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Voyage au Centre de la Terre by Jules Verne

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Tel il etait, tel il nous servit fort; la raideur des pentes
s'accroissait, mais ces marches de pierres permettaient de les
gravir aisement, et si rapidement meme, qu'etant reste un moment
en arriere pendant que mes compagnons continuaient leur
ascension, je les apercus deja reduits, par l'eloignement, a une
apparence microscopique.

A sept heures du soir nous avions monte les deux mille marches de
l'escalier, et nous dominions une extumescence de la montagne,
sorte d'assise sur laquelle s'appuyait le cone proprement dit du
cratere.

La mer s'etendait a une profondeur de trois mille deux cents
pieds; nous avions depasse la limite des neiges perpetuelles,
assez peu elevee en Islande par suite de l'humidite constante du
climat. Il faisait un froid violent; le vent soufflait avec
force. J'etais epuise. Le professeur vit bien que mes jambes me
refusaient tout service, et, malgre son impatience, il se decida
a s'arreter. Il fit donc signe au chasseur, qui secoua la tete
en disant:

--<>

--Il parait qu'il faut aller plus haut, dit mon oncle.

Puis il demanda a Hans le motif de sa reponse.

--<>, repondit le guide.

--<> repeta l'un des Islandais d'un ton effraye.

--Que signifie ce mot? demandai-je avec inquietude.

--Vois,>> dit mon oncle.

Je portai mes regards vers la plaine; une immense colonne de
pierre ponce pulverisee, de sable et de poussiere s'elevait en
tournoyant comme une trombe; le vent la rabattait sur le flanc du
Sneffels, auquel nous etions accroches; ce rideau opaque etendu
devant le soleil produisait une grande ombre jetee sur la
montagne. Si cette trombe s'inclinait, elle devait
inevitablement nous enlacer dans ses tourbillons. Ce phenomene,
assez frequent lorsque le vent souffle des glaciers, prend le nom
de <> en langue islandaise.

<> s'ecria notre guide.

Sans savoir le danois, je compris qu'il nous fallait suivre Hans
au plus vite. Celui-ci commenca a tourner le cone du cratere,
mais en biaisant, de maniere a faciliter la marche; bientot, la
trombe s'abattit sur la montagne, qui tressaillit a son choc; les
pierres saisies dans les remous du vent volerent en pluie comme
dans une eruption. Nous etions, heureusement, sur le versant
oppose et a l'abri de tout danger; sans la precaution du guide,
nos corps dechiquetes, reduits en poussiere, fussent retombes au
loin comme le produit de quelque meteore inconnu.

Cependant Hans ne jugea pas prudent de passer la nuit sur les
flancs du cone. Nous continuames notre ascension en zigzag; les
quinze cents pieds qui restaient a franchir prirent pres de cinq
heures; les detours, les biais et contremarches mesuraient trois
lieues au moins. Je n'en pouvais plus; je succombais au froid et
a la faim. L'air, un peu rarefie, ne suffisait pas au jeu de mes
poumons.

Enfin, a onze heures du soir, en pleine obscurite, le sommet du
Sneffels fut atteint, et, avant d'aller m'abriter a l'interieur
du cratere, j'eus le temps d'apercevoir <> au
plus bas de sa carriere, projetant ses pales rayons sur l'ile
endormie a mes pieds



XVI


Le souper fut rapidement devore et la petite troupe se casa de
son mieux. La couche etait dure, l'abri peu solide, la situation
fort penible, a cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer.
Cependant mon sommeil fut particulierement paisible pendant cette
nuit, l'une des meilleures que j'eusse passees depuis longtemps.
Je ne revai meme pas.

Le lendemain on se reveilla a demi gele par un air tres vif, aux
rayons d'un beau soleil. Je quittai ma couche de granit et
j'allai jouir du magnifique spectacle qui se developpait a mes
regards.

J'occupais le sommet de l'un des deux pics du Sneffels, celui du
sud. De la ma vue s'etendait sur la plus grande partie de l'ile;
l'optique, commune a toutes les grandes hauteurs, en relevait les
rivages, tandis que les parties centrales paraissaient s'enfoncer.
On eut dit qu'une de ces cartes en relief d'Helbesmer s'etalait
sous mes pieds; je voyais les vallees profondes se croiser en
tous sens, les precipices se creuser comme des puits, les lacs se
changer en etangs, les rivieres se faire ruisseaux. Sur ma
droite se succedaient les glaciers sans nombre et les pics
multiplies, dont quelques-uns s'empanachaient de fumees legeres.
Les ondulations de ces montagnes infinies, que leurs couches de
neige semblaient rendre ecumantes, rappelaient a mon souvenir la
surface d'une mer agitee. Si je me retournais vers l'ouest,
l'Ocean s'y developpait dans sa majestueuse etendue, comme une
continuation de ces sommets moutonneux. Ou finissait la terre,
ou commencaient les flots, mon oeil le distinguait a peine.

Je me plongeais ainsi dans cette prestigieuse extase que donnent
les hautes cimes, et cette fois, sans vertige, car je
m'accoutumais enfin a ces sublimes contemplations. Mes regards
eblouis se baignaient dans la transparente irradiation des rayons
solaires, j'oubliais qui j'etais, ou j'etais, pour vivre de la
vie des elfes ou des sylphes, imaginaires habitants de la
mythologie scandinave; je m'enivrais de la volupte des hauteurs,
sans songer aux abimes dans lesquels ma destinee allait me
plonger avant peu. Mais je fus ramene au sentiment de la realite
par l'arrivee du professeur et de Hans, qui me rejoignirent au
sommet du pic.

Mon oncle, se tournant vers l'ouest, m'indiqua de la main une
legere vapeur, une brume, une apparence de terre qui dominait la
ligne des flots.

<
--Le Groenland? m'ecriai-je.

--Oui; nous n'en sommes pas a trente-cinq lieues, et, pendant les
degels, les ours blancs arrivent jusqu'a l'Islande, portes sur
les glacons du nord. Mais cela importe peu. Nous sommes au
sommet du Sneffels; voici deux pics, l'un au sud, l'autre au
nord. Hans va nous dire de quel nom les Islandais appellent
celui qui nous porte en ce moment.>>

La demande formulee, le chasseur repondit: <>

Mon oncle me jeta un coup d'oeil triomphant. <>
dit-il.

Le cratere du Sneffels representait un cone renverse dont
l'orifice pouvait avoir une demi-lieue de diametre. Sa
profondeur, je l'estimais a deux mille pieds environ. Que l'on
juge de l'etat d'un pareil recipient, lorsqu'il s'emplissait de
tonnerres et de flammes. Le fond de l'entonnoir ne devait pas
mesurer plus de cinq cents pieds de tour, de telle sorte que ses
pentes assez douces permettaient d'arriver facilement a sa partie
inferieure. Involontairement, je comparais ce cratere a un
enorme tromblon evase, et la comparaison m'epouvantait.

<charge et qu'il peut partir au moindre choc, c'est l'oeuvre de
fous.>>

Mais je n'avais pas a reculer. Hans, d'un air indifferent,
reprit la tete de la troupe. Je le suivis sans mot dire.

Afin de faciliter la descente, Hans decrivait a l'interieur du
cone des ellipses tres allongees; il fallait marcher au milieu
des roches eruptives, dont quelques-unes, ebranlees dans leurs
alveoles, se precipitaient en rebondissant jusqu'au fond de
l'abime. Leur chute determinait des reverberations d'echos d'une
etrange sonorite.

Certaines parties du cone formaient des glaciers interieurs; Hans
ne s'avancait alors qu'avec une extreme precaution, sondant le
sol de son baton ferre pour y decouvrir les crevasses. A de
certains passages douteux, il devint necessaire de nous lier par
une longue corde, afin que celui auquel le pied viendrait a
manquer inopinement se trouvat soutenu par ses compagnons. Cette
solidarite etait chose prudente, mais elle n'excluait pas tout
danger.

Cependant, et malgre les difficultes de la descente sur des
pentes que le guide ne connaissait pas, la route se fit sans
accident, sauf la chute d'un ballot de cordes qui s'echappa des
mains d'un Islandais et alla par le plus court jusqu'au fond de
l'abime.

A midi nous etions arrives. Je relevai la tete, et j'apercus
l'orifice superieur du cone, dans lequel s'encadrait un morceau
de ciel d'une circonference singulierement reduite, mais presque
parfaite. Sur un point seulement se detachait le pic du
Scartaris, qui s'enfoncait dans l'immensite.

Au fond du cratere s'ouvraient trois cheminees par lesquelles, au
temps des eruptions du Sneffels, le foyer central chassait ses
laves et ses vapeurs. Chacune de ces cheminees avait environ
cent pieds de diametre. Elles etaient la beantes sous nos pas.
Je n'eus pas la force d'y plonger mes regards. Le professeur
Lidenbrock, lui, avait fait un examen rapide de leur disposition;
il etait haletant; il courait de l'une a l'autre, gesticulant et
lancant des paroles incomprehensibles. Hans et ses compagnons,
assis sur des morceaux de lave, le regardaient faire; ils le
prenaient evidemment pour un fou.

Tout a coup mon oncle poussa un cri; je crus qu'il venait de
perdre pied et de tomber dans l'un des trois gouffres. Mais non.
Je l'apercus, les bras etendus, les jambes ecartees, debout
devant un roc de granit pose au centre du cratere, comme un
enorme piedestal fait pour la statue d'un Pluton. Il etait dans
la pose d'un homme stupefait, mais dont la stupefaction fit
bientot place a une joie insensee.

<>

J'accourus. Ni Hans ni les Islandais ne bougerent.

<> me dit le professeur.

Et, partageant sa stupefaction, sinon sa joie, je lus sur la face
occidentale du bloc, en caracteres runiques a demi-ronges par le
temps, ce nom mille fois maudit:

D0 E6 B3 C5 BC D0 B4 B3 A2 BC BC C5 EF

<>

Je ne repondis pas, et je revins consterne a mon banc de lave.
L'evidence m'ecrasait.

Combien de temps demeurai-je ainsi plonge dans mes reflexions, je
l'ignore. Tout ce que je sais, c'est qu'en relevant la tete je
vis mon oncle et Hans seuls au fond du cratere. Les Islandais
avaient ete congedies, et maintenant ils redescendaient les
pentes exterieures du Sneffels pour regagner Stapi.

Hans dormait tranquillement au pied d'un roc, dans une coulee de
lave ou il s'etait fait un lit improvise; mon oncle tournait au
fond du cratere, comme une bete sauvage dans la fosse d'un
trappeur. Je n'eus ni l'envie ni la force de me lever, et,
prenant exemple sur le guide, je me laissai aller a un douloureux
assoupissement, croyant entendre des bruits ou sentir des
frissonnements dans les flancs de la montagne.

Ainsi se passa cette premiere nuit au fond du cratere.

Le lendemain, un ciel gris, nuageux, lourd, s'abaissa sur le
sommet du cone. Je ne m'en apercus pas tant a l'obscurite du
gouffre qu'a la colere dont mon oncle fut pris.

J'en compris la raison, et un reste d'espoir me revint au coeur.
Voici pourquoi.

Des trois routes ouvertes sous nos pas, une seule avait ete
suivie par Saknussemm. Au dire du savant islandais, on devait la
reconnaitre a cette particularite signalee dans le cryptogramme,
que l'ombre du Scartaris venait en caresser les bords pendant les
derniers jours du mois de juin.

On pouvait, en effet, considerer ce pic aigu comme le style d'un
immense cadran solaire, dont l'ombre a un jour donne marquait le
chemin du centre du globe.

Or, si le soleil venait a manquer, pas d'ombre. Consequemment,
pas d'indication. Nous etions au 25 juin. Que le ciel demeurat
couvert pendant six jours, et il faudrait remettre l'observation
a une autre annee.

Je renonce a peindre l'impuissante colere du professeur
Lidenbrock. La journee se passa, et aucune ombre ne vint
s'allonger sur le font du cratere. Hans ne bougea pas de sa
place; il devait pourtant se demander ce que nous attendions,
s'il se demandait quelque chose! Mon oncle ne m'adressa pas une
seule fois la parole. Ses regards, invariablement tournes vers
le ciel, se perdaient dans sa teinte grise et brumeuse.

Le 26, rien encore, une pluie melee de neige tomba pendant toute
la journee. Hans construisit une hutte avec des morceaux de
lave. Je pris un certain plaisir a suivre de l'oeil les milliers
de cascades improvisees sur les flancs du cone, et dont chaque
pierre accroissait l'assourdissant murmure.

Mon oncle ne se contenait plus. Il y avait de quoi irriter un
homme plus patient, car c'etait veritablement echouer au port.

Mais aux grandes douleurs le ciel mele incessamment les grandes
joies, et il reservait au professeur Lidenbrock une satisfaction
egale a ses desesperants ennuis.

Le lendemain le ciel fut encore couvert, mais le dimanche, 28
juin, l'antepenultieme jour du mois, avec le changement de lune
vint le changement de temps. Le soleil versa ses rayons a flots
dans le cratere. Chaque monticule, chaque roc, chaque pierre,
chaque asperite eut part a sa bienfaisante effluve et projeta
instantanement son ombre sur le sol. Entre toutes, celle du
Scartaris se dessina comme une vive arete et se mit a tourner
insensiblement vers l'astre radieux,

Mon oncle tournait avec elle.

A midi, dans sa periode la plus courte, elle vint lecher
doucement le bord de la cheminee centrale.

<globe!>> ajouta-t-il en danois.

Je regardai Hans.

<> fit tranquillement le guide.

--En avant!>> repondit mon oncle.

Il etait une heure et treize minutes du soir.



XVII


Le veritable voyage commencait. Jusqu'alors les fatigues
l'avaient emporte sur les difficultes; maintenant celles-ci
allaient veritablement naitre sous nos pas.

Je n'avais point encore plonge mon regard dans ce puits
insondable ou j'allais m'engouffrer. Le moment etait venu. Je
pouvais encore ou prendre mon parti de l'entreprise ou refuser de
la tenter. Mais j'eus honte de reculer devant le chasseur. Hans
acceptait si tranquillement l'aventure, avec une telle
indifference, une si parfaite insouciance de tout danger, que je
rougis a l'idee d'etre moins brave que lui. Seul, j'aurais
entame la serie des grands argumente; mais, en presence du guide,
je me tus; un de mes souvenirs s'envola vers ma jolie
Virlandaise, et je m'approchai de la cheminee centrale.

J'ai dit qu'elle mesurait cent pieds de diametre, ou trois cents
pieds de tour. Je me penchai au-dessus d'un roc qui surplombait,
et je regardai; mes cheveux se herisserent. Le sentiment du vide
s'empara de mon etre. Je sentis le centre de gravite se deplacer
en moi et le vertige monter a ma tete comme une ivresse. Rien de
plus capiteux que cette attraction de l'abime. J'allais tomber.
Une main me retint. Celle de Hans. Decidement, je n'avais pas
pris assez de lecons de gouffre a la Frelsers-Kirk de Copenhague.

Cependant, si peu que j'eusse hasarde mes regards dans ce puits,
je m'etais rendu compte de sa conformation. Ses parois, presque
a pic, presentaient cependant de nombreuses saillies qui devaient
faciliter la descente; mais si l'escalier ne manquait pas, la
rampe faisait defaut. Une corde attachee a l'orifice aurait
suffi pour nous soutenir, mais comment la detacher, lorsqu'on
serait parvenu a son extremite inferieure?

Mon oncle employa un moyen fort simple pour obvier a cette
difficulte. Il deroula une corde de la grosseur du pouce et
longue de quatre cents pieds; il en laissa filer d'abord la
moitie, puis il l'enroula autour d'un bloc de lave qui faisait
saillie et rejeta l'autre moitie dans la cheminee. Chacun de
nous pouvait alors descendre en reunissant dans sa main les deux
moities de la corde qui ne pouvait se defiler; une fois descendus
de deux cents pieds, rien ne nous serait plus aise que de la
ramener en lachant un bout et en halant sur l'autre. Puis, on
recommencerait cet exercice _usque ad infinitum_.

<occupons-nous des bagages; ils vont etre divises en trois
paquets, et chacun de nous en attachera un sur son dos; j'entends
parler seulement des objets fragiles.>>

L'audacieux professeur ne nous comprenait evidemment pas dans
cette derniere categorie.

<vivres; toi, Axel, d'un second tiers des vivres et des armes;
moi, du reste des vivres et des instruments delicats.

--Mais, dis-je, et les vetements, et cette masse de cordes et
d'echelles, qui se chargera de les descendre?

--Ils descendront tout seuls.

--Comment cela? demandai-je fort etonne.

--Tu vas le voir.>>

Mon oncle employait volontiers les grands moyens et sans hesiter.
Sur son ordre, Hans reunit en un seul colis les objets non
fragiles, et ce paquet, solidement corde, fut tout bonnement
precipite dans le gouffre.

J'entendis ce mugissement sonore produit par le deplacement des
couches d'air. Mon oncle, penche sur l'abime, suivait d'un oeil
satisfait la descente de ses bagages, et ne se releva qu'apres
les avoir perdus de vue.

<>

Je demande a tout homme de bonne foi s'il etait possible
d'entendre sans frissonner de telles paroles!

Le professeur attacha sur son dos le paquet des instruments; Hans
prit celui des outils, moi celui des armes. La descente commenca
dans l'ordre suivant: Hans, mon oncle et moi. Elle se fit dans
un profond silence, trouble seulement par la chute des debris de
roc qui se precipitaient dans l'abime.

Je me laissai couler, pour ainsi dire, serrant frenetiquement la
double corde d'une main, de l'autre m'arc-boutant au moyen de mon
baton ferre. Une idee unique me dominait: je craignais que le
point d'appui ne vint a manquer. Cette corde me paraissait bien
fragile pour supporter le poids de trois personnes. Je m'en
servais le moins possible, operant des miracles d'equilibre sur
les saillies de lave que mon pied cherchait a saisir comme une
main.

Lorsqu'une de ces marches glissantes venait a s'ebranler sous le
pas de Hans, il disait de sa voix tranquille:

--<>

--Attention!>> repetait mon oncle.

Apres une demi-heure, noua etions arrives sur la surface d'un roc
fortement engage dans la paroi de la cheminee.

Hans tira la corde par l'un de ses bouts; l'autre s'eleva dans
l'air; apres avoir depasse le rocher superieur, il retomba en
raclant les morceaux de pierres et de laves, sorte de pluie, ou
mieux, de grele fort dangereuse.

En me penchant au-dessus de notre etroit plateau, je remarquai
que le fond du trou etait encore invisible.

La manoeuvre de la corde recommenca, et une demi-heure apres nous
avions gagne une nouvelle profondeur de deux cents pieds.

Je ne sais si le plus enrage geologue eut essaye d'etudier,
pendant cette descente, la nature des terrains qui
l'environnaient. Pour mon compte, je ne m'en inquietai guere;
qu'ils fussent pliocenes, miocenes, eocenes, cretaces,
jurassiques, triasiques, perniens, carboniferes, devoniens,
siluriens ou primitifs, cela me preoccupa peu. Mais le
professeur, sans doute, fit ses observations ou prit ses notes,
car, a l'une des haltes, il me dit:

<terrains volcaniques donne absolument raison a la theorie de
Davy. Nous sommes en plein sol primordial, sol dans lequel s'est
produit l'operation chimique des metaux enflammes au contact de
l'air et de l'eau; je repousse absolument le systeme d'une
chaleur centrale; d'ailleurs, nous verrons bien.>>

Toujours la meme conclusion. On comprend que je ne m'amusai pas
a discuter. Mon silence fut pris pour un assentiment, et la
descente recommenca.

Au bout de trois heures, je n'entrevoyais pas encore le fond de
la cheminee. Lorsque je relevais la tete, j'apercevais son
orifice qui decroissait sensiblement; ses parois, par suite de
leur legere inclinaison, tendaient a se rapprocher, l'obscurite
se faisait peu a peu.

Cependant nous descendions toujours; il me semblait que les
pierres detachees des parois s'engloutissaient avec une
repercussion plus mate et qu'elles devaient rencontrer
promptement le fond de l'abime.

Comme j'avais eu soin de noter exactement nos manoeuvres de
corde, je pus me rendre un compte exact de la profondeur atteinte
et du temps ecoule.

Nous avions alors repete quatorze fois cette manoeuvre qui durait
une demi-heure. C'etait donc sept heures, plus quatorze quarts
d'heure de repos ou trois heures et demie. En tout, dix heures
et demie. Nous etions partis a une heure, il devait etre onze
heures en ce moment.

Quant a la profondeur a laquelle nous etions parvenus, ces
quatorze manoeuvres d'une corde de deux cents pieds donnaient
deux mille huit cents pieds.

En ce moment la voix de Hans se fit entendre:

--<> dit-il.

Je m'arretai court au moment ou j'allais heurter de mes pieds la
tete de mon oncle.

<
--Ou? demandai-je en me laissant glisser pres de lui.

--Au fond de la cheminee perpendiculaire.

--Il n'y a donc pas d'autre issue?

--Si, une sorte de couloir que j'entrevois et qui oblique vers la
droite. Nous verrons cela demain. Soupons d'abord et nous
dormirons apres.>>

L'obscurite n'etait pas encore complete. On ouvrit le sac aux
provisions, on mangea et l'on se coucha de son mieux sur un lit
de pierres et de debris de lave.

Et quand, etendu sur le dos, j'ouvris les yeux, j'apercus un
point brillant a l'extremite de ce tube long de trois mille
pieds, qui se transformait en une gigantesque lunette.

C'etait une etoile depouillee de toute scintillation et qui,
d'apres mes calculs, devait etre sigma de la petite Ourse.

Puis je m'endormis d'un profond sommeil.



XVII


A huit heures du matin, un rayon du jour vint nous reveiller.
Les mille facettes de lave des parois le recueillaient a son
passage et l'eparpillaient comme une pluie d'etincelles.

Cette lueur etait assez forte pour permettre de distinguer les
objets environnants.

<mains. As-tu jamais passe une nuit plus paisible dans notre
maison de Konigstrasse. Plus de bruit de charrettes, plus de
cris de marchands, plus de vociferations de bateliers!

--Sans doute, nous sommes fort tranquilles au fond de ce puits;
mais ce calme meme a quelque chose d'effrayant.

--Allons donc, s'ecria mon oncle, si tu t'effrayes deja, que
sera-ce plus tard? Nous ne sommes pas encore entres d'un pouce
dans les entrailles de la terre?

--Que voulez-vous dire?

--Je veux dire que nous avons atteint seulement le sol de l'ile!
Ce long tube vertical, qui aboutit au cratere du Sneffels,
s'arrete a peu pres au niveau de la mer.

--En etes-vous certain?

--Tres certain; consulte le barometre, tu verras!>>

En effet, le mercure, apres avoir peu a peu remonte dans
l'instrument a mesure que notre descente s'effectuait, s'etait
arrete a vingt-neuf pouces.

<pression d'une atmosphere, et il me tarde que le manometre vienne
remplacer ce barometre.>>

Cet instrument allait, en effet, nous devenir inutile, du moment
que le poids de l'air depasserait sa pression calculee au niveau
de l'Ocean.

<toujours croissante ne soit fort penible?

--Non. Nous descendrons lentement, et nos poumons s'habitueront
a respirer une atmosphere plus comprimee. Les aeronautes
finissent par manquer d'air en s'elevant dans les couches
superieures; nous, nous en aurons trop peut-etre. Mais j'aime
mieux cela. Ne perdons pas un instant. Ou est le paquet qui
nous a precedes dans l'interieur de la montagne?

Je me souvins alors que nous l'avions vainement cherche la veille
au soir. Mon oncle interrogea Hans, qui, apres avoir regarde
attentivement avec ses yeux de chasseur, repondit:

<>

--La-haut.>>

En effet, ce paquet etait accroche a une saillie de roc, a une
centaine de pieds au-dessus de notre tete. Aussitot l'agile
Islandais grimpa comme un chat et, en quelques minutes, le paquet
nous rejoignit.

<gens qui peuvent avoir une longue course a faire.>>

Le biscuit et la viande seche furent arroses de quelques gorgees
d'eau melee de genievre.

Le dejeuner termine, mon oncle tira de sa poche un carnet destine
aux observations; il prit successivement ses divers instruments
et nota les donnees suivantes:

Lundi 1er juillet.

_Chronometre: 8 h. 17 m. du matin.
Barometre: 29p. 7 l.
Thermometre: 6deg..
Direction: E.-S.-E._

Cette derniere observation s'appliquait a la galerie obscure et
fut donnee par la boussole.

<nous allons nous enfoncer veritablement dans les entrailles du
globe. Voici donc le moment precis auquel notre voyage
commence.>>

Cela dit, mon oncle prit d'une main l'appareil de Ruhmkorff
suspendu a son cou; de l'autre, il mit en communication le
courant electrique avec le serpentin de la lanterne, et une assez
vive lumiere dissipa les tenebres de la galerie.

Hans portait le second appareil, qui fut egalement mis en
activite. Cette ingenieuse application de l'electricite nous
permettait d'aller longtemps en creant un jour artificiel, meme
au milieu des gaz les plus inflammables.

<> fit mon oncle.

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Here's Michael Wolff, still doing the rounds promoting his Rupert Murdoch biography, The man who owns the news. This interview with Jon Stewart is fun. It starts off with Wolff saying: "You wanna start a rumour, tell Rupert. He's the biggest gossip I've ever met." And there's an amusing pay-off too. (Via Comedy Central/The E&P Pub)

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For many years my local corner shop displayed a large sign in its window telling local residents to "use us or lose us!" It always looked a rather toothless threat to me. After all, if I didn't use them, what difference would it make to me if they weren't there? And surely a corner shop, one that had been there for years, would have enough customers to survive without recourse to such apocalyptic warning? But it didn't and was soon converted into flats.

This community shop was destroyed not so much by the pressures of the supermarkets or people's commuting patterns, but simply by customer apathy. It's something to think about as crime writers and readers across the world mourn the imminent passing of Maxim Jakubowski's celebrated Charing Cross Road bookshop in London, Murder One.

Apathy is a strange word to connect to a bookstore that thrives on passion. It's noticeable when you walk through the door, when you speak to the friendly, knowledgeable staff, when you look at the shelves and see the vast range of titles on offer. This isn't your regular kind of bookstore: the first time I visited spent a whole lunch break looking up and down, from floor to ceiling from table to table; it was an hour that changed my perception of both crime writing and of bookselling.

Murder One was – and for a few weeks will remain – a shop that took crime seriously. Not in the sense that it intellectualised it, or made unsubstantiated claims for its importance, but in the way that it treated crime writing with the respect it was due. With a genre that has so many off-shoots, branches and sub-genres, it took a shop of Murder One's calibre to show just how diverse, interesting and mentally stimulating crime could be – far more than the guilty pleasure I had, until then, considered it.

Thanks to judicious recommendations, enticing table displays and hours of foraging among the stacks, I discovered writers that I would never have picked up, let alone read. You could always get the latest blockbuster, but delve a little deeper and you'd find books that were not stocked anywhere else, novels that, like the perfect crime, were hidden from public view. The Martin Beck novels by Sjöwall & Wahlöö – probably my favourite sequence of novels in any genre – were introduced to me via Murder One, as were Kem Nunn, Sue Grafton, and Henning Mankell. It's also the staff of Murder One who piqued my interest in the inimitable Fred Vargas, and I can't thank them enough for the introduction.

Inclusive and without snobbery, Murder One amply demonstrated that the best bookshops are places not just of commerce, but of community; places that make feel you belong. It's the kind of store that bibliophiles dream about: well-stocked, well-staffed and shabby enough to lose days browsing within. It's just unfortunate that such shops don't have enough paying customers to keep them afloat, or that these customers visit all too infrequently – something of which I'm certainly guilty.

These kinds of shops are facing a long, bloody battle – and one which, without significant reinforcements, they are likely to lose. As we hear of the travesty of another brilliant independent going down, we'll mourn the loss, wring our hands and damn Amazon and the supermarkets and Waterstone's. Yet perhaps the most important detail we'll probably keep under wraps: the last time we actually spent any money there.

Murder One closing its doors for the final time is undoubtedly a .38 shell for independent bookshops, but whether it's body blow or a warning shot all depends upon us, the consumers. No one, no matter how iconic or established, can exist on fond memories alone: just ask Woolworths. Use these shops now, because it doesn't take a master sleuth to deduce what will happen if we don't.

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