Sganarelle by Moliere [Jean Baptiste Poquelin]
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Moliere [Jean Baptiste Poquelin] >> Sganarelle
- Sganarelle -
Il est trop vrai pour moi.
- Celie -
Ah ! traitre ! scelerat ! ame double et sans foi !
- Sganarelle -
La bonne ame !
- Celie -
Non, non, l'enfer n'a point de gene
Qui ne soit pour ton crime une trop douce peine.
- Sganarelle -
Que voila bien parler !
- Celie -
Avoir ainsi traite
Et la meme innocence et la meme bonte !
- Sganarelle -
(soupire haut.)
Haie !
- Celie -
Un coeur qui jamais n'a fait la moindre chose
A meriter l'affront ou ton mepris l'expose !
- Sganarelle -
Il est vrai.
- Celie -
Qui bien loin... Mais c'est trop, et ce coeur
Ne saurait y songer sans mourir de douleur.
- Sganarelle -
Ne vous fachez pas tant, ma tres chere Madame,
Mon mal vous touche trop, et vous me percez l'ame.
- Celie -
Mais ne t'abuse pas jusqu'a te figurer
Qu'a des plaintes sans fruit j'en veuille demeurer :
Mon coeur, pour se venger, sait ce qu'il te faut faire,
Et j'y cours de ce pas ; rien ne m'en peut distraire.
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SCENE XVII. - Sganarelle.
- Sganarelle -
Que le ciel la preserve a jamais de danger !
Voyez quelle bonte de vouloir me venger !
En effet, son courroux, qu'excite ma disgrace,
M'enseigne hautement ce qu'il faut que je fasse ;
Et l'on ne doit jamais souffrir, sans dire mot,
De semblables affronts, a moins qu'etre un vrai sot.
Courons donc le chercher, ce pendard qui m'affronte :
Montrons notre courage a venger notre honte.
Vous apprendrez, maroufle, a rire a nos depens,
Et, sans aucun respect, faire cocus les gens.
(Il revient apres avoir fait quelques pas.)
Doucement, s'il vous plait ; cet homme a bien la mine
D'avoir le sang bouillant et l'ame un peu mutine ;
Il pourrait bien, mettant affront dessus affront,
Charger de bois mon dos comme il a fait mon front.
Je hais de tout mon coeur les esprits coleriques,
Et porte grand amour aux hommes pacifiques ;
Je ne suis point battant, de peur d'etre battu,
Et l'humeur debonnaire est ma grande vertu.
Mais mon honneur me dit que d'une telle offense
Il faut absolument que je prenne vengeance :
Ma foi ! laissons-le dire autant qu'il lui plaira :
Au diantre qui pourtant rien du tout en fera !
Quand j'aurai fait le brave, et qu'un fer, pour ma peine,
M'aura d'un vilain coup transperce la bedaine,
Que par la ville ira le bruit de mon trepas,
Dites-moi, mon honneur, en serez-vous plus gras ?
La biere est un sejour par trop melancolique,
Et trop malsain pour ceux qui craignent la colique.
Et quant a moi, je trouve, ayant tout compasse,
Qu'il vaut mieux etre encor cocu que trepasse :
Quel mal cela fait-il ? la jambe en devient-elle
Plus tortue, apres tout, et la taille moins belle ?
Peste soit qui premier trouva l'invention
De s'affliger l'esprit de cette vision,
Et d'attacher l'honneur de l'homme le plus sage
Aux choses que peut faire une femme volage !
Puisqu'on tient, a bon droit, tout crime personnel,
Que fait la notre honneur pour etre criminel ?
Des actions d'autrui l'on nous donne le blame :
Si nos femmes sans nous ont un commerce infame,
Il faut que tout le mal tombe sur notre dos :
Elles font la sottise, et nous sommes les sots.
C'est un vilain abus, et les gens de police
Nous devraient bien regler une telle injustice.
N'avons-nous pas assez des autres accidents
Qui nous viennent happer en depit de nos dents ?
Les querelles, proces, faim, soif et maladie,
Troublent-ils pas assez le repos de la vie,
Sans s'aller de surcroit aviser sottement
De se faire un chagrin qui n'a nul fondement ?
Moquons-nous de cela, meprisons les alarmes,
Et mettons sous nos pieds les soupirs et les larmes.
Si ma femme a failli, qu'elle pleure bien fort ;
Mais pourquoi, moi, pleurer, puisque je n'ai point tort ?
En tout cas, ce qui peut m'oter ma facherie,
C'est que je ne suis pas seul de ma confrerie.
Voir cajoler sa femme, et n'en temoigner rien,
Se pratique aujourd'hui par force gens de bien.
N'allons donc point chercher a faire une querelle
Pour un affront qui n'est que pure bagatelle.
L'on m'appellera sot, de ne me venger pas :
Mais je le serais fort, de courir au trepas.
(Mettant la main sur sa poitrine.)
Je me sens la pourtant remuer une bile
Qui veut me conseiller quelque action virile.
Oui, le courroux me prend ; c'est trop etre poltron :
Je veux resolument me venger du larron.
Deja, pour commencer, dans l'ardeur qui m'enflamme,
Je vais dire partout qu'il couche avec ma femme.
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SCENE XVIII. - Gorgibus, Celie, la suivante de Celie.
- Celie -
Oui, je veux bien subir une si juste loi,
Mon pere, disposez de mes voeux et de moi ;
Faites, quand vous voudrez, signer cet hymenee :
A suivre mon devoir je suis determinee ;
Je pretends gourmander mes propres sentiments,
Et me soumettre en tout a vos commandements.
- Gorgibus -
Ah ! voila qui me plait, de parler de la sorte.
Parbleu, si grande joie a l'heure me transporte,
Que mes jambes sur l'heure en caprioleraient (11),
Si nous n'etions point vus de gens qui s'en riraient !
Approche-toi de moi, viens ca ; que je t'embrasse.
Une telle action n'a pas mauvaise grace ;
Un pere, quand il veut, peut sa fille baiser,
Sans que l'on ait sujet de s'en scandaliser.
Va, le contentement de te voir si bien nee
Me fera rajeunir de dix fois une annee.
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SCENE XIX. - Celie, la suivante de Celie.
- La suivante -
Ce changement m'etonne.
- Celie -
Et lorsque tu sauras
Par quel motif j'agis, tu m'en estimeras.
- La suivante -
Cela pourrait bien etre.
- Celie -
Apprends donc que Lelie
A pu blesser mon coeur par une perfidie ;
Qu'il etait en ces lieux sans...
- La suivante -
Mais il vient a nous.
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SCENE XX. - Lelie, Celie, la suivante de Celie.
- Lelie -
Avant que pour jamais je m'eloigne de vous,
Je veux vous reprocher au moins en cette place...
- Celie -
Quoi ! me parler encore ! avez-vous cette audace ?
- Lelie -
Il est vrai qu'elle est grande ; et votre choix est tel,
Qu'a vous rien reprocher je serais criminel.
Vivez, vivez contente, et bravez ma memoire,
Avec le digne epoux qui vous comble de gloire.
- Celie -
Oui, traitre, j'y veux vivre ; et mon plus grand desir,
Ce serait que ton coeur en eut du deplaisir.
- Lelie -
Qui rend donc contre moi ce courroux legitime ?
- Celie -
Quoi ? tu fais le surpris, et demandes ton crime ?
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SCENE XXI. - Celie, Lelie, Sganarelle, arme de pied en cap ;
la suivante de Celie.
- Sganarelle -
Guerre ! guerre mortelle a ce larron d'honneur
Qui, sans misericorde, a souille notre honneur !
- Celie -
(a Lelie, lui montrant Sganarelle.)
Tourne, tourne les yeux, sans me faire repondre.
- Lelie -
Ah ! je vois...
- Celie -
Cet objet suffit pour te confondre.
- Lelie -
Mais pour vous obliger bien plutot a rougir.
- Sganarelle -
(a part.)
Ma colere a present est en etat d'agir ;
Dessus ses grands chevaux est monte mon courage (12),
Et si je le rencontre, on verra du carnage.
Oui, j'ai jure sa mort ; rien ne peut l'empecher.
Ou je le trouverai, je le veux depecher.
(Tirant son epee a demi, il approche de Lelie.)
Au beau milieu du coeur il faut que je lui donne...
- Lelie -
(se retournant.)
A qui donc en veut-on ?
- Sganarelle -
Je n'en veux a personne.
- Lelie -
Pourquoi ces armes-la ?
- Sganarelle -
C'est un habillement
Que j'ai pris pour la pluie.
(a part.)
Ah ! quel contentement
J'aurais a le tuer ! Prenons-en le courage.
- Lelie -
(se retournant encore.)
Hai ?
- Sganarelle -
Je ne parle pas.
(A part, apres s'etre donne des soufflets pour s'exciter.)
Ah ! poltron, dont j'enrage,
Lache, vrai coeur de poule !
- Celie -
(a Lelie.)
Il t'en doit dire assez,
Cet objet dont tes yeux nous paraissent blesses.
- Lelie -
Oui, je connais par la que vous etes coupable
De l'infidelite la plus inexcusable
Qui jamais d'un amant puisse outrager la foi.
- Sganarelle -
(a part.)
Que n'ai-je un peu de coeur !
- Celie -
Ah ! cesse devant moi,
Traitre, de ce discours l'insolence cruelle !
- Sganarelle -
(a part.)
Sganarelle, tu vois qu'elle prend ta querelle !
Courage, mon enfant, sois un peu vigoureux.
La, hardi ! tache a faire un effort genereux,
En le tuant tandis qu'il tourne le derriere.
- Lelie -
(faisant deux ou trois pas sans dessein, fait retourner Sganarelle
qui s'approchait pour le tuer.)
Puisqu'un pareil discours emeut votre colere,
Je dois de votre coeur me montrer satisfait,
Et l'applaudir ici du beau choix qu'il a fait.
- Celie -
Oui, oui, mon choix est tel qu'on n'y peut rien reprendre.
- Lelie -
Allez, vous faites bien de le vouloir defendre.
- Sganarelle -
Sans doute, elle fait bien de defendre mes droits.
Cette action, Monsieur, n'est point selon les lois :
J'ai raison de m'en plaindre ; et, si je n'etais sage,
On verrait arriver un etrange carnage.
- Lelie -
D'ou vous nait cette plainte, et quel chagrin brutal... ?
- Sganarelle -
Suffit. Vous savez bien ou le bat me fait mal ;
Mais votre conscience et le soin de votre ame
Vous devraient mettre aux yeux que ma femme est ma femme :
Et vouloir, a ma barbe, en faire votre bien,
Que ce n'est pas du tout agir en bon chretien.
- Lelie -
Un semblable soupcon est bas et ridicule.
Allez, dessus ce point n'ayez aucun scrupule :
Je sais qu'elle est a vous, et, bien loin de bruler...
- Celie -
Ah ! qu'ici tu sais bien, traitre, dissimuler !
- Lelie -
Quoi ? me soupconnez-vous d'avoir une pensee
De qui son ame ait lieu de se croire offensee ?
De cette lachete voulez-vous me noircir ?
- Celie -
Parle, parle a lui-meme, il pourra t'eclaircir.
- Sganarelle -
(a Celie.)
Vous me defendez mieux que je ne saurais faire :
Et du biais qu'il faut vous prenez cette affaire.
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SCENE XXII. - Celie, Lelie, Sganarelle, la femme de Sganarelle,
la suivante de Celie.
- La femme de Sganarelle -
Je ne suis point d'humeur a vouloir contre vous
Faire eclater, Madame, un esprit trop jaloux ;
Mais je ne suis point dupe, et vois ce qui se passe :
Il est de certains feux de fort mauvaise grace ;
Et votre ame devrait prendre un meilleur emploi,
Que de seduire un coeur qui doit n'etre qu'a moi.
- Lelie -
La declaration est assez ingenue.
- Sganarelle -
(a sa femme.)
L'on ne demandait pas, carogne, ta venue :
Tu la viens quereller lorsqu'elle me defend,
Et tu trembles de peur qu'on t'ote ton galant.
- Celie -
Allez, ne croyez pas que l'on en ait envie.
(Se tournant vers Lelie.)
Tu vois si c'est mensonge ; et j'en suis fort ravie.
- Lelie -
Que me veut-on conter ?
- La suivante -
Ma foi, je ne sais pas
Quand on verra finir ce galimatias ;
Deja depuis longtemps je tache a le comprendre,
Et si, plus je l'ecoute (13), et moins je puis l'entendre,
Je vois bien a la fin que je m'en dois meler.
(Elle se met entre Lelie et sa maitresse.)
Repondez-moi par ordre, et me laissez parler.
(A Lelie.)
Vous, qu'est-ce qu'a son coeur peut reprocher le votre ?
- Lelie -
Que l'infidele a pu me quitter pour un autre ;
Que lorsque, sur le bruit de son hymen fatal,
J'accours tout transporte d'un amour sans egal,
Dont l'ardeur resistait a se croire oubliee,
Mon abord en ces lieux la trouve mariee.
- La suivante -
Mariee ! a qui donc ?
- Lelie -
(Montrant Sganarelle.)
A lui.
- La suivante -
Comment, a lui ?
- Lelie -
Oui-da !
- La suivante -
Qui vous l'a dit ?
- Lelie -
C'est lui-meme, aujourd'hui.
- La suivante -
(a Sganarelle.)
Est-il vrai ?
- Sganarelle -
Moi ? J'ai dit que c'etait a ma femme,
Que j'etais marie.
- Lelie -
Dans un grand trouble d'ame,
Tantot de mon portrait je vous ai vu saisi.
- Sganarelle -
Il est vrai : le voila.
- Lelie -
(a Sganarelle.)
Vous m'avez dit aussi
Que celle aux mains de qui vous aviez pris ce gage
etait liee a vous des noeuds du mariage.
- Sganarelle -
(montrant sa femme.)
Sans doute. Et je l'avais de ses mains arrache ;
Et n'eusse pas sans lui decouvert son peche.
- La femme de Sganarelle -
Que me viens-tu conter par ta plainte importune ?
Je l'avais sous mes pieds rencontre par fortune ;
Et meme, quand, apres ton injuste courroux,
(Montrant Lelie.)
J'ai fait, dans sa faiblesse, entrer monsieur chez nous,
Je n'ai pas reconnu les traits de sa peinture.
- Celie -
C'est moi qui du portrait ai cause l'aventure ;
Et je l'ai laisse choir en cette pamoison,
(A Sganarelle.)
Qui m'a fait par vos soins remettre a la maison.
- La suivante -
Vous voyez que sans moi vous y seriez encore,
Et vous aviez besoin de mon peu d'ellebore.
- Sganarelle -
(a part.)
Prendrons-nous tout ceci pour de l'argent comptant ?
Mon front l'a, sur mon ame, eu bien chaude pourtant.
- la femme de Sganarelle -
Ma crainte toutefois n'est pas trop dissipee,
Et, d'ou que soit le mal, je crains d'etre trompee.
- Sganarelle -
(a sa femme.)
He ! mutuellement, croyons-nous gens de bien ;
Je risque plus du mien que tu ne fais du tien.
Accepte sans facon le parti qu'on propose.
- la femme de Sganarelle -
Soit. Mais gare le bois si j'apprends quelque chose !
- Celie -
(a Lelie, apres avoir parle bas ensemble.)
Ah ! dieux ! s'il est ainsi, qu'est-ce donc que j'ai fait ?
Je dois de mon courroux apprehender l'effet.
Oui, vous croyant sans foi, j'ai pris pour ma vengeance
Le malheureux secours de mon obeissance ;
Et depuis un moment, mon coeur vient d'accepter
Un hymen que toujours j'eus lieu de rebuter.
J'ai promis a mon pere ; et ce qui me desole...
Mais je le vois venir.
- Lelie -
Il me tiendra parole.
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SCENE XXIII. - Gorgibus, Celie, Lelie, Sganarelle, la femme de Sganarelle,
la suivante de Celie.
- Lelie -
Monsieur, vous me voyez en ces lieux de retour,
Brulant des memes feux ; et mon ardent amour
Verra, comme je crois, la promesse accomplie
Qui me donna l'espoir de l'hymen de Celie.
- Gorgibus -
Monsieur, que je revois en ces lieux de retour,
Brulant des memes feux, et dont l'ardente amour
Verra, que vous croyez, la promesse accomplie
Qui vous donne l'espoir de l'hymen de Celie,
Tres humble serviteur a Votre seigneurie.
- Lelie -
Quoi ? Monsieur, est-ce ainsi qu'on trahit mon espoir ?
- Gorgibus -
Oui, Monsieur, c'est ainsi que je fais mon devoir :
Ma fille en suit les lois.
- Celie -
Mon devoir m'interesse,
Mon pere, a degager vers lui votre promesse.
- Gorgibus -
Est-ce repondre en fille a mes commandements ?
Tu te demens bientot de tes bons sentiments.
Pour Valere tantot... Mais j'apercois son pere :
Il vient assurement pour conclure l'affaire.
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SCENE XXIV. - Villebrequin, Gorgibus, Celie, Lelie, Sganarelle,
la femme de Sganarelle, la suivante de Celie.
- Gorgibus -
Qui vous amene ici, seigneur Villebrequin ?
- Villebrequin -
Un secret important, que j'ai su ce matin,
Qui rompt absolument ma parole donnee.
Mon fils, dont votre fille acceptait l'hymenee,
Sous des liens caches trompant les yeux de tous,
Vit depuis quatre mois avec Lise en epoux,
Et, comme des parents le bien et la naissance
M'otent tout le pouvoir d'en casser l'alliance,
Je vous viens...
- Gorgibus -
Brisons la. Si, sans votre conge,
Valere votre fils ailleurs s'est engage,
Je ne vous puis celer que ma fille Celie
Des longtemps par moi-meme est promise a Lelie ;
Et que, riche en vertus, son retour aujourd'hui
M'empeche d'agreer un autre epoux que lui.
- Villebrequin -
Un tel choix me plait fort.
- Lelie -
Et cette juste envie
D'un bonheur eternel va couronner ma vie.
- Gorgibus -
Allons choisir le jour pour se donner la foi.
- Sganarelle -
(seul.)
A-t-on mieux cru jamais etre cocu que moi !
Vous voyez qu'en ce fait la plus forte apparence
Peut jeter dans l'esprit une fausse creance.
De cet exemple-ci ressouvenez-vous bien ;
Et, quand vous verriez tout, ne croyez jamais rien.
FIN DE SGANARELLE.
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Notes [from 1890 edition]
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(0) Ce personnage comique est une creation de Moliere, et le nom de
Sganarelle est reste au caractere qu'il represente : on disait les
"Sganarelles", comme on avait dit les "Jodelets", les "Gros-Renes",
etc.
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(1) "Clelie", roman de mademoiselle de Scudery.
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(2) Ces deux ouvrages tenaient autrefois dans l'education de la
jeunesse la meme place que les fables de la Fontaine y tiennent
aujourd'hui.
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(3) Livre de devotion, par Louis de Grenade, dominicain espagnol,
mort en 1588. (B.)
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(4) "Si ferai bien, je meure". Ce qui veut dire "Oui, assurement je le
ferai bien". "Si" est un vieux mot que Moliere emploie assez souvent,
et qu'on trouve meme dans le "Tartufe". Nicot, dans son "Tresor de la
langue francoise", dit qu'il sert a renforcer le verbe qui le suit.
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(5) Nicot fait venir ce mot de l'espagnol "truhant", un "bateleur", un
"plaisanteur", un vagabond, et par induction, "canaille", "belistre",
"mechancete", "malice".
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(6) "Marri" est un vieux mot ; il signifie "fache", "chagrin". Le
piquant jeu de mots auquel il donne lieu ici est devenu proverbe parmi
tous les confreres de Sganarelle. (Lem.) Ce mot vient du latin barbare
"marritio", que Vossius interprete "douleur", "ressentiment d'un
affront recu".
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(7) "Prendre la chevre", pour "imiter la chevre", animal vif,
impatient ; se facher de rien, prendre tout au pied de la lettre.
C'est le propre des esprits bourrus. Nous disons aujourd'hui "prendre
la mouche" a peu pres dans le meme sens.
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(8) "Avoir des visions cornues", c'est-a-dire, "avoir des idees
chimeriques", "folles", "ridicules".
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(9) "Jocrisse", mot populaire qui renferme toute la peinture d'un
individu. Un jocrisse est en meme temps sot, avare, laid, et
poltron. C'est un homme qui ferme les yeux sue les desordres de sa
femme, et s'abaisse aux plus petits details du menage.
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(10) "Ce n'est pas pour des prunes". Proverbialement, ce n'est pas
pour peu de chose.
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(11) Mot qui vient de l'italien "capriola". On disait autrefois
"caprioler" ; mais deja, du temps de Richelet, le mot "cabrioler"
etait plus usite.
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(12) Il faut chercher l'origine de ce proverbe dans les usages de
l'ancienne chevalerie. Les chevaliers avaient deux especes de chevaux :
ceux qu'ils montaient habituellement etaient connus sous le nom de
"coursiers de palefroi" : c'etaient des chevaux d'une allure aisee et
d'une force ordinaire. Mais, les jours de bataille, on leur amenait
des chevaux d'une vigueur et d'une taille remarquable, que des ecuyers
conduisaient a leur droite, d'ou leur est venu le nom de "destriers".
Ces destriers etaient presentes aux chevaliers a l'heure meme du
combat : c'etait ce que l'on appelait alors "monter sur ses grands
chevaux". Depuis, par allusion a cet usage, on a dit "monter sur ses
grands chevaux", pour se mettre en colere, menacer, prendre un parti
vigoureux, montrer de la fierte, de l'arrogance, du courage.
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(13) "Et Si, plus je l'ecoute". Nous avons deja donne, p. 190 [Note (4)],
une explication de ce vieux mot, qui est employe ici pour "neanmoins",
"pourtant".
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