
refroidissement de la croute trachytique. Il arriva donc un
moment ou la puissance mecanique de ces gaz fut telle qu'ils
souleverent la lourde ecorce et se creuserent de hautes
cheminees. De la le volcan fait du soulevement de la croute,
puis le cratere subitement troue au sommet du volcan.
Alors aux phenomenes eruptifs succederent les phenomenes
volcaniques; par les ouvertures nouvellement formees
s'echapperent d'abord les dejections basaltiques, dont la plaine
que nous traversions en ce moment offrait a nos regards les plus
merveilleux specimens. Nous marchions sur ces roches pesantes
d'un gris fonce que le refroidissement avait moulees en prismes a
base hexagone. Au loin se voyaient un grand nombre de cones
aplatis, qui furent jadis autant de bouches ignivomes.
Puis, l'eruption basaltique epuisee, le volcan, dont la force
s'accrut de celle des crateres eteints, donna passade aux laves
et a ces tufs de cendres et de scories dont j'apercevais les
longues coulees eparpillees sur ses flancs comme une chevelure
opulente.
Telle fut la succession des phenomenes qui constituerent
l'Islande; tous provenaient de l'action des feux interieurs, et
supposer que la masse interne ne demeurait pas dans un etat
permanent d'incandescente liquidite, c'etait folie. Folie
surtout de pretendre atteindre le centre du globe!
Je me rassurais donc sur l'issue de notre entreprise, tout en
marchant a l'assaut du Sneffels.
La route devenait de plus en plus difficile; le sol montait; les
eclats de roches s'ebranlaient, et il fallait la plus scrupuleuse
attention pour eviter des chutes dangereuses.
Hans s'avancait tranquillement comme sur un terrain uni; parfois
il disparaissait derriere les grands blocs, et nous le perdions
de vue momentanement; alors un sifflement aigu, echappe de ses
levres, indiquait la direction a suivre. Souvent aussi il
s'arretait, ramassait quelques debris de rocs, les disposait
d'une facon reconnaissable et formait ainsi des amers destines a
indiquer la route du retour. Precaution bonne en soi, mais que
les evenements futurs rendirent inutile.
Trois fatigantes heures de marche nous avaient amenes seulement a
la base de la montagne. La, Hans fit signe de s'arreter, et un
dejeuner sommaire fut partage entre tous. Mon oncle mangeait les
morceaux doubles pour aller plus vite. Seulement, cette halte de
refection etant aussi une halte de repos, il dut attendre le bon
plaisir du guide, qui donna le signal du depart une heure apres.
Les trois Islandais, aussi taciturnes que leur camarade le
chasseur, ne prononcerent pas un seul mot et mangerent sobrement.
Nous commencions maintenant a gravir les pentes du Sneffels; son
neigeux sommet, par une illusion d'optique frequente dans les
montagnes, me paraissait fort rapproche, et cependant, que de
longues heures avant de l'atteindre! quelle fatigue surtout!
Les pierres qu'aucun ciment de terre, aucune herbe ne liaient
entre elles, s'eboulaient sous nos pieds et allaient se perdre
dans la plaine avec la rapidite d'une avalanche.
En de certains endroits, les flancs du mont faisaient avec
l'horizon un angle de trente-six degres au moins; il etait
impossible de les gravir, et ces raidillons pierreux devaient
etre tournes non sans difficulte. Nous nous pretions alors un
mutuel secours a l'aide de nos batons.
Je dois dire que mon oncle se tenait pres de moi le plus
possible; il ne me perdait pas de vue, et en mainte occasion, son
bras me fournit un solide appui. Pour son compte, il avait sans
doute le sentiment inne de l'equilibre, car il ne bronchait pas.
Les Islandais, quoique charges grimpaient avec une agilite de
montagnards.
A voir la hauteur de la cime du Sneffels, il me semblait
impossible qu'on put l'atteindre de ce cote, si l'angle
d'inclinaison des pentes ne se fermait pas. Heureusement, apres
une heure de fatigues et de tours de force, au milieu du vaste
tapis de neige developpe sur la croupe du volcan, une sorte
d'escalier se presenta inopinement, qui simplifia notre
ascension. Il etait forme par l'un de ces torrents de pierres
rejetees par les eruptions, et dont le nom islandais est <>.
Si ce torrent n'eut pas ete arrete dans sa chute par la
disposition des flancs de la montagne, il serait alle se
precipiter dans la mer et former des iles nouvelles.
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Here's Michael Wolff, still doing the rounds promoting his Rupert Murdoch biography, The man who owns the news. This interview with Jon Stewart is fun. It starts off with Wolff saying: "You wanna start a rumour, tell Rupert. He's the biggest gossip I've ever met." And there's an amusing pay-off too. (Via Comedy Central/The E&P Pub) guardian.co.uk © Guardian News & Media Limited 2009 | Use of this content is subject to our Terms & Conditions | More Feeds

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For many years my local corner shop displayed a large sign in its window telling local residents to "use us or lose us!" It always looked a rather toothless threat to me. After all, if I didn't use them, what difference would it make to me if they weren't there? And surely a corner shop, one that had been there for years, would have enough customers to survive without recourse to such apocalyptic warning? But it didn't and was soon converted into flats. This community shop was destroyed not so much by the pressures of the supermarkets or people's commuting patterns, but simply by customer apathy. It's something to think about as crime writers and readers across the world mourn the imminent passing of Maxim Jakubowski's celebrated Charing Cross Road bookshop in London, Murder One. Apathy is a strange word to connect to a bookstore that thrives on passion. It's noticeable when you walk through the door, when you speak to the friendly, knowledgeable staff, when you look at the shelves and see the vast range of titles on offer. This isn't your regular kind of bookstore: the first time I visited spent a whole lunch break looking up and down, from floor to ceiling from table to table; it was an hour that changed my perception of both crime writing and of bookselling. Murder One was – and for a few weeks will remain – a shop that took crime seriously. Not in the sense that it intellectualised it, or made unsubstantiated claims for its importance, but in the way that it treated crime writing with the respect it was due. With a genre that has so many off-shoots, branches and sub-genres, it took a shop of Murder One's calibre to show just how diverse, interesting and mentally stimulating crime could be – far more than the guilty pleasure I had, until then, considered it. Thanks to judicious recommendations, enticing table displays and hours of foraging among the stacks, I discovered writers that I would never have picked up, let alone read. You could always get the latest blockbuster, but delve a little deeper and you'd find books that were not stocked anywhere else, novels that, like the perfect crime, were hidden from public view. The Martin Beck novels by Sjöwall & Wahlöö – probably my favourite sequence of novels in any genre – were introduced to me via Murder One, as were Kem Nunn, Sue Grafton, and Henning Mankell. It's also the staff of Murder One who piqued my interest in the inimitable Fred Vargas, and I can't thank them enough for the introduction. Inclusive and without snobbery, Murder One amply demonstrated that the best bookshops are places not just of commerce, but of community; places that make feel you belong. It's the kind of store that bibliophiles dream about: well-stocked, well-staffed and shabby enough to lose days browsing within. It's just unfortunate that such shops don't have enough paying customers to keep them afloat, or that these customers visit all too infrequently – something of which I'm certainly guilty. These kinds of shops are facing a long, bloody battle – and one which, without significant reinforcements, they are likely to lose. As we hear of the travesty of another brilliant independent going down, we'll mourn the loss, wring our hands and damn Amazon and the supermarkets and Waterstone's. Yet perhaps the most important detail we'll probably keep under wraps: the last time we actually spent any money there. Murder One closing its doors for the final time is undoubtedly a .38 shell for independent bookshops, but whether it's body blow or a warning shot all depends upon us, the consumers. No one, no matter how iconic or established, can exist on fond memories alone: just ask Woolworths. Use these shops now, because it doesn't take a master sleuth to deduce what will happen if we don't. guardian.co.uk © Guardian News & Media Limited 2009 | Use of this content is subject to our Terms & Conditions | More Feeds

In focus: Liz Jobey looks at the work of photographic printer Richard Benson
From winged wonders to creepy crawlies, Mark Doty is impressed by the creatures that emerged from his workshop on encountering animals

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