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Voyage au Centre de la Terre by Jules Verne

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Chacun reprit son ballot. Hans se chargea de pousser devant lui
le paquet des cordages et des habits, et, moi troisieme, nous
entrames dans la galerie.

Au moment de m'engouffrer dans ce couloir obscur, je relevai la
tete, et j'apercus une derniere fois, par le champ de l'immense
tube, ce ciel de l'Islande <>

La lave, a la derniere eruption de 1229, s'etait fraye un passage
a travers ce tunnel. Elle tapissait l'interieur d'un enduit
epais et brillant; la lumiere electrique s'y reflechissait en
centuplant son intensite.

Toute la difficulte de la route consistait a ne pas glisser trop
rapidement sur une pente inclinee a quarante-cinq degres environ;
heureusement, certaines erosions, quelques boursouflures,
tenaient lieu de marches, et nous n'avions qu'a descendre en
laissant filer nos bagages retenus par une longue corde.

Mais ce qui se faisait marche sous nos pieds devenait stalactites
sur les autres parois; la lave, poreuse en de certains endroits,
presentait de petites ampoules arrondies; des cristaux de quartz
opaque, ornes de limpides gouttes de verre et suspendus a la
voute comme des lustres, semblaient s'allumer a notre passage.
On eut dit que les genies du gouffre illuminaient leur palais
pour recevoir les hotes de la terre.

<spectacle, mon oncle! Admirez-vous ces nuances de la lave qui
vont du rouge brun au jaune eclatant par degradations
insensibles? Et ces cristaux qui nous apparaissent comme des
globes lumineux?

--Ah! tu y viens, Axel! repondit mon oncle. Ah! tu trouves
cela splendide, mon garcon! Tu en verras bien d'autres, je
l'espere. Marchons! marchons!>>

II aurait dit plus justement <> car nous nous laissions
aller sans fatigue sur des pentes inclinees. C'etait le <descensus Averni>>, de Virgile. La boussole, que je consultais
frequemment, indiquait la direction du sud-est avec une
imperturbable rigueur. Cette coulee de lave n'obliquait ni d'un
cote ni de l'autre. Ella avait l'inflexibilite de la ligne
droite.

Cependant la chaleur n'augmentait pas d'une facon sensible; cela
donnait raison aux theories de Davy, et plus d'une fois je
consultai le thermometre avec etonnement. Deux heures apres le
depart, il ne marquait encore que 10deg., c'est-a-dire un
accroissement de 4deg.. Cela m'autorisait a penser que notre
descente etait plus horizontale que verticale. Quant a connaitre
exactement la profondeur atteinte, rien de plus facile. Le
professeur mesurait exactement les angles de deviation et
d'inclinaison de la route, mais il gardait pour lui le resultat
de ses observations.

Le soir, vers huit heures, il donna le signal d'arret. Hans
aussitot s'assit; les lampes furent accrochees a une saillie de
lave. Nous etions dans une sorte de caverne ou l'air ne manquait
pas. Au contraire. Certains souffles arrivaient jusqu'a nous.
Quelle cause les produisait? A quelle agitation atmospherique
attribuer leur origine? C'est une question que je ne cherchai
pas a resoudre en ce moment; la faim et la fatigue me rendaient
incapable de raisonner. Une descente de sept heures consecutives
ne se fait pas sans une grande depense de forces. J'etais
epuise. Le mot halte me fit donc plaisir a entendre. Hans etala
quelques provisions sur un bloc de lave, et chacun mangea avec
appetit. Cependant une chose m'inquietait; notre reserve d'eau
etait a demi consommee. Mon oncle comptait la refaire aux
sources souterraines, mais jusqu'alors celles-ci manquaient
absolument. Je ne pus m'empecher d'attirer son attention sur ce
sujet.

<
--Sans doute, et meme elle m'inquiete; nous n'avons plus d'eau
que pour cinq jours.

--Sois tranquille, Axel, je te reponds que nous trouverons de
l'eau, et plus que nous n'en voudrons.

--Quand cela?

--Quand nous aurons quitte cette enveloppe de lave. Comment
veux-tu que des sources jaillissent a travers ces parois?

--Mais peut-etre cette coulee se prolonge-t-elle a de grandes
profondeurs? Il me semble que nous n'avons pas encore fait
beaucoup de chemin verticalement?

--Qui te fait supposer cela?

--C'est que si nous etions tres avances dans l'interieur de
l'ecorce terrestre, la chaleur serait plus forte.

--D'apres ton systeme, repondit mon oncle; et qu'indique le
thermometre?

--Quinze degres a peine, ce qui ne fait qu'un accroissement de
neuf degres depuis notre depart.

--Eh bien, conclus.

--Voici ma conclusion. D'apres les observations les plus
exactes, l'augmentation de la temperature a l'interieur du globe
est d'un degre par cent pieds. Mais certaines conditions de
localite peuvent modifier ce chiffre. Ainsi, a Yakoust en
Siberie, on a remarque que l'accroissement d'un degre avait lieu
par trente-six pieds; cela depend evidemment de la conductibilite
des roches. J'ajouterai aussi que, dans le voisinage d'un volcan
eteint, et a travers le gneiss, on a remarque que l'elevation de
la temperature etait d'un degre seulement pour cent vingt-cinq
pieds. Prenons donc cette derniere hypothese, qui est la plus
favorable, et calculons.

--Calcule, mon garcon.

--Rien n'est plus facile, dis-je en disposant des chiffres sur
mon carnet. Neuf fois cent vingt-cinq pieds donnant onze cent
vingt-cinq pieds de profondeur.

--Rien de plus exact.

--Eh bien?

--Eh bien, d'apres mes observations, nous sommes arrives a dix
mille pieds au-dessous du niveau de la mer,

--Est-il possible?

--Oui, ou les chiffres ne sont plus les chiffres!>>

Les calculs du professeur etaient exacts; nous avions deja
depasse de six mille pieds les plus grandes profondeurs atteintes
par l'homme, telles que les mines de Kitz-Bahl dans le Tyrol, et
celles de Wuttemberg en Boheme.

La temperature, qui aurait du etre de quatre-vingt-un degres en
cet endroit, etait de quinze a peine. Cela donnait
singulierement a reflechir.



XIX


Le lendemain, mardi 30 juin, a six heures, la descente fut
reprise.

Nous suivions toujours la galerie de lave, veritable rampe
naturelle, douce comme ces plans inclines qui remplacent encore
l'escalier dans les vieilles maisons. Ce fut ainsi jusqu'a midi
dix-sept minutes, instant precis ou nous rejoignimes Hans, qui
venait de s'arreter.

<cheminee.>>

Je regardai autour de moi; nous etions au centre d'un carrefour,
auquel deux routes venaient aboutir, toutes deux sombres et
etroites. Laquelle convenait-il de prendre? Il y avait la une
difficulte.

Cependant mon oncle ne voulut paraitre hesiter ni devant moi ni
devant le guide; il designa le tunnel de l'est, et bientot nous y
etions enfonces tous les trois.

D'ailleurs toute hesitation devant ce double chemin se serait
prolongee indefiniment, car nul indice ne pouvait determiner le
choix de l'un ou de l'autre; il fallait s'en remettre absolument
au hasard.

La pente de cette nouvelle galerie etait peu sensible, et sa
section fort inegale; parfois une succession d'arceaux se
deroulait devant nos pas comme les contre-nefs d'une cathedrale
gothique; les artistes du moyen age auraient pu etudier la toutes
les formes de cette architecture religieuse qui a l'ogive pour
generateur. Un mille plus loin, notre tete se courbait sous les
cintres surbaisses du style roman, et de gros piliers engages
dans le massif pliaient sous la retombee des voutes. A de
certains endroits, cette disposition faisait place a de basses
substructions qui ressemblaient aux ouvrages des castors, et nous
nous glissions en rampant a travers d'etroits boyaux.

La chaleur se maintenait a un degre supportable.
Involontairement je songeais a son intensite, quand les laves
vomies par le Sneffels se precipitaient par cette route si
tranquille aujourd'hui. Je m'imaginais les torrents de feu
brises aux angles de la galerie et l'accumulation des vapeurs
surchauffees dans cet etroit milieu!

<reprendre d'une fantaisie tardive!>>

Ces reflexions, je ne les communiquai point a l'oncle Lidenbrock;
il ne les eut pas comprises. Son unique pensee etait d'aller en
avant. Il marchait, il glissait, il degringolait meme, avec une
conviction qu'apres tout il valait mieux admirer.

A six heures du soir, apres une promenade peu fatigante, nous
avions gagne deux lieues dans le sud, mais a peine un quart de
mille en profondeur.

Mon oncle donna le signal du repos. On mangea sans trop causer,
et l'on s'endormit sans trop reflechir.

Nos dispositions pour la nuit etaient fort simples: une
couverture de voyage dans laquelle on se roulait, composait toute
la literie. Nous n'avions a redouter ni froid, ni visite
importune. Les voyageurs qui s'enfoncent au milieu des deserts
de l'Afrique, au sein des forets du nouveau monde, sont forces de
se veiller les uns les autres pendant les heures du sommeil; mais
ici, solitude absolue et securite complete. Sauvages ou betes
feroces, aucune de ces races malfaisantes n'etait a craindre.

On se reveilla le lendemain frais et dispos. La route fut
reprise. Nous suivions un chemin de lave comme la veille.
Impossible de reconnaitre la nature des terrains qu'il
traversait. Le tunnel, au lieu de s'enfoncer dans les entrailles
du globe, tendait a devenir absolument horizontal. Je crus
remarquer meme qu'il remontait vers la surface de la terre.
Cette disposition devint si manifeste vers dix heures du matin,
et par suite si fatigante, que je fus force de moderer notre
marche.

<
--Eh bien, je n'en peux plus, repondis-je

--Quoi! apres trois heures de promenade sur une route si facile!

--Facile, je ne dis pas non, mais fatigante a coup sur.

--Comment! quand nous n'avons qu'a descendre!

--A monter, ne vous en deplaise!

--A monter! fit mon oncle en haussant les epaules.

--Sans doute. Depuis une demi-heure, les pentes se sont
modifiees, et a les suivre ainsi, nous reviendrons certainement a
la terre d'Islande.>>

Le professeur remua la tete en homme qui ne veut pas etre
convaincu. J'essayai de reprendre la conversation. Il ne me
repondit pas et donna le signal du depart. Je vis bien que son
silence n'etait que de la mauvaise humeur concentree.

Cependant j'avais repris mon fardeau avec courage, et je suivais
rapidement Hans, que precedait mon oncle. Je tenais a ne pas
etre distance; ma grande preoccupation etait de ne point perdre
mes compagnons de vue. Je fremissais a la pensee de m'egarer
dans les profondeurs de ce labyrinthe.

D'ailleurs, la route ascendante devenait plus penible, je m'en
consolais en songeant qu'elle me rapprochait de la surface de la
terre. C'etait un espoir. Chaque pas le confirmait.

A midi un changement d'aspect se produisit dans les parois de la
galerie. Je m'en apercus a l'affaiblissement de la lumiere
electrique reflechie par les murailles. Au revetement de lave
succedait la roche vive; le massif se composait de couches
inclinees et souvent disposees verticalement. Nous etions en
pleine epoque de transition, en pleine periode silurienne[1].

[1] Ainsi nommee parce que les terrains de cette periode sont
fort etendus en Angleterre, dans les contrees habitees
autrefois par la peuplade celtique des Silures.

<la seconde epoque de la terre, ces schistes, ces calcaires et ces
gres! Nous tournons le dos au massif granitique! Nous
ressemblons a des gens de Hambourg, qui prendraient le chemin de
Hanovre pour aller a Lubeck.>>

J'aurais du garder pour moi mes observations. Mais mon
temperament de geologue l'emporta sur la prudence, et l'oncle
Lidenbrock entendit mes exclamations.

<
--Voyez! repondis-je en lui montrant la succession variee des
gres, des calcaires et les premiers indices des terrains
ardoises.

--Eh bien?

--Nous voici arrives a cette periode pendant laquelle ont apparu
les premieres plantes et les premiers animaux!

--Ah! tu penses?

--Mais regardez, examinez, observez!>>

Je forcai le professeur a promener sa lampe sur les parois de la
galerie. Je m'attendais a quelque exclamation de sa part. Mais,
loin de la, il ne dit pas un mot, et continua sa route.

M'avait-il compris ou non? Ne voulait-il pas convenir, par
amour-propre d'oncle et de savant, qu'il s'etait trompe en
choisissant le tunnel de l'est, ou tenait-il a reconnaitre ce
passage jusqu'a son extremite? Il etait evident que nous avions
quitte la route des laves, et que ce chemin ne pouvait conduire
au foyer du Sneffels.

Cependant je me demandai si je n'accordais pas une trop grande
importance a cette modification des terrains. Ne me trompais-je
pas moi-meme? Traversions-nous reellement ces couches de roches
superposees au massif granitique?

<plante primitive, et il faudra bien me rendre a l'evidence.
Cherchons.>>

Je n'avais pas fait cent pas que des preuves incontestables
s'offrirent a mes yeux. Cela devait etre, car, a l'epoque
silurienne, les mers renfermaient plus de quinze cents especes
vegetales ou animales. Mes pieds, habitues au sol dur des laves,
foulerent tout a coup une poussiere faite de debris de plantes et
de coquille. Sur les parois se voyaient distinctement des
empreintes de fucus et de lycopodes; le professeur Lidenbrock ne
pouvait s'y tromper; mais il fermait les yeux, j'imagine, et
continuait son chemin d'un pas invariable.

C'etait de l'entetement pousse hors de toutes limites. Je n'y
tins plus. Je ramassai une coquille parfaitement conservee, qui
avait appartenu a un animal a peu pres semblable au cloporte
actuel; puis je rejoignis mon oncle et je lui dis:

<
--Eh bien, repondit-il tranquillement, c'est la coquille d'un
crustace de l'ordre disparu des trilobites. Pas autre chose.

--Mais n'en concluez-vous pas?...

--Ce que tu conclus toi-meme? Si. Parfaitement. Nous avons
abandonne la couche de granit et la route des laves. Il est
possible que je me sois trompe; mais je ne serai certain de mon
erreur qu'au moment ou j'aurai atteint l'extremite de cette
galerie.

--Vous avez raison d'agir ainsi, mon oncle, et je vous
approuverais fort si nous n'avions a craindre un danger de plus
en plus menacant.

--Et lequel?

--Le manque d'eau.

--Eh bien! nous nous rationnerons, Axel.



XX


En effet, il fallut se rationner. Notre provision ne pouvait
durer plus de trois jours. C'est ce que je reconnus le soir au
moment du souper. Et, facheuse expectative, nous avions peu
d'espoir de rencontrer quelque source vive dans ces terrains de
l'epoque de transition.

Pendant toute la journee du lendemain la galerie deroula devant
nos pas ses interminables arceaux. Nous marchions presque sans
mot dire. Le mutisme de Hans nous gagnait.

La route ne montait pas, du moins d'une facon sensible; parfois
meme elle semblait s'incliner. Mais cette tendance, peu marquee
d'ailleurs, ne devait pas rassurer le professeur, car la nature
des couches ne se modifiait pas, et la periode de transition
s'affirmait davantage.

La lumiere electrique faisait splendidement etinceler les
schistes, le calcaire et les vieux gres rouges des parois; on
aurait pu se croire dans une tranchee ouverte au milieu du
Devonshire, qui donna son nom a ce genre de terrains. Des
specimens de marbres magnifiques revetaient les murailles, les
uns, d'un gris agate avec des veines blanches capricieusement
accusees, les autres, de couleur incarnat ou d'un jaune tache de
plaques rouges, plus loin, des echantillons de ces griottes a
couleurs sombres, dans lesquels le calcaire se relevait en
nuances vives.

La plupart de ces marbres offraient des empreintes d'animaux
primitifs; mais, depuis la veille, la creation avait fait un
progres evident. Au lieu des trilobites rudimentaires,
j'apercevais des debris d'un ordre plus parfait; entre autres,
des poissons Ganoides et ces Sauropteris dans lesquels l'oeil du
paleontologiste a su decouvrir les premieres formes du reptile.
Les mers devoniennes etaient habitees par un grand nombre
d'animaux de cette espece, et elles les deposerent par milliers
sur les roches de nouvelle formation.

Il devenait evident que nous remontions l'echelle de la vie
animale dont l'homme occupe le sommet. Mais le professeur
Lidenbrock ne paraissait pas y prendre garde.

Il attendait deux choses: ou qu'un puits vertical vint a s'ouvrir
sous ses pieds et lui permettre de reprendre sa descente; ou
qu'un obstacle l'empechat de continuer cette route. Mais le soir
arriva sans que cette esperance se fut realisee,

Le vendredi, apres une nuit pendant laquelle je commencai a
ressentir les tourments de la soif, notre petite troupe s'enfonca
de nouveau dans les detours de la galerie.

Apres dix heures de marche, je remarquai que la reverberation de
nos lampes sur les parois diminuait singulierement. Le marbre,
le schiste, le calcaire, les gres des murailles, faisaient place
a un revetement sombre et sans eclat. A un moment ou le tunnel
devenait fort etroit, je m'appuyai sur sa paroi.

Quand je retirai ma main, elle etait entiere ment noire. Je
regardai de plus pres. Nous etions en pleine houillere.

<
--Une mine sans mineurs, repondit mon oncle.

--Eh! qui sait?

--Moi, je sais, repliqua le professeur d'un ton bref, et je suis
certain que cette galerie percee a travers ces couches de houille
n'a pas ete faite de la main des hommes. Mais que ce soit ou non
l'ouvrage de la nature, cela m'importe peu. L'heure du souper
est venue. Soupons.>>

Hans, prepara quelques aliments. Je mangeai a peine, et je bus
les quelques gouttes d'eau qui formaient ma ration. La gourde du
guide a demi pleine, voila tout ce qui restait pour desalterer
trois hommes.

Apres leur repas, mes deux compagnons s'etendirent sur leurs
couvertures et trouverent dans le sommeil un remede a leurs
fatigues. Pour moi, je ne pus dormir, et je comptai les heures
jusqu'au matin.

Le samedi, a six heures, on repartit. Vingt minutes plus tard,
nous arrivions a une vaste excavation; je reconnus alors que la
main de l'homme ne pouvait pas avoir creuse cette houillere; les
voutes en eussent ete etanconnees, et veritablement elles ne se
tenaient que par un miracle d'equilibre.

Cette espece de caverne comptait cent pieds de largeur sur cent
cinquante de hauteur. Le terrain avait ete violemment ecarte par
une commotion souterraine. Le massif terrestre, cedant a quelque
puissante poussee, s'etait disloque, laissant ce large vide ou
des habitants de la terre penetraient pour la premiere fois.

Toute l'histoire de la periode houillere etait ecrite sur ces
sombres parois, et un geologue en pouvait suivre facilement les
phases diverses. Les lits de charbon etaient separes par des
strates de gres ou d'argile compacts, et comme ecrases par les
couches superieures.

A cet age du monde qui preceda l'epoque secondaire, la terre se
recouvrit d'immenses vegetations dues a la double action d'une
chaleur tropicale et d'une humidite persistante. Une atmosphere
de vapeurs enveloppait le globe de toutes parts, lui derobant
encore les rayons du soleil.

De la cette conclusion que les hautes temperatures ne provenaient
pas de ce foyer nouveau; peut-etre meme l'astre du jour
n'etait-il pas pret a jouer son role eclatant. Les <>
n'existaient pas encore, et une chaleur torride se repandait a la
surface entiere du globe, egale a l'Equateur et aux poles. D'ou
venait-elle? De l'interieur du globe.

En depit des theories du professeur Lidenbrock, un feu violent
couvait dans les entrailles du spheroide; son action se faisait
sentir jusqu'aux dernieres couches de l'ecorce terrestre; les
plantes, privees des bienfaisantes effluves du soleil, ne
donnaient ni fleurs ni parfums, mais leurs racines puisaient une
vie forte dans les terrains brulants des premiers jours.

Il y avait peu d'arbres, des plantes herbacees seulement,
d'immenses gazons, des fougeres, des lycopodes, des sigillaires,
des asterophylites, familles rares dont les especes se comptaient
alors par milliers.

Or c'est precisement a cette exuberante vegetation que la houille
doit son origine. L'ecorce elastique du globe obeissait aux
mouvements de la masse liquide qu'elle recouvrait. De la des
fissures, des affaissements nombreux; les plantes, entrainees
sous les eaux, formerent peu a peu des amas considerables.

Alors intervint l'action de la chimie naturelle, au fond des
mers, les masses vegetales se firent tourbe d'abord; puis, grace
a l'influence des gaz, et sous le feu de la fermentation, elles
subirent une mineralisation complete.

Ainsi se formerent ces immenses couches de charbon que la
consommation de tous les peuples, pendant de longs siecles
encore, ne parviendra pas a epuiser.

Ces reflexions me revenaient a l'esprit pendant que je
considerais les richesses houilleres accumulees dans cette
portion du massif terrestre. Celles-ci, sans doute, ne seront
jamais mises a decouvert. L'exploitation de ces mines reculees
demanderait des sacrifices trop considerables. A quoi bon,
d'ailleurs, quand la houille est repandue pour ainsi dire a la
surface de la terre dans un grand nombre de contrees? Aussi,
telles je voyais ces couches intactes, telles elles seraient
encore lorsque sonnerait la derniere heure du monde.

Cependant nous marchions, et seul de mes compagnons j'oubliais la
longueur de la route pour me perdre au milieu de considerations
geologiques. La temperature restait sensiblement ce qu'elle
etait pendant notre passage au milieu des laves et des schistes.
Seulement, mon odorat etait affecte par une odeur fort prononcee
de protocarbure d'hydrogene. Je reconnus immediatement, dans
cette galerie, la presence d'une notable quantite de ce fluide
dangereux auquel les mineurs ont donne le nom de grisou, et dont
l'explosion a si souvent cause d'epouvantables catastrophes.

Heureusement nous etions eclaires par les ingenieux appareils de
Ruhmkorff. Si, par malheur, nous avions imprudemment explore
cette galerie la torche a la main, une explosion terrible eut
fini le voyage en supprimant les voyageurs.

Cette excursion dans la houillere dura jusqu'au soir. Mon oncle
contenait a peine l'impatience que lui causait l'horizontalite de
la route. Les tenebres, toujours profondes a vingt pas,
empechaient d'estimer la longueur de la galerie, et je commencai
a la croire interminable, quand soudain, a six heures, un mur se
presenta inopinement a nous. A droite, a gauche, en haut, en
bas, il n'y avait aucun passage. Nous etions arrives au fond
d'une impasse.

<quoi m'en tenir. Nous ne sommes pas sur la route de Saknussemm,
et il ne reste plus qu'a revenir en arriere. Prenons une nuit de
repos, et avant trois jours nous aurons regagne le point ou les
deux galeries se bifurquent.

--Oui, dis-je, si nous en avons la force!

--Et pourquoi non?

--Parce que, demain, l'eau manquera tout a fait.

--Et le courage manquera-t-il aussi? fit le professeur en me
regardant d'un oeil severe.>>

Je n'osai lui repondre.



XXI


Le lendemain le depart eut lieu de grand matin. Il fallait se
hater. Nous etions a cinq jours de marche du carrefour.

Je ne m'appesantirai pas sur les souffrances de notre retour.
Mon oncle les supporta avec la colere d'un homme qui ne se sent
pas le plus fort; Hans avec la resignation de sa nature
pacifique; moi, je l'avoue, me plaignant et me desesperant; je ne
pouvais avoir de coeur contre cette mauvaise fortune.

Ainsi que je l'avais prevu, l'eau fit tout a fait defaut a fa fin
du premier jour de marche; notre provision liquide se reduisit
alors a du genievre; mais cette infernale liqueur brulait le
gosier, et je ne pouvais meme en supporter la vue. Je trouvais
la temperature etouffante; la fatigue me paralysait. Plus d'une
fois, je faillis tomber sans mouvement. On faisait halte alors;
mon oncle ou l'Islandais me reconfortaient de leur mieux. Mais
je voyais deja que le premier reagissait peniblement contre
l'extreme fatigue et les tortures nees de la privation d'eau.

Enfin, le mardi, 8 juillet, en nous trainant sur les genoux, sur
les mains, nous arrivames a demi morts au point de jonction des
deux galeries. La je demeurai comme une masse inerte, etendu sur
le sol de lave. Il etait dix heures du matin.

Hans et mon oncle, accotes a la paroi, essayerent de grignoter
quelques morceaux de biscuit. De longs gemissements
s'echappaient de mes levres tumefiees. Je tombai dans un profond
assoupissement.

Au bout de quelque temps, mon oncle s'approcha de moi et me
souleva entre ses bras:

<> murmura-t-il avec un veritable accent de pitie.

Je fus touche de ces paroles, n'etant pas habitue aux tendresses
du farouche professeur. Je saisis ses mains fremissantes dans
les miennes. Il se laissa faire en me regardant. Ses yeux
etaient humides.

Je le vis alors prendre la gourde suspendue a son cote. A ma
grande stupefaction, il l'approcha de mes levres:

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Here's Michael Wolff, still doing the rounds promoting his Rupert Murdoch biography, The man who owns the news. This interview with Jon Stewart is fun. It starts off with Wolff saying: "You wanna start a rumour, tell Rupert. He's the biggest gossip I've ever met." And there's an amusing pay-off too. (Via Comedy Central/The E&P Pub)

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For many years my local corner shop displayed a large sign in its window telling local residents to "use us or lose us!" It always looked a rather toothless threat to me. After all, if I didn't use them, what difference would it make to me if they weren't there? And surely a corner shop, one that had been there for years, would have enough customers to survive without recourse to such apocalyptic warning? But it didn't and was soon converted into flats.

This community shop was destroyed not so much by the pressures of the supermarkets or people's commuting patterns, but simply by customer apathy. It's something to think about as crime writers and readers across the world mourn the imminent passing of Maxim Jakubowski's celebrated Charing Cross Road bookshop in London, Murder One.

Apathy is a strange word to connect to a bookstore that thrives on passion. It's noticeable when you walk through the door, when you speak to the friendly, knowledgeable staff, when you look at the shelves and see the vast range of titles on offer. This isn't your regular kind of bookstore: the first time I visited spent a whole lunch break looking up and down, from floor to ceiling from table to table; it was an hour that changed my perception of both crime writing and of bookselling.

Murder One was – and for a few weeks will remain – a shop that took crime seriously. Not in the sense that it intellectualised it, or made unsubstantiated claims for its importance, but in the way that it treated crime writing with the respect it was due. With a genre that has so many off-shoots, branches and sub-genres, it took a shop of Murder One's calibre to show just how diverse, interesting and mentally stimulating crime could be – far more than the guilty pleasure I had, until then, considered it.

Thanks to judicious recommendations, enticing table displays and hours of foraging among the stacks, I discovered writers that I would never have picked up, let alone read. You could always get the latest blockbuster, but delve a little deeper and you'd find books that were not stocked anywhere else, novels that, like the perfect crime, were hidden from public view. The Martin Beck novels by Sjöwall & Wahlöö – probably my favourite sequence of novels in any genre – were introduced to me via Murder One, as were Kem Nunn, Sue Grafton, and Henning Mankell. It's also the staff of Murder One who piqued my interest in the inimitable Fred Vargas, and I can't thank them enough for the introduction.

Inclusive and without snobbery, Murder One amply demonstrated that the best bookshops are places not just of commerce, but of community; places that make feel you belong. It's the kind of store that bibliophiles dream about: well-stocked, well-staffed and shabby enough to lose days browsing within. It's just unfortunate that such shops don't have enough paying customers to keep them afloat, or that these customers visit all too infrequently – something of which I'm certainly guilty.

These kinds of shops are facing a long, bloody battle – and one which, without significant reinforcements, they are likely to lose. As we hear of the travesty of another brilliant independent going down, we'll mourn the loss, wring our hands and damn Amazon and the supermarkets and Waterstone's. Yet perhaps the most important detail we'll probably keep under wraps: the last time we actually spent any money there.

Murder One closing its doors for the final time is undoubtedly a .38 shell for independent bookshops, but whether it's body blow or a warning shot all depends upon us, the consumers. No one, no matter how iconic or established, can exist on fond memories alone: just ask Woolworths. Use these shops now, because it doesn't take a master sleuth to deduce what will happen if we don't.

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